Le fils d'Yves le rouge et autres contes et nouvelles

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Yves le Rouge était un seigneur sanguinaire qui faisait régner la terreur sur ses terres. Ses vilains le haïssaient car, non content de leur prendre toute la récolte, il les maltraitait à la première occasion de mécontentement. Il n’hésitait pas à leur ôter la vie pour la moindre faute.

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Date de parution 01 mai 2015
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Langue Français

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Le fils d’Yves le Rouge
Yves le Rouge était un seigneur sanguinaire qui faisait régner la terreur sur ses terres. Ses vilains le haïssaient car, non content de leur prendre toute la récolte, il les maltraitait à la première occasion de mécontentement. Il n’hésitait pas à leur ôter la vie pour la moindre faute.
Yves le Rouge se conduisait avec la même barbarie lorsqu’il partait en guerre contre les seigneurs voisins. Il pillait et violait sans vergogne, ne respectant aucune des règles de la chevalerie. Pour lui, tous les coups étaient permis. Il ne craignait ni Dieu, ni Diable.
Un jour, il décida de prendre femme pour avoir une descendance. Il jeta son dévolu sur la fille du seigneur d’une contrée voisine. Au lieu de demander sa main à son père, comme il se doit, il l’enleva après avoir attaqué et détruit le château qui l’avait vu naître. Le père en mourut de chagrin.
Yves le Rouge ramena sa conquête, ligotée sur un cheval dont il tenait fermement les rênes de peur qu’elle ne s’échappe. La pauvre jeune fille, nommée Aude, était à moitié morte de peur et de chagrin. L’idée d’appartenir désormais à ce monstre assoiffé de sang la rendait folle.
Elle crut mourir lorsqu’il se jeta sur elle pour assouvir ses sens. Elle aurait, du reste, préféré la mort au sort qui l’attendait. Pourtant elle vécut et mit au monde un fils neuf mois plus tard. Yves le Rouge confia alors l’enfant à une nourrice et enferma la mère dans un donjon. Elle ne lui était plus utile, il l’y oublia.
Aude souffrait affreusement d’être séparée de son enfant qu’elle réclamait sans cesse au geôlier chargé de la garder. Le vieil homme avait pitié d’elle mais ne pouvait
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rien faire pour l’aider. Il avait bien trop peur de son maître. La seule consolation de la jeune femme était qu’elle n’avait plus à subir les violences d’Yves de Rouge.
Ce dernier repartit à la guerre. Rien ne le rendait plus heureux que de guerroyer et d’occire.
Un jour, alors qu’il assiégeait un château avec ses hommes, le Diable lui apparut soudain. Il le reconnut à ses pieds fourchus et aux cornes qui surmontaient sa tête.
- Salut à toi, démon, dit Yves le Rouge avec aplomb.
- Salut à toi, Yves le Rouge, répondit le Diable. Ton heure est proche et tu vas bientôt rôtir en Enfer. Comme tu as été un bon serviteur, je suis venu te faire une faveur. Le voeu que tu feras juste avant de mourir sera exaucé. Réfléchis à ce que tu désires le plus. A bientôt.
Et le Diable disparut.
Yves le Rouge qui avait beaucoup bu avant la bataille se demanda s’il n’avait eu une hallucination et il n’y pensa plus, tout à son plaisir de fracasser des crânes à coups de massue. Le siège dura longtemps et il y eut de nombreux morts dans les deux camps.
Yves le Rouge ne faiblissait pas, malgré les années qui avaient blanchi sa barbe rousse. Pourtant un jeune chevalier l’attaqua vaillamment et le mit en difficulté pour la première fois de sa vie. Lui, qui se croyait invincible, sentit le souffle de la mort planer sur lui. Il pensa alors à ce que lui avait dit le Diable. Mais il repoussa l’idée du trépas qui lui était insupportable. Il combattit le jeune chevalier avec plus de hargne encore que d’habitude. En vain, Yves le Rouge avait enfin rencontré plus fort que lui.
Mortellement blessé, il eut le temps de souhaiter que son fils soit encore plus sanguinaire que lui. Puis le Diable prit son âme et l’emporta en Enfer.
La bataille prit fin et les hommes d’Yves le Rouge, désemparés de se retrouver sans chef, prirent la fuite et rentrèrent chez eux.
Lorsqu’Aude apprit la mort d’Yves le Rouge elle supplia qu’on la délivre et qu’on lui rende son fils. Ernaud le Borgne, qui secondait Yves le Rouge, la prit en pitié. Après tout, estima-t-il, elle était la mère du nouveau seigneur et ce dernier n’était encore qu’un tout petit enfant qui ne pouvait gouverner.
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Ernaud le Borgne décida donc de sortir Aude de son cachot à la condition qu’elle ne s’occuperait que de l’éducation de son fils et lui laisserait tout pouvoir sur les hommes.
Aude n’avait pas vraiment le choix, elle accepta donc sa proposition. Ses retrouvailles avec son fils furent émouvantes. La pauvre femme ne cessait d’embrasser et de caresser l’enfant étonné par tant d’effusions. Il n’avait guère été habitué à cela car la nourrice avait reçu des consignes strictes. L’enfant devait être privé d’affection afin de l’endurcir.
Aude se désespérait chaque jour davantage de voir que son fils avait hérité du caractère brutal et cruel de son père et elle luttait pied à pied pour combattre ces défauts avec toute l’énergie dont elle était capable. Sans relâche, elle faisait la morale à son fils et tentait de lui apprendre à aimer et à respecter Dieu et son prochain. Mais ses efforts étaient vains. Le Diable veillait.
Dieu prit Aude en pitié et lui envoya un de ses anges pendant son sommeil.
- Ton fils est sous l’emprise du Diable qui a promis à Yves le Rouge qu’il serait encore plus sanguinaire que lui. Il y a cependant un moyen de combattre le Malin et de sauver l’âme de ton fils. Il faut confier son éducation à un chevalier pur, sans peur et sans reproches, qui saura le remettre sur le droit chemin.
A son réveil, Aude se demanda où elle allait trouver un tel chevalier. Les mois passèrent mais Aude n’oublia pas le message de l’ange. L’enfant, prénommé Louis, grandissait et ressemblait de plus en plus à son père, au grand désespoir de sa mère dont il n’écoutait ni les conseils ni les reproches. Tous le craignaient, à commencer par les petits paysans qui étaient ses souffre-douleur.
Un jour de printemps, un chevalier demanda l’hospitalité pour la nuit. Ses beaux cheveux blonds bouclés, ses yeux bleus et sa voix douce plurent tout de suite à dame Aude qui l’accueillit comme il se doit.
- D’où venez-vous, chevalier ? lui demanda-t-elle.
- Je viens de la Cour du roi Arthur et je suis un des chevaliers de la Table Ronde.
Je me nomme Marc.
- Sans nul doute, chevalier, vous êtes celui que j’attendais. Vous me feriez un grand honneur si vous acceptiez de vous charger de l’éducation de mon fils Louis afin
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qu’il devienne un preux chevalier, digne de siéger à la Table Ronde. Je dois cependant vous prévenir qu’il vous faudra combattre en lui les défauts dont il a hérité de son père, Yves le Rouge.
- Pour vous plaire, dame Aude, je relèverai ce défi et je ferai de votre fils le meilleur des chevaliers. Que Dieu m’aide !
Et il se signa.
Aude envoya chercher le jeune garçon et lui fit part de sa décision. Louis ne savait s’il devait se fâcher contre sa mère ou se réjouir d’aller à la Cour du roi Arthur. Marc le regarda droit dans les yeux comme pour lire dans son âme. Louis, troublé, rougit et le salua courtoisement. La mère observa le comportement de son fils et s’en réjouit. Son choix avait été le bon. Son Louis serait sauvé, grâce à Marc, elle en était certaine.
Cependant ce ne fut pas sans verser quelques larmes qu’elle les vit s’éloigner du château deux jours plus tard.
- A la grâce de Dieu, dit-elle en faisant à son tour le signe de la croix.
Le chemin était long jusqu’à la Cour du roi Arthur et bien des aventures attendaient Marc et Louis.
Non loin du château, ils rencontrèrent un pauvre hère qui leur demanda la charité. Le premier réflexe de Louis fut de chasser le mendiant en lui jetant des pierres mais Marc intervint. Il donna son manteau au vieil homme qui grelottait de froid dans ses guenilles sales, et sa première leçon à Louis.
- Le premier devoir d’un chevalier est de porter assistance aux pauvres et d’être charitable envers son prochain. Tu dois apprendre à te dépouiller pour donner à autrui, sinon tu ne seras jamais digne de devenir un chevalier et tu n’auras pas ta place autour de la Table Ronde.
Vexé, Louis ne répondit pas. Tous deux poursuivirent leur route en silence.
A quelques lieues de là, ils virent un ermite agenouillé devant une croix. Marc descendit de cheval pour demander son chemin mais attendit patiemment que l’ermite eût terminé sa prière. Louis qui s’impatientait voulut interrompre le saint homme dans ses dévotions mais Marc l’en empêcha.
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