A l'encre de nos maux

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Ethan, 15 ans, est persécuté à l'école. Heureusement, il a des amis qui sont présents pour lui, malgré leurs personnalités étranges. Alors qu'il se promène avec sa meilleure amie, Anna, Ethan découvre une lettre au creux d'un arbre. Ce qui est proposé est simple : on s'écrit sans révéler qui on est dans la vraie vie, se parle sans jugement. Ethan décide d'y répondre...

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EAN13 9782490637126
Langue Français

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Amélie Romarin À l'encre de nos maux Roman
© Les éditions Ethen, 2019 ISBN numérique : 978-2-4960637-12-6 Courriel : contact.editionsethen@gmail.com Internet : www.leseditions-ethen.com
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« To be hurt, to feel lost To be left out in the dark To be kicked when you're down To feel like you've been pushed around To be on the edge of breaking down And no one’s there to save you No you don't know what it’s like Welcome to my life » « Welcome to my Life », Simple Plan. La chanson qui résume parfaitement mon adolescence.
Chapitre 1
On dit que l'adolescence est une période difficile... Moi, j'ai l'impression que ma vie est née ainsi ! Ça a commencé dès la maternelle. J'ai toujours été nul en bricolage. Et si mes profs ne me l'avaient jamais fait remarquer, je pense que j'aurais pu apprécier cette activité. Mais non, il avait fallu qu'ils en rajoutent une couche ! e En 3 maternelle, nous apprenions à découper. La vie ava it décidé de faire en sorte que je ne puisse pas couper droit. Alors mon institutrice m'avait arraché la feuille et les ciseaux de mes mains en s'écriant : — Oh mais tu ne découpes pas droit, Ethan ! Je vous jure, je vais le tuer celui-là. Et toute la classe avait rit de moi. Avec le recul, je n'arrive même plus à savoir si c'est vraiment arrivé ou si j'en ai rêvé... e La 5 primaire avait été la pire année ! L'école organis ait un marché de Noël où nos bricolages seraient vendus, et l'argent redi stribué à une association ou un truc du genre, il me semble. Nous pouvions chois ir un atelier parmi quelques-uns proposés par nos institutrices. Le seu l qui m'intéressait, c'était la pâte à sel, même si cela ne consistait qu’en la cré ation de la crèche du petit Jésus. Après avoir annoncé mon choix, mon institutrice m'avait dit : — Tu es vraiment sûr de vouloir faire ça, Ethan ? — Bah oui..., avais-je répondu sans comprendre la raison de sa question. — Non mais c'est parce que c'est un travail très précis... Je savais que j’étais nul mais fallait pas pousser non plus ! Ma mère avait prévu de l'acheter, ma crèche ! Mais la pire de toutes les humiliations durant cett e année-là, cela avait été pour la fête des mères. J'avais choisi de lui fabri quer une ardoise pour qu'elle puisse avoir un pense-bête comme elle a une petite mémoire. Et cette ardoise, nous devions la décorer, à la peinture. Dois-je vou s préciser qu'à l'époque j'étais aussi un piètre peintre ? On voyait tous mes coups de pinceaux, mais c'était ma marque de fabrique ! Je ne l'avais pas terminée lors du premier jour d e bricolage donc je l’avais laissée sécher, mon nom était écrit au crayon à l’a rrière. Nous avions eu droit à une deuxième journée pour terminer notre cadeau, et quand mon institutrice m'avait donné mon ardoise, je ne l’avais pas reconn ue. En regardant le nom derrière, j’avais pu constater qu’elle m’appartenait bien. Puis j'ai compris : les institutrices avaient passé une deuxième couche de peinture pour ne plus que l'on voie mes traces d e pinceau... Je m’étais senti humilié. Que cela donne mieux ou non, repasse r sur mon travail, c'était encore me montrer que je n'étais pas doué. Aux portes de l'adolescence, ce genre de choses con tinue, mais entre les élèves. Du moins, pour ma part. J'ai 15 ans, j'arbo re le look de mon chanteur favori : Davey Havok, du groupe Afi. Je ne me maqui lle pas, mais mes cheveux sont courts du côté droit et j'ai une longu e mèche de l'autre côté, comme lui. Je m'habille normalement, je dirais, c'e st juste cette coiffure qui me différencie... et qui me vaut des moqueries. On sup pose que, vu cette coiffure « efféminée », je ne suis qu'un pédé, une tafiole, et j'en passe. C'est tellement facile de juger sur les apparences ! Mon groupe d'amis ne se compose que de filles. Ce q ui me vaut des
remarques du genre : « Ah ! Tu te tapes des filles pour changer d'orientation sexuelle ? ». Mais bon, disons que je le vis bien. Mes amies sont vraiment top, même si elles ne sont pas très bien dans leur tête ! — J'ai une super nouvelle à vous annoncer ! S'est é criée Jenny quand je suis monté dans le bus. Généralement, quand elle est de bonne humeur comme ça, dès le matin, c'est qu'elle s'est mise en couple... — Ça s'est arrangé avec Alan ! On est de nouveau en semble ! Aux dernières nouvelles, elle était amoureuse d’un gars parce qu’il faisait partie d’un groupe de rock ! Bref, passons… Vous aussi vous connaissez un couple qui fonctionne comme « Les feux de l'amour » ? Bah Jenny et Alan, c'est ça. Ils se son t mis ensemble à 14 ans (ils ont un an de plus que moi). Alan est un salaud de p remière qui ne cherche qu'une chose. On a beau prévenir Jenny, qui n'est p as vraiment prête pour ça, elle n'en fait qu'à sa tête. Du coup, ils rompent toutes les deux semaines parce qu'Alan n'a pas ce qu'il veut, parfois il va même t rop loin en lui demandant cash sur les temps de midi quand est-ce qu'elle lui ouvrira les portes de son musée ! Mais même ça, ça ne lui ouvre pas les yeux ! Des rumeurs avaient même circulé comme quoi Alan l'avait trompé avec un e fille de sa classe lors du nouvel an. Anna et moi nous sommes regardés d'un air dépité. C ela signifiait que Jenny resterait encore collée à lui H-24, qu'on dev ra le supporter chaque fois qu'on voudra passer du temps avec elle, et que dans deux semaines on devra sécher ses larmes ! — Vous n'avez pas l'air enchantés, a constaté Jenny . — Bah... c'est comme ça toutes les deux semaines... , a fait remarquer Anna. — Oui mais cette fois, c'est la bonne ! Vous verrez ! On n'y croit pas, forcément. Elle est trop aveugle pour s'en rendre compte... Jenny est un phénomène à elle seule ! Quand elle a rencontré Alan, elle était encore normale, si on oublie ses t-shirts et jeans moulants... Tout a commencé lorsqu'Alan et ses amis s’étaient installé s à notre table parce qu'il n'y avait plus de place dans le réfectoire. On avai t passé le temps de midi ensemble et ça avait continué comme ça pendant quel ques semaines. Puis Anna et Maëlle avaient été parlées aux amis d'Alan pour les mettre ensemble. Depuis qu'elle est en couple avec lui, Jenny est di fférente. D'abord par le look puisque, comme Alan est grunge, qu'il porte de s t-shirts larges, Jenny a voulu faire pareil. Du coup elle est devenue grunge . Elle a teint ses cheveux en couleur acajou. Mais c'est assez comique parce q u'avant, elle avait des cheveux bruns avec quelques mèches blondes et ces d ernières sont devenues orange fluo avec cette nouvelle coloration ! En revanche, elle n'a pas changé quand elle a ses r ègles, elle est toujours autant de mauvaise humeur et nous le fait bien sent ir, même si elle ne nous prévient pas dès le matin qu'elle est dans sa pério de ! Jenny est toujours bien présente pour nous, mais de puis qu'il y a Alan, elle ne peut plus se passer de lui. Elle l'invite partou t où l'on va... Les moments entre amis, c'est quelque chose qu'elle ne connaît plus. Et quand on le lui fait
remarquer, elle juge que nous sommes simplement jal oux parce que nous ne sommes pas en couple. Il y a aussi Maëlle. Je ne la connais pas très bien , elle est dans la classe d'Anna depuis le début de cette année. Elle est pet ite, blonde, assez sympa. Elle est fan de Rammstein donc elle a de bons goûts ! Enfin, il y a Anna. Je la considère comme ma petite sœur. Elle a une personnalité très sensible, elle est douce, très présente dès que j'en ai besoin. Elle est fort naïve et prude, elle découvre un peu le sexe via nos conversations cochonnes aux récréations. Ça la fait rougir, elle est gênée, mais ça la rend mignonne ! Par exemple, pour déjeuner, Anna mange des céréales , ce qui lui laisse parfois du lait séché près de sa bouche. Quand c’es t le cas, Alan reste dans son élément en lui demandant dès le matin : — Qu’est-ce que t’as fait cette nuit ? — Bah rien… — C’est quoi ce blanc près de ta bouche ? — Du lait… Une fois seule, Anna m’avait demandé : — Je ne comprends pas ce qu’il veut dire quand il m e demande ce que j’ai fait la nuit alors que j’ai juste bu du lait ! — Tu ne sais vraiment pas ? M’étais-je étonné. — Bah non… — Tes parents ne t’ont jamais rien dit ? — Non… J’ai dû lui expliquer. Et je peux vous assurer qu’e lle en est tombée de haut ! Malgré son acné et son physique mince, elle attire beaucoup les garçons. Ça doit être grâce à son charme naturel puisqu'elle ne se maquille pas, contrairement aux autres filles qui se mettent beau coup trop de fond de teint ! Mais Anna n'a d'yeux que pour un garçon : Vincent. Ce dernier est dans sa classe. C'est un gars assez mince, de taille moyenne. Il ressemble un peu à Jean-Baptiste Maunie r, d'après Anna (c'est son crush depuis qu'elle a écouté ses nouvelles cha nsons !). Vincent est sportif, il aime le foot principalement. Et c'est l e petit comique de la classe. Leur amour est réciproque, ça saute aux yeux ! Mais ils sont trop couillons pour se l'avouer l'un à l'autre. Enfin, ce qui pose problème aussi, c'est qu'ils ne sont pas vraiment amis. Lui, il est… disons populai re dans sa classe alors qu'Anna est la petite paumée toute timide qui subit sa vie... Êtes-vous prêts à entendre une histoire d’amour tragique ? Alors allo ns-y ! e D’après Anna, Vincent serait tombé amoureux d’elle vers le début de la 1 secondaire. C’était lui qui avait emprunté son livr e préféré, qu’elle avait présentée en classe. Elle pensait y trouver un mot, une fois ce dernier récupéré, mais ce ne fut pas le cas. C’est en tombant amoureuse de lui, après l’avoir as similé à l’acteur français, qu’Anna a pu remarquer que Vincent l’obse rvait constamment : en classe, aux récréations, … Il s’assurait même qu’elle riait à ses blagues ! Anna s’est alors mise à collecter des preuves dans son journal intime, afin
de s’assurer qu’elle ne rêvait pas et qu’il était b ien amoureux d’elle. Parce qu’Anna se déteste, et il lui est impossible de cro ire que quelqu’un puisse l’aimer un jour… Outre les regards récurrents, Anna avait trouvé un mot anonyme près de e son banc en 2 secondaire : Anna je t’aime et je voudrai sortir avec toi. — Je suis presque sûre que c’est lui ! S’était-elle écriée en me montrant le mot. — Presque ? Avais-je relevé. — Je crois que c’est son écriture… Et il a fait une faute, il n’est pas doué en français. Mais le truc c’est qu’il n’écrit jamais a u stylo. Pourtant… ça a été écrit avec un stylo ! Et comment tu peux savoir ça ? Tu l’espionnes tant que ça durant les cours ?! — Non ! Dit-elle en riant. Il l’a dit lui-même. Tu sais comment sont les profs, ils détestent qu’on écrive au Bic ! Étant gaucher, l’encre s’étale avec le stylo, alors il écrit avec un Bic parce que l’encre est mo ins capricieuse. L’auteur de ce mot d’amour ne s’est jamais manifest é. Il aura provoqué un échec à une interro de math pour Anna…! Lors d’une récréation, pendant que nous marchions, un ami de Vincent avait crié à mon amie, tout en pointant ce dernier du doigt : — Hey ! Il veut sortir avec toi ! — Ce n’est pas vrai ! Avait répliqué Vincent. Nous savions tous que ça l’était, évidemment ! Il n e voulait juste pas l’assumer. Au vu de cette réaction, Anna a fait sem blant d’y croire et nous avions poursuivi notre chemin… Jenny ne comprenait pas le raisonnement d’Anna. Mal gré leur amitié, elles étaient très différentes l’une de l’autre ! Contrai rement à Jenny, Anna n’a encore jamais eu de petit ami. Elle m’avait déjà co nfié qu’elle se sentait un peu étrangère à l’amour, bien qu’elle soit amoureus e (les filles… !). La plupart des garçons qui lui demandaient de sorti r avec elle, elle ne les connaissait même pas. — Ça sert à quoi de demander à une fille que tu tro uves juste jolie, sans même la connaître, pour sortir avec elle ? M’avait-elle demandé un jour. — Pour faire genre, avoir l’air cool, avais-je supp osé en haussant les épaules, ne comprenant pas moi-même cette mentalité . — C’est stupide ! — Je trouve aussi. Et ce qui l’exaspérait le plus, c’était quand Jenny disait : — Mais sort avec si tu l’aimes ! Chaque fois qu’elle entendait cette phrase, Anna me faisait des longs discours quand nous nous retrouvions seuls : — C’est pas parce que je l’aime que je vais lui dem ander de sortir avec
moi quand même ! — Bah, généralement, quand on est amoureux, c’est c e qu’on essaye de faire, avais-je fait remarquer. — D’accord. Mais dans mon cas… je n’en ai pas envie . Ça ne me dit rien. Juste le voir, ça me suffit. Ça vous parait bizarre ? Moi je la comprends. Et mê me si Anna n’arrivait pas trop à s’exprimer sur le sujet, je pense qu’au fond d’elle-même, elle a vaguement conscience du fait que ce qui la freine, c’est que Vincent et elle ne soient pas amis, qu’ils ne se connaissent pas, et V incent n’assume pas ses sentiments envers elle devant les autres. De plus, Anna est super timide et depuis qu’on se m oque d’elle, elle se replie sur elle-même et… elle a peur du monde qui l ’entoure. Sortir avec Vincent, ça lui fait peur parce que ce serait nouve au pour elle. Et elle serait bien trop effrayée de ce que les gens pourraient en dire… Bref, vous voyez le topo. Vincent n’assume pas ses sentiments ? Vous avez déj à pu le constater quand il a nié être amoureux d’elle. Mais j’y viens ! La dernière preuve récoltée par Anna qui lui a vrai ment confirmé que l’élu de son cœur l’aime vraiment, ça a été une crise de jalousie. L’année dernière, lors de la marche parrainée, nous marchions derrière Vincent. À un moment, j’avais entouré les épaules d ’Anna avec mon bras pour voir sa réaction. Et ça avait bien fonctionné ! Vincent se retournait vers nous toutes les deux sec ondes ! Une fois de retour à l’école, il s’était exclu à l’autre bout d e la cour et il avait fixé Anna jusqu’à ce que l’on monte dans le bus pour rentrer chez nous ! Anna avait alors établi un plan, peu de temps après ça. À l’occasion de l’anniversaire de Vincent, elle lui demanderait de sortir avec lui. Et ce jour-là… Vincent avait gâché son cadeau tout seul en refusan t sa demande ! Mon amie s’en était doutée. Ce refus l’avait à pein e blessée tellement elle s’y était préparée. Et elle s’était un peu sentie o bligée de le faire ; comme elle est amoureuse de lui, elle doit sortir avec lui… La seule chose qui l’effrayait, c’était les conséquences qui en découleraient… Un jour, après les cours, je l’avais vue se précipiter hors de l’école. Pendant qu’elle marchait dans le couloir, une fille de sa c lasse avait crié « Mon amour ! » en sautant dans les bras de Vincent. Ce d ernier regardait Anna partir, d’un air inquiet, en parlant bien fort pour qu’elle puisse entendre : — Arrête, on ne sort même pas ensemble ! Quelque chose avait dû se passer pour qu’Anna fuie aussi vite l’école. La connaissant, elle rentrerait chez elle à pieds, évi tant de nous croiser dans le bus. Alarmé, j’avais alors couru pour la rattraper. J’av ais agrippé son bras et, quand elle s’était retournée vers moi, mon cœur s’était littéralement arrêté de battre ! Elle avait pleuré mais son regard était tellement vide… D’habitude, elle aurait essayé de se débattre, de me fuir, mais ce jour-là, elle s’avouait déjà vaincue… —...