Les Contes populaires du Limousin

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On dit souvent que la Marche et le Limousin sont deux provinces jumelles. S'il y a bien un domaine où cette affirmation est vraie, c'est le conte populaire, tant les échanges de tradition orale étaient forts entre nos deux anciennes provinces qui forment aujourd'hui la région Limousin. Le conte populaire est ce conte oral traditionnel et communautaire qui a longtemps régi la création et la circulation des histoires. C'est en fait la littérature de nos ancêtres, il a présidé les veillées de nos campagnes champenoises et ardennaises depuis la nuit des temps jusqu'aux années 1950. Il a aujourd'hui presque disparu. Fort heureusement, à la charnière entre les XIXe et XXe siècles, quelques érudits passionnés de notre folklore ont pris soin de transcrire ces contes à l'écrit, ce qui leur a permis de venir jusqu'à nous, malgré le profond bouleversement de nos sociétés rurales qui ont rompu la transmission séculaire de ces contes par le bouche-à-oreille. Tout au long de ces pages, vous découvrirez ces récits qui faisaient le charme des veillées d'autrefois, et l'âme des campagnes.


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Date de parution 05 novembre 2013
Nombre de visites sur la page 341
EAN13 9782365729345
Langue Français

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Les contes populaires du Limousin, Haute-Vienne, Corrèze & Creuse
Jean-Pierre Baldit
Avant-propos
Limousin et Marche, deux provinces sœurs
Les contes proposés dans cet ouvrage ont été collec tés dans l’actuel Limousin administratif ou à proximité de celui-ci. Le Limous in républicain reprend pour l’essentiel deux vieilles provinces de l’Ancien Régime : la Mar che et le Limousin. On dit souvent de ces deux anciennes provinces qu’elles étaient sœurs , et même sœurs jumelles puisque toutes deux sont issues d’une même matrice, l’antiq ue cité gallo-romaine des Lémovices dont Augustoritum (le gué d’Auguste, sur la Vienne) , la future Limoges, était déjà la capitale. Séparées par l’histoire pendant dix siècl es, elles se sont retrouvées réunies par e la régionalisation du XX siècle, en reprenant à peu de choses près les fron tières antiques qui furent également celles du diocèse de Limoges, avant la création du petit diocèse de Tulle. L’actuelle région Limousin a cert es perdu le Confolentais (rattaché au département de la Charente et singulièrement dénomm é « Charente limousine ») et le Nontronnais (département de la Dordogne), ainsi que quelques paroisses marchoises intégrées dans les départements de la Vienne et de l’Indre, mais elle a gagné quelques franges poitevines, berrichonnes et auvergnates que les révolutionnaires de 1789 avaient agglomérées à la Haute-Marche pour forger le département de la Creuse.
Le Limousin est donc très ancien, reprenant probabl ement les mêmes limites, au demeurant fluctuantes, du territoire de la tribu ga uloise des Lémovices (les « hommes des marais » d’après l’étymologie). La cité gallo-romaine qui lui succède est intégrée à la province d’Aquitaine et ne la quittera plus jusqu’à sa complète absorption par la couronne de France. Elle en partagera longtemps la volonté d ’indépendance et une forte hostilité à la puissance franque, prêtant main forte à toutes l es entreprises indépendantistes du haut Moyen-âge, depuis Gondovald, le « roi de Brive » (584 -585) jusqu’au duc Waïfre (760-768), tous deux vaincus par les Francs à la su ite de trahisons et tous deux exaltés dans une légende dorée : le magnanime mais trop hés itant Gondovald et Waïfre ce « géant magnifique, ardent, impétueux, luxueusement paré » (Joseph Nouaillac, Histoire du Limousin).
Comprenant l’irrédentisme régional, Charlemagne ins titue en 778 un royaume d’Aquitaine sur le trône duquel il place son fils Louis le Pieu x, qui se plaisait à résider près de Limoges, en son domaine de Jocundiac (Le Palais-sur -Vienne). Cet État jouira d’une indépendance plus formelle que réelle et sera l’obj et d’une nouvelle guerre féroce entre
l’héritier légitime, Pépin II, un petit-fils de Lou is, qui est lui-même devenu entre temps empereur, et le fils puîné de ce dernier, Charles l e Chauve. Finalement Charles triomphera de Pépin II et imposera son propre fils comme roi d’Aquitaine : il le fera couronner en la cathédrale de Limoges en 855, insti tuant ainsi une tradition que poursuivront les ducs d’Aquitaine qui succéderont a u défunt royaume ; ducs qui seront brièvement de la famille des comtes de Toulouse pui s de celle des comtes de Poitiers, de la dynastie des Guilhem (ou Guillaume). C’est pa r leur descendante, Aliénor d’Aquitaine, divorcée du roi de France Louis VII et remariée en 1152 au comte d’Anjou Henri Plantagenêt, que le Limousin intègre de facto sinon de jure la couronne d’Angleterre, lorsque Henri accède au trône en 1158 sous le nom d’Henri II. Dès 1169, leur fils Richard Cœur de Lion est couronné à Limog es et tente de réorganiser non sans difficulté et sans duplicité un État aquitain quasi indépendant. Mais ses hésitations et ses volte-face (ne l’a-t-on point surnommé « Oc e no », Oui et non ?) lui attirent bien des déboires et bien des inimitiés, à commencer par cel le de son jeune frère, le beau et raffiné Henri le Jeune qui finira dans l’infamie et les remords. Plusieurs chroniques, mais aussi de nombreux poèmes de troubadours et notammen t de Bertran de Born, nous narrent ces tumultueux épisodes qui firent souffrir les populations limousines mais alimentent la geste des Plantagenêt. La fin de l’hi stoire fut tragique pour les Anglo-Angevins : si Richard acheta le comté de la Marche au dernier des comtes de la première lignée, son frère Jean Sans Terre perdit la quasi-totalité des terres d’Aquitaine.
Les Plantagenêt tentèrent bien un retour en s’allia nt aux puissants Lusignan, qui avaient constitué un vaste État au nord de l’Aquitaine, all ant de la Haute Marche à l’île d’Oléron en intégrant Poitou, Angoumois et Saintonge : le co mte Hugues X prit en effet pour épouse la veuve de Jean Sans Terre, surnommée « la Dame de la Marche », mère du roi d’Angleterre Henri III et ennemie jurée de Blanche de Castille. Mais cette dernière imposa son pouvoir grâce à la victoire de son fils, le futur Saint Louis, à Taillebourg.
Dès lors et malgré les troubles de la guerre de Cen t Ans qui font passer le Limousin d’une souveraineté à l’autre, c’en est fait de l’in dépendance limousine. La guerre, qui est d’abord une guerre civile entre féodaux défendant l eurs intérêts propres au gré des circonstances, ravage un pays par ailleurs accablé par la misère, les famines et les épidémies. La grande peste fait disparaître plus du tiers de la population, l’identité régionale se dissout, le français s’impose dans l’é crit, la province commence à plonger dans l’obscurité de plusieurs siècles d’oubli et de misère qui culmineront dans ce sinistre e XVII siècle que certains se plaisent à qualifier encore de Grand Siècle. De la régence brouillonne de Marie de Médicis à la mort du « roi soleil », les impôts qui s’abattent sur le peuple auront été multipliés par seize, entre l’obs ession centralisatrice de Richelieu, la cupidité criminelle de Mazarin et de Colbert et la vanité prodigue et belliqueuse de Louis XIV ! Le Limousin, agité par la révolte des C roquants et de nombreuses autres émeutes anti-fiscales et accablé par une de ses plu s dures famines, devient alors une terre d’émigration qu’on ne cessera plus de quitter pour de longs mois, puis e d’abandonner définitivement. L’action des intendant s du XVIII siècle, et singulièrement celle d’un Turgot trop encensé par la postérité, n’ y changeront pas grand-chose. Leur
obsession libre-échangiste et leur prédilection pou r les cultures, et singulièrement un blé qui pousse difficilement sur les sols acides et fra is de la région, ne correspondent guère aux potentialités et aux intérêts d’une province qu i adhérera en profondeur aux idéaux républicains avant de se livrer à des espérances so cialistes demeurées insatisfaites.
La Marche, sœur cadette ou si l’on veut fille du Li mousin, naquit une première fois et de e façon éphémère au IX siècle, d’une volonté politique des souverains car olingiens du royaume d’Aquitaine, dont le Limousin était la prov ince la plus nordique, d’établir sur un territoire frontalier un pouvoir unique concentré d ans les mains d’un seul fonctionnaire, le « marquis ». C’est d’ailleurs là tout le sens d’une « marche » dans l’administration carolingienne. Et quand, à la fin du siècle suivant , un petit seigneur poitevin, le sire de Charroux, se taille un imposant fief sur les bordur es nord-est d’une Aquitaine devenue simple duché, mais toujours animée d’un fort sentim ent autonomiste, et qu’il s’arroge le titre de comte, il va le dénommer comté de la March e et plus précisément de la Marche limousine. Encouragée, semble-t-il, dans cette entr eprise par les ducs d’Aquitaine, la maison de Charroux se heurtera à son voisin immédia t, le comte de Limoges aux dépens duquel la Marche s’est constituée. Aussi, face au c omté de Limoges tout comme face à un Berry déjà capté par les rois de France, les com tes de la Marche établiront-ils des lignes de forteresses puissantes, qui justifient am plement le nom qu’ils ont choisi de donner à leur province, bien que ce nom puisse para ître totalement anachronique vers l’an Mil !
Cependant, dès l’origine, la Marche souffre de lour ds handicaps : elle s’étire démesurément d’ouest en est sur des terroirs pauvre s et peu peuplés et ne possède aucune ville digne de ce nom, même si Charroux, à l ’époque, bénéficie d’un grand renom grâce aux insignes reliques christiques que possède son abbaye et aux importants pèlerinages qu’elles ont engendrés. Plus grave enco re, le jeune comté est divisé en deux parties que séparent des fiefs limousins et poitevi ns : ainsi, très tôt vont s’affirmer à l’ouest une Basse Marche autour de Bellac et Le Dor at, et une Haute Marche à l’est, autour de Guéret et Ahun, qui connaîtront des desti ns différents. La Basse Marche restera plus ou moins dans l’orbite « aquitaine », poitevine et limousine, conservant par exemple le droit écrit méridional sur une grande pa rtie de son territoire (Bellac), et n’adoptant la coutume du Poitou qu’au nord de la Ga rtempe, ou maintenant jusqu’à nos jours des toitures de tuiles romaines. La Haute Mar che, pour sa part, sera assez tôt captée par les sires de Bourbon et intégrée de ce f ait à un ensemble plus nordique dont elle restera un arrière-pays montagneux et miséreux , souffrant d’un droit coutumier propre particulièrement sévère établi à la fin du M oyen Âge. L’habitat rural passera tardivement des couvertures en chaume à la petite a rdoise bleutée ou à la tuile plate (de Roanne ou berrichonne) avec ici ou là l’utilisation de bardeaux de châtaigniers comme en Limousin.
Les deux fiefs attribués très tôt à des seigneurs d ifférents parviendront à étendre leur territoire respectif au cours du Moyen Âge, la Bass e Marche jusqu’à atteindre en certains points le cours de la Vienne et s’approcher de quel ques lieux de Limoges et la Haute Marche en absorbant la ville d’Aubusson tant célébr ée par les troubadours et sa vicomté