Contes populaires du Poitou

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Le conte populaire est un conte oral traditionnel et communautaire. Il a longtemps régi la création et la circulation des histoires. C'est en fait la littérature de nos ancêtres, il a présidé les veillées de nos campagnes depuis la nuit des temps jusqu'aux années 1950. Il a aujourd'hui presque disparu. Fort heureusement, depuis le XIXe siècle, quelques érudits passionnés de notre folklore ont pris soin de transcrire ces contes, ce qui leur a permis de venir jusqu'à nous malgré le profond bouleversement de nos sociétés rurales, qui a rompu la transmission séculaire de ces contes par le bouche-à-oreille. Quelques familles ont su faire subsister cette tradition jusqu'à la fin du XXe siècle malgré la disparition des veillées. D'infatigables collecteurs ont poursuivi jusqu'à nos jours l'œuvre de leurs prédécesseurs du XIXe siècle. Tout au long de ces pages, vous découvrirez ces récits authentiques qui faisaient le charme des veillées d'autrefois, et l'âme des campagnes : les contes animaliers, les récits sur le diable, tantôt dupé, tantôt triomphant et réellement terrifiant, ou encore les aventures merveilleuses et féeriques, de celles qu'on racontait volontiers aux enfants...


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Date de parution 30 avril 2014
Nombre de visites sur la page 89
EAN13 9782365729437
Langue Français

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Hervé Berteaux
Les contes populaires du
Poitou
Prologue
04 NR 4712 4806
ou les mémoires de Noël Rimonot,
raconteur-cueilleur en Poitou.
Ol ét pa li çhi cope le farci !
Noël Rimonot ? Il est de ma famille, au titre d’un grand oncle poitevin que je n’ai point connu mais qui a une grande influence sur mes prése nts métiers d’écrivain et de raconteur.
Ce que je sais de lui, je le dois à ce que m’en rac onte mon père qui avait le privilège d’être assis sur ses genoux, les jours où le grand- oncle venait causer à la veillée plutôt que de rester tout seul dans sa cambuse, à ruminer une solitude contrainte et cependant admise.
Peu de temps après la libération…
Noël n’a pas de femme attitrée et s’en accommode. P our compenser ce que les conventions imposent en tout bon village, les solit aires, hommes ou femmes, étant généralement considérés comme suspects, il lui faut juste, de temps à autre, téter quelque goutte d’affection maternelle, dans la chal eur de la demeure familiale.
La mère, mon arrière grand-mère donc, veuve depuis l’entre-deux guerres, accueille toujours son fils. Sans rien lui demander, elle ajo ute machinalement une assiette, au besoin en soupirant, mais plus par principe que par déplaisir. Est-elle d’humeur maussade qu’elle grommelle de sempiternelles formul es comme «Il ne sera jamais bon à marier, ce vieux garçon! », «Quand se passera-t-il enfin de sa mère ! », «Il faudra bien que je meure un jour, comment qu’il fera ?» ou «Il serait temps qu’il grandisse !».
Au plus fort d’une éventuelle ire, elle exhume d’an tiques expressions locales, à la saveur inégalable, dont un efficace «Ol ét pa li çhi cope le farci !qui, au-delà de » couper le «farci», référence à une recette tout aussi indigène que succulente, démontre qu’elle en a assez, vu son âge avancé, de toujours avoir à porter la culotte à la place de l’oncle. Car la brave femme est une vraie campagnar de avec un verbe direct et franc. Elle a le contact simple et bourru, comme le vin du même nom, mais il n’y a pas le moindre grain de méchanceté en elle.
C’est dire si le nuage passe vite. Alors, tous secr ètement, le sourire au coin des lèvres, les anciens comme ceux tout juste arrivés dans la v ie, attendent le moment quasi sacré où la famille se réunit devant l’âtre de la cheminé e.
Noël prend toujours la même chaise, face aux flamme s qui achèvent de lui tanner le visage. Une fois confortablement assis, c’est-à-dir e, calé au fond du siège, jambes et cuisses légèrement écartées, il accomplit toujours le même rituel.
Il retire de la poche droite de son pantalon une vi eille bouffarde. Il se vante à chaque fois de l’avoir acquis pour pas cher, alors qu’elle est en véritable bruyère et qu’elle provient de la ville de Saint-Claude, au cœur d’un lointain Jura où il se promet d’aller effectuer des prospections commerciales en des temp s à venir, sans jamais définir d’échéances précises.
Il remplit la pipe, en tassant dans le foyer, un gr is qui n’est sûrement pas mieux que les pires tabacs qui étaient distribués aux soldats dan s les tranchées des deux guerres d’avant. Enfin, il l’allume pour ne tirer qu’une di zaine de bouffées dont il s’amuse à faire sortir la fumée par les narines, devant les yeux éb ahis des plus petits dont mon père qui s’émerveille également des petits points rouges nés de l’incandescence de l’herbe à
Nicot.
Puis il pose la pipe au sol, au ras des chenets où la combustion se poursuit sans qu’il intervienne car il est temps pour lui de passer à a utre chose.
Noël Rimonot n’est pas un vrai fumeur. En dehors de s heures crépusculaires, et à la condition d’être en la maison maternelle, il n’a cu re, ni de la pipe, ni d’une cigarette, pourtant plus facile à piéger l’homme. Il les oubli e purement et simplement, sans ressentir le moindre manque.
Car fumer relève pour lui de la méditation, le temp s que dans son crâne, se mette en place tout ce qu’il a à partager avec les siens.
Alors, face à la cheminée, il ajoute à l’envol des fumées celui de ses mots, des mots qui sentent aussi bon que la soupe ou le ragoût qui mij otent dans la marmite qui est suspendue à la crémaillère dès qu’un soupçon de feu offre sa chaleur.
Certes, il n’y a rien d’extraordinaire à se réunir ainsi devant l’âtre, surtout aux temps de frimas. Mais il faut bien quelqu’un pour alimenter la conversation pendant que d’autres, généralement les femmes - car c’est encore ainsi da ns les années que j’évoque –, continuent de trimer dans une vie où le farniente n e fait même pas partie des mots du maigre dictionnaire en usage dans les campagnes.
Pendant que Noël raconte, ça rapièce, ça écosse, ça tricote, ça épluche, ça écale…
Avec la magie de son verbe, les petits boulots du s oir avancent vite et les cerveaux se détendent tout en se remplissant de mille et une sa gesses. Ainsi défilent les heures pendant que le temps s’arrête.
Ça tient de la magie et, avant tout, d’un certain talent, celui de Noël Rimonot.
Mais qui est-il vraiment ?
Pour répondre à une telle question, surtout après l e jour singulier où je pris la décision de raconter à mon tour, je m’en posai aussitôt deux autres.
Comment Noël Rimonot devient conteur ou raconteur, mot qu’il préfère au précédent ? Comment fait-il pour acquérir tant et tant de matiè res à histoires et à contes pour que, des années après, mon père se souvienne avec autant d’émotion que de précision, de n’avoir jamais entendu deux fois le même récit, ou exceptionnellement selon des versions très différentes ?
J’obtiens facilement la première réponse. Car tout est écrit sur une vieille carte postale accompagnée d’une lettre, les deux envoyées par l’o ncle à un de ses amis d’un village voisin. Je pourrais dire « rapide », mais l’adjecti f me paraît inadapté, attendu que la vocation de Noël Rimonot s’est décidée sans son con sentement, suite à une étonnante histoire de «lumas », ntendent point leen l’occurrence des escargots pour ceux qui n’e patois de son Poitou natal.