Le Maître du pain

Le Maître du pain

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185 pages
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Description

Le maître du pain, publié en 1919, est l'histoire d'une des dernières communautés agricoles en Auvergne. Les communautés agricoles ou associations de parsonniers ont existé un peu partout en France au Moyen Âge, et principalement à l'époque féodale. Dans bon nombre de régions elles disparurent avant le XVIIe siècle. L'Auvergne, plus particulièrement dans les environs immédiats de Thiers, est sans conteste la dernière région où elles ont subsisté. Dans le roman, le côté autarcique et vase clos de cette communauté, bien organisée, rigide et fermée au monde extérieur, va être mis à mal par l'arrivée du progrès, en l'occurrence une batteuse mécanique. Les anciens et les modernes vont s'affronter sur le bien-fondé d'un tel changement, mais rien n'y fera, « le ver est dans le fruit », et c'est la fin d'une époque avec ses soubresauts, ses intrigues, ses passions ! Avec la machine, arrivent des hommes « nouveaux » pour la faire tourner ; des hommes venus d'ailleurs, de la ville, avec une autre vision, une autre histoire ; des hommes ouvrant une autre perspective que la vie cloîtrée d'une ferme de montagne. La communauté va se fissurer et l'une des jeunes filles va suivre « le progrès » vers la ville… Ce roman fait une description très réaliste de ces communautés en montrant le changement qui s'opère dans le monde rural.


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Publié par
Ajouté le 29 octobre 2013
Nombre de lectures 45
EAN13 9782365752145
Langue Français
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Lucy Achalme
Le Maître du pain
Au Docteur Pierre Achalme
Je t’offre ce livre qui est le tien.
Tu m’appris à connaître l’Auvergne,
et j’aime à penser que dans cette étude écrite,
près de toi, tu retrouveras tous nos souvenirs mêlé s.
PREMIÈRE PARTIE
CHAPITRE I
Le Maître, vieillard dont les cheveux gris en mèche s droites tombaient sur les joues creuses et rasées, le Maître fit son signe de croix , releva les pans de son habit noisette et s’assit au bout de la longue table de chêne. Une quinzaine de paysans, par rang d’âge, prirent place sur les bancs de chaque côté d u Mouistre : les vieillards d’abord, les hommes murs ensuite, puis les plus jeunes.
Après le même signe de croix et un salut vers la Vi erge de plâtre, chacun baissa le nez, et les cuillers de bois frappèrent en cadence les é cuelles d’où s’échappait un fumet gras, mêlé à la buée légère de la soupe au chou.
Debout derrière les hommes qu’elles servaient, les paysannes hâtivement prenaient leur repas, dans une petite soupière de terre brune .
– Dépêchons-nous, les femmes, la besogne a été dure et la veillée sera longue ce soir, dit le Mouistre d’un ton bref.
Les blés étaient coupés, la moisson s’achevait : da ns les champs, les pignons nombreux élevaient haut leurs gerbes blondes ; auss i, le soir venu, les travailleurs las et tassés se reposaient de la fatigue du jour, les bra s lourdement appuyés à la table de chêne.
Par la porte entrouverte, l’air entrait, imprégné d e l’odeur moite des étables ; les chats, le dos arrondi, frôlaient les jupes qu’ils griffaie nt doucement pour avoir leur part de pitance ; on les entendait déchirer leur proie et ronronner dans la pénombre égayée de la blancheur des coiffes. Un reflet pourpre de soleil couchant étendait sa lueur chaude sur les murs fumés, jusqu’aux canchons et aux perraus d e cuivre, qui bordaient de leur éclat métallique le vaste retable de la cheminée, une de ces cheminées si longues et si profondes que les vieux et les chats y viennent pre ndre place à la veillée sous le rigide bandeau de pierre. D’un côté, emprisonné dans sa bo îte sonore, le pendule de l’horloge haute et droite martelait clair son rythme lourd ; de l’autre s’enfonçait, dans le retrait du mur, une maie de chêne, bonne à pétrir le pain dont les tourtes épaisses une fois cuites emplissaient les huches. En face de la cheminée, l’ armoire de noyer aux panneaux sculptés de rosaces en relief et la vaisselière de bois sombre, éclaircie par les rangées d’assiettes à fleurs peintes, indiquaient l’aisance des paysans réunis dans la grande salle commune.
Lorsque le diner des hommes fut achevé, les femmes se groupèrent près de l’âtre fumeux ; assises sur de petites chaises basses, leu r assiette entre les genoux, elles continuèrent ainsi de souper en chuchotant.