Pierre Courage, bâtisseur de cathédrale

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Pierre arriva sur son nouveau chantier par un beau jour de juin 1220. Compagnon tailleur de pierres de son état, il se présenta auprès du maître artisan, Paul Roussette, qui l’avait engagé pour travailler à la construction de la cathédrale de Notre-Dame de Paris, commencée en 1163. Au cours de son tour de France, Pierre avait acquis de l’expérience, il n’en était pas à sa première cathédrale. Cependant il était ému et fier de se trouver à Paris.

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Date de parution 01 mai 2015
Nombre de lectures 205
Langue Français

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-CHAPITRE 1 -
Pierre arriva sur son nouveau chantier par un beau jour de juin 1220. Compagnon tailleur de pierres de son état, il se présenta auprès du maître artisan, Paul Roussette, qui l’avait engagé pour travailler à la construction de la cathédrale de Notre-Dame de Paris, commencée en 1163.
Au cours de son tour de France, Pierre avait acquis de l’expérience, il n’en était pas à sa première cathédrale. Cependant il était ému et fier de se trouver à Paris.
Paul Roussette accueillit chaleureusement son nouvel ouvrier. Il était en train de travailler à l’une des statues du Jugement Dernier du portail central, sous le regard admiratif des badauds assemblés sur le parvis.
L’animation était grande comme chaque jour. Des jongleurs exécutaient des tours avec des torches enflammées ; des montreurs d’ours promenaient leurs bêtes au milieu de la foule. Sur une estrade en bois, des étudiants déguisés en diables effrayaient les spectateurs. Plus loin d’autres sortaient en procession la statue de Saint-Nicolas, leur patron, en chantant des cantiques.
Dans ce tohu-bohu auquel s’ajoutaient le bruit des marteaux et des burins, les cris et les appels des ouvriers, Pierre et Paul Roussette avaient du mal à s’entendre bien qu’ils aient l’un et l’autre l’habitude d’un tel vacarme.
- Sois le bienvenu à Notre-Dame, mon garçon, cria Paul. Je vais te présenter aux autres compagnons. Voici Olivier la Vertu, Robin le Nantais, Eloi le Berrichon, Roland le Breton.
Chacun d’eux interrompit son ouvrage pour saluer le nouveau venu et lui souhaiter bonne chance.
Puis Paul indiqua à Pierre quelle serait sa tâche pour la journée : il sculpterait des feuillages sur le chapiteau d’un pilier. Pierre sortit de sa besace sa masse et son burin et se mit
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au travail sans tarder. Il était heureux de participer à la construction d’un si bel édifice. Il éprouvait une véritable jubilation à sentir la pierre prendre vie sous ses doigts experts. Il lui semblait qu’il ne faisait plus qu’un avec elle.
Ses parents n’avaient pas choisi son prénom par hasard. Son père, lui-même tailleur de pierres, savait que son garçon le deviendrait un jour car le métier se transmettait de père en fils. Il lui souhaitait de devenir un jour maître artisan, ce qu’il n’était pas lui-même, et pensait que son prénom lui porterait chance.
Pierre interrompit un instant son travail pour observer un homme qu’il reconnut à ses vêtements. Il portait un surcot long en drap de couleur verte et un manteau à capuchon et longues manches fendues. Sur sa tête, on pouvait voir un chapeau en feutre avec un bout pointu. Ses pieds étaient chaussés de brodequins en cuir de Padoue.Sous son bras gauche était glissé un rouleau de plans. Dans ses mains, on reconnaissait un compas et une équerre.
Le maître-d’oeuvre, car c’était lui, dirigeait les chefs d’équipe qui travaillaient sur le chantier. Comme chaque jour il venait faire son inspection et surveillait l’avancée des travaux.
De nombreux corps de métiers travaillaient sur ce chantier : les maçons montaient les murs en scellant les pierres entre elles avec le mortier et vérifiaient qu’ils étaient droits avec un fil à plomb ; les charpentiers fabriquaient les échafaudages et construisaient la charpente du toit ; les couvreurs posaient des plaques de plomb sur le toit pour protéger la charpente et la voûte, installaient les gouttières qui récupéreraient les eaux de pluie ; les mortellliers mélangeaient du sable et de la chaux avec de l’eau pour fabriquer du mortier ; les manoeuvres creusaient les fondations, transportaient les matériaux dans des hottes et aidaient tous les ouvriers du chantier.
Il ne faut pas oublier les carriers qui, dans une carrière proche de Paris, extrayaient les pierres servant à bâtir Notre-Dame. Ils brisaient la roche avec des pics et détachaient les blocs avec des marteaux de bois.Les menuisiers, quant à eux, fabriquaient et réparaient les outils et les machines qui étaient pour la plupart en bois.Le chantier de Notre-Dame contribuait à l’économie générale de la Cité en fournissant directement ou indirectement du travail à un très grand nombre de personnes.
Cette première journée parut très courte à Pierre.
- Bel ouvrage, Pierre, le complimenta Paul Roussette, satisfait de son nouvel ouvrier. Nous nous entendrons bien, je crois.
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Les compagnons tailleurs de pierre convièrent Pierre à aller boire une chope de vin à la taverne en leur compagnie pour faire connaissance. Pierre accepta quoiqu’il ne fût pas dans ses habitudes de fréquenter les estaminets. Son père lui avait appris qu’il fallait être sobre pour avoir le geste sûr et son goût naturel ne le portait pas à la boisson. Mais il ne pouvait se soustraire à cette coutume.
Il suivit donc ses nouveaux camarades dans le cabaret que fréquentaient les tailleurs de pierres. Une certaine rivalité existait entre les différentes confréries de métiers et ils ne se mélangeaient guère en dehors du chantier. Il arrivait même que des bagarres éclatent et les compagnons d’un même métier étaient toujours solidaires entre eux.
Pierre se prêta de bonnes grâces aux libations en son honneur, mais quitta le cabaret dès qu’il le put pour regagner son logement. Il avait trouvé une petite chambre non loin de la cathédrale et fut content de pouvoir y prendre un peu de repos. En effet il avait passé les jours précédents sur la route pour rejoindre Paris et la fatigue commençait à se faire sentir. Mais il avait tenu à se présenter dès son arrivée devant son nouveau maître. Il méritait sans conteste le surnom de Courage que ses condisciples lui avaient attribué pendant son apprentissage.
Pierre Courage passa sa première nuit à Paris, bien décidé à y faire ses preuves et à obtenir le droit de devenir Maître Tailleur de pierres.
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- CHAPITRE 2 -
Pierre était à Paris depuis quelques jours et se félicitait chaque jour davantage d’avoir accepté cet ouvrage. Il pouvait y donner sa pleine mesure et avait su gagner l’estime et la confiance de Maître Jean Roussette.
Un soir alors qu’il rentrait chez lui il entendit des cris provenant d’une rue voisine.
- A moi, compagnons tailleurs de pierres ! A mon aide !
Il se précipita dans la direction du bruit et vit Olivier la Vertu, pris à partie par un groupe de compagnons maçons. Il n’hésita pas à lui prêter main forte, rejoint fort heureusement par d’autres camarades alertés eux-aussi par les appels à l’aide d’Olivier.
Les coups de poings et de bâtons pleuvaient de toutes parts ; les deux camps ne se ménageaient pas les horions. Finalement les tailleurs de pierres eurent le dessus sur les maçons qui battirent en retraite sans demander leur reste.
- Merci l’ami, dit Olivier à Pierre. Désormais c’est à la vie, à la mort entre nous. Tu pourras toujours compter sur moi si tu as des ennuis.
Ils échangèrent une poignée de main en signe d’engagement mutuel.
- Viens boire le verre de l’amitié chez moi, ajouta Olivier. Je te présenterai à ma mère et à ma soeur. Elles seront heureuses de te connaître.
- J’accepte avec plaisir, répondit Pierre qui se sentait un peu seul dans cette ville où tout était nouveau pour lui.
Ils saluèrent leurs camarades et prirent une enfilade de ruelles étroites et sombres qui les amena au logis d’Olivier. C’était une maison modeste de deux étages. Il y vivait avec sa mère, veuve d’un tailleur de pierres, et sa jeune soeur Marianne. C’était lui qui subvenait aux besoins
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des deux femmes et son surnom, la Vertu, n’était pas usurpé. Il ne fréquentait pas le cabaret et ramenait scrupuleusement sa paye à sa famille.
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- Ah ! te voilà enfin ! Nous étions inquiètes, s’écria la mère. Mon Dieu, mais tu es blessé
L’oeil d’Olivier était en effet tuméfié et un filet de sang séché entre le nez et la bouche avait provoqué la remarque de la vieille femme.
- Ce n’est rien, mère. Des maçons m’ont attaqué et Pierre, que voici, est venu à ma rescousse.
- Merci, mon garçon, dit la mère à l’adresse de Pierre, un peu gêné par cette scène attendrissante.
Marianne, une ravissante jeune fille rousse, joignit ses remerciements à ceux de sa mère et s’empressa de soigner son frère avec une grande douceur. Elle rassura même sa mère qui pâlissait sous le coup de l’émotion.
- Allons, mère, ce n’est qu’une égratignure. Ne te mets pas dans un état pareil pour si peu.
- J’ai invité Pierre à boire le verre de l’amitié. Mère, sors nous notre meilleur vin en son honneur.
Elle n’eut pas à chercher longtemps car le vin était une denrée que l’on réservait pour les grandes occasions dans cette maison qui ne respirait pas la richesse. Cependant elle ne montra rien et s’empressa de servir leur invité et son fils. Elle-même et Marianne remplirent leur verre d’eau pour trinquer avec les jeunes gens.
Pierre le remarqua mais se garda bien de faire un commentaire. En fait il n’avait d’yeux depuis son arrivée que pour la belle Marianne et bénissait en son for intérieur les compagnons maçons qui avaient provoqué, bien involontairement, cette rencontre.
Marianne, de son côté, observait à la dérobée le jeune homme qu’elle trouvait fort séduisant. Ce qui lui plaisait tout particulièrement c’était le regard intelligent et vif qui émanait de ses yeux vert gris et son menton volontaire qui dénotait une forte personnalité. Son intuition féminine lui disait qu’il était bon et solide et c’est ce qu’elle recherchait avant toute chose chez un homme.
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