Bono Waaylo l’Homme-hyène

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Pourquoi son père a-t-il déshérité Boory ? Que fera Sira, la belle fiancée ? Pourquoi La-Vieille le poursuit-elle ainsi ? Boory se pose mille questions sur son avenir quand surgit Agna, et sa solution radicale. Métamorphosé en hyène, Boory retrouvera-t-il sa forme humaine ? Qui va délivrer le village de la menace que fait peser Boory ? Les troupeaux s’affolent dès que l’hyène hurle, quel sacrifice peut-on faire et à qui l’offrir pour rétablir l’harmonie dans le village ? Chercher un magicien, mais à quel prix ? qui va payer ? Le père qui a déshérité son fils ? Le village qui se sent solidaire devant la menace? Saurons nous enfin qui est Boory ?

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Date de parution 23 avril 2019
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EAN13 9782350451015
Langue Français

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Tous droits réservés.
Dépôt légal, Avril 2019
Mémorable journée! Une longue journée surtout pour les singes, les moins féroces et les plus nombreux de cette brousse. Effrayées par les aboiements des chiens, les cris des hommes en colère, armés de machettes, de coupe-coupe, de lances, les malheureuses bêtes ont été pourchassées, rabattues, entassées toutes tremblantes dans des buissons puis massacrées.
Des bœufs avaient été blessés par une panthère. De tous les villages de la contrée, les hommes capables s’étaient mobilisés pour organiser la chasse aux prédateurs.
Mémorable journée! Surtout pour Guèto qui aurait pu y trouver la mort. Une mort toute bête: tout d’un coup Guèto avait senti quelque chose frôler sa tête. Une èche! Il l’avait vue se cher dans le tronc de l’arbre dressé à deux ou trois mètres. ***
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Guèto serait mort sans marier Sadjo, sans régulariser ce qu’il y a à régulariser. C’est pourquoi deux jours après cette journée mémorable, il a réuni sa famille: Dalan sa femme, son ls Sadjo, Boory, le ls de la défunte Rabi mais aussi le voisin le plus proche comme témoin de la rencontre. « Je vous ai réunis pour parler de choses importantes. La battue qui vient d’avoir lieu m’a rappelé que la vie est une chose fragile, qu’il est possible de la quitter à tout instant… qu’on peut partir sans avoir eu le temps de faire ses adieux... Mais il faut dire adieu avant de partir… Dire adieu c’est mettre ses affaires en ordre: c’est-à-dire aider les enfants à descendre la rivière, les aider à prendre épouses, distribuer les biens qu’on a comme les terres, le bétail et j’en passe…» Après cette introduction, le père fait une pause comme s’il cherchait ses mots. Tout à coup son regard devient dur. Il poursuit: Aujourd’hui j’ai décidé de trouver une épouse à Sadjo. Ce ne sera pas le choix de sa mère. Le choix de Dalan est basé sur des futilités: la beauté d’un visage, la longueur des jambes et que sais-je encore ! Mon choix à moi est différent: il est basé sur la légitimité du sang, le sens de l’honneur et du devoir ...
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Dalan est surprise et choquée par cette morgue, pourtant inhabituelle. Mais elle ne dit rien. Elle ne dit rien parce que c’est le père de ses enfants, parce qu’il y a aussi le voisin et ce quelque chose de frénétique dans la voix dont elle n’arrive pas à deviner la cause. Serait-ce cette échappée miraculeuse à la mort? Son mari continue sur le même ton en s’adressant particulièrement à Sadjo: Ton mariage, je vais m’en occuper le plus rapidement possible. Je t’ai choisi la lle de mon ami Tély qui est une référence de générosité, de sens de l’honneur. Et parce qu’on ne peut pas fonder une famille sans avoir une terre, tu choisiras la terre qui te conviendra le mieux. Telle est ma volonté. Fais vite car la vie peut réserver des surprises... Puis il se tourne vers Boory, lui aussi surpris par la véhémence du ton employé par son père et ahuri par la générosité accordée à Sadjo. Le père en xant le mur peint au kaolin poursuit: Quant à Boory qui a déjà sa ancée, je lui donne le lopin de terre qui jouxte l’étable de notre voisin que voici. Il pointe du doigt le voisin avant de le prendre à témoin: C’est une belle terre, hein! Elle est à moi. Je l’ai héritée de mon père, c’est connu. En effet, répond le voisin.
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Et Guèto de poursuivre: Ceci est ma volonté. Je lui donne ce lopin de terre. Il a le devoir de m’en remercier… Pour cela mais aussi pour avoir grandi sous mon toit comme un ls, pour avoir été honoré en descendant la rivière comme tout garçon ayant grandi avec son père. Aujourd’hui, mon devoir d’humanité envers Boory est terminé. J’espère qu’il a compris. Puis il se tait. Boory promène un regard sur chaque membre de l’assemblée. Il attend une première réaction. Surtout de Dalan et du voisin. Il est évident que son père a basculé dans la folie, sinon il ne peut le renier, car il n’y a pas de doute, lui Boory est l’un de ses ls comme l’est Sadjo. Mais que se passe-il? La mère et le voisin ne disent rien. Ils ne protestent pas. Mieux, Dalan refuse d’affronter le regard de Boory, pendant que le voisin et Sadjo, perplexes, préfèrent attendre la suite tout en se posant quand même la question sur la santé mentale de Guèto, sur la gravité du traumatisme que cette èche a causé. Comment peut-il renier Boory? se disait Sadjo. Il est vrai que j’ai toujours été plus choyé que mon frère! Mais de là à… Mère doit prendre la parole pour montrer que Père est sur le point de commettre l’irréparable.
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Mais Dalan ne dit rien. Elle vient de comprendre la raison ; pourquoi cette attitude, ce verbe véhément, ces gestes brusques et ce regard excité? Son mari est en train de se venger. Elle a toujours su qu’il n’a jamais pardonné à Rabi. Et voilà que cette intolérance frappe à son tour son ls. Dalan garde obstinément son regard hors de portée de celui de Boory. Alors le regard de celui-ci se tourne vers Guèto. Ce ne sont pas les traits d’un visage qu’il voit, mais une haine xant un mur en kaolin. Le jeune homme revoit tout d’un coup toutes les brimades, toutes les colères froides et violentes, toutes les injustices que sa mère et lui ont essuyées. Il revoit sa mère tressaillir d’effroi à la voix de son mari quelques instants avant de rendre l’âme. Son regard devient aussi dur que celui de Guèto, un regard qu’il veut planter dans celui de son père maintenant adoptif, mais ce dernier xetoujours le mur. Alors d’une voix tendue, il dit: Aujourd’hui je suis un homme, je regarde les hommes en face et je peux entendre n’importe quelle vérité, si dure soit-elle. Je viens d’entendre une parole dure. Si ce que j’ai entendu est la vérité, alors je veux une preuve. Je veux voir celui qui détient mon héritage. Je suis content pour toi si tu es un homme, si tu oses regarder les hommes en face. Ainsi je n’aurai pas failli à mon devoir d’éducateur.
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Pour répondre à ta question, je dis : je ne le sais pas. Raby me l’a toujours caché, répond le père d’un ton plus paisible. Vous mentez! hurle Boory. Je sais que vous ne l’aimiez pas mais de là à salir sa mémoire, je vous l’interdis. Maintenant Boory est debout. Il a les poings fermés et le regard encore plus farouche. Dalan éclate en sanglots. Le voisin se lève et demande à Boory de s’asseoir en le tirant légèrement vers l’escabeau. Il est repoussé si fort qu’il tombe à la renverse. Le père hors de lui gie Boory. Celui-ci, surpris, recule d’un pas comme pour revenir en force an de rendre le coup. Il ne peut pas. Il est comme paralysé par le poids de tout le passé. Il ne rend pas la gie, mais quitte la réunion.
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Tout s’est passé tellement vite pour Sadjo qu’il est resté comme paralysé. Boory est anéanti. Sans savoir où aller, ni quoi faire, il quitte la concession et traverse le village. Il croise La-vieille. En le voyant complètement bouleversé, et après son refus de répondre à sa question ‘‘que se passe-t-il ?’’, elle dirige aussitôt ses pas vers la case de Dalan pour des nouvelles. Mais c’est le père qu’elle croise à l’entrée de la cour. Elle est surprise de l’entendre se parler d’une voix pleine de colère, de conviction et de décision : «Je ne suis pas son père. J’ai fait ce qu›il y avait à faire. Mais je ne suis pas son père.» Entièrement dans ses pensées, il ne voit pas La-vieille qui est bien obligée de lui céder le passage. Il s’éloigne à grands pas. Elle comprend qu’un drame est en train de se jouer. Elle retourne sur ses pas et se hâte à la poursuite de Boory. Il a pris le chemin de la rivière, avançant d’un pas automatique, sans tourner la tête. Au bord de la rivière, il s’assoit au sommet
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