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Geek girl

De
198 pages
Sincèrement. Je préfère savoir que lors d’un éternuement, tous les organes s’arrêtent, le coeur compris, qu’une cuillerée à café d’étoile à neutrons pèse des milliards de tonnes, ou que le merle bleu ne voit pas la couleur bleue. C’est sûrement pour ça que je n’ai pas beaucoup d’amis et qu’un «fan» a
écrit GEEK au marqueur rouge sur mon sac. Alors que feriez-vous à ma place si une agence de mannequin vous repérait ? Et vous proposait de passer d’intellectuelle à... top-modèle.
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Copyright © 2013 Holly Smale Titre original anglais : Geek Girl Copyright © 2014 Éditions AdA Inc. pour la traduction française Cette publication est publiée en accord avec HarperCollins Publishers, Londres, Royaume-Uni Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite sous quelque forme que ce soit sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans le cas d’une critique littéraire. Éditeur : François Doucet Traduction : Valérie Le Plouhinec Révision linguistique : Katherine Lacombe Correction d’épreuves : Nancy Coulombe Montage de la couverture : Matthieu Fortin Photo de la couverture : © Getty Images et Shutterstock.com Mise en pages : Sébastien Michaud ISBN papier 978-2-89752-130-1 ISBN PDF numérique 978-2-89752-131-8 ISBN ePub 978-2-89752-132-5 Première impression : 2014 Dépôt légal : 2014 Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque Nationale du Canada Éditions AdA Inc. 1385, boul. Lionel-Boulet Varennes, Québec, Canada, J3X 1P7 Téléphone : 450-929-0296 Télécopieur : 450-929-0220 www.ada-inc.com info@ada-inc.com Diffusion Canada : Éditions AdA Inc. France : D.G. Diffusion Z.I. des Bogues 31750 Escalquens — France Téléphone : 05.61.00.09.99 Suisse : Transat — 23.42.77.40 Belgique : D.G. Diffusion — 05.61.00.09.99 Imprimé au Canada
Participation de la SODEC. Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) pour nos activités d’édition. Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres — Gestion SODEC. Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Smale, Holly [Geek Girl. Français] Geek Girl
(Série Geek Girl ; 1, 2) Traduction de : Geek Girl. Sommaire : 1. D’intellectuelle à top-modèle -- 2. En marge du podium. Pour les jeunes de 13 ans et plus. ISBN 978-2-89752-130-1 (vol. 1) ISBN 978-2-89752-133-2 (vol. 2) I. Le Plouhinec, Valérie. II. Smale, Holly. Model misfit. Français. III. Titre. IV. Titre : Geek Girl. Français. V. Titre : D’intellectuelle à top-modèle. VI. Titre : En marge du podium. PZ23.S624Ge 2014 j823’.92 C2014-941745-4
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www.laburbain.com
GEEK[gik] n.m. et n.f.,fam. 1.Personne réfractaire à la mode et qeu douée qour les relations sociales. 2.Obsessionnel enthousiaste. 3.Personne qassionnée d’informatiQue (Internet, jeux vidéo…) et de nouveautés techniQues. 4.Individu Qui éqrouve le besoin de chercher le mot « geek » dans le dictionnaire. ÉTYM. : de l’anglais dialectalgeck, « idiot ».
1
J e m’appelle Harriet Manners, et je suis une geek. Je sais que je suis une geek parce que je viens de chercher le mot dans monGrand Dictionnaire universel. J’ai coché les symptômes qui me ressemblaient, et il s’avère que je les présente tous. Ce qui, pour être parfaitement honnête, ne m’a pas étonnée plus que ça. Déjà, la présence d’unGrand Dictionnaire universelsur ma table de chevet était un indice. Le fait que je garde en permanence un crayon et une règle du Musée national d’histoire naturelle à côté afin de souligner les mots intéressants, aussi. Ah oui, et puis il y a le motGEEKécrit au marqueur rouge sur la poche extérieure de mon sac de classe. Un détail tout frais d’hier. Ce n’est pas moi qui ai fait ça, évidemment. Si d’aventure l’envie me prenait de vandaliser mes propres affaires, je choisirais une citation bien sentie, tirée d’un excellent livre, ou bien un fait intéressant et méconnu. De plus, je n’écrirais certainement pas en rouge. Plutôt en noir,en bleu, ou en vert à la limite. Je ne suis pas fan de la couleur rouge, même si c’est la plus grande longueur d’onde perceptible par l’œil humain. Pour être tout à fait franche, je ne sais pas qui s’est mis en tête de gribouiller mon sac même si j’ai ma petite idée —, mais en tout cas je peux vous dire que cette personne écrit comme un cochon. Clairement, elle n’écoutait pas en cours, la semaine dernière, quand on nous a appris que l’écriture était un mode d’expression très révélateur de la personnalité. Quoi qu’il en soit, pour peu que je dégote un marqueur de la même couleur, je dois avoir moyen de caser un R entre le G et le premier E. Je pourrai ainsi prétendre qu’il s’agit d’une allusion à ma passion pour l’Antiquité et le feta. (En fait, je préfère le cheddar, mais les gens n’ont pas besoin de le savoir.) En tout cas, ce que je veux dire c’est que, tout comme mon sac, le vandal anonyme et leGrand Dictionnaire universelsemblent s’accorder pour le dire, je ne peux que conclure que je suis, dans les faits, une geek. Savez-vous qu’autrefois le mot « geek » désignait un amuseur public dont le numéro consistait à décapiter avec ses dents un poulet, un serpent ou une chauve-souris tout vivants ? Non, vous ne saviez pas ? J’en étais sûre. Car voyez-vous, il faut être un geek pour s’intéresser à ce genre de choses. C’est ce qu’on appelle l’ironie du sort.
2
M aintenant que vous savez qui je suis, vous allez vouloir que je vous dise où je me trouve et ce que je fais, c’est bien ça ? Personnage, action, lieu : voilà ce qui définit une histoire. Je l’ai lu dans un livre intituléCe qui définit une histoire, écrit par un monsieur qui n’a pas d’histoire à raconter pour le moment, mais qui saura exactement comment s’y prendre le jour où il s’y mettra. Donc. Nous sommes actuellement en décembre, je suis au lit — enfouie sous environ 14 édredons — et je ne fais rien du tout, à part avoir de plus en plus chaud à chaque seconde qui passe. D’ailleurs, ce n’est pas que je veuille vous inquiéter ni rien, mais je me demande si je ne serais pas en train de tomber malade pour de bon. J’ai les mains moites, l’estomac noué, et je suisnettementplus pâle qu’il y a 10 minutes. En outre, ma figure est couverte de ce qu’il faut bien appeler une sorte… d’éruption. Des petits points rouges éparpillés totalement au hasard, et de manière PAS DU TOUT symétrique, sur mes joues et mon front. Plus un gros sur le menton. Et un autre à côté de l’oreille gauche. Je m’examine dans le miroir à main posé sur ma table de chevet, et je soupire à fendre l’âme. Aucun doute, je suis vraiment très malade. Ce serait mal de risquer de transmettre cette dangereuse infection à d’autres systèmes immunitaires peut-être moins robustes que le mien. Non, il me faudra affronter seule cette pénible épreuve. Toute la journée. Sans aller nulle part. En reniflant, je m’enfonce encore un peu plus sous mes édredons et jette un coup d’œil à ma pendule, sur le mur qui me fait face (tous les chiffres sont peints pêle-mêle comme s’ils avaient dégringolé dans le bas ; très futé, sauf que ça m’oblige, quand je suis pressée, à deviner l’heure). Puis je ferme les yeux et compte dans ma tête :10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2Et à cet instant, pile à l’heure comme toujours, la porte s’ouvre et une tornade fait irruption dans ma chambre : cheveux, sac à main, manteau, bras, tout explose de partout. Une déflagration de pur concentré de fille. Comme par magie — mais une magie très ponctuelle —, voici Nat. Nat, pour info, est ma Meilleure Amie, et nous sommes si absolument raccord que c’est comme si nous n’avions qu’un cerveau, divisé en deux à la naissance. Ou — plus probable — deux cerveaux à la naissance, mais qui se mélangent peu après. Sauf que nous ne nous sommes rencontrées qu’à l’âge de cinq ans, donc je parle évidemmentau sens figuré, sans quoi nous serions mortes l’une et l’autre, cela va sans dire. Ce que j’essaie d’expliquer, c’est que nous sommesproches. Nous sommes en harmonie. Nous ne faisons qu’une.Nous formons un flux de conscience parfait, sans jamais un accroc entre nous. Nous travaillons dans une synergie sans faille, évidente. Tels deux dauphins bondissant exactement au même instant et se passant le ballon, au parc aquatique. Mais revenons à nos moutons. Nat fait un pas dans la chambre, me toise, puis s’arrête et pose les mains sur ses hanches.
— Salut, dis-je d’une voix mourante sous mes édredons avant d’être prise d’une violente quinte de toux. La toux humaine projette de l’air à une vitesse d’environ 95 km/h, et sans vouloir me vanter, j’aime à croire que la mienne monte à 100 ou 110, facile. — N’y pense même pas, lâche Nat, très sèche. Je cesse de tousser pour la regarder avec mes yeux les plus ronds, les plus étonnés. — Hmmm ? fais-je d’un ton innocent avant de retousser. — Je suis sérieuse. Ne pense même pas à y penser. Je ne voisabsolumentpas de quoi elle parle. Je dois avoir la cervelle qui enfle à cause de la fièvre. Je ne suis plus que l’ombre de moi-même, une coquille vide, un fétu. — Nat, dis-je faiblement, fermant les yeux et pressant une main sur mon front. Mauvaise nouvelle. Je rouvre un œil et jette un regard prudent dans la chambre. Nat a toujours les mains sur les hanches. — Laisse-moi deviner, me crache-t-elle avec dureté. T’es malade. Je compose un sourire faible mais courageux, tout à fait celui que Jane réserve à Lizzie dansOrgueil et Préjugés, quand un terrible refroidissement la cloue au lit mais qu’elle y fait face avec dignité. — Tu me connais si bien ! Comme si nos deux esprits n’en faisaient qu’un. — Et tu te mets le doigt dans l’œil si tu t’imagines une seconde que je ne vais pas te tirer du lit par les pieds. Elle fait quelques pas dans ma direction. — En plus, je veux récupérer mon rouge à lèvres. Je m’éclaircis la gorge. — Ton… rouge à lèvres, Nat ? — Celui dont tu t’es servie pour te faire des points plein la figure. J’ouvre la bouche, puis la referme. — Ce n’est pas du rouge à lèvres, bredouillé-je d’une petite voix. C’est une dangereuse infection. — Alors j’ai la joie de t’annoncer que ta dangereuse infection est scintillante, Harriet, et que par un heureux hasard elle est parfaitement assortie à mes chaussures neuves. Je m’enfonce encore un peu plus dans les profondeurs de mon lit, de manière qu’on ne voie plus que mes yeux. — Les infections sont très sophistiquées, de nos jours, dis-je en tentant de rester digne. Certaines accrochent énormément la lumière. — Et elles ont des paillettes dorées ? Je pointe le menton d’un air provocant. — Ça s’est vu. Le nez de Nat frémit, et elle lève les yeux au ciel. — C’est ça. Et la peau de ta figure sécrète du talc, aussi. Je renifle un petit coup. Oh, nom d’une sucette à roulettes ! — Quand on est malade, il est important de rester bien sec, j’explique avec le plus grand naturel possible. L’humidité favorise le développement des bactéries. Elle pousse un gros soupir. — Sors de ton lit, Harriet. — Mais… — Lève-toi. — Nat, je… — Debout. Tout de suite. Prise de panique, je baisse les yeux sur mes édredons. — Mais je ne suis pas prête ! Je suis en pyjama !
Dans un accès de désespoir, je décide de changer de tactique. — Nat, tu ne comprends pas, dis-je de ma voix la plus sérieuse, la plus grave. Imagine un peu, si tu te trompes ? Comment survivras-tu, alors ? Comment pourras-tu te supporter toi-même ? Je suis peut-être au bord de la tombe ! — Exact, réplique-t-elle en faisant un pas de plus vers moi. Tu as déjà un pied dedans, même. Je suis à deux doigts de te tuer, Harriet Manners. Et si ça arrive, je me supporterai très bien. Maintenant, debout, espèce de sale simulatrice. Sur ce, sans que j’aie le temps de me protéger, elle se jette sur moi et arrache les édredons. Il y a un long silence. — Oh, Harriet…, finit-elle par lâcher d’une voix triste et triomphale à la fois. Car je suis couchée tout habillée dans mon lit. Avec mes chaussures. Et j’ai dans une main une boîte de talc, dans l’autre un bâton de rouge à lèvres. À paillettes.