Petites chroniques du futur

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115 pages
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Description

Un gouvernement assoiffé de pouvoir qui contrôle son peuple par le biais de la neurotechnologie, une planète Terre malmenée, polluée et surpeuplée, qu'on ne peut plus sauver, des compagnies pharmaceutiques et des chercheurs prêts à tout pour tester de nouveaux remèdes, l'espèce humaine, en voie de disparition, remplacée par de nouvelles races d'androïdes, de robots et de clones... autant de courtes histoires projetées dans des futurs souvent inquiétants, parfois rassurants.
Les progrès scientifiques et technologiques servent-ils l'humain ou se développent-ils plutôt au détriment de sa santé, de son environnement et de sa liberté? Reflétant les préoccupations des jeunes auteurs qui les ont créées, les nouvelles de science-fiction réunies dans ce recueil invitent au questionnement et à la réflexion, non sans une bonne dose d'humour et, parfois même, de poésie.

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Ajouté le 09 mai 2013
Nombre de lectures 4
EAN13 9782895974024
Langue Français
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PETITES CHRONIQUES DU FUTUR
CONCOURS LITTÉRAIRE MORDUS DES MOTS
Le concours de création littéraireMordus des motsa été mis sur pied par les Éditions David dans le but d’encourager l’imagination et la créativité des jeunes et de stimuler e e leur intérêt pour l’écriture et la lecture en français. Tous les élèves de 11 et 12 années des écoles secondaires franco-ontariennes ont été invités à participer à cette quatrième édition du concours, consacrée à la science-fiction. Parmi les textes soumis, une trentaine ont été retenus et vous sont présentés dans ce recueil.
DÉJÀ PARUS
Petites chroniques du crime Nouvelles policières, 2010. Petites chroniques de notre histoire Récits historiques, 2011. Petites chroniques identitaires Récits et parcours, 2012.
PETITES CHRONIQUES DU FUTUR
NOUVELLES DE SCIENCE-FICTION
Collectif p’élèves
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada Petites chroniques du futur [ressource électronique] : nouvelles de science-fiction / collectif d’élèves. Monographie électronique. Publ. aussi en format imprimé. ISBN 978-2-89597-401-7 (PDF). — ISBN 978-2-89597-402-4 (EPUB) 1. Science-fiction canadienne-française — Ontario. 2. Écrits d’élèves du secondaire canadiens-français — Ontario. 3. Nouvelles canadiennes-françaises — Ontario. PS8323.S3P47 2013 C843’.08762089283 C2013-902181-7 Les Éditions David remercient la Fondation Trillium de l’Ontario, le ministère de l’Éducation de l’Ontario et l’Université d’Ottawa pour leur contribution à cette publication.
Les Éditions David 335-B, rue Cumberland Ottawa (Ontario) K1N 7J3 Téléphone : 613-830-3336 / Télécopieur : 613-830-2819 info@editionsdavid.com www.editionsdavid.com Tous droits réservés. Imprimé au Canada. e Dépôt légal (Québec et Ottawa), 2 trimestre 2013
Préface
U’emblée, je salue l’effort detousles élèves qui ont envoyé un texte de science-fiction (SF) au concoursMordus des mots. Pour beaucoup, ce fut un « premier contact » avec un genre littéraire méconnu. Cet abor dage s’est aussi fait en français, un autre défi en milieu minoritaire. Mais la rencontre de l’inconnu n’est-elle pas un thème courant en SF ? En lisant les premières lignes d’une nouvelle de SF , on devine qu’on est ailleurs; un ailleurs étrange, différent, rempli de technol ogies avancées et de paysages exotiques. Toutefois, l’auteur ne néglige pas pour autant la réflexion sociale : les personnages font face à des obstacles qui les forcent à changer, à évoluer, à faire des choix déchirants. Les lecteurs aguerris reconnaîtront sans doute cert ains thèmes de la SF. Ûn écrivain en herbe qui aborde pour la première fois ces rives inconnues s’appuiera sur des souvenirs, des films, des jeux o u des événements familiers avant de faire le grand saut vers l’altérité. Les nouvelles soumises reflètent des préoccupations actuelles des jeunes, projetées dans des futurs inquiétants. Manipulation s génétiques sur des humains, catastrophe écologique, guerre civile, rév olte contre une dictature, robotisation des cerveaux, tout y passe. Uu drame à l’humour, la rébellion prend parfois la forme d’une recette de sucre à la crème ! Poésie et musique ne sont pas en reste : soutenues par une langue de haut nive au, elles enrichissent l’expérience de lecture. Les auteurs de SF décrivent les conséquences de nos choix de vie. Et ce futur se rapproche à grands pas : qu’on pense aux ré centes avancées de 1 l’impression en 3U ! Les textes qui suivent témoignent de la lucidité de la nouvelle génération face aux défis qui l’attendent. Et, en passant, ils nous font voyager vers d’autres mondes... Michèle Laframboise Auteure-conseil Concours de création littéraire « Mordus des mots » 2012-2013
1 Et si vous relisez cette préface dans vingt ans, en sera-t-on rendu au téléporteur ?
PLANÈTE À VENDRE
Une berceuse pour Sigrun
«ur, et cendres.monde n’était que feu, noirce u commencement, notre A Puis, la Sirène apparut. Nul ne sait comment, ni po urquoi ; elle prit simplement racine au cœur de ce monde hostile. Alor s, elle se mit à chanter. Lentement, son aria transcenda le rugissement des f lammes et les grondements de la pierre ; si belle et pure était-elle que le mo nde lui-même en fut calmé. Des cendres refroidies, la vie surgit. Nourrie par le c hant de la Sirène, la nature prit ses droits, et, au terme de milliers d’années, nous finîmes par naître à notre tour. Depuis, cette mélodie nous permet de prospérer. Cep endant, il est dit que lorsque les humains auront abusé de leur temps, la Sirène altérera son chant pour le rendre perçant et destructeur. L’aria devie ndra requiem, et le monde sombrera une nouvelle fois dans les ténèbres et les flammes. » Ainsi parle la légende. Bien des gens écarteraient ces fadaises du revers de la main, les reléguant au rang d’inepties. Malheure usement, il devient évident que le mythe n’en est pas un. Au siècle dernier, le sang versé lors des guerres incessantes et la cendre des villes brûlées pénétrè rent jusqu’aux entrailles du monde et le rendirent malade. Les cataclysmes ravag eant la surface de la terre se multiplièrent démesurément, causant des pertes h umaines considérables. Et toujours, le chaos prit de l’ampleur. Avant qu’un déluge ne nous emporte ou qu’une lame n e nous transperce, mon frère, Sedgar, et moi décidâmes de partir en qu ête de la Sirène, pour essayer de renverser la situation… Longtemps, nous la cherchâmes. Assaillis par des vents violents et des pluies diluviennes, a u faîte de hautes montagnes et au creux d’obscures cavernes, sous un soleil de plomb ou à la lumière de deux lunes, nous poursuivîmes nos recherches. Notre ardeur porta ses fruits puisque, dans une salle profondément enfouie sous terre, nous la trouvâmes.
* * *
Un silence profond, dense, presque tangible règne d ans la pièce. Entièrement recouverts de plaques d’acier, ses murs sont tapissés d’aiguilles, de cloches vitrées et de leviers en tous genres. Pa rtout où se pose le regard, la rouille a fait son œuvre et ronge les appareils, te lle une gangrène. Sedgar traverse le cadre déformé de la porte, scrutant la pénombre, guettant un possible danger. Fascinée, j’effleure le levier le plus proche et je sens les flocons d’acier s’effriter et tomber au sol. — Depuis combien de temps ces appareils sont-ils ic i, à ton avis ? — D’après leur état, je dirais des centaines d’anné es. Qu’ils aient survécu si longtemps… c’est incroyable. Laissant mon frère à ses explorations, je me détour ne du levier et me dirige vers le fond de la salle, d’où sourd une lumière di ffuse. Plus je m’en approche, mieux je distingue une silhouette sombre, vaguement effrayante, dans laquelle se découpe le contour d’une main, d’une tête, d’un torse. Animée par une curiosité insatiable, je m’avance toujours plus prè s. Soudain, un éclair aveuglant m’éblouit avant de disparaître, remplacé par une do uce lumière verdâtre à la
pulsation languissante. Désorientée, je mets un peu de temps à me réapproprier le contrôle de mes sens. Lorsque je recouvre enfin la vue et l’ouïe, je remarque immédiatement que quelque chose a changé. D’habitud e si nonchalant, Sedgar se tient à mes côtés, raide comme une statue. Je to urne la tête en direction de son regard, et je fige à mon tour. Devant nous se t ient l’objet de notre quête : la Sirène. Même au cœur de mes rêves les plus débridés, je n’a urais pu imaginer un être à l’apparence aussi singulière. À l’instar de la salle, son corps semblable à celui d’une femme est entièrement composé d’une sub stance métallique rappelant le platine. Il pend, démembré, suspendu a u plafond par des filins d’acier. Des tubes dans lesquels s’écoule un liquid e clair relient le corps au reste des appareils de la pièce, s’enchevêtrent dan s un épais tapis de cheveux argentés fins comme des fils d’araignée. Enfin, une large bande métallique, remplaçant les yeux, semble isoler du réel cet asse mblage fascinant, morbide, et pourtant étrangement élégant. — Elle existe vraiment, dis-je. Sedgar, la Sirène n ’est pas seulement une légende ! Ma voix se veut assurée, mais seul un murmure s’éch appe de mes lèvres, tant l’ivresse de la réussite est poignante. Je me ressaisis vivement, cependant. Le temps presse, et notre tâche est loin d’être acc omplie. — Sirène, vous qui avez le pouvoir de guérir notre monde, écoutez-nous ! Les peuples s’entretuent et la planète est ravagée par des cataclysmes sans précédent. Pourquoi ? La Sirène reste muette. Encore et encore, j’interpe lle notre créatrice, mais toujours elle reste murée dans son silence. Malgré tout, je refuse de m’avouer vaincue. Pendant que je m’évertue à percer le mutis me de la créature de platine, Sedgar examine les composantes nous entourant. Un é trange globe enchâssé dans une plaque d’acier retient vite son attention. — Sigrun, dit-il, tes supplications ne servent à ri en. Viens plutôt observer ceci. J’abandonne mon discours avec réticence, pour poser mon regard sur l’étrange petite sphère. Lorsque je l’effleure de m es doigts, l’éclat verdâtre devient momentanément plus perçant et des centaines de symboles virevoltent autour de nous avant de s’immobiliser. À ma grande surprise, les caractères lumineux sont analogues à ceux de notre langue, à t el point que je n’éprouve aucune difficulté à les déchiffrer. Je me mets à li re et un titre attire mon attention. Je le frôle, et de nouveaux glyphes appa raissent. — Programme de régulation planétaire Ligéia. L’ordi nateur biologique Ligéia allie circuits électroniques évolués et neurones hu mains pour former le complexe intelligent le plus puissant depuis l’éche c du complexe Leucosie…, lis-je lentement, bien des mots m’étant inconnus. Q u’est-ce que c’est que ce charabia ? — Hum… je crois en avoir compris assez pour connaît re la raison du silence de « Ligéia ». Elle n’est pas vivante, du moins, pas au sens conventionnel ; elle pense, mais sans en être consciente… — Mais alors, comment communiquer ? — Regarde, me dit Sedgar, indiquant du doigt un car ré flottant nous représentant, figés au seuil de la pièce. La Sirène a pu nous voir entrer… Alors, ce globe doit permettre la communication. Continuon s de chercher.