Contes populaires de la Vallée de la Loire

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Les Contes populaires de la Vallée de la Loire - Le conte populaire est un conte oral traditionnel et communautaire. Il a longtemps régi la création et la circulation des histoires. C'est en fait la littérature de nos ancêtres, il a présidé les veillées de nos campagnes depuis la nuit des temps jusqu'aux années 1950. Il a aujourd'hui presque disparu. Fort heureusement, depuis le XIXe siècle, quelques érudits passionnés de notre folklore ont pris soin de transcrire ces contes, ce qui leur a permis de venir jusqu'à nous malgré le profond bouleversement de nos sociétés rurales, qui a rompu la transmission séculaire de ces contes par le bouche-à-oreille. Quelques familles ont su faire subsister cette tradition jusqu'à la fin du XXe siècle malgré la disparition des veillées. D'infatigables collecteurs ont poursuivi jusqu'à nos jours l'œuvre de leurs prédécesseurs du XIXe siècle. Tout au long de ces pages, vous découvrirez ces récits authentiques qui faisaient le charme des veillées d'autrefois, et l'âme des campagnes : les contes animaliers, les récits sur le diable, tantôt dupé, tantôt triomphant et réellement terrifiant, ou encore les aventures merveilleuses et féeriques, de celles qu'on racontait volontiers aux enfants...


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Date de parution 30 avril 2014
Nombre de visites sur la page 160
EAN13 9782365729420
Langue Français

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Les contes populaires de la Vallée de la Loire Avant-propos: Christophe Matho
Avant-propos
Le fleuve royal borde et caresse nos campagnes. Parfois ses eaux sont hautes, ses méandres larges, puissants. Je sais des endroits du côté de Jargeau ou non loin de Saint-Mathurin, où le fleuve prend parfois une ample majesté de boucle danubienne. Sou vent, le fleuve s’élargit, avant qu’une lente et belle courbe vous conduise sur une de ces villes des bords de Loire, « un entassement irrégulier et confus de maisons, de clochers, un château, et, sur la colline un couronnement de grands arbres », comme l’écrivait Victor Hugo. Une ville dont il est difficile de descendre les petites rues étroites, dont il est agréable de fouler les pavés. Une ville où, lorsqu’on franchit le pont, on croit être trois ou quatre siècles en arrière, mêlé par enchantement à la trou pe colorée, riante de quelque seigneur en partance pour la chasse...
Sur le bord du fleuve, les mariniers s’affairent au tour de leurs bateaux de vingt mètres de long sur près de cinq de large. Des barques qui peuvent tran sporter jusqu’à cent tonnes de marchandises. Acheminer un tel convoi sur un fleuve aussi capricieux que la Loire, c’est un rude métier, un art de naviguer qui se transmet en héritage… Depuis la nuit des temps, la Loire a joué un rôle d ans les communications humaines, en rendant difficile son franchissement, mais aussi en toléran t la navigation. Elle a aussi inspiré ceux qui racontaient des histoires aux autres. La Loire est un acteur de la transmission de notre patrimoine oral ; en organisant le déplacement des hommes, elle a aussi organisé le déplacement de leu rs traditions orales, ces fameux contes qui font ressurgir du passé les fruits d’une tradition orale transmise de génération en génération. Les contes populaires ont régi la création et la circulation des histoires dans nos communautés du bord de Loire et ce sont souvent les mêmes péripéties qu’on nous raconte à La Charité-sur-Loire où à Oudon.
Les mariniers de Loire ont joué un rôle essentiel dans la propagation de ces histoires, du Nivernais jusqu’aux portes de la Bretagne, à travers le Berry, la Sologne, l’Orléanais, la Touraine ou l’Anjou là où ils s’arrêtaient, ces grands gars qui conduisaient les fûtreaux, et participaient aux fameuses veillées qui commençaient en bord de Loire après la Toussaint, une fois les récoltes engrangées. Grains, fruits et légumes mis à l’abri, bétail rentré, le paysan p ouvait s’autoriser un peu de repos et allait à la rencontre de ces hommes de passage. Le feu réchauffait les corps et les cœurs, les esprits aussi. À cette époque pas d’électricité, pas de télévision, bien sûr, mais convivialité et cordialité étaient de rigueur et on dansait, on chantait en patois ; on mangeait des châtaignes en buvant. On échangeait un savoir populaire en écoutant les anciens. On se grandissait de leur sagesse. Les veillées développaient l’esprit communautaire et jouaient un rôle social. S’entraider était de mise, partager la tâche avec ses voisins renforçait les relations. On en écoutait « un » qui « causait bien » pendant qu’on écrasait le chanvre pour le débarrasser de son écorce.
C’est lors de ces veillées que s’est faite la transmission, par le bouche-à-oreille ; le conte populairea ainsi pu traverser les siècles, simplement par la m émoire de la langue des hommes. Nul besoin des
livres alors !
e Mais, au début du XX siècle, les veillées se font de plus en plus rares. L’arrivée de la révolution industrielle, le machinisme agricole, la Première G uerre mondiale tuent les conteurs. Tout ça a aussi fait disparaître les mariniers de Loire. Les campagnes des bords de Loire se dépeuplent, les jeunes partent pour la ville, attirés par le travail des usines qu’ils pensent meilleur. Il y a de moins en moins de monde pour entendre ou dire les contes aux veillées.
e Heureusement, dès la fin du XIX siècle, dans toute la France, des folkloristes prennent conscience qu’un pan essentiel de notre patrimoine oral est sur le point de disparaître. Ils auditionnent les anciensà travers les campagnes et collectent leurs vieilles histoires. Henri Carnoy collecte quelques contes en Berry, l’abbé Clément rapporte des histoires de Sancerre. Paul Sébillot a été l’immense collecteur de la Bretagne, jusque dans le Pays Nantais où Marie-Edmée Vaugeois a puisé l’essentiel de ses sources. Filleul-Pétigny a collecté des contes en Beauce et en Orléanais. En Touraine, les collecteurs s’appelaient André Voisin ou Eugène Rolland. Dans les veillées d’Anjou, c’est Magdeleine Celos qui prenait des notes. À La Charité-sur-Loire, a œuvré un des plus grands collecteurs français de contes populaires : Achille Millien.
Plus près de nous, le rédacteur en chef de l’Almanach des Terroirs de France, Gérard Bardon, a réalisé plusieurs collectes des derniers contes oraux encore présents dans la mémoire des riverains de la Loire. J’ai de mon côté pu bénéficier de quelques contes o raux qui m’ont été racontés par mon arrière grand-mère qui a grandi dans la région du Bec d’Allier.
Rassembler des contes oraux dans un livre, c’est co nstater que ceux-ci ne peuvent plus être véhiculés oralement, le conte oral étant mort. Le conte traditionnel représentait non seulement un pan de notre prmes principales de l’éducation de notre société. Latrimoine culturel, mais il était aussi une des fo e conte manque certainement à l’éducation de nos enfants. Je ne lui vois, hélas, guère d’avenir dans l’espace éducatif à court terme. La seule ambition de cet ouvrage est que ces vieux contes qui ont fait l’éducation de nos grands-parents ne soient pas totalement oubliés. Leur transcription voudrait être un nouveau tremplin à leur propagation. Transmis par u ne bouche aimante dans le creux d’oreilles attentives, prenant un nouvel envol, ils peuvent venir égayer les cours de récréation et autres lieux d’échanges. Je le souhaite.
Christophe MATHO
Histoires comiques
Les animaux de la ferme Misère
(Nivernais)
C’était comme un sort jeté sur la ferme de la Misère : pendant que les fermes voisine prospéraient au mieux, celle-là, bonnes gens ! déclinait de jour en jour ; tout y allait de mal en pis. Le fermier, criblé de dettes, traqué par ses créanciers, prit la résolution de mettre la clé sous la porte, sans attendre la visite des huissiers.
La veille du jour fixé pour la saisie, il chargea sur une petite voiture un peu de grains, de méchants meubles, de mauvaises hardes et partit, bien penaud, avec sa femme, ses enfants et son chien, au pas lourd de la vieille jument qui traînait ce maigre bagage.
Le bestiau de la ferme, se voyant abandonné par le maître, s’assembla dans la grand-cour du domaine pour décider ce qu’il y avait à faire en cette occu rrence. Tous étaient là, petits et gros, le peuple pesant des écuries et la gent remuante des volatiles : seu ls faisaient défaut les oies, engeance irrégulière et vagabonde, attardée dans le fond des pâlis. La délibération ne fut pas longue ; pas d’hésitation ni de doute ; il fallait chercher un autre asile. « Allons tous à la ferme du Bois, dit un bœuf, le doyen de l’étable ; c’est la moins éloignée, nousy gagnerons notre vie en travaillant. – Compère, vous avez raison, nous serions bien reçu s à la ferme du Bois, mais comment y arriver ? répliqua une brebis. N’est-ce pas nous jeter dans l a gueule du loup ? Vous savez qu’il est posté à l’entrée de la forêt et nous ne passerons pas sans lui payer tribut. »
– Bah ! s’il faut payer le loup, nous le payerons de bonnes raisons. J’ai une doutance qu’on pourra l’amignauder par des politesses… C’est un loup de fort appétit, mais pas bien futé, à ce que j’ai ouï dire », reprit le bœuf. L’avis du bœuf prévalut. Il fut décidé que tous les animaux se mettraient en route sans retard, en ordre déterminé, par groupes, les gros en tête, les petits fermant la marche. Voici donc que les grands bœufs s’avancent sur le chemin du bois, les vétérans en première ligne, graves et lents, emportant dans leurs yeux vagues comme un regret des guérets qu’ils ont tant de fois labourés. À la lisière de la forêt, leurs regards se croisent avec la lueur de deux prunelles ardentes !
C’est le loup qui guette, efflanqué, haut sur pattes, les oreilles droites et le poil hérissé.
« Bonjour, monsieur le loup.
– Bonjour, camarades. Vous arrivez à propos ; je n’ai pas mangé depuis hier matin et vous me donnez