Petites chroniques éclatées

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93 pages
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Description

Un photographe russe envoyé en Syrie, un ingénieur civil piégé dans son bureau de New York, une jeune autochtone de Thunder Bay victime d’intimidation, une adolescente emprisonnée dans un hôpital psychiatrique, une femme forte et fragile telle une bouteille d’alcool, un père absent, l’autre, aveuglé par son travail… Voici quelques-uns des personnages issus de l’imagination d’auteurs en herbe, dispersés un peu partout à travers l’Ontario.
Les nouvelles littéraires regroupées dans ce recueil nous engagent dans une aventure, tout en donnant libre cours à la fantaisie et au merveilleux. Certaines racontent l’horreur alors que d’autres tissent une intrigue policière riche en rebondissements.

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Publié par
Ajouté le 06 juin 2017
Nombre de lectures 3
EAN13 9782895976240
Langue Français
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PETITES CHRONIQUES
ÉCLATÉES
CONCOURS LITTÉRAIRE
MORDUS DES MOTS

DÉJÀ PARUS
Petites chroniques du crime
Nouvelles policières, 2010.

Petites chroniques de notre histoire
Récits historiques, 2011.

Petites chroniques identitaires
Récits et parcours, 2012.

Petites chroniques du futur
Nouvelles de science-fiction, 2013.

PetitesPetites chroniques de l’imaginaire
chroniques franco-ontariennes
Récits historiques, 2015.Contes urbains et merveilleux, 2014.
Petites chroniques dépaysantes Récits de voyage, 2016.
PETITES CHRONIQUES
ÉCLATÉES
NOUVELLES LITTÉRAIRES
Collectif d’élèves
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada

Petites chroniques éclatées : nouvelles littéraires / Collectif d’élèves.
« Mordus des mots, concours 2016-2017 ».
Publié en formats imprimé(s) et électronique(s).
ISBN 978-2-89597-594-6 (couverture souple). — ISBN 978-2-89597-623-3 (PDF). — ISBN
978-2-89597-624-0 (EPUB)
1. Écrits d’élèves du secondaire canadiens-français — Ontario. 2. Nouvelles
canadiennesfrançaises — Ontario.
PS8235.S4P467 2017 C843’.60809283 C2017-902603-8
C2017-902604-6

Les Éditions David remercient le ministère de l’Éducation de l’Ontario pour sa contribution au
projet « Mordus des mots ».


Les Éditions David
335-B, rue Cumberland, Ottawa (Ontario) K1N 7J3
Téléphone : 613-830-3336 | Télécopieur : 613-830-2819
info@editionsdavid.com | www.editionsdavid.com

Tous droits réservés. Imprimé au Canada.
eDépôt légal (Québec et Ottawa), 2 trimestre 2017
Préface
L’imaginaire est vaste comme le territoire. C’est sans doute ce qui me reste comme
impression après avoir lu l’ensemble des textes qui constituent ce recueil, mais surtout
après m’être promené, l’automne dernier, dans trois des quatre coins de la province
ontarienne afin de donner des ateliers d’écriture. En fait, il ne m’a manqué que l’Ouest
et le Nord-Ouest pour en avoir véritablement fait le tour.
Ce que j’ai aimé de ce projet, c’est que souvent, pour moi, à l’origine du processus
de création, il y a la rencontre. Dans ce cas-ci, c’était celle de l’auteur-conseil avec les
classes qui lui font une place, ensuite celle de l’imaginaire de jeunes auteurs et d’une
forme (la nouvelle littéraire), puis celle de la liberté de créer un univers avec la
contrainte de temps et de mots qui était imposée.
D’ailleurs, c’est un peu ce qui reste, à mon sens, dans ce recueil : la rencontre de
cet éclatement tout à fait libre des images, des imaginaires, des lieux, des actions, des
voix, des territoires, des façons de voir le monde qui peuplent le quotidien des plumes
dispersées un peu partout à travers la province. Cet amalgame improbable d’univers,
de langues qu’on s’approprie, avec lesquelles on construit et déconstruit des mondes.
Des mondes qui choquent, qui aiment, qui embrassent, qui troublent, qui dénoncent,
qui revendiquent ou qui existent, tout simplement.
Je l’avoue, j’ai envié plusieurs des phrases des textes soumis, tant dans la forme
que dans leur écriture. Les auteurs ont écrit des mots qu’on ne veut pas oublier. Je leur
en souhaite d’autres. Je leur souhaite des inspirations à n’en plus finir et le souffle
suffisant pour les emmener au bout de ce qu’ils aspirent à créer. Et si le moindrement
cette expérience a pu être le commencement de quelque chose, vivement la suite !
J’espère que vous apprécierez autant que moi la lecture de cette nouvelle parution
du concours « Mordus des mots ».
Gabriel Robichaud
Auteur-conseil
Concours de création littéraire
« Mordus des mots » 2016-2017Pour un instant
— Bonne chance, monsieur. J’espère que vous pourrez bien saisir la pure vérité
de ce conflit, avait affirmé le jeune homme assis à mes côtés, lorsque l’avion venait
d’atterrir à Beyrouth, au Liban.
Il avait prononcé ces mots avec une confiance et une certitude que seul un
ignorant pouvait posséder. J’avais froncé les sourcils et baissé la tête en signe de
réponse. Je n’avais pas l’énergie pour parler de politique. Le vol avait déjà été long et
angoissant. Nous avions fait escale à Beyrouth avant d’achever notre voyage à
Damas. La plupart de mes collègues étaient restés dans la capitale libanaise. J’étais le
seul photographe dans l’avion qui atterrissait maintenant dans la capitale de la Syrie.
Comme prévu, les forces armées dans l’Aéroport international de Damas étaient
omniprésentes et dures. Lors de la session de contrôle, cependant, j’avais été accueilli
avec sympathie et de nombreux sourires. Mon passeport russe m’apportait plusieurs
bienfaits.
— Fais attention, Pavel. Tu sais bien qu’Alep n’apprécie pas les journalistes, me
dit le commandant du convoi que j’accompagnais.
Je sursautai, ayant été sorti de mes pensées. Nous étions à trois kilomètres de la
ville assiégée, un fait évident dans le changement d’attitude des soldats autour de moi.
Ils vérifièrent leur équipement et resserrèrent les courroies de leurs sacs. Je suivis leur
exemple. Après quelques minutes, le convoi commença à ralentir. La ville, une ombre
de misère et de destruction, nous accueillit. À quelques kilomètres de nous, des
restants pitoyables d’édifices résidentiels étaient visibles. Les rues polluées de débris
et, plus rarement, de corps, ne représentaient pas un terrain propice pour notre convoi.
En outre, comme le commandant me l’avait mentionné plus tôt, nous ne savions pas
où les rebelles étaient cachés dans cette jungle de béton détruit. C’est pourquoi, juste
avant d’entrer dans Alep, le convoi fit un virage soudain à gauche.
— Nous montons une colline. Une belle position pour photographier, m’expliqua le
commandant Saïd dans son russe lent et maladroit. Je lui souris et signalai ma
compréhension.
— Yallah ! ordonna Saïd.
Le convoi s’était arrêté et les soldats débarquèrent. Je les suivis nerveusement. La
colline, située dans un faubourg d’Alep, me permettait de voir la ville entière.
— Inexplicable, cette destruction. Absolument inexplicable, marmonnai-je.
— Effectivement, entendis-je murmurer le commandant.
Il continua à voix haute :
— Nous allons patrouiller plus loin. Fais attention à toi.
Et, sur ce, ils partirent, me laissant seul. Un Russe, photographe de zones de
conflit, seul au nord de la Syrie : cela m’était à la fois terrifiant et fantastique. Je
commençai à photographier immédiatement. Les ruines, étrangement, me semblaient
vivantes. Je déduisis que des âmes étaient encore enfouies là-dedans. Si seulement
elles pouvaient se montrer à moi…
Je commençai à grelotter. Une brève brise de basse température avait traversé la
vallée, semblant venir des montagnes du Nord-Est. C’était étrange, une telle brise en
été. Je me levai pour changer d’emplacement lorsque, presque en unisson avec moi,
Alep suivit mon exemple. Partout dans la ville, des figures commençaient à sortir de
leurs châteaux de briques craquées et de vitres brisées : des hommes barbus, des
femmes au regard épuisé, des enfants sales et leurs grands frères et grandes sœurs
aussi malpropres. Tous sortirent de leurs cachettes et se tinrent debout. Dans les rues,
sur les balcons, sur les toits, tout Alep se tenait devant moi, vulnérable. Après unehésitation, je commençai à prendre des photos comme un désaxé lorsque je me rendis
compte…
Qu’ils me regardaient tous.
Figés, sans dire un mot, ils me regardaient tous avec ce regard que seuls des
civils en guerre développaient. Je courus vers le sommet de la colline. Arrivé en haut,
je commençai à peindre des tableaux avec le pinceau, la peinture et le canevas
qu’était devenu mon appareil. Mon premier sujet me fut difficile. Un petit d’environ cinq
ans me regardait avec une tranquillité déconcertante. Son visage, libre de moue et de
larmes, était cependant obscurci par une ombre. Comme il était sur le toit d’un édifice,
sa source ne m’était pas apparente. Je cherchai et l’aperçus avec écœurement.
La bombe à sous-munitions suspendue avait été lâchée par l’un de ces avions de
guerre qu’on voyait toujours en Syrie. Il avait sûrement passé le ciel au moment où
j’étais distrait. Cela n’avait plus d’importance. L’avion était passé et la bombe, l’une
parmi plusieurs, avait été relâchée. Plus rien n’avait d’importance. Suspendues
audessus d’Alep, comme figées dans le temps, des douzaines de bombes gâchaient
l’azur céleste. J’arrêtai de photographier et me contentai d’observer. Ces gens allaient
mourir, j’en étais sûr. Pour un instant, je n’entendais rien. Pour un instant, je me permis
d’être envahi par une peine.
Pour un instant, je me permis de pleurer. Un sanglot : rien de plus, rien de moins.
La brise revint. Mes larmes gelèrent. Les bombes tombèrent.
Assis dans l’avion qui s’échappait de cette même ville, je ne pensais plus à mes
blessures. Je pensais à la guerre. Je pensais à l’ignorant qui, il y avait un mois, m’avait
informé de la supposée pure vérité de cette guerre. Je décidai que la seule vérité était
la souffrance des innocents. Même après avoir vécu ce moment inouï de tranquillité
saisissante, l’affaire la plus inexplicable du pays demeurait cette souffrance. Cette
souffrance qui avait hurlé si fort en moi lors de cet instant de silence absolu.
Pablo Mhanna-Sandoval
École secondaire catholique Franco-Cité
Pablo Mhanna-Sandoval est un jeune écrivain et activiste franco-ontarien. Plus récemment, il
a commencé à écrire sur l’une de ses passions, la politique (domestique, internationale,
économique ou sociale). Pablo croit fermement que la politique devrait servir au bien-être de
l’humanité, message qu’il souhaite transmettre dans ses écrits fictifs et journalistiques.