Le portrait d'Isabeau

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Le portrait d'Isabeau est la suite de "Sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle". Nous conseillons de lire d'abord "L'étrange destin de Jehan, jongleur à Notre Dame".
Paul et Isabeau vivaient depuis cinq ans au château de Roquebrune une vie paisible. Trop paisible au gré de Paul..

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Ajouté le 15 juin 2015
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Langue Français
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CHAPITRE 1
Paul et Isabeau vivaient depuis cinq ans au château de Roquebrune une vie paisible. Trop paisible au gré de Paul qui commençait à s’ennuyer et avait la nostalgie de la cour de Blois où il avait passé une année entière avant son mariage. En cela il différait de son jumeau Jehan qui se satisfaisait de son rôle de seigneur, auprès de sa femme Anne et de leurs quatre filles. Le seul regret de Jehan était de n’avoir pas de fils.
Le seigneur de Roquebrune était décédé d’une mauvaise fièvre quelques mois plus tôt. Isabeau avait surmonté avec courage cette perte mais le château lui paraissait bien vide et triste.
Pourtant un jour, une visite imprévue vint rompre la monotonie de l’existence de Paul et Isabeau. Un voyageur demanda l’hospitalité pour la nuit. Quel ne fut pas l’étonnement de Paul en reconnaissant Côme, le peintre rencontré sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle ! Paul l’accueillit avec un grand enthousiasme. Il se souvint tout à coup qu’il avait demandé jadis à Côme de faire le portrait d’Isabeau.
- Quel bon vent vous amène à Roquebrune ?lui demanda-t-il.
- Le destin sans doute. J’ignorais que vous vous trouviez ici. Mais le hasard fait souvent bien les choses. Nos routes se croisent pour la troisième fois et je vous dois toujours une faveur pour le service que vous m’avez rendu jadis. A l’époque, vous m’aviez demandé de faire le portrait de la jeune fille dont vous étiez amoureux.
- Je l’aime toujours et je l’ai épousée. La voici d’ailleurs.
Côme se retourna et resta sans voix, tellement il était ému par la beauté de la jeune femme. Elle était exactement le modèle dont il avait rêvé toute sa vie sans l’avoir jamais rencontré. La femme idéale à ses yeux. Non pas blonde comme les canons de la beauté en vigueur à son époque le voulaient. Mais une brune piquante aux traits à la fois doux et volontaires, au regard malicieux et pénétrant d’intelligence. Isabeau était pourtant songeuse, comme si une inquiétude la taraudait. Côme sentit des frissons parcourir son corps et craignit
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que Paul ne perçoive son trouble. Mais ce dernier était tout à la joie de le revoir et fort heureusement ne se rendit compte de rien.
Il n’en était pas de même pour Isabeau dont le regard avait croisé celui de Côme et qui n’avait pu s’empêcher de rougir. Elle aimait toujours Paul mais elle sentait bien qu’il lui échappait et que la routine était en train d’étouffer leurs sentiments. Jusque-là Paul avait été fidèle à sa promesse de rester auprès d’elle, mais, contrairement à son frère, il ne la tenait qu’à contre cœur. Il avait été prisonnier si longtemps qu’il était constamment en recherche de liberté et de sensations fortes. Or il en était privé à Roquebrune et cela le rendait malheureux même s’il ne se l’avouait pas et faisait bonne figure devant Isabeau. Celle-ci l’affectionnait
assez pour deviner ce qu’il ressentait.
L’arrivée de Côme fit diversion et les deux jeunes gens se remémorèrent l’incident
du vol des croquis et l’enquête menée par Paul. Côme devait se rendre auprès du Comte de Blois qui lui avait commandé des tableaux et il ne pouvait pas s’attarder très longtemps mais il tenait à faire le portrait d’Isabeau car une telle occasion ne se représenterait peut-être plus jamais. Paul lui proposa d’envoyer un messager au comte pour lui expliquer le retard de Côme. Il ne lui en voudrait certainement pas quand il en saurait la raison.
La première séance de pose eut lieu le lendemain. Côme installa sa toile sur un chevalet puis prépara ses couleurs. Paul l’observait, comme toujours amusé par ces travaux d’approche. Ensuite Côme demanda à Isabeau de prendre la pose près de la cheminée pour avoir un bon éclairage. La jeune châtelaine était un peu tendue. C’était la première fois qu’elle se prêtait à un tel exercice. Côme s’efforça de la mettre à l’aise. Il était fasciné par la pureté de ses traits qui révélait la beauté de son âme. Saurait-il la rendre sur sa toile ? Serait-il à la hauteur de sa tâche ? Côme l’espérait. En tous cas il donnerait le meilleur de lui-même pour réussir cette gageure.
Paul avait assisté aux premières séances de pose puis s’était lassé et était retourné à ses entraînements à la quintaine ou avec son maître d’armes. Côme et Isabeau restèrent des heures en tête à tête et une complicité s’installa entre eux. Isabeau ne tarda pas à se confier au peintre qui scrutait ses sentiments en même temps que son visage. La mélancolie d’Isabeau le touchait plus qu’il n’osait se l’avouer. Comment Paul pouvait-il ne pas se rendre compte que sa femme était malheureuse ? Côme ne connaissait pas suffisamment Paul pour lui en parler ouvertement et il ne savait pas comment aider le jeune couple à traverser cette crise.
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Sa sensibilité d‘artiste lui permettait de voir ce qui échappait à d’autres mais sa pudeur naturelle lui interdisait de se mêler de ce qui ne le regardait pas. Ce dilemme finit par le rendre mal à l’aise et il fut tenté d’hâter l’achèvement du portrait d’Isabeau. Pourtant il voulait que son tableau soit parfait. Il avait surtout peint des sujets religieux jusqu’à présent et Isabeau l’inspirait comme nulle autre auparavant. Son art devait passer devant tout autre considération et surtout avant ses sentiments. Il décida donc de se taire, quoi qu’il lui en
coûte, et de poursuivre sa tâche.
Et puis il ne perdait pas complètement de vue ses intérêts : Isabeau était la filleule du comte de Blois. Si le tableau était aussi réussi qu’il l’espérait cela ne pourrait que le servir auprès du comte qui était un mécène fort avisé.
Trois semaines plus tard, le comte de Blois en personne vint rendre visite à l’improviste à sa filleule. Il fut enthousiasmé par son portrait quasiment achevé et félicita chaudement Côme pour son travail. Mais le comte perçut également le malaise que son arrivée inopinée causait à sa filleule et à son époux. Il trouva Isabeau plus éteinte, moins épanouie et pétulante qu’il ne l’avait vue lors de l’adoubement de Paul. Il pensa tout d’abord
que c’était le décès de son père qui l’avait rendue plus triste et réservée. Mais il ne lui fallut pas très longtemps pour prendre la mesure des choses. Il était évident que Paul n’était pas le mari attentionné et prévenant qu’elle attendait et le comte se sentait un peu responsable de cette situation. Sans doute avait-il retenu trop longtemps Paul auprès de lui cinq ans auparavant. Il croyait que le jeune chevalier avait retenu la leçon mais de toute évidence ce n’était pas le cas. Paul gardait de Blois une nostalgie qui gâchait sa vie présente. Comment y remédier ? Le comte hésita. Puis il décida de convier Paul et Isabeau à Blois. Côme pourrait y achever le portrait de sa filleule et commencer le travail qu’il lui avait commandé.
A la grande surprise de Paul qui savait que sa femme n’aimait pas la vie de cour, Isabeau accepta. Tous en furent ravis. Le comte pourrait veiller sur sa filleule, Paul retrouverait les distractions qui lui manquaient tant à Roquebrune et Côme resterait auprès de sa Muse.
Le comte qui avait décidé de visiter ses vassaux décréta qu’il terminerait sa tournée d’inspection par le château de Rogues. Il voulait surtout donner une occasion aux jumeaux de se revoir. Peut-être Jehan aurait-il une bonne influence sur son frère qu’il n’avait pas revu depuis plusieurs mois. Et puis les filles d’Anne donneraient peut-être envie à Isabeau et à Paul
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