Contes populaires du Forez et du Velay

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Le conte populaire est un conte oral traditionnel et communautaire. Il a longtemps régi la création et la circulation des histoires. C'est en fait la littérature de nos ancêtres, il a présidé les veillées de nos campagnes depuis la nuit des temps jusqu'aux années 1950. Il a aujourd'hui presque disparu. Fort heureusement, depuis le XIXe siècle, quelques érudits passionnés de notre folklore ont pris soin de transcrire ces contes, ce qui leur a permis de venir jusqu'à nous malgré le profond bouleversement de nos sociétés rurales, qui a rompu la transmission séculaire de ces contes par le bouche-à-oreille. Quelques familles ont su faire subsister cette tradition jusqu'à la fin du XXe siècle malgré la disparition des veillées. D'infatigables collecteurs ont poursuivi jusqu'à nos jours l'œuvre de leurs prédécesseurs du XIXe siècle. Tout au long de ces pages, vous découvrirez ces récits authentiques qui faisaient le charme des veillées d'autrefois, et l'âme des campagnes : les contes animaliers, les récits sur le diable, tantôt dupé, tantôt triomphant et réellement terrifiant, ou encore les aventures merveilleuses et féeriques, de celles qu'on racontait volontiers aux enfants...


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Date de parution 30 avril 2014
Nombre de visites sur la page 46
EAN13 9782365729444
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0060 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Les contes populaires
du Forez et du Velay
Hervé Berteaux
Prologue
02 NR 4608 4702 / 03 NR 4703 4711
ou les mémoires d’un raconteur
cueilleur en Livradois, Forez et Velay.
Noël Rimonot ? C’est un oncle, un grand oncle, je c rois, si toutefois le titre est exact au regard de ma propre classification familiale. Je ne l’ai pas connu de son vivant et ne sais de lui que ce que m’ont narré les miens, principale ment mon père qui écoutait avec grand plaisir ses histoires et anecdotes quand l’on cle rentrait de ses tournées.
J’ai cependant la certitude que c’est de lui que je tiens le plaisir et le besoin de partager les contes et légendes apprises çà et là, à commenc er dans le secret des cahiers qu’il remplissait au cours de ses voyages afin de supplée r à sa mémoire, ayant prévu avec une lucidité rare qu’il est un temps où celle-ci a de fortes probabilités de briller par son absence.
Ces cahiers qui m’ont été transmis longtemps après sa disparition n’ont rien d’un testament ennuyeux. L’oncle Rimonot avait une verve naturelle qui transparaît dans tous ses écrits. Ce n’était pas un grand écrivain. Il n’ avait que très peu fréquenté les écoles et n’avait donc pas appris suffisamment pour avoir à s e poser la moindre question quant à un style.
Il n’en était cependant pas dépourvu, offrant ses m ots avec une énergie foisonnante et une vie débordante, les deux aussi fournies que les torrents de printemps des montagnes où ses tournées le conduisaient.
Son secret était simple : il écrivait avec sa tripe , avec bon sens, et surtout avec du cœur. Écrire était pour lui, un acte d’amour, mot q u’il ne prononçait guère par une pudeur toute paysanne, sauf quand par malice, il le faisai t rimer avec son indispensable compagnon : celui d’humour.
Car Noël Rimonot précisait - ses cahiers fourmillen t de notes, dans les marges, entre les lignes, en travers et dans un désordre à faire pâlir Champollion en personne -qu’étant vendeur de son état, il ne pouvait manier les rimes pour faire fructifier les affaires, qu’à la condition que celles-ci fussent riches.
Sur le même thème, ce diable d’homme ajoutait en ex ergue l’exemple suivant :
Qu’il complétait aussitôt par :
Femme bossue,
Mari cossu.
Ne croyez pas que la cédille
N’a de valeur que pécadille
Sauf à lire ou dire soudain :
Femme beau c…,
Mari cocu.
La bonne et belle humeur me pousse donc à faire app araître nombre de ses notes que jarfois complétées par les miennese résumerai par un NDNR (notes de Noël Rimonot), p es qualité d’auteur :
NDLA.
Ainsi, calembours, histoires, récits, contes et tou tes sources issues d’une tradition populaire particulièrement riche (comme la rime) se rvaient beaucoup à mon oncle tant dans ses heures de raconteur que dans son métier de vendeur de matériel agricole.
Sa théorie quant à ce qui ne s’appelait pas encore en bon français du marketing, était simple. En toutes régions ou terroirs qu’il abordai t, il usait d’anecdotes et de légendes locales avant d’aborder le moindre client, afin de briser la méfiance naturelle propre à chaque paysan.
Dans sa vie comme dans ses écrits, il tenait à dépo ussiérer toutes histoires afin de les faire siennes et de les adapter en permanence aux o reilles dans lesquelles il les déposait. Ainsi créait-il rapidement une empathie, parfois même une sympathie dont la première conséquence s’appelait la confiance, qu’il savait généralement transformer en commande ferme, « de ferme en ferme » aurait-il ajo uté, s’il me lisait.
Car ce n’était pas mince affaire, au sortir d’une g uerre traumatisante, celle de 39-45, que de pousser « de ferme en ferme », les potentiel s clients des campagnes vers une voie dite du progrès selon ses propres arguments co mmerciaux. Soit, autrement traduit en langage paysan, que de motiver les uns et les au tres à s’endetter lourdement par l’achat de machines prétendues indispensables pour être dans la course d’une productivité nécessaire pour accompagner la reconstruction du pays.
S’il n’était pas le seul à chatouiller en chaque pa ysan, la fibre noble d’une agriculture au service de la patrie, sa technique de vente était s i personnelle qu’elle n’aurait vraisemblablement pas convenu à d’autres vendeurs p lus traditionnels. C’était sa marque de fabrique qu’il entretenait avec un appétit sans limites.
Arrivait-il dans un nouveau village, abordait-il un canton pour la première fois, qu’il s’engouffrait dans les cafés pour écouter la derniè re histoire du pays qu’il retenait avant de la transformer en matière à donner du plaisir au x autres et à créer son propre profit.
Au besoin, après avoir commandé un ballon du vin lo cal dont il ne souciait guère de la qualité, celui-ci étant généralement médiocre au so rtir de l’habituelle bouteille étoilée, il
amorçait la discussion en sortant quelque récit lég er et facétieux qui lui attirait de suite les sourires des autochtones. Selon les réactions, il en offrait davantage et attendait rarement plus de dix minutes pour que reviennent en écho des mots crus, des mots du cru, des mots cru… els.
Car en territoire rural de France, du Velay, du For ez ou du Livradois comme ailleurs, plus encore en zone de montagne, si la tradition ch rétienne reste bien ancrée, les préceptes religieux qui leur sont attachés ne sont guère appliqués, à commencer par celui de la charité.
Noël Rimonot n’avait pas mis longtemps à remarquer que les meilleures histoires pour entrer en contact avec les uns et les autres, et po ur créer un début de proximité, étaient celles qui justement dressaient les uns contre les autres ou les autres contre les uns.
Que de tracteurs, de herses, de charrues n’avait-il pas vendus en brocardant un Martin auprès d’un Jules quitte à opérer en sens inverse l e lendemain.
Je tiens cette information des quelques notes qui n ’ont aucun rapport avec les contes mais qui éclairent le personnage. Je n’écarte cepen dant pas l’hypothèse, malgré toute l’affection que je lui porte, qu’il ait pu ainsi pê cher par exagération, me satisfaisant toutefois de la conséquence de celle-ci.
Laissant de côté toute spéculation quant à un chiff re d’affaires qui ne devait pas être considérable, attendu le train de vie modeste qu’il eut toujours eu, je me réjouis davantage du fait qu’en amorçant ainsi ses éventuel les futures victimes, Noël Rimonot donnait et redonnait toutes sortes d’histoires, sel on des versions toujours renouvelées, qu’il sortait de sa mémoire, laquelle se remplissai t en retour de ce qu’il entendait.
Ainsi de bistrots en estaminets, de marchands de vi n en brasseries de pays et surtout de fermes en ce qu’il convenait d’appeler désormais des exploitations agricoles, dans un langage malheureux et lisse qui visait déjà à ôter toute noblesse au paysan, Noël Rimonot moissonnait de précieuses mémoires de pays.
Qu’en faisait-il ?
Comme il ne rentrait pas tous les soirs, il passait une partie de ses nuits à remplir des cahiers bleus, les moins chers, ceux normalement de stinés aux élèves pour le brouillon, qu’il remplissait à la mine de plomb, avec des cray ons de bois dont les traces ne me sont malheureusement pas toutes parvenues. Il en reste c ependant suffisamment à foison, au prix éventuel d’une reconstitution des phrases et d es mots effacés.
Je ne dois pas oublier que certains contes ont eu p our autres sources, celles de veillées partagées dans des auberges ou des fermes de montagne où se regroupaient les âmes locales près de l’âtre d’une cheminée vast e et accueillante. L’image paraît désuète aujourd’hui. Mais je ne peux me faire à une telle idée tant Noël Rimonot en parle dans ses notes comme des moments exceptionnels.
Ils étaient donc si exceptionnels que ce diable d’h omme oubliait, et c’est fort dommageable pour ceux dont il entendait les précieu x récits, de rapporter, quand il en