Il n'y a qu'un soleil sur terre

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Français
134 pages
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Description

Les Kel-Adagh vivent dans "l'Adrar des Iforas", dans la région de Kidal, ville du même nom située à 1600 km environ de la capitale du Mali, Bamako. L'Adagh est renommé pour l'abondance et la qualité de sa littérature orale. Cette littérature constitue la cheville ouvrière de l'éducation traditionnelle qui vise à bâtir l'enfant à l'image de l'homme. Dans l'Adagh, les contes, les proverbes, les devinettes, la poésie, la musique... ne sont pas l'apanage d'une couche sociale particulière.

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Informations

Publié par
Date de parution 15 janvier 2010
Nombre de lectures 24
EAN13 9782296248694
Langue Français
Poids de l'ouvrage 16 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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LA DUNE VERTE

Les conflits récurrents font du Nord-Mali et de
l’étendue sahélo-saharienne une zone de convulsions
par excellence. Méconnaissance des cultures
spécifiques, problèmes de développement, déficit
d’intégration des diversités, les raisons en sont multiples.
Vaincre les idées reçues et engager un débat d’idées
pacificateur sur cet espace suppose que soit
documentée la mémoire des sociétés concernées.
La collection «La dune verte» veut y contribuer
en favorisant l’émergence de leaders pacifistes et la
connaissance de soi et de l’autre à travers le livre.

REMERCIEMENTS

En plus des personnes citées dans la première édition,
jetiens à remerciertrès sincèrementRhalyAg
Ibrahim etAttaher Ag Adahi pour leurtravail de relecture
destextestamasheqs, et toutes les autres personnes
qui, de loin oude près, ontcontribué à la réalisation
de cette œuvre.

INTRODUCTION

Cet ouvrage rassemble des contes, des proverbes et
des devinettes du monde touareg dans lesquels
sere1
connaissent particulièrement les Kel-Adagh .
Les proverbes et les devinettes ont été collectés à
l’occasion de plusieurs veillées où se rencontrent
jeunes et vieux. Les premiers doivent écouter
attentivement les anciens, afin d’enregistrer et de transmettre
un jour à leur tour ce répertoire de la littérature orale.
Les conteurs choisissent de façon pédagogique les
thèmes qui doivent servir de support à chaque séance.
Tout semble improvisé alors qu’il s’agit en réalité
d’une véritable école en plein air. Ces récits sont
toujours accompagnés d’une gestuelle qui en accentue les
temps forts émotionnellement, avec des mimes et des
sons propres à chaque conteur.
La quête de ces documents poursuivait deux
objectifs :d’une part, contribuer à la sauvegarde et à la

1. Kelsignifie « gens de »,Kel-Adagh« gens de l’Adrar des
Iforas ».

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diffusion du patrimoine culturel touareg, de sa langue
et de ses productions littéraires (contes, poésies,
proverbes, devinettes...); d’autre part, favoriser la
constitution d’un corpus qui puisse servir de support à la
recherche comparative en linguistique et en littérature.
Pour la publication, nous n’avons pas retenu la
traduction mot à mot, qui aurait alourdi la lecture.
Nous avons essayé de garder l’esprit de la langue
vernaculaire, qu’il n’est pas toujours aisé de transposer
en français. Les images et les expressions difficiles à
traduire font l’objet d’un commentaire plus précis.

Les auteurs des contes
Si la trame des contes est transmise de génération
en génération, chacun improvise et lui donne une
forme personnalisée.
Farta WaletMohamed, née en 1933, appartient
à latribudes Kel-Eghacher de Doussakat(région de
Kidal). Elle a grandi àTessalit, mais pour des raisons
familiales elle avécuplusieurs années entre Gao,
Ansongo etTessit. Fatta estl’auteure des contes «Le
chacal etle lion» et« Lemouton etl’hyène ».
Mariam WaletAlhousseïni, née en 1960à
Tessit(Ansongo), estde latribudes Kel-Tabakat. Cette
jeune dame, qui s’intéresse beaucoup à la culture de
son peuple, écoute attentivementles anciens
etreprend à son aise leurs récits devantles jeunes. Elle est
l’auteure de «« L’ogresseL’ânesse »,auxseptfilles »et
« Leparalytique ».

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Mossa Ag Iblayad, né en 1955 à Afara (Tessalit), a
un amour particulier pour l’élevage et la brousse. Cet
homme que nous appelonslibăr(déformation
touarègue de «livre »),dispose d’un important répertoire
qu’il a parfaitement mémorisé. Il nous a confié
plusieurs contes dont celui du «chacal et du beau-père».
Aïchatou Walet Moussa, née en 1975 à Tessit, s’est
très tôt intéressée aux contes del’Adagh et
duDendi que lui enseignaitsa mère.Elle nous a livré deux
contes, «Lest» erois amistliè« Levre etle singe».
Lestextes ontététranscrits selon les notations
officielles envigueur auMali, avec quelques
amendements que nous signalerons ci-dessous.

Présentation de l’Adagh
Avantd’aborder l’essentiel de cetouvrage, nous
avons jugéutile de présentertrès brièvementla région
de l’Adagh etsa société.
L’Adagh – appelé en français « Adrar des Iforas » –,
se confond sur la carte duMali avec le cercle de
Kidal, qui a ét91-é érigé en région par l’ordonnance n°
039/C.T.S.P. du8 août1991 (journalL’Indépendant
n° 154,22janvier 1998).
Adaghveutdire «montC’esagne ».t une région
montagneuse dontle plus hautsommet, le
montEssal, culmine à 950m d’altitude.
Cette région estlimitée aunord par le Tanezrouft
algérien, ausud etausud-ouestpar lavallée
duTelem

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si, à l’ouest par le bassin deTaoudenit, à l’est et au
sudest par la frontière du Niger et le cercle de Ménaka.
Kidal, le centre régional, est à 1 200 km environ
de la capitale du Mali,Bamako.
2
Pourune superficie de260 000km ,l’Adagh
2
compte environ 53 000habitantsois ,t une densité
2
de0,2hab./km .
Dans la région, deuxsaisons partagentl’année :
une saison des pluies qui dure à peinetrois mois
(juillet-septembre) avec des précipitationstrès faibles
(50à 150mm par an) et une saison sèche, la plus
longue, qui dure d’octobre à juin.
Les Kel-Adaghviventà la lisière duSahara
algérien dans des conditions naturelles extrêmes. Plus
connus sous le nom de «Touils se nommenaregs »,t
eux-mêmes aujourd’hui «« ceKel-Tamasheq »,uxde la
languetamashèque ».
Les Kel-Tamasheq constituentdavantage
aujourd’huiune entité linguistique etculturelle
qu’ethnique oupolitique. L’Adagh formeune confédération
qui se compose d’unetribuguerrière suzeraine et
de plusieurs autrestribus plus oumoins inféodées.
Dans l’Adagh, celle des Tawsetcomprend plusieurs
campements composés de familles issues d’un même
ancêtre.
La fédération des Kel-Adagh comporte encore
aujourd’hui plusieurstribus composées chacune de

2. Chiffres durecensementde la population etde l’habitatde
1998. Le dernier esten cours en décembre2009.

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nombreuses fractions (144 actuellement) dont les
plus importantes sont les Ifoghas, les Idnan, les
Taghat-Mallat, les Ifirgoumissen…
Les Kel-Adagh se caractérisent
traditionnellement par une catégorisation sociale très marquée où
chacun a une place bien définie. Cette catégorisation
montre très nettement la complémentarité des
différentes couches sociales en raison de larépartition
des tâches : à chaque statut correspond une fonction.
Nous distinguons cinq catégories sociales:
– les Ifoghas, en haut de l’échelle sociale, guerriers
garantissant la protection et la sécurité des autres
groupes en échange du paiement d’un tribut, appelétiwsé,
sous la forme de grain, de bétail, de beurre…;
– les Imghad, vassaux, spécialisés dans l’élevage du
petit bétail et soutenant les guerriers en cas de guerre;
– les Inisliman, religieux et lettrés en arabe, souvent
appelés «marabouts ».Ils enseignent le Coran et
s’occupent surtout des questions de jurisprudence
musulmane ;
– les Inhadan, appelés à tort «forgerons »,artisans
polyvalents. Ils produisent tous les objets nomades. Ils
sont spécialisés dans le travail du cuir, du bois, de la
fonte et de la bijouterie d’argent.
– lesEklan,très peunombreuxdans l’Adagh, anciens
esclaves ouserviteurs exécutant tous
lestravauxdomestiques de leurs maîtres, en particulier le
gardiennage etl’abreuvementdestroupeaux.

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