Classe franco-américaine

Classe franco-américaine

-

Livres
760 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

André Girod témoigne. Cet ancien professeur des écoles nous raconte comment il a réussi ce pari un peu fou: envoyer des petits Français d’une dizaine d’années de l’autre côté de l’Atlantique, à la conquête des États-Unis. De 1977 à 2001, près de 40 000 Français et autant d’Américains ont participé à cette aventure. Aujourd’hui, André Girod s’est lancé un nouveau défi: retrouver ces enfants devenus grands et les faire parler. Ce livre rassemble avec humour et nostalgie une multitude d’anecdotes et de souvenirs sur la découverte de l’autre. Ce livre-mémoire est un hommage aux voyages et aux échanges internationaux. Le programme pionnier développé par André Girod trouve une résonance particulière dans un monde de plus en plus globalisé. Entre spontanéité et lucidité, découvrez comment de simples voyages ont véritablement réussi à former une partie de la jeunesse française.

Sujets

Informations

Publié par
Ajouté le 28 novembre 2013
Nombre de lectures 431
EAN13 9782748353303
Langue Français
Signaler un abus












Classe
franco-américaine André Girod










Classe
franco-américaine

Back to back
French American class
















Publibook Retrouvez notre catalogue sur le site des Éditions Publibook :




http://www.publibook.com




Ce texte publié par les Éditions Publibook est protégé par les
lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son
impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et
limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou
copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une
contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les
textes susvisés et notamment le Code français de la propriété
intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la
protection des droits d’auteur.





Éditions Publibook
14, rue des Volontaires
75015 PARIS – France
Tél. : +33 (0)1 53 69 65 55






IDDN.FR.010.0114728.000.R.P.2010.030.40000




Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2010


Retrouvez l’auteur sur son site Internet :
http://andre-girod.publibook.com














1977-2001

« L’Amérique vue par des enfants français de dix ans »


À la mémoire de Philippe Séguin, qui a joué un rôle
important dans la réussite des classes franco-américaines.
Ma reconnaissance et mon amitié.


À Chantal, Nathalie, Laurence et Magali
Je dédie ce livre à mes quatre filles qui,
depuis leur tendre enfance, ont vécu, au jour le jour,
les classes franco-américaines.

À tous nos bons moments passés ensemble.
13


Messages de soutien



Le programme des classes franco-américaines n’aurait
jamais vu le jour en France, sans une participation active
de décideurs : Mairies, Inspections, Ministère de
l’Éducation Nationale.
Elles n’auraient pas eu lieu non plus, sans la confiance
des enseignants, parents et enfin enfants. Ce fut ce travail
collectif, chacun dans son domaine, qui permit d’offrir à
nos CM1/CM2 cette formidable aventure : partir en
Amérique à 10 ans !
Le fondateur les remercie profondément d’avoir vu,
dans cette idée quelque peu farfelue, un avenir possible à
l’apprentissage des langues étrangères dans les écoles
primaires.
Les témoignages des Maires, parents, enseignants et
surtout enfants (devenus adultes) seront utilisés, je
l’espère, à bon escient dans les divers chapitres de ce livre.

Paroles aux plus fervents défenseurs du programme :

M. André Santini, Maire d’Issy-les-Moulineaux,
Secrétaire d’État chargé de la Fonction Publique :
« C’est pour moi un grand honneur de pouvoir faire
figurer ces quelques mots dans la préface du 2e volume
de vos mémoires.
Si je conserve, de votre passage à Issy, le souvenir de
votre engagement au service des enfants, je me rappelle
surtout de vous comme la personne ayant initié les
échanges franco-américains dans notre ville.
15 Aussi tenais-je à vous adresser mes plus sincères
félicitations pour le partenariat réussi que vous aviez mis
en place avec la ville de Neenah dans le Wisconsin.
Il a été à l’origine de nombreux échanges
linguistiques, qui se sont, depuis, développés à Issy, avec
6 de nos villes jumelles.
En 2008, ce sont plus de 200 collégiens et lycéens
étrangers qui ont été accueillis dans notre ville et autant
d’enfants Isséens qui sont partis à la découverte de nos
Cités sœurs. Depuis 2002, près de 3 000 jeunes ont ainsi
participé à ces différents séjours pédagogiques et
culturels. Voyez combien vous avez contribué à
l’ouverture sur le monde, d’Issy-les-Moulineaux !
Au nom des Isséens, permettez-moi de vous en
remercier très sincèrement. »

M. Patrick Balkany, Député-Maire de
LevalloisPerret :
« Des classes levalloisiennes entières sont parties pour
les États-Unis et nous avons reçu des classes de jeunes
américains. Ces échanges ont favorisé l’ouverture
d’esprit des uns et des autres et la découverte de la
culture des deux pays.
Je me souviens encore, à l’issue des séjours, des
larmes déchirantes des enfants lorsqu’ils devaient se
séparer.
Je peux témoigner que nombre de familles
américaines et levalloisiennes sont restées en contact et
qu’aujourd’hui encore, des jeunes Levalloisiens partent
pour les États-Unis retrouver leurs amis, qui,
euxmêmes, viennent régulièrement à Levallois. »

M. Georges Lenormand, Maire de Sèvres :
« Nous sommes persuadés que de tels contacts
peuvent être profitables aussi bien sur le plan
linguistique que pour une bonne compréhension et une
meilleure connaissance entre les enfants de deux pays. »
16
Me Gorce-Franklin, Mairie de Neuilly sur Seine :
« C’est avec beaucoup de joie qu’il peut être constaté
que vous avez continué cette longue tradition à laquelle
nous sommes très attachés entre la France et les
ÉtatsUnis, amitié nouée dans la joie. »

M. Hervé de Charette, Ancien Ministre, Député de
Maine-et-Loire :
« Mon épouse et moi-même, avons toujours été
convaincus de l’importance que revêt la maîtrise de
l’anglais dans le monde d’aujourd’hui. Soucieux d’offrir
les meilleures opportunités à notre fille Camille, nous
avons été particulièrement heureux qu’elle puisse
participer à un échange franco-américain grâce à votre
programme. La qualité de l’encadrement et l’originalité
de cette démarche méritent grandement d’être soulignés
et nous savons à quel point cette expérience a été
déterminante pour l’avenir de Camille. »

M. Philippe Séguin, ancien Maire d’Épinal, Président
de la Cour des Comptes :
« Je conserve le souvenir de votre action en tant que
président des classes franco-américaines. »

M. Elvezi, Conseiller Général du Jura :
« Expérience intéressante surtout par le fait qu’il
s’agit d’enfants et constitue un grand intérêt pour
l’avenir. »

Martine Goutalier, Inspectrice, spécialiste de
l’enseignement de l’anglais à Paris :
« Avec un soin méticuleux, une opiniâtreté
indéfectible et une générosité sans bornes, André Girod a
organisé des échanges scolaires qui restent à mes yeux
des « modèles du genre ». Pour que les contacts restent
fructueux et que la compréhension entre les jeunes des
17 deux pays s’instaure, rien ne doit être laissé au hasard et
il n’a jamais permis qu’un grain de sable ne grippe un
ensemble mis au point patiemment. »

Dr Irving Miller, superintendant de Homewood,
Illinois, dans le « American school Board Journal », le
journal des inspecteurs généraux aux États-Unis :
« For the children, the program is an adventure in
learning both about themselves and about others. The
whole community gets involved. In Homewood, welcome
signs appear in store windows, various public officials
take part in a community reception and members of the
community greet children as they walk and shop in town
with their American families. »

Dr Alfeida Frost, Superintendent of Grosse Pointe
Farms school District, Michigan :
« I have admired your beliefs and risk-taking and
perseverance to make Back to Back a meaningful and
successful program for those who participated.
I remember meeting you for the first time in my
Grosse Pointe office. We were pleased that we passed our
« Test ». »

Dr Helen Ditzhazy, Asst Superintendent for
Instruction, Jackson, Michigan :
« I would say that the French-American class is an
invaluable experience for our children. »

Bill Koubek, Manning school Principal, Westmont,
Illinois :
« When they learned of the opportunities to expand
their children’s horizons the community of Westmont, IL
supported the program with zeal. »
18


Quelques mots du fondateur
et des anciens participants



À considérer l’ampleur considérable prise par le
programme de la classe franco-américaine et les souvenirs
que cette unique expérience engrangea dans la mémoire de
milliers d’enfants français (près de 40 000 !) et américains
(le même nombre !), l’auteur de ce tsunami pédagogique
se devait d’en laisser une trace écrite.

Après la description des difficiles débuts dans son
premier volume : « Classe de neige franco-américaine »,
il se donna comme mission de rassembler le plus grand
nombre de témoignages possibles pour faire revivre cette
folle aventure : faire partir des gamins de 10 ans aux
ÉtatsUnis pendant l’année scolaire ! Et faire venir des gamins
américains en France !

Géraldine (École Pasteur, Melun/Atkinson school,
Freeport, New York, 1990) souligne ce fait unique avec
justesse :
« Il faut se rappeler qu’en 1990, avoir la possibilité de
visiter les États-Unis était une chance incroyable.
Aujourd’hui, c’est presque devenu commun mais à
l’époque, c’était la première fois que beaucoup d’entre
nous allions prendre l’avion et même visiter un pays
étranger. »

Chère Géraldine, que dire de la première classe qui
tenta cette aventure en 1976, ouvrant ainsi la voie à vous
tous !
19
Cette recherche aurait pu, il y a plus de cinq ans,
s’avérer impossible : comment retrouver, aux quatre coins
de la France et des États-Unis, voire du monde, les anciens
élèves de CM1/CM2 de toute la France, partis dans
quasiment tous les États américains : de la Californie à
New York, de la Floride à l’Alaska en passant par
Chicago, Phœnix, Tullahoma ou Houston !

Des aiguilles dans une gigantesque – échelle
américaine – meule de foin !

Et comment contacter ces petits Américains, encore
plus mobiles que les Français, dans les cinquante États ?

Heureusement que le progrès technologique n’est pas
toujours dirigé vers le pire, mais quelquefois, vers le
meilleur. Alors, grâce aux services exceptionnels de
« Copains d’avant » et à une patience de dentellière,
l’auteur a pu « retrouver » bon nombre d’anciens
participants français.
Les réponses provinrent des quatre coins du globe.
Cécile (Ville d’Avray) répond de Singapour, Sidonie
(Sanary sur Mer) d’Australie, Jérémie (Levallois) de
Charlotte, NC, USA, François (Jaux) de Shengen, Chine,
Baptiste (Paris) de Dublin, Irlande, Émilie (Deyvillers) de
Southend on Sea, Angleterre, Lydia (Paris) de Londres,
Alexandre (Neuilly) de New York, Jérôme (Versailles) de
New York, Magali (Perthes en Gâtinais) de New York,
Jean Renaud (Noisy-le-Roi) du Canada, Franklin
(Montigny les Metz) de Londres, Julien (Dijon) de
Londres, Alexandre (Paris) de Jérusalem, Morgane
(Boulogne) de Long Beach, California, et enfin Timothee
(Montmorency) de Krakow où il est « livreur de gambas
en milieu aride » (sic).

20 Puis, un mot fut envoyé aux mairies qui avaient,
pendant de longues années, participé, leur demandant de
faire appel à témoignages. Dans leurs bulletins
municipaux, une annonce fut passée et donna de bons
résultats.

L’inspecteur d’Issy-les-Moulineaux qui approuva tout
de suite l’idée de la classe franco-américaine :
« Je suis tombé sur l’annonce de « Point d’accueil »
et j’ai vu que vous recherchiez des témoignages. »


La mère de Natacha (École le Cèdre,
Noisy-leRoi/Heritage school, Medina, Ohio 1992) :
« En faisant des rangements, il y a quelques jours, je
suis tombée sur la photo de groupe du séjour de ma fille
à Medina en mai 1992 et le lendemain, j’ai lu dans le
journal de Noisy-le-Roi, votre appel à témoins. »

Lina, mère de Janice (École F. Buisson, Levallois
92/Forest Road school, La Grange, Illinois 1988) :
« En feuilletant « l’info Levallois » de
septembre 2009, je suis tombée sur l’article « classes
franco-américaines ». En effet ma fille Janice a participé
à ce programme en 1988 : elle était alors âgée de 11
ans. »


Anne (École le Cèdre, Noisy-le-Roi 78/Heritage
school, Medina, Ohio 1981) :
« Je vous écris rapidement suite à votre appel à
témoignage dans la revue de Noisy.
Si vous avez un profil sur ‘Facebook’, nous serions
ravis de vous accueillir sur notre groupe « Peanuts ».
En 1981, nous sommes partis à Medina avec Mme M.
Elle a toujours gardé le groupe ensemble, elle a donc
21 créé avec nous, le groupe des Peanuts. Nous nous
retrouvions ensemble pour des activités diverses et nous
récoltions même les sous de nos voyages en vendant
du… pop-corn… à la foire à la brocante de Noisy ! Ce
qui nous a permis, mine de rien, de repartir les années
suivantes, tous ensemble en week-end à Fontainebleau,
en vacances en montagne, en campagne, en Angleterre !
Aujourd’hui, nous sommes 18 sur notre groupe
Peanuts de Facebook ! »

Quel témoignage qui montre que, presque partout, le
voyage en Amérique avait forgé des liens très forts entre
les enfants et leur enseignant !

Benoît (École Louis Blanc, Paris 75 010/Fren Persons
school, Olivet, Michigan 1992) en tire la même
conclusion :
« Pour nous, notre classe FA est un souvenir
impérissable et ancré dans nos cœurs à jamais. En CM2,
nous ne pensions à aucun instant à cette aventure que
nous allions vivre avec des Américains du même âge que
nous mais d’une culture différente.
Nous sommes tous soudés aujourd’hui par ce
sentiment d’avoir partagé ces moments exclusifs, c’est
pour cela que l’on se voit régulièrement 15 ans après,
comme si chaque enfant que l’on était, se retrouvait
fraternisé à chacun grâce à ce voyage ! »

Nous verrons qu’avec l’équivalent américain :
« Facebook », ce fut une autre paire de manches !

Mais à la lecture de mon premier message, telle une
bouteille jetée à la mer et retrouvée sur une plage des
antipodes, qui donnait le nom du correspondant, son école,
sa ville et les dates du séjour du Français en Amérique, le
destinataire paniquait un peu et se faisait du souci :
22 message de la DGSE, de la CIA, enquête du FBI, des
services d’émigration, des services fiscaux ? Qui pouvait
connaître des détails aussi précis de ce qui s’était passé, il
y a dix, vingt, trente ans ?

Anthony (École du Coudray, Nantes 44/Miller school,
Canton-Plymouth, Michigan, 1989) par sa réponse du
12 juillet 2009 (vingt ans après), traduit l’effet de ce
mystérieux message :
« Quelle surprise en recevant ce mail ! Comment
avez-vous fait pour me retrouver ainsi que le nom de
mon correspondant ? En tout cas, c’est un voyage qui a
marqué ma vie et je m’en rappelle comme si c’était
hier ! »

Karine (École du Viaduc, St-Germain 78/Emerson
school, Elmhurst, Illinois 1986) :
« Depuis votre premier message, des souvenirs me
reviennent chaque jour… que j’avais oublié. Le plus
drôle c’est que ce matin, j’ai rencontré la femme de
M. T. (son instituteur). Ils habitent toujours St-Germain !
Hier soir, en fouillant dans mes albums photos, j’ai
retrouvé celui que ma correspondante m’avait fait avant
que je ne quitte Elmhurst. À l’époque, je ne connaissais
pas le « scrapbooking » et ça m’a fait drôle de parcourir
ces quelques pages de mon passé ou plutôt du sien ! Elle
y a même collé des pièces américaines (mais le billet
d’un dollar a bizarrement disparu !!!) »

Comme on dit en français populaire, l’envoi en a
« bouché un coin » à plus d’un : c’est le cas de Julie (cas
exceptionnel dans nos annales car Julie était l’une des
triplés qui partirent ensemble aux États-Unis avec la
classe. Quelle confiance de la part des parents d’avoir
laissé partir leurs trois enfants ensemble pour cette
fabuleuse aventure : avion, séjour dans trois familles
23 différentes ! Un grand merci aux parents pour la confiance
qu’ils avaient placée en nous) :

Julie (École des Cottages, Suresnes 92/Southview
School, Anderson, Indiana 1984) :
« ça alors, je suis épatée que vous ayez autant
d’infos ! Je fais suivre le message à mes frère et sœur
ainsi qu’aux anciens de cette classe franco-américaine
dont j’ai encore les coordonnées. »

Fabienne (École Paul Langevin, Le Chesnay 78/South
school, Mandeville, Louisiane 1994) :
« J’ai été très surprise de votre mail. Comment
avezvous trouvé ces informations ? »

Jerôme (École Rompois, Blanzy 71/Blackhawk
school, Park Forest, Illinois 1991) :
« Effectivement, vous êtes bien renseigné !!!
Mais je n’ai pas très bien compris qui vous êtes ???
Il est vrai que je repense souvent à cet échange et
envisage de retrouver mon “correspondant”. »

Cette démarche se reproduisit souvent : faire passer le
mot, d’où effet boule de neige !

Sauf pour Jérémy (École Kersabiec, Lorient 56/Frost
school, Jackson, Michigan 1994) qui, avec un humour
noir, écrit :
« Pour les anciens de mon année, ils sont presque
tous sur copains d’avant ou en prison ! »

Alice (École du Cloître, Champeaux 77/Sechrist
School, Flagstaff, Arizona 1992) le dit nettement :
« J’aurais besoin d’un peu plus de détails sur le
« comment vous savez que je faisais partie de ce
voyage », il se passe tellement de choses sur Internet que
24 je vois mal parler de ma vie et détailler mon passé à
quelqu’un qui pourrait se faire passer pour quelqu’un
d’autre. »

Marion (École Pasteur, Montmorency 95/Sechrist
School, Flagstaff, Arizona 1991) :
« Je ne comprends pas exactement qui tu es et
comment tu sais que je suis partie en Arizona en 91 et
qui était ma correspondante américaine ? »

Encore de :
Christelle (École Jules Ferry, Ormesson sur Marne
94/Hoben School, Canton, Michigan, 1991) :
« La question, c’est d’où tu connais toutes ces
infos ??? Trop bizarre ! »

Loïc (École mixte, rue Jeanne d’Arc, Paris
75 013/Elementary school, Freedom, Wisc 1988) :
« Comment êtes-vous remonté à moi ? »

Andrew (École Jules Ferry, Clichy 92/Bayard school,
Wilmington, Delaware, 1987) :
« Je suis agréablement surpris de recevoir ton mail.
Nous avons tous, je pense, été marqués par cette
formidable expérience. J’ai fait quelques recherches sur
cette époque et j’ai récemment retrouvé Brian ! »

Géraldine (École Pasteur, Melun 77/Atkinson school,
Freeport, New York 1990) :
« C’est avec plaisir (et aussi beaucoup de surprise)
que j’ai reçu votre mail et je suis ravie de vous faire
partager mes souvenirs. »

Marion (École Pasteur, Montmorency 95/Windermere
school, Columbus, Ohio 1985) :
25 « Grâce à ton message qui me donnait le nom de ma
correspondante avec l’orthographe précise de son nom
(mon souvenir était phonétique !) j’ai pu la retrouver sur
Facebook et une correspondance redémarre entre
nous. »

Carole (École Rompois, Blanzy 71/Blackhawk school,
Park Forest, Illinois 1991) :
« Je vous remercie de m’avoir replongée dans cette
époque, une larme à l’œil pour la nostalgie. Je ne me
rappelle pas qu’un seul d’entre nous soit rentré déçu :
personne n’a jamais regretté de n’être jamais parti en
classe verte ! »

Alice (École la Louvière, Rambouillet 78/Handley
school, Saginaw, Michigan 1992) :
« Merci d’avoir eu l’idée de fonder ces classes
francoaméricaines, j’en garde aujourd’hui un réel bon
souvenir, même 18 ans après. Je suis toujours en contact
avec ma correspondante Sarah et quelquefois, nous nous
énumérons tous nos petits souvenirs de jeunesse… un
mois ensemble, le temps suffisant pour avoir créé des
liens forts à tout jamais. »

Johanna (École Silly, Boulogne 92/Birchwood school,
South Huntington, New York 1987) :
« À l’époque, ce voyage a été très enrichissant et
difficile car étant jeune, il m’a paru dur de quitter mes
parents pendant trois semaines. J’ai beaucoup pleuré ! »

Michaël (École du Viaduc, St-Germain 78/Boulevard
Magnet school, Cleveland Heights, Ohio 1990) :
« Je viens de prendre connaissance de votre e-mail et
je suis à vrai dire agréablement surpris de celui-ci. J’en
ai gardé d’excellents souvenirs. Je pense avoir été
quelque peu privilégié par rapport aux autres enfants de
26 ma classe puisqu’effectivement la mère d’Andy était
professeur de français et vouait un profond amour pour
notre classe. Amour qu’elle a transmis à son fils. »

Aude (École Jules Ferry, Montmorency, 95/Anasazi
school, Scottsdale, Arizona 1993) :
« J’ai vécu là-bas une expérience incroyablement
riche en émotions qui m’a donné le goût du voyage. Une
anecdote : j’ai été piqué par un scorpion lors de mon
séjour : première « épreuve » sans mes parents à côté, ça
m’a indéniablement aidée à grandir sans compter que
cela fait toujours un petit effet lors de dîners. Enfant, je
suis partie 3 semaines en échange sans mes parents et
voilà ce qui m’est arrivé » (soupirs à la fois envieux et
admiratifs des convives !) »

Emmanuel s’inquiète de la rupture du contact, surtout
qu’il est l’un de nos vétérans : il fait partie de la première
classe française partie aux États-Unis : de vrais pionniers,
eles premiers explorateurs modernes du XX siècle ! :

Emmanuel (École de la Croix-Bosset, Sèvres
92/Jefferson school, Cedar Rapids, Iowa, 1977) :
« Bonsoir André,
Si, si, j’ai eu ton mail ! »

Et la plus belle des réponses (29 juin 2009) à ce fameux
mail ! Elle vient de :
Franck (École Carronerie, La Tronche 38/Brooks
Park, Indianapolis, Indiana, 1988) :
« Je suis actuellement aux USA chez… Greg
Hayes !!! (son correspondant d’il y a… 21 ans !). Je n’ai
pas perdu contact et je le vois pratiquement tous les
ans ! »


27 Le résultat idéal recherché par la classe
francoaméricaine : échange et amitié.

J’ai essayé aussi de contacter les enseignants et leur
apparition sur « Copains » est rare. Toutefois, j’en ai
retrouvé quelques-uns et les contacts avec les anciens
élèves m’en ont fait retrouver d’autres.
De Brigitte L. (Enseignante à l’école
DenfertRochereau, Boulogne 92, 1991), :
« Je me demandais bien quel élève pouvait bien
s’appeler André Girod, lors de notre année
francoaméricaine ! Puis j’ai lu votre message et j’ai tout
compris !
Au fait, vous citez l’école des Raguidelles en 1978,
mais vous avez dû connaître ce collègue et ami,
Michel B. qui a été un des pionniers de ces classes avec
vous. »

En effet, Michel B. fut l’un des premiers instituteurs à
oser s’élancer vers l’Amérique avec sa classe. Il participa
de nombreuses années au programme. Un hommage
sincère à cet enseignant exceptionnel depuis peu disparu.

Mais avant de nous quitter, j’ai encore un petit mot de
Michel (École les Raguidelles, Suresnes 92) :
« Eh oui, c’était il y a combien d’années ? À peu près
dix-huit ans quand j’ai fait connaissance avec l’AFAC,
organisme bien neuf et mystérieux à l’époque. C’était
l’aventure avec un A majuscule.
Une classe de neige, cinq échanges soit environ 150
enfants à qui j’ai fait découvrir un petit coin des USA. »

Martine (École Duhamel, Paris 75 004/Mc Kemy
school, Tempe, Arizona 1994) :
« Bravo pour avoir su procurer à tous ces enfants des
joies, des souvenirs inoubliables, des sensations fortes et
28 la chaleur d’une amitié naissante qu’ils conserveront
toute leur vie. »

Liliane (Animatrice bilingue qui accompagna de
nombreuses classes aux USA) :
« Je n’ai pas oublié ma première rencontre avec
l’ACFA en novembre 1983 qui fut le début d’une grande
aventure.
Sans l’association, je n’aurais jamais eu le plaisir de
m’envoler vers Jackson, Michigan, Springfield, Illinois,
Dearborn, Michigan, Edwardsville, Illinois, Plymouth,
Michigan.
Bien moins encore, je n’aurais pu m’asseoir sur le
banc d’une école Amish ! »

Jeaninne (Directrice de l’école St Barthélémy à Nice
06) :
« Tu m’as permis de réaliser un rêve, découvrir
l’Amérique.
Tu m’a permise de vivre une expérience, transporter
ma classe aux USA.
Tu m’as permise de donner un « plus » à mon
école ! »

Marie-Claude (Directrice de l’école la Louvière,
Rambouillet 78 1988) :
« Grâce à toi, j’ai fait les plus merveilleuses classes
transplantées de ma carrière. Ton organisation parfaite,
ta façon d’aplanir les difficultés et de résoudre même les
problèmes les plus insurmontables m’ont toujours
étonnée et ravie. »

Bernard (Enseignant école Émile Zola, Niort
79/Episcopal Day school, Gadsden, Alabama 1994)
29 « Nous ne sommes pas prêts d’oublier ici à Niort qui
nous a permis d’apprécier le fantastique accueil à
Gadsden, Alabama.
Pour nous amener à ce projet, il fallait un personnage
à la fois convaincant et encourageant.
André nous a convaincus grâce à la netteté et la
rigueur de son discours. »

Jeannine (Directrice de l’école primaire, Ecos 27) :
« Quelle bonne fée nous a-t-elle permis de vous
rencontrer ?
Que serions-nous sans vous qui vîntes à notre
rencontre ! Votre initiative a transformé la vie scolaire
de nombreux enfants, l’a ensoleillée et éclairée d’un jour
nouveau ! »

Béatrice (Enseignante à Deuil la Barre 95) :
« C’était : Allô, André ? Alors cette année, c’est
Chicago ou Phœnix ? Washington ou le Montana ? La
Virginie ou l’Alaska ? Hawaï ou Milwaukee ? »

Un Club Med bis !

Claude (Directrice de l’école du Petit Défend,
SaintRaphaël 83 1989) :
« Toute l’équipe de parents, d’élèves et d’enseignants
vous est infiniment reconnaissante de nous avoir apporté
un peu d’imprévu et de découverte dans le monde assez
fade et rigide, somme toute, de l’enseignement en
France.
Mon seul regret c’est que, dès mon départ à la
retraite, tout a été abandonné ! On ne peut faire le
bonheur des gens contre leur gré ! »

Les regrets rejoignent ceux de :
30 Monique (Directrice de l’école du Cèdre,
Noisy-leRoi, 78) :
« Noisy-le-Roi a arrêté le Back to Back en 1999, date
à laquelle je suis partie en retraite. Le nouveau directeur
ne souhaitait pas continuer ! »

Chères Claude et Monique, il fallait des personnes
solides et très ouvertes d’esprit comme vous, pour me
suivre au bout du monde avec leurs gamins. Vous avez été
de celles-là et vos élèves le savent et vous en remercient !
La classe franco-américaine n’était pas pour n’importe
qui !!!

Annie (enseignante à l’École Turcan, Fréjus 83) :
« La classe franco-américaine m’a apporté un
véritable bonheur sur le plan pédagogique et humain. »

Arlette (Enseignante à l’école La Fontaine,
Montmorency 95) :
« Tu m’as envoyée dans 13 coins différents des
ÉtatsUnis… Eh oui, je suis partie 13 fois ! (Je dois faire
partie des recordwomen en la matière !)
Certaines des familles qui m’ont hébergée sont
devenues des points de chute pour moi aux USA. Je
corresponds régulièrement avec 4 d’entre elles dont
l’une depuis 15 ans ! »

Arlette, tu es en effet celle qui détient le record mais tu
connais très bien celui qui détient le record toutes
catégories : il est de ta ville, Montmorency, école Pasteur.
Il est parti 22 fois !

Paul (École Pasteur, Montmorency 95 : parti pendant
22 ans, presque la durée des classes franco-américaines !) :
31 « Je te suis infiniment reconnaissant des occasions
que tu m’as offert de pouvoir visiter différents coins des
États-Unis, ce dont je ne me lasse jamais ! »

Paul est parti avec une classe en : Alaska, Californie,
Arizona, Chicago, New York, Louisiane, Floride,
Montana !

Paul (enseignant à l’école La Coudoulière à Six Fours
les Plages 83) :
« André du grec Andro : homme
Homme cercle, qui réunit, relie, rassemble. »

Guy (Directeur de l’école Lapie, Saint Auban 04
1989) :
« Tu as fait beaucoup plus pour le rayonnement de la
langue française, pour la connaissance de notre pays
aux USA, pour l’amitié franco-américaine que tous les
eMinistres de la V République ! »

Ils vont tous finir par me faire rougir !

Un autre enseignant, avec beaucoup d’humour, répond :
Pierre B. (École Saint-Dominique, Mortefontaine
60/Kerby school, Grosse Pointe Farms, Michigan,
1995) :
« Je suis en fait l’ancien directeur de Mortefontaine,
toujours vivant (59 ans, ne m’enterre pas encore
STP !!!) qui a lancé la collaboration de
SaintDominique de Mortefontaine avec ton organisme. »

Du côté américain, les témoignages arrivèrent aussi :
Patricia (Enseignante de Cleveland qui partit souvent
avec sa classe en France) :
« It doesn’t seem like thirty years ago that you arrived
in Cleveland hoping to form one single
32 French/American Snow class. What a reaction here to
your dream ! Four classes and the Snow class program
gained impetus and the rest is history ! »
Il ne semble pas que trente ans ont passé depuis le
moment où tu es arrivé à Cleveland avec l’espoir de
former une classe de neige franco-américaine. Quelle
réaction à ton rêve ! Quatre classes et le programme des
classes de neige franco-américaines démarra en trombe !
Le reste fait partie de l’histoire !

Fran (Directrice, Schubert school, Baldwin, New
York) :
« Your program has touched so many lives and
opened so many doors. In our community of Baldwin,
not a week goes by but I meet someone in the
supermarket who tells me of return visits between New
York and France, fast friendships, lives changed in an
exciting and positive way. What a legacy of joy and
firendship ! »
Votre programme a touché tellement de vies et ouvert
tellement de portes. Dans notre ville de Baldwin, pas une
semaine ne passe sans que je ne rencontre quelqu’un au
supermarché qui ne parle d’une visite retour entre New
York et la France, amitiés solides, vies changées d’une
façon excitante et positive. Quel trésor de joie et d’amitié.


Joan (Animatrice bilingue, Barrington, Illinois) :
« When I first met you and asked you about the
position, André, I shall never forget your reaction. It sort
of went like this… « Joan, why would you, you who have
a husband who supports you well, a nice home, possibly
want to participate in this type of exchange !
I do believe you may have changed your mind a little
bit about me !
33 Do you know someone who could have enjoyed it
more… and for more than 15 years ! »
Quand je vous ai rencontré la première fois pour vous
demander le poste, je n’oublierai jamais votre réaction.
Cela s’est passé un peu comme ça : Joan, pourquoi quitter
un mari qui s’occupe bien de vous – Bill est très sympa ! –
et votre belle maison ! Pourquoi vous lancer dans ce type
d’échange ?
J’espère que vous avez changé d’avis sur moi.
Connaissez-vous quelqu’un qui ait plus de plaisir que moi
pendant plus de 15 ans !

Anne (Enseignante école de Newark, Delaware 1989) :
« We met André when he addressed our parent
meeting in Newark, Delaware, in June 1989. He
described many things, but one that stands out was his
description of what (and what not) to write in letters to
one’s child when the child was in France. We
appreciated and were very entertained by the humorous
delivery how a parent could create incredible anxiety in a
child, over-emphasizing how much the parents missed
him. But we realized that there were of world of good
advice, gently offered through the humour and we
remembered it all the better for its being so well
delivered. »
Nous avons rencontré André quand il s’est adressé à
nos parents au cours d’une réunion à Newark, Delaware
en juin 1989. Il a décrit beaucoup de choses mais une
nous a frappés : ce qu’il fallait (ou ne fallait pas) écrire
dans une lettre envoyée à l’enfant pendant son séjour en
France. Ne pas créer une angoisse supplémentaire, en
indiquant qu’il manquait aux parents. Nous nous sommes
rendus compte des bons conseils qu’il offrait avec humour
et on s’en souvient de la façon dont c’était fait.

34 Mary Gay (Animatrice bilingue, school District de La
Grange, Illinois) :
Elle écrit en français :
« Il a l’esprit très gai qui donne l’esprit de corps à
chaque groupe d’élèves. »

Punkie (Animatrice bilingue, Heritage school,
Medina, Ohio) :
« I first met André in the fall of 1894, while I was
living in Medina, Ohio. I was to be the bi-lingual
counselor for the exchange program in the spring of
1985. It had been sixteen years since I had used my
French and I was very nervous ! But his friendly
assurance and relaxed manner calmed me and gave me
confidence that it would all come back to me !
I was able to introduce the program to several other
communities as I moved : Cincinnatti, Ohio, Mandeville,
Louisiana. »
J’ai rencontré André à l’automne 1984, alors que je
vivais à Medina, Ohio. J’étais l’animatrice bilingue pour
le programme d’échange, au printemps 85. Cela faisait 16
ans que je n’avais utilisé mon français et j’étais nerveuse.
Mais son assurance amicale et sa façon décontractée me
calmèrent et me donnèrent confiance que tout reviendrait !
J’ai pu emmener le programme avec moi partout où je
déménageais : Cincinnati, Ohio, Mandeville, Louisiane.

Effet boule-de-neige qui nous permit d’étendre le
programme à travers les États-Unis !

Wes (Principal, Heritage School, Medina, Ohio) :
« During my 37 years in education, many fine events
took place. But my relationship with the Back to Back
was the most important event of my professional career.
Pendant les 37 ans de ma carrière, beaucoup
d’événements ont eu lieu. Mais mes rapports avec le Back
35 to Back sont les plus importants de ma carrière
professionnelle.

Pourtant tout n’a pas été facile surtout pour les enfants :
Parfois une réponse d’enfant qui gêne :
Ketty (École Mézereaux, Melun 77/Center school, Mc
Mechen, West Virginia, 1989) :
« J’ai été très surprise (20 ans après) par votre mail
car cela m’a rappelé des souvenirs, pas forcément les
meilleurs car mon expérience lors de ce fameux voyage a
été perturbante…)

Florent semble corroborer la réponse de Ketty :
Florent (École du Parc, Saint-Maur des Fossés,
94/Schubert school, Baldwin, New York, 1994) :
« Pour être honnête, je ne suis pas certain que ce
séjour ait été fructueux pour la plupart des élèves de
CM2 qui se trouvaient avec moi. »

Ses explications sont très précises et seront utilisées
plus loin.

En envoyant cette étrange communication sur le net, je
savais qu’il y aurait réception de quelques souvenirs
douloureux et d’échecs dans cet échange. La difficulté,
pour des enfants de 10 ans, n’a jamais été dissimulée aux
yeux des autorités, parents et enfants eux-mêmes, grâce
aux réunions préliminaires avant d’accepter les
communes, écoles et classes.
Nous reviendrons, dans d’autres chapitres, sur ces
problèmes.

D’ailleurs, les statistiques le montreront dans l’annexe,
beaucoup d’anciens participants ne répondirent jamais à
CE message qui semblait venir de l’au-delà ! Fantômes du
passé !
36
Peut-être n’ont-ils pas été touchés par la grâce du
message, peut-être n’ont-ils pas ressenti le goût de la
« petite madeleine » qu’était ce rappel d’un instant de leur
enfance, comme Marcel Proust le vécut à sa première
gorgée de thé ?
« Ce qui palpite ainsi au fond de moi, ce doit être
l’image, le souvenir virtuel, qui, lié à cette saveur, tente de
la suivre jusqu’à moi… Et tout d’un coup, le souvenir
m’est apparu. »

La force des mots, la véracité des faits ne suffirent pas à
déclencher chez eux une percée de
« couleurs remuées ».

L’e-mail ne fut pas leur « petite Madeleine ».

Par contre, chez de nombreux participants, il tomba,
comme ce fut mon cas, à un retour dans le village de mes
vacances, une pluie de « copeaux de mon enfance, épaves
d’une heure, d’une journée, d’une grande vacance, d’une
jeunesse plus ou moins dissidente. »

J’avais 36 ans en 1971, quand un retour inopiné pour
voir ma mère dans ce petit village du Jura, créa les
conditions inattendues d’un brusque retour en arrière. La
Bienne qui coulait au pied de la maison s’était, depuis
longtemps, transformée en lac, à la suite de la construction
du barrage de Coisia. Mais ce soir-là, je fus intrigué par un
bruit étrange, inattendu : la rivière avait repris son lit et le
fracas de l’eau contre les rochers me tira de ma
somnolence : EDF avait vidé le barrage pour le nettoyer.
J’ouvris la fenêtre et le cours d’eau de mes vacances,
quand j’avais dix ans, fit surgir en un éclair tous les
souvenirs d’une enfance heureuse de petit paysan, à courir
sur les berges à la recherche d’un mauvais tour. Je couchai
37 sur papier, à la va-vite, dix ans de ma vie sous le titre de
« Copeaux de mon enfance ».
« Chaque souvenir est un copeau que mon ancêtre a
râpé de mon être. Chaque copeau est un grain de bois
grossier que l’outil admirablement affûté de la vie a
détaché de mon âme qui, à ma naissance, n’était qu’un
gabieu. »


C’est ce que ce message fit et fut pour toutes celles et
tous ceux qui ont répondu : le déclic d’une avalanche de
merveilleux souvenirs comme nous l’écrivent :

Séverine (École Jean Monnet, Arnouville les Gonesse
95/Jefferson school, Racine, Wisconsin 1991) :
« C’est un grand moment de ma vie. J’ai gardé toutes
ses lettres, nos photos, j’ai même une vidéo, c’est dire
que j’ai matière en terme de souvenirs.
Ce voyage pour moi a été et est inoubliable, les
ÉtatsUnis, mon rêve. Première fois que je prenais l’avion, nuit
blanche car décalage horaire, courrier aux parents dans
l’avion pour les rassurer, arrivée à l’aéroport, contrôle
des bagages, montée dans un bus scolaire typique de
làbas, voir les routes, les lumières, les limousines. Arrivée
à l’école, accueil de la directrice, dispatching vers les
familles d’accueil, départ pour la maison de Rachel. Des
souvenirs, j’en ai plein la tête et des anecdotes aussi… Je
pourrais en écrire des kilomètres ! »

Séverine, peut-être sans le savoir, nous trace le chemin
dans la rédaction de ce livre !

Hélène (École Ferdinand Buisson, Montmorency
95/San Antonio school, Dade City, Florida 1988) :
« La classe franco-américaine a changé ma vie ! J’ai
gardé le contact avec Kennis et ses parents, je me suis
38 rendue chez elle un été sur deux et elle chez moi, l’autre
été sur deux ! Elle est enceinte de jumeaux et je pense
aller la voir avec mes enfants et mon mari en 2010 ! »

Gaëlle, (École Charles Ladame, Jaux 60/Gallimore
school, Plymouth, Michigan 1994) :
« Merci d’avoir pris contact avec moi : ce fut une
expérience unique, riche, merveilleuse, incroyable et
surtout inoubliable pour moi. »

Karine (École du Viaduc, St-Germain-en-Laye
78/Emerson School, Elmhurst, Illinois 1986) :
« À la lecture de votre message, tous mes souvenirs
(aussi lointains soient-ils) me sont revenus comme un
boomerang. J’avais presque oublié… ou plutôt, je suis
tellement nostalgique, que j’essaie de ne pas trop y
penser ! »

Désolé, Karine, d’avoir réveillé brutalement d’aussi
beaux souvenirs !

Olivier (École Jules Ferry, Nevers 58/Sunset Lake
school, Vicksburg, Michigan 1989) :
« Par ton mail, tu viens de raviver d’excellents
souvenirs d’enfance. J’ai parlé à ma mère qui était
institutrice à Jules Ferry : elle se souvient très bien de toi
et est restée toujours en contact avec une de ses amies
que tu dois connaître, Mme G., notre ancienne directrice.
Elle se trouve justement à Orlando pour trois semaines
chez sa fille qui est mariée avec un américain (ancien
participant ?). »

Stéphanie (École les Brousailles, Cannes 06/West
School, Annapolis, Maryland 1994) :
« J’étais heureuse de lire votre message, cela m’a
rappelé de très bons souvenirs. J’ai adoré participer à
39 cette aventure, j’ai appris beaucoup du haut de mes dix
ans, ce sont des souvenirs que je n’oublierai jamais. »

Baptiste (École la Coudoulière, Six Fours les Plages
83/Bancroft school, Wilmington, Delaware 1994) :
« J’ai bien reçu votre mail ! C’est super, ça m’a fait
repenser à plein de bonnes choses ! »

Mélanie (École la Tour d’Aleron, Combs-la-Ville
77/Jefferson school, Elmhurst, Illinois 1990) :
« Je suis surprise de ce mail, je n’avais plus repensé à
Suzane depuis des années, mais ce voyage a été en effet
un merveilleux souvenir ! »

Avec la peur de rater cette aventure à la dernière
minute, cependant :

Caroline (École Mignet, Aix en Provence 13/Otter
Creek school, Terre Haute, Indiana 1994) :
« Je suis bien partie aux États-Unis quand j’avais dix
ans et j’ai bien failli ne pas partir car ma mère avait très
peur. Je les remercie de m’avoir permis de faire ce
voyage car je n’y retournerai peut-être jamais.
J’ai fêté mes onze ans là-bas et ils avaient organisé
une grande fête. »

Christophe (École Anatole France,
Issy-lesMoulineaux 92/Boulevard school, Cleveland Hts, Ohio
1984) :
« Je souhaite simplement remercier, et du fond du
cœur, cet homme, sans qui je n’aurais pas connu les
États-Unis à l’âge de mes onze ans en 1984. Merveilleux
souvenirs !!! Merveilleuse famille d’accueil !!! »

Pourtant, au bout d’un certain nombre d’années, il y a
comme une urgence de remonter aux sources de son
40 enfance, surtout avec un tel souvenir ancré à jamais dans
la mémoire et beaucoup commencent à renouer avec le
correspondant et aussi les « copains » de la classe
francoaméricaine.

Katia (École St Alexandre, Boulogne 92/Episcopal
Day school, Gadsden, Alabama 1989) :
« Figurez-vous qu’il y a deux mois, 20 ans après, en
remettant de l’ordre dans mes lettres, j’ai voulu
reprendre contact avec eux. Je me suis dit pourquoi pas,
je n’ai rien à perdre, donc je leur ai écrit une lettre
manuscrite et renvoyé une photo où nous étions
ensemble. 15 jours plus tard, j’ai eu une réponse avec
une photo et ils ne m’avaient pas oubliée ! J’ai été très
heureuse de recevoir une réponse car je ne m’y attendais
pas ! »

La poste n’a pas à s’inquiéter, la correspondance par
lettres existe encore !

Marie-Christine (École Beauregard, Melun 77/Hewitt
School, Rockville Center, New York 1990) :
« Quelle coïncidence ! Ces temps-ci (réponse du
16 juillet 2009, presque vingt ans après !), j’essayais de
retrouver mon correspondant (un garçon qui s’appelait
Richard) pour renouer contact avec lui mais
malheureusement je n’ai pas réussi, ni à travers
Facebook, ni à travers googles. Il faut dire que je n’ai
que son nom donc ce n’est pas évident. Par contre, j’ai
renoué avec mes camarades de CM2 grâce à ce
fantastique site. »

Jennifer (École de la Loge Blanche, Épinal 88/Grove
school, Barrington, Illinois, 1990) :
« À l’aube de mes trente ans, quel plaisir de me
replonger à mes 10 ans ! »
41
Sébastien (École Gambetta, Vanves 92/Atkinson
school, Freeport, New York 1991) :
« Lorsqu’un enfant se sépare de sa famille, de son
école, de son pays et traverse l’Atlantique pour vivre
l’American Dream », ça laisse des traces. Aller trois
semaines là-bas ressemblait un peu à aller trois semaines
à Eurodisney ! C’est de la découverte magique
permanente ! Cet échange franco-américain ne risque
pas de se faire oublier !
Je me souviens qu’entre copains, nous nous
concurrencions pour savoir qui aurait le plus de
cadeaux !

Jonathan (École Fourestier, Vanves 92/Central
School, Ripon, Wisconsin 1992) avec sa gouaille :
« Cela remonte à un paquet d’années. »

Alice (École du Cloître, Champeaux 77/Sechrist
school, Flagstaff, Arizona 1992) écrit :
« On savait déjà depuis l’année précédente qu’en
CM2, nous aussi, on irait faire un voyage aux
ÉtatsUnis, mais lorsqu’on a appris que c’était l’Arizona, nous
avons été déçus !
Eh oui, l’année d’avant, c’était la Floride et surtout, il
y avait Disney World ! »

En 1992, la classe franco-américaine commençait à
rassembler au Club Med ! Destinations exotiques,
presqu’un catalogue avec photos en couleurs, vantant de
splendides plages avec cocotiers et sable fin !

Alice, faute de Mickey, tu as vu le Grand Canyon ! Y
as-tu perdu au change ?

42 Ce message d’Alice montre la dérive que prenaient les
classes franco-américaines ! J’en parlerai beaucoup plus
tard à la fin du livre.

Enfin un mot d’encouragement et d’espoir de la part
de :
Carole (École du Rompois, Blanzy 71/Blackhawk
School, Park Forest, Illinois 1991) :
« Je vous félicite pour cette heureuse initiative qui
m’a permis de partir trois semaines aux États-Unis :
quelle aventure et également pour cette nouvelle
initiative 20 ans après ! »

Anne-Laure (École annexe, Nevers 58/Bancroft
school, Wilmington, Delaware 1989) aurait un souhait :
« J’aimerais que mes enfants puissent avoir la même
opportunité au cours de leur scolarité. »
Malheureusement, le programme des classes
francoaméricaines n’est plus ! Il a disparu d’une mort horrible, le
11 septembre 2001 !

Anne-Laure continue :
« J’ai repris contact avec ma correspondante que
j’avais perdue de vue à cause de son déménagement en
Pennsylvania. 20 ans après, les souvenirs en commun
que nous avons, sont restés intacts. On grandit, on mûrit,
on vieillit, mais on ne change pas. On s’est apprécié tout
de suite et on était si content de reprendre contact via
Facebook. C’est un vrai bonheur. Je pense que certains
souvenirs sont enfouis dans notre mémoire et en
discutant avec ma correspondante, certains me
reviennent que je pensais avoir oubliés… C’est
curieux… C’est un grand plaisir de pouvoir les
réveiller ! »

43 Vanessa (École la Louvière, Rambouillet 78/North
school, North Branch, Minnesota 1990) :
« C’est récemment, il y a quelques mois que j’ai
retrouvé Teresa par le biais d’Internet ! C’était très
touchant de voir ce qu’elle était devenue après tant
d’années et qu’elle se rappelle de moi ! »


Quant au côté américain, le site de « Facebook » a aidé
à entrer en contact (archi-limité !) avec les « fifth
graders » et « sixth graders » des États-Unis. Je ne suis pas
là pour critiquer ces divers modes opératoires, mais je dois
dire que « Facebook » n’a pas l’efficacité, ni la tolérance
de « Copains d’avant » : la marge de manœuvre que j’ai
trouvée chez eux, était plus qu’étroite, elle était TRÈS
restrictive, de peur qu’un triste individu comme je
semblais l’être, n’aille farfouiller dans la vie des gens et ne
les harcèle. Après quelques tentatives, pas toujours
fructueuses, surtout lorsque les noms sont des homonymes
passe-partout : « Smith, Roberts, Anderson chez les
Américains, Dupont, Durand chez les Français, un flash
crevait l’écran et vous montrait du doigt comme si vous
étiez le plus vil pédophile de la terre : « Attention ! Votre
comportement pourrait être considéré comme gênant ou
abusif par d’autres utilisateurs. »

Abus de confiance ! Abus d’utilisation !
Alors le site « Facebook » sautait presto de mon écran,
pour ne pas voir atterrir chez moi, une escouade du
GIGN !

Prudemment donc, comme si j’avais marché sur un
plancher qui grince, je m’enfonçais dans les méandres
ténébreux du serveur vigilant. Le résultat fut que j’obtins
moins de témoignages du côté américain que du côté
français.
44
Pourtant grâce à « Facebook » et au message envoyé,
beaucoup recherchèrent leur correspondant et le
retrouvèrent.

Ludivine (École du Cloître, Champeaux 77/Angling
Road school, Portage, Michigan 1994) :
« Mais grâce à ce site internet de réseau social,
Facebook, j’ai pu retrouver cette famille et échanger de
nouveau. 15 ans après ! »

Élodée (École Voltaire, Issy-les-Moulineaux
92/Lindbergh school, Dearborn, Michigan 1988) :
« Nous avons été en contact plus de dix ans et nous
nous sommes perdues de vue. Et depuis peu, grâce à
Facebook, nous voilà de nouveau amies ! »

Émilie (École Primaire, Ecos 27/Robert Lee school,
Tullahoma, Tennessee 1994) a retrouvé Kendal :
« Merci pour ce voyage inoubliable partagé avec ma
correspondante Kendal. Je l’ai retrouvée récemment par
l’intermédiaire de Facebook et qui, aujourd’hui, parle
très bien le français ! Ce voyage m’a donné le goût des
voyages et une ouverture d’esprit. »

Camille (École la Ronce, Ville d’Avray 92/Swift
Creek school, Midlothian, Virginia 1994), à la suite du
message a recréé des liens avec Cari.

Un correspondant pas encore retrouvé ? Qu’à cela ne
tienne, le mail va aider !

Sabine (École du Cloître, Champeaux 77/Manon Hill
school, Lombard, Illinois 1990) :
« J’ai perdu le contact avec Brooke au collège,
comme beaucoup d’entre nous. Brook n’écrivait plus car
45 son père était dans le coma suite à un accident de
voiture, à un retour de chasse. Puis on s’est réécrit, on a
perdu le contact, on a repris et plus de nouvelles depuis
un moment. Je pensais ressayer ces derniers temps, mais
votre mail me donne un coup de fouet pour le faire ! »

Je donne l’impression, chère Sabine, que je ne vous
lâcherai jamais !

Gaëlle (École du Centre, Vanves 92/Lowery school,
Dearborn, Michigan 1988) :
« Je suis partie 3 semaines chez Leanne et elle est
venue chez moi. Nous nous sommes perdues de vue en
grandissant et nous nous sommes retrouvées cette année
grâce à Internet (Facebook) »

Beaucoup n’avaient pas attendu ce message pour
communiquer avec leur correspondant :
Michaël (École du Viaduc, St-Germain 78/Boulevard
Magnet school, Cleveland Heights, Ohio 1990) :
« Je suis revenu en France, la tête pleine de
souvenirs.
À l’heure actuelle, j’ai toujours des nouvelles d’Andy
via Facebook. Imaginez-vous… 1990 – 2009 et toujours
en contact !
C’est probablement l’une des plus belles expériences
de ma courte vie. J’y repense souvent »

Et combien d’autres ?

Et certains enfants qui pouvaient partir ne l’ont pas fait
et ceux qui devaient partir ne l’ont pas fait non plus !

Caroline (École Rompois, Blanzy 71/Blackhawk
school, Park Forest, Illinois 1991) :
46 Caroline aurait dû partir à Park Forest mais ne l’a pas
fait. Elle explique :
« Quand j’ai appris que je devais aller aux États-Unis,
j’étais surprise : d’habitude il y avait une classe de neige,
alors j’attendais cette classe de neige. Je crois que j’avais
peur de partir loin de mes parents pendant trois semaines
parce que je n’étais jamais partie de la maison si
longtemps et parce que je n’étais jamais allée à
l’étranger. Il me semble aussi que je redoutais la barrière
de la langue. J’étais contente d’apprendre des choses sur
la civilisation américaine, même si cette étude a été
rapide : 4 pages d’un gros cahier et quelques chansons.
Je n’étais pas jalouse de ceux qui allaient aux
ÉtatsUnis mais je me rappelle que j’en avais quand même un
peu marre que l’instituteur et mes camarades parlent
sans cesse de l’Amérique. Il y avait « ceux qui y vont » et
« ceux qui n’y vont pas » : je me souviens qu’il y avait eu
une photo de toute la classe et une autre de ceux qui
partaient aux États-Unis, ce qui m’avait semblé injuste
comme si les autres élèves ne faisaient plus partie de la
classe (aujourd’hui, je dirais que c’était maladroit, bien
entendu je n’en ai gardé aucune rancune). »

Merci Caroline de ce beau témoignage !

Pourtant lorsque les parents de la région parisienne
objectaient que la distance était énorme entre la France et
les États-Unis, ils pensaient en termes de kilomètres, pas
de temps. Quand une classe partait en car ou en train en
classe de neige dans les Alpes du Sud, le voyage durait
plus longtemps qu’un Paris-New-York et avec une
sécurité moindre. Les accidents de car sont plus fréquents
que les accidents d’avion. Quant à la séparation, elle était
aussi pénible dans les deux cas.

Julie (Montchanin 71 1991) :
47 « Mes parents n’étaient pas favorables à l’expérience,
nous ne savions pas encore parler l’anglais et nous
étions jeunes. Plus tard aurait été intéressant. »

La classe de Montchanin est bien partie, laissant Julie
derrière.
Malgré toutes mes explications, certains parents
refusèrent de laisser partir leur enfant.
Pourtant comme dit Pierre, Directeur de l’école st
Dominique à Mortefontaine :
« J’ai encore en tête les réunions d’informations des
familles durant lesquelles tu répondais avec une patience
extraordinaire ! »

Mais cela ne suffisait pas ; les mêmes raisons étaient
évoquées : mon enfant ne parlait pas anglais, trop loin,
trop jeune. L’anxiété était plus importante du côté des
parents – surtout des mères – que des enfants. Dommage !

Les voyages étaient aussi victimes des événements
géopolitiques : un attentat quelque part et c’était la
panique !

Lætitia (École Joseph Cornier, Lyon 69/Pine Trail
school, Ormond Beach, Florida 1991) :
« Malheureusement, ce voyage n’a jamais eu lieu et je
le regrette encore puisque je n’ai pas eu d’autres
occasions. Annulé, car en pleine guerre du Golfe. Pas de
chance ! »

Certains ont accepté le coup du sort, avec regrets certes,
mais sans en vouloir à qui que ce fût !

Mais
48 Antoine (École Joseph Cornier, Lyon 69/Lincoln
school, Pendleton, Oregon 1991) en veut particulièrement
à ceux qui ont détruit son rêve :
« Je crains vous décevoir car aucun membre de ma
classe de cette époque n’a eu le droit de partir aux
ÉtatsUnis. Un groupe de parents d’élèves ainsi que cette
infâme directrice de l’époque, s’étaient opposés à notre
départ. Il me semble qu’une autre classe est partie à
notre place ! »

Je rassure Antoine : aucune classe n’est partie à
Pendleton. La préparation était si importante qu’il était
impossible de substituer, au pied levé, une classe à une
autre. Nous n’étions pas des marchands de soupe qui, à la
dernière minute, ramassent des clients dans la rue !
Certains organismes le font et je sais de quoi je parle !

Dans les années quatre-vingt/90, notre réputation était
si reconnue que d’autres organismes venaient taper à notre
porte. Nous avions, en 10 ans, accumulé tellement de
noms de familles américaines avec des enfants en âge de
recevoir des adolescents, niveau lycée, que nous avions un
gigantesque réservoir de familles hôtesses. Un enfant de
10 ans, en effet, présentait un potentiel de 8 ans
d’hébergement possible, toute la durée du collège et du
lycée. De plus, comme très souvent l’expérience avait été
positive, elles n’auraient pas hésité à recevoir l’été. La
valeur commerciale de ces noms était immense. Plusieurs
organismes nous offrirent 150 dollars par nom pour leurs
propres participants. À plus de dix mille noms en réserve,
cela représentait un pactole de plus d’un million de
dollars !

Un jour, fin juin, je reçus un coup de téléphone d’un
organisme qui faisait partir une centaine d’adolescents aux
États-Unis, le premier juillet. Désespéré, le patron me
49 suppliait de lui fournir 80 familles hôtesses, ses jeunes
partant la semaine suivante sans hébergement. Il m’offrit
jusqu’à 200 dollars par nom. Je refusai net, n’étant pas
entremetteur. Les familles américaines me faisaient
confiance et leurs dossiers étaient confidentiels. Je ne pus
m’empêcher de faire, malgré tout, la leçon à ce que je
considérais comme une escroquerie : faire croire qu’il y
avait des familles qui hébergeraient de l’autre côté.

Une autre anecdote montre l’ampleur de la publicité
mensongère de certaines associations. Des connaissances
m’appelèrent un soir pour m’expliquer leur problème.
Leur fils, âgé de seize ans, était inscrit depuis plusieurs
mois pour un séjour aux États-Unis avec un organisme
basé à Nice. Or on était la veille du départ et ils n’avaient
pas le nom de la famille qui devait recevoir leur enfant.
Angoissés, ils me demandèrent si c’était normal. Avec ce
genre de marchands de séjours, oui, c’était l’habitude. Ils
laissèrent partir leur fils. Arrivé à New York, on lui donna
un nom mais il s’aperçut que le même nom avait été remis
à plusieurs participants. Ils furent toutefois, à la sortie de
l’avion, dirigés vers un motel de bas niveau où ils
séjournèrent quatre jours avant d’être enfin reçus par une
famille recrutée par petites annonces !

Pour ces raisons, nos listes et questionnaires étaient,
pendant l’été, lorsque le bureau était fermé, mis sous clef
dans une armoire forte dans le bureau sous alarme. Je ne
tenais pas à ce que l’on vienne nous voler ces précieux
documents !

Alors Antoine, sois rassuré, personne n’a pris ta place.
Malheureusement, nous perdîmes le système scolaire de
Pendleton ! Dommage, l’école était si belle, dominant le
Pacifique, au milieu d’une grande forêt ! Et les parents
50 s’étaient tellement dévoués pour assurer un magnifique
séjour !

Néanmoins, l’inquiétude existait aussi de l’autre côté de
l’Atlantique, quand je réussissais à faire passer un
message :
Kimberly (San Antonio School, Dade City,
Floride/École Ferdinand Buisson, Montmorency 95,
1988) écrit :
« We would love to know how you remembered us and
thought to send your INQUISITIVE e-mail ! »
« Inquisitive ». Inquisiteur ! Il ne manquait que les
capuches et les chants grégoriens !
Mais tout rentre dans l’ordre lorsque Kimberly ajoute :
« It would be fun with the avenue of modern
communication such as « Facebook » to try to locate
them (copains et correspondants français) »
Réconcilié avec Facebook ?

Mon rôle n’a pas toujours été perçu dans son
importance et la question surgissait comme celle de :
Nikisha (Boulevard Magnet School, Cleveland Heigts,
Ohio/École Jean Rostand, Chatou 78, 1988) :
« Which person did you correspond with ? »
Avec qui je correspondais ?
Chère Nikisha, avec des milliers d’entre vous !

Je comprends l’avertissement de Facebook puisque ce
fut la réaction d’un certain nombre d’anciens participants,
méfiants de ce qu’ils recevaient dans leur boîte de
réception. Le danger est présent et des virus sont envoyés
de partout pour vous plumer ou vous extraire toutes les
données personnelles de votre ordinateur. À l’heure de
l’électronique, plus rien de privé ne résiste. Alors un
message qui provient de Mars, cela fait peur.

51 Sans ambages, Lydia (École du Centre, Aix les Bains,
73/Hillcrest School, Downers Grove, Illinois 1987) nous
le fait savoir :
« Je n’ai d’abord pas compris votre mail. J’ai cru
peut-être à une forme de canular… »
Heureusement qu’elle n’a pas appuyé sur « Delete »,
sinon la connexion disparaissait à jamais !
Elle poursuit :
« Mais j’ai lu les premières pages de votre livre et si
vous êtes vraiment le fondateur de cet échange, alors je
n’ai qu’un seul mot : MERCI »
Un merci mais avec encore un « si » de soupçon !

Le nombre de réponses reçues d’ailleurs est suffisant
pour faire participer les anciens dans l’écriture du récit de
la classe « back to back ».

Je remercie toutes celles et tous ceux qui, dix, vingt,
trente ans après, m’ont apporté anecdotes, impressions,
souvenirs, détails qui donneront ainsi au texte un caractère
d’authenticité. En annexe, seront publiées les statistiques
de cette vaste campagne que l’on pourrait appeler :
« Opération retrouvailles »
Mais, il n’y a pas eu que des enfants de classes
primaires pour illustrer ce que fut cette aventure. Si les
classes partaient, c’était grâce à un formidable travail de
compréhension et de concertation entre maintes autorités :

D’abord, à l’avant-garde du projet, et, sans eux, rien
n’était réalisable, les Maires qui surent faire confiance au
fondateur et l’encourager. Le financement mis sur la table
par les communes fut souvent considérable en France et
permit à des familles modestes, parfois même
complètement défavorisées, d’envoyer, malgré tout, leur
enfant, trois semaines en Amérique.
52
Achille Peretti, Maire de Neuilly-sur-Seine, Michel
Péricard, Maire de St-Germain-en-Laye, Georges
Lenormand, Maire de Sèvres, Jacques Chalban Delmas,
Maire de Bordeaux, André Santini, Maire
d’Issy-lesMoulineaux, Patrick Balkani, Maire de Levallois-Perret,
Albert Magarian, Maire de Montmorency ou Pierre
Brame, Maire de Noisy-le-Roi, pour ne citer qu’eux parmi
tant d’autres, ont compris la portée d’un tel échange pour
l’avenir des enfants de leur ville. Un grand coup de
chapeau pour leur soutien !

Mais lorsque l’argent public fit défaut, la ténacité, la
volonté et l’organisation des parents firent merveille. Un
peu à l’américaine car là-bas, subventions et aides
publiques n’existent pas. Quand un parent américain
pensait que ce programme éducatif ne pouvait qu’être
bénéfique à son enfant, il savait qu’il faisait un
investissement dans l’avenir de sa famille.

La différence de financement avait frappé Neuilly sur
Seine.
Dans le numéro 824 du journal indépendant de
Neuilly de mars 1976, un article le soulignait :
« Ici une remarque s’impose : c’est entièrement à
leurs frais que les parents de Springfield ont envoyé
leurs enfants dans nos classes de neige. Ceux qui n’en
avaient pas les moyens ont fait le tour de leurs amis, des
commerçants, se démenant pour rassembler l’argent
nécessaire. Les Français se plaignent souvent et de tout.
Qu’ils sachent qu’il n’y a aucune organisation ni aide
municipale de loisirs ou de vacances en dehors de la
stricte dispense de l’enseignement officiel, en ce qui
concerne les écoles publiques américaines. »

53 Pourtant les deux systèmes, chacun avec ses qualités et
ses défauts, s’arc-boutèrent comme une nef de cathédrale,
pour offrir aux enfants français et américains une épopée
décoiffante, unique à cette époque. Je reviendrai
longuement sur le financement des classes en France et
aux États-Unis.

Puis, une fois l’ossature financière mise au point et
l’infrastructure bien établie, il fallait affronter le
scepticisme et l’inquiétude des parents. Partir en Amérique
ou voir la Tour Eiffel semblait un rêve pour un grand
nombre de ces parents qui pensaient un jour le faire. Mais
envoyer leur gamin, haut comme trois pommes, un doudou
sous le bras ou à côté de leur oreiller, était une autre paire
de manches !

Je ne mens pas si l’on écoute :
Urielle (École Pasteur, Melun 77/Atkinson school,
Freeport, New York 1990) :
« J’ai eu un peu le cafard le soir même car j’étais loin
de ma famille, mais au moins j’avais ma peluche qui me
tenait compagnie la nuit ! J’avais envie de rentrer, le
temps passé dans la famille me semblait long ! »

À l’aéroport de Roissy, lorsqu’arrivait une classe de
CM1 (enfants de 8, 9 ans), les passagers étaient étonnés
par l’âge mais aussi par le nombre de peluches qui
sortaient des sacs de voyage !

Toujours Urielle : « Mon père venait d’être muté donc
je n’ai pas eu le choix que d’être dans cette classe. Mais
quand on a appris qu’il y aurait un voyage aux
ÉtatsUnis, on était très heureux ! »

Sans appréhension souvent, les parents acceptèrent
d’inscrire leur enfant dans cette classe magique : la classe
54 franco américaine ! Et pourquoi l’ont-ils fait ? Écoutons
les enfants :

Sara (École la Châtaigneraie, Chambourcy
78/Washington school, Park Ridge, Illinois 1988) :
« Pourquoi tes parents t’ont-ils laissé partir ?
Maman répond : « Je répondrai que nous avons
rendu visite à la famille américaine les 11 et 12 février
1988, car mon mari devait se rendre aux États-Unis pour
son travail. De Wilmington, nous avons pris l’avion pour
Chicago et nous avons pu ainsi faire la connaissance de
la famille qui devait, elle aussi, être heureuse de nous
rencontrer car les jeunes Américains venaient en
premier. La correspondante de Sara, Holly, est arrivée le
28 février 1988.
Cette visite nous a rassurés car effectivement Sara
n’avait pas encore 11 ans mais nous étions déjà ouverts à
l’international, en effet, mon mari travaillait pour une
entreprise américaine. De plus nous avons pensé qu’avec
l’échange, la réciprocité, il y avait moins de risque. À
mon avis, c’était une chance pour notre fille de pouvoir
vivre une telle expérience dans de bonnes conditions
hors de la famille et dans une famille étrangère avec un
enfant du même âge. »

Au cours des échanges, de nombreuses familles
américaines qui devaient se déplacer en Europe pour
affaires ou bien vacances, faisaient le détour par la France
pour rendre visite aux parents, voir l’école, rencontrer la
classe française et amener du courrier d’Amérique et en
ramener. Quelques parents français, comme les parents de
Sara, en firent autant. Nous les encouragions évidemment
mais surtout insistions pour qu’il n’y ait aucune visite
pendant le séjour des enfants. On voulait les garder tous
sur un même pied d’égalité.

55 Malheureusement ce ne fut pas toujours le cas avec les
Américains. Je me souviens d’un groupe de mères de
Barrington, lorsque les petits Américains étaient reçus par
une école de Saint Jean Cap Ferrat, qui débarqua pour une
semaine de villégiature. L’une d’elles m’avait demandé si
c’était possible et j’avais répondu fermement que non.
Mais elles étaient passées outre. Alors que je me trouvais
dans le sud, je les rencontrai à leur hôtel et leur interdis de
suivre les gosses pendant les excursions, ce qu’elles
avaient l’intention de faire. Voyant leur détermination, je
leur fis savoir que j’avais réservé des places sur Air France
pour retourner leurs gamins à Chicago. Puisqu’elles ne
pouvaient s’en passer, je les renvoyais chez eux !
Elles eurent peur, connaissant mon caractère et elles se
firent très discrètes. Plus personne ne les vit !

Loïc (École rue Jeanne d’Arc, Paris 75 013/Elementary
school, Freedom, Wisconsin 1988) :
« Pourquoi mes parents m’ont laissé partir ? Je ne
sais pas. J’étais pourtant l’aîné, mais je pense surtout
qu’ils avaient une immense confiance en mon
institutrice de l’époque qui est toujours une de leurs
meilleures amies. En outre, pour rien au monde, ils ne
m’auraient marginalisé par rapport au reste de la classe.
Enfin ma mère était très impliquée dans la vie de l’école
(ses 3 fils y ont fait toute leur primaire), et elle a au
contraire soutenu le projet vis-à-vis des autres parents
d’élèves. »

Tout a été une question de confiance !

Lanie (La première classe de neige, Cedar
Rapids/Versailles, 1975)
« I was 10 years old when I went to France with the
thclasse de neige. In fact, I celebrated my 11 birthday
there ! I was not afraid to go. My parents went to your
56 informational meetings and I guess they decided they
would trust you with their only daughter ! Then we
convinced my best friend, Juli to go as well ! Finally my
favorite teacher Geraldine signed on to go as a
chaperone and that was a confort for all of us. »
J’avais dix ans quand je suis partie en classe de neige.
En fait j’ai célébré mon 11e anniversaire là-bas. Je n’ai
pas eu peur de partir. Mes parents sont allés à vos
réunions d’informations et ils ont décidé qu’ils vous
confieraient leur fille unique ! Puis nous avons convaincu
ma meilleure amie, Juli, de partir ! Finalement, ma
maîtresse favorite, Géraldine, s’est incrite comme
chaperon et ce fut un réconfort pour nous tous.

Niklas (École le Mail, Torcy 77/Eastview school,
Lake Geneva, Wisconsin 1986) :
« C’était une expérience marquante à plus d’un titre.
C’était pour moi le premier voyage loin de ma famille,
dans un pays étranger en totale immersion. Je dois
avouer que partir aux USA n’était pas le fruit de ma
volonté mais plutôt celle de mes parents. Nous en avons
discuté depuis, à de multiples reprises. Pour eux l’idée de
nous faire découvrir un pays sous cette forme, était
quelque chose d’important dans l’éducation de leurs
enfants et la construction de notre personnalité. Le
contexte familial s’y prêtait car mon père est français et
ma mère est finlandaise. Le fait est que ma mère a aussi
contibué à la préparation du voyage car maîtrisant
l’anglais (à l’époque, c’était rare en France) elle a donné
des cours tous les samedis matins à l’école aux
participants de l’échange. »

Torcy participa cette année-là à l’échange mais pensa
court-circuiter notre association, l’année suivante, en
traitant directement avec le directeur de l’école
américaine. Mal leur en prit puisque Lake Geneva était
57 sous contrat avec l’organisme américain. Plus loin, on
verra que ce ne fut pas la seule commune à tenter le coup !



Hélène (École du Coudray, Nantes 44/Miller school,
Plymouth, Michigan 1989) donne la réponse de ses
parents :
« Je crois que tu étais hyper jeune pour envisager un
voyage comme ça, il durait trois semaines, mais d’une
part, le voyage était déjà organisé lors de ton inscription
dans cette école, d’autre part, ça me paraissait difficile
de faire de toi un cas isolé, sachant que tu étais « une
petite nouvelle ». En plus, tu étais très motivée pour y
aller. »

Mohamed (École Jules Ferry, Suresnes 92/Duvall
school, Dearborn, Michigan 1987) :
« Mes parents n’avaient pas le choix (rires), toute ma
classe y allait, alors pourquoi pas moi ? »

Marielle (École F. Buisson, Montmorency 95/San
Antonio school, Dade City, Floride 1988) :
« Je suis allée naturellement dans cette classe parce
que d’une part, ça me semblait ridicule d’aller au ski
alors que je pouvais partir en Floride et puis ma grande
sœur y était allée 2 ans avant moi. J’étais excitée à
l’arrivée de la première lettre de ma correspondante : il y
avait des photos aussi. Cela m’avait l’air d’un autre
monde et j’avais hâte d’y aller. J’ai bien sûr répondu
tout de suite. »

De toutes les communes qui ont participé à la classe
franco-américaine, je décerne la Palme d’or de la
compréhension, de l’assiduité et de la fidélité à
Montmorency. Le Maire, M. Magarian a vu tout de suite
58 le bénéfice qu’il pouvait tirer pour les enfants de sa ville :
introduction formidable à la langue anglaise, voyage
inoubliable, enthousiasme des parents. Lui-même
regrettait de mal parler l’anglais, niveau scolaire et il ne
voulait pas refaire la même erreur pour les jeunes de sa
ville.

Montmorency proposait des classes de neige à ses
écoles, avant l’arrivée de la classe franco-américaine. Très
vite, les écoles furent débordées par les demandes. Alors
en mai, un mot était envoyé aux parents de CM1 pour
choisir le type de classe pour leur enfant, l’année
suivante : classe de neige ou classe franco-américaine ?
L’engouement fut tel que les classes de neige disparurent !

Jean-Abel (École Jules Ferry, Ormesson s Marne
94/Hoben school, Canton, Michigan 1991) :
« Au-delà de l’aspect échange, il se trouve aussi que
ma génération a commencé à grandir avec ce mythe de
« l’Amérique », comme pays idéal. La seule et rare
opportunité d’intégrer une classe franco-américaine et
donc de partir trois semaines aux US, ne pouvait donc
pas se refuser. Car finalement c’est ce qui semblait le
plus important dans un premier temps : le correspondant
qui nous était associé est celui qui allait améliorer notre
expérience ou dans certains cas la ternir. Malgré tout, je
me rappelle que nous n’étions pas, à l’origine, maître de
notre destin. Le nombre de places était limité, je me
rappelle qu’il a fallu procéder à une sélection afin de
former le groupe final de participants : tri parmi les
familles qui avaient la possibilité d’accueillir et qui
pouvaient financer ce voyage pour leur enfant et plus
cruel, tirage au sort final. J’ai eu la chance d’être du
bon côté, d’être accueilli par une famille sympathique,
d’avoir accueilli une fille sympa. »

59 Marion (École Bonnenfant, Saint-Germain
78/Montclair school, Los Altos, California 1989) :
« Dans mon école, au moment du passage de l’élève
de CM1 au CM2, les parents avaient le choix d’envoyer
ou non leur enfant dans la classe franco-américaine
puisqu’il y avait deux CM2. Mes parents étaient
passionnés par les États-Unis, ils y avaient fait plusieurs
voyages. Ils étaient donc contents que je puisse profiter
de l’opportunité de cet échange pour découvrir à mon
tour ce pays. Depuis la classe de CM1 où j’étais, tous les
enfants sauf un, ont été inscrits dans le CM2
francoaméricain. D’après ce que je me souviens, la fille qui
n’est pas partie, n’avait jamais quitté ses parents et le
voyage faisait peur à ses parents.
En reparlant récemment avec ma mère, j’ai appris
que la plupart des parents n’étaient plus aussi chauds
pour ce voyage après qu’un avion qui faisait la liaison
NY/Londres, ait explosé en vol en décembre 1988…
Cependant nous sommes quand même partis. »

Cette crainte était aussi la nôtre : accident d’avion avec
une ou deux classes de gamins à son bord ! Mais ce fut
l’angoisse et reste l’angoisse de tout parent qui envoie son
enfant en car, en train ou en avion ! Heureusement que
nous n’avons pas connu ce genre de catastrophe, sauf une
fois avec un terrible accident de car qui allait d’Épinal à
Paris : un mort (Le chauffeur) et quatorze blessés dont
trois Américains qui furent rapatriés sanitairement aux
États-Unis.

Olivia (École Jules Ferry, Verneuil-en-Halatte,
60/Kerrby school, Grosse Pointe Farms, Michigan
1994) :
« J’étais scolarisée à l’école Jules Ferry depuis la
classe de CE2. C’est donc tout naturellement que j’ai
atterri dans la classe de M. Gilles Q. et que j’ai participé
60 à l’échange avec les États-Unis. La question ne s’est pas
posée, mes parents ayant sauté sur l’occasion pour
m’inscrire sans l’ombre d’une hésitation. Mon beau-père
étant professeur d’anglais, jugeait cette expérience
incontournable. Quant à moi, ayant des parents divorcés
et coutumière à la séparation, cette absence prolongée de
ma famille ne me posait pas de problème ! »

Sara (École la Châtaigneraie, Chambourcy
78/Washington school, Park Ridge Illinois 1988) :
« Nous venions d’arriver à Chambourcy et mes
parents devaient m’inscrire à l’école primaire du village.
Quand ils ont découvert qu’une toute nouvelle classe
franco-américaine devait ouvrir cette année-là en CM2
avec le bénéfice de commencer des cours d’anglais, pas
d’hésitation, je fus inscrite. Mes parents sont très ouverts
sur l’International d’une part grâce à leur mariage (mon
père est allemand et ma mère française) et d’autre part,
mon père était toujours très proche des USA, travaillant
pour une multinationale américaine et par son enfance,
après la deuxième guerre mondiale et le sacrifice de ces
jeunes américains pour notre liberté dont il parlait
souvent. »

Le redoublement est en principe, mauvais pour le moral
et la continuité dans les études. Mais certains participants
remercient presque l’école de les avoir fait redoubler, car
sans cette honteuse décision, ils auraient loupé cette
aventure !

Severine (École Jean Jaurès, Suresnes 92/Dennis
school, Decatur, Illinois 1987) :
« Mille mercis de m’avoir permis de partir aux
ÉtatsUnis (surtout que si je n’avais pas redoublé mon CM2,
jamais je ne serais partie, comme quoi ça a du bon de
redoubler parfois !) »
61
Cindy (École Jules Ferry, Verneuil-en-Halatte
60/Kerby school, Grosse Pointe Farms, Michigan 1994) :
« J’étais dans cette classe parce que j’ai redoublé mon
CP. Quand le maître nous a annoncé qu’on partait en
classe découverte en Amérique, j’étais sur la liste mais
j’attendais d’être en CM2 pour partir en classe de neige.
Et quand j’en ai parlé à mes parents, le soir en rentrant
chez moi, je ne voulais pas y aller car j’avais un peu
peur, c’était long trois semaines. Alors ce sont mes
parents qui m’ont forcée à partir, en me disant que je ne
referais jamais un voyage comme celui-là et que le ski,
j’aurais les moyens d’y retourner. Je n’avais pas de
copains qui ne voulaient pas participer, bien au
contraire, les amis que j’avais, étaient anxieux mais très
contents d’y aller. À la première lettre, on a eu les photos
de nos correspondants, je me rappelle de ma
correspondante, elle avait les cheveux tout frisés. J’ai
ressenti de la joie, de l’excitation, de la peur. »

Christelle (École Jean Cornier, Lyon 69/Hillcrest
school, Downers Grove, Illinois 1989) :
« J’étais à l’école Jacquard depuis la maternelle et
j’ai eu l’immense chance de pouvoir partir. Il y a des
élèves qui ne voulaient pas partir par faute de moyens et
leurs parents s’inquiétaient. Mais si un seul des élèves ne
part pas, nous dit le maître, alors personne ne partira !
Et ils sont tous venus. Ma réaction, c’est comme si je
vivais un rêve et il se réalisait. »

Mais la liste est longue pour remercier les personnages
clés de ce projet : inspecteurs, superintendants, directeurs,
directrices.

Pour finir, sans eux, tout s’écroulait : les enseignants,
teachers, animateurs, counselors qui osèrent prendre la
62 responsabilité de partir avec une classe d’enfants si jeunes
pour les emmener si loin : ils furent, tour à tour, mère,
père, grand frère, grande sœur, confident, infirmière,
chauffeur, psychologue, psychiatre, metteur en scène,
chorégraphe et quelquefois… enseignant !

Dans le Bulletin Municipal Officiel de Sèvres, N° 32
de mars 1978, dans un magnifique article intitulé : « Du
rêve à la réalité », il est écrit :
« Cette expérience fut la première réalisée dans
l’enseignement élémentaire. Il fallut un certain courage
à la Municipalité de Sèvres et aux enseignants
responsables pour accepter le projet de M. GIROD,
organisateur d’une précédente classe de neige
francoaméricaine. À l’enthousiasme général se mêlait une
certaine inquiétude : « L’Amérique… c’est loin ! »

À Georges Lenormand et à son équipe, toute ma
reconnaissance.

À tous, un grand merci !

André Girod, président fondateur ACFA/AFAC
63


Méthodologie et références



Afin de garder un caractère anonyme et respecter la vie
privée de ces enfants devenus adultes, il ne sera cité que le
prénom avec indications de l’école et de la ville d’où ils
venaient, de l’école et ville où ils sont allés et l’année de
participation. Mais à cliquer sur le site « copains d’avant »
ou « facebook », on s’aperçoit que la discrétion et le côté
« jardin secret » sont loin d’être assurés.

Le but de ce livre n’est pas de mettre en avant un seul
homme, mais d’écrire ensemble, les multiples étapes que
dut parcourir chaque enfant pour se préparer au voyage le
plus fascinant de leurs années d’école primaire. À leur
façon, avec leurs expressions, chacun décrira ce qu’il a
ressenti, ce qui l’a marqué et ce que cette expérience lui a
apporté.

Les témoignages seront recopiés tels quels, dans leur
jus, avec la spontanéité d’enfant qu’ils ont retrouvée
lorsqu’ils ont reçu, de nombreuses années plus tard, ce
mystérieux message leur rappelant un nom étrange, une
ville pas tout à fait inconnue et surtout le miroitement d’un
pays qu’ils voyaient pour la première fois.

Je ne peux m’empêcher de puiser, dans ce vaste
réservoir de réponses, des exemples pour illustrer mon
propos :

Carole (École du Rompois, Blanzy 71/Blackhawk
school, Park Forest, Illinois, 1991)
65 « OUAH !!! Quel retour en arrière !!! »
Nicolas (École René Cassin, Cagnes sur Mer
06/Howard Parkway School, Farmingdale, New York,
1990) :
« Tout d’abord, je dois bien vous avouer que je reste
coi à la lecture de ce mail, tout du moins à la véracité des
informations.
Je ne savais absolument pas que ces données avaient
été conservées tout au long de ces années. »

Séverine (École Jean Jaurès, Suresnes 92/Dennis
School, Decatur, Illinois 1987) :
« Cela fait beaucoup d’années que je suis rentrée
mais j’ai laissé un bout de mon cœur là-bas. »

Cette épopée avait créé au sein de la classe un puissant
esprit de corps, une fusion élève/enseignant que l’on
découvre dans chaque réponse.

Cindy (École Jules Ferry, Verneuil-en-Halatte
60/Kerby school, Grosse Pointe Farms, Michigan 1994) :
« Et normalement, nous avons tous des maillots avec
tous les noms des camarades de classe et de nos
correspondants. »

Ce souvenir valait bien toutes les photos de classe !

Ce fut pour moi un immense plaisir, un pari, à présent
gagné, de reformer une « nouvelle classe franco
américaine », vaste et diversifiée qui a fait ressurgir du
fond des limbes, de formidables souvenirs mais aussi
quelques mauvais moments. Tout ne s’est pas passé
comme dans un conte de fée ! Mais il reste, des
témoignages reçus, un message d’une force incroyable :
Ils avaient tous changé à leur retour !
66 Voilà le véritable but de l’éducation !

Ce travail, en profondeur sur Internet, à la recherche
des anciens, a donné quelques statistiques intéressantes qui
seront publiées en annexe.
67


Prologue



Chaque entreprise suit des cycles qui sont déterminés
par l’influence d’éléments extérieurs et cela, malgré les
efforts de sa direction et l’amèneront à connaître de
profonds remous. Campus International Ltd, puis AFAC,
« Association of French American Classes » aux
ÉtatsUnis et ACFA, « l’Association des classes franco
Américaines » en France subiront les conséquences de
faits indépendants de leur volonté, selon la formule
consacrée.

Dans les tomes précédents, « Flammes du père
inconnu » (Vol 1) et la « Classe de neige
francoaméricaine » (Vol 2), la société Campus International Ltd,
créée de toutes pièces en 1970, a suivi un parcours parfois
cahoteux mais en général, sur une ligne ascendante
considérable. D’une poignée d’enfants pour son premier
camp de l’été 1970, Campus International avait enregistré,
pour l’année scolaire 1974-1975, plus de 650 inscrits,
progression remarquable pour une société lancée avec des
bouts de ficelle. Le chiffre d’affaires (multiplié par 20 en 5
ans, passant de $25 000 à $500 000) avait évolué selon la
même courbe, permettant ainsi d’établir deux bureaux de
chaque côté de l’Atlantique, de créer des emplois et de
construire une solide trésorerie.

D’après les experts en économie, la sixième année est
capitale pour juger du bien-fondé et du bilan d’une société.
Or en juin 1976, nous franchissions ce cap difficile.
Pouvions-nous continuer notre activité avec une
69 perspective d’avenir encourageante ou devions-nous
renoncer à nous lancer sur une voie de garage ? Le
« nous » derrière lequel l’auteur se retranche, était en
réalité un « je » puisqu’il était le seul et unique
actionnaire. Ses décisions étaient sans discussions, sans
contradictions : elles étaient prises avec son seul jugement,
sa compétence acquise et des études de marché intuitives.
La situation financière était alors stable et couvrait toutes
les dépenses sans faire appel à des emprunts bancaires. Le
développement exponentiel des classes de découverte en
France servait de moteur à l’expansion des classes
francoaméricaines. Le nombre de villes qui mettaient un tel
programme à leurs activités, ne faisait qu’ouvrir un
énorme marché pour nos systèmes scolaires américains.
De plus, le choix était vaste, quasiment sans limites,
puisque toutes les régions de France participaient à cette
initiative. Campus International n’avait qu’à étendre ses
échanges aux communes qui apporteraient un caractère
spécial : lieux touristiques connus : Nice, Fréjus,
Ramatuelle, un grand nombre de villages et villes de la
Côte d’Azur, le Centre, les Alpes, la Bretagne, Lyon,
Bordeaux.

L’infinité et la variété des sites permettraient une
rotation des points d’accueil et ainsi encourageraient nos
enseignants américains à renouveler leur intérêt. Certains
devinrent des fidèles et vinrent en France plus d’une
dizaine de fois. Ce fut un véritable tour de France et
partout où ils passaient, ils gardaient des amis. Encore
maintenant, des enseignantes américaines visitent
régulièrement les familles qui les avaient accueillies.

Je me dois de parler de Ruth, de Jackson, Michigan :
dans un message qu’elle m’a adressé, elle rappelle que :
70 « During the 25 years (1977-2001) that I accompanied
the classes from Jackson, Michigan, I saw a great deal of
changes.
I have had people question my sanity when they
learned that I travelled each year to France with 30 ten
year olds, but I cannot begin to describe the wonderful
experience of accompanying these children on this
unique adventure and of seeing France through the eyes
of a 10 year old. »
Pendant 25 ans, j’ai accompagné les classes de
Jackson, Michigan. Les gens questionnaient ma lucidité de
partir avec trente gamins de 10 ans en France.

Ruth traîna derrière elle en France près de SEPT
CENTS gamins yankee ! Et partout : Montmorency,
Saint-Laurent du Var, Lorient, Beaune, Lauris…
Et Ruth aima tellement la France qu’elle épousa Eric,
l’enseignant d’une des classes françaises !
Parler d’échanges et d’amitié ! Il faut y ajouter
l’amour !

Le même phénomène se déroule avec des enseignants
français qui rendent visite à leurs amis américains de
façon régulière. C’est l’un des aspects les plus gratifiants
de ma démarche. À ce point et j’y reviendrai plusieurs fois
au court de ce récit, notre champion français toutes
catégories, fut Paul, école Pasteur à Montmorency qui
partit 22 fois – je répète – 22 fois aux États-Unis avec sa
classe : il emmena avec lui, derrière lui, autour de lui plus
de sept CENTS enfants de CM2 aux États-Unis, de New
York à Anchorage, Alaska en passant par Dade City,
Floride ou Flagstaff, Arizona !
71


Chapitre 1
Succès et presse



En ce début de l’année scolaire 1975-1976, la situation
de l’entreprise Campus International LTD apparaissait
sécurisée tant sur le plan financier que dans sa réputation
d’organisme. Elle était reconnue comme fiable, innovante,
sérieuse, rigoureuse dans le choix des villes françaises
comme dans l’acceptation des systèmes scolaires
américains. Rien n’était laissé au hasard et avec l’appui de
compagnies solides comme Air France et TWA et les
services sociaux des mairies, conscientes de leurs
responsabilités quant au choix des familles qui
hébergeaient, les premières classes de neige
francoaméricaines étaient devenues un véritable succès reconnu
par la presse.

Pour ne citer que quelques exemples de coupures de
presse nationale ou internationale :

International Herald Tribune du jeudi 25 mars 1976 :
« An experiment in learning on ski slopes » by Betty
Freudenheim
Quelques extraits : « It was the silence which struck
them first. The silence and all that clean white snow…
More than 100 Cleveland 11 year-olds, have just
completed three weeks of classe de neige… The cost of
the trip, including skiing was $725…
Traduction rapide : C’est le silence qui les frappa
d’abord. Puis la neige blanche. Plus de cent enfants de 11
73 ans de Cleveland viennent de terminer trois semaines en
classe de neige… Le coût était de $725…

Accent on ATFL (Association of Teachers of Foreign
Languages), la plus importante association nationale des
enseignants de langues étrangères aux États-Unis, de
novembre 1975 :
« First Franco-American Snow Class »,
« An experiment in bilingual Education » by Dr Mickael
Klein.
« Their presence (French and American children
together) in that dining room represents three years of
planning… The American participation in the snow
class program began with the pairing of the City of
Versailles with Cedar Rapids, Iowa…
La présence d’enfants français et américains dans la
salle à manger représente trois années de planning. La
participation américaine a commencé entre Versailles et
Cedar Rapids, Iowa…

Le Monde du 27 mars 1976 :
« Des classes de neige américaines en France » par
Pierre Coulomb
Quelques extraits : « Parce que le français était de
moins en moins parlé aux États-Unis, M. André Girod,
universitaire détaché dans le Midwest par les Services
Culturels de l’Ambassade de France à Washington, eut
une idée : faire envoyer dans notre pays des classes de
fin d’études primaires et leurs instituteurs, pour
participer à des classes de neige avec des écoliers
français. » Tout est dit !

74 Ou la presse locale pour la première classe de neige
franco américaine :

Toutes les Nouvelles de Versailles du 18 décembre
1974 :
« Expérience Pilote pour 57 écoliers versaillais » par
Sylvie Piffara
Extraits : « School, c’est l’école et snow, c’est la neige.
Qui conjugue avec bonheur et depuis des années l’école
et la neige ? La France. Et qui donc a pensé que l’on
pourrait tirer un grand avantage d’une formule aussi
réussie pour promouvoir la langue française et les
relations franco-américaines outre-Atlantique ? Un
presque « versaillais », M. André Girod, Directeur
détaché auprès des Services Culturels de l’Ambassade de
France à New York… C’est ainsi qu’est né ce projet qui,
pour la première fois, sera mis en pratique en février
prochain : deux classes de neige franco américaines et
partiellement bilingues… »

Et dans les Alpes, le Progrès de Lyon n’est pas en
reste :
Le Progrès du 15 février 1975 :
« Les petits Américains du Val d’Abondance » par
Gérard Frison
« Cinquante-trois écoliers de Cedar Rapids (Iowa) et
deux classes primaires de Versailles participent
actuellement aux premières classes de neige franco
américaines organisées par M. André Girod, professeur
détaché auprès des services culturels de l’Ambassade de
France à Washington… Ambiance (dans le chalet) que
Bryan Gustas et son compère Cary Miller, deux
bonshommes de onze ans qui n’ont pas la langue dans la
75 poche de leur anorak, résument à peu près ainsi « On
rigole bien ! »
(Traduction libre !)

Et la réplique de l’autre côté de l’Atlantique !

The Cedar Rapids Gazette Sunday March 23 1975
(dimanche 23 mars 1975)
« Education enriched for 53 Cedar Rapids School
Children »
On peut lire : Preparation for their trip began last year
with their voluntary enrollment in a special program,
offered by Campus International Ltd. The local
organization regularly take college students to Europe
on education and ski excursions. Andre Girod, Director
of the organization, introduced the program in Cedar
Rapids last Spring… Skiing, according to Girod, « added
interest to their learning a language and culture… »
Inscription volontaire dans le programme offert par
CIL, André Girod a introduit le programme au printemps
dernier. Le ski, un intérêt supplémentaire à l’étude de la
langue.

(C’est si bien dit !!!)

Le plus grand magazine de ski aux États-Unis « SKI »
de décembre 1976 :

« Ski the fifth grade in France »
« Why wait until you’re a college junior to study
abroad ? Campus International Ltd, of Cedar Rapids,
Iowa, can arrange for fifth graders in your town to spend
24 days in the Alps as part of a bi-national ski-and-study
group.
76 Each American parent pays $850. Each child gets
special pre-trip language and orientation courses. »

Pourquoi attendre d’être à l’université pour partir à
l’étranger ? CIL peut organiser pour les CM 2 de votre
ville de passer 24 jours dans les Alpes dans un programme
de « Etudes et ski ». (Coût par parent : $850 pour cours
de langue et de préparations).

Du journal « Anderson Daily Bulletin » du mardi
2 mars 1982, par Carol Baker :
« Snow class back home »
« A short two weeks after returning from the French
Alps, the Snow Class was together again. »

La classe de neige est de retour : deux semaines après
être retournée des Alpes, la classe de neige est à nouveau
ensemble.

Carol continue d’une façon amusante :
« Several awards were presented to members of the
snow class : Shelly Davis : for helping the cook. Nicky
Devaney for the shape of her eyes when she smiles. Jeff
Evernham, trophey Jean-Claude Killy for best skier.
Angle Odle for tossing items to village boys off the
balcony. Eric Goins, « tournez à gauche » for giving
wrong directions to the bus driver. »
Récompenses : pour aider le cuisinier, la forme de ses
yeux quand elle sourit, de meilleur skieur, pour jeter des
objets du balcon, pour donner de mauvais renseignements
au chauffeur du car.

Du grand journal national « Cleveland Press » du lundi
22 mars 1976 : article de William Steif (reporter
ScrippsHoward) :
77 « 111 children return from French ‘Snow Classes’
« Paris.
One hundred eleven Cleveland-area children head
home today after a month in one of the world’s newest
and most unusual international exchange programs.
The program is the brainchild of Andre Girod, a
professor at Coe Collège, Cedar Rapids, IA.
At a city hall reception for the children in
StGermain-en-Laye, Girod said the idea first struck him in
1972 because something had to be done about the
decline in teaching foreign languages in America. »
Plaisir de faire la traduction ! 111 enfants de Cleveland
rentrent aux États-Unis aujourd’hui après avoir passé un
mois dans le programme d’échange international le plus
nouveau et le plus innovant au monde. C’est l’invention
d’André Girod qui voulait enrayer le déclin de
l’enseignement des langues étrangères – surtout le
français – en Amérique.

Même les Américains furent surpris de voir un tel
intérêt pour les classes franco-américaines dans la presse :
Norma Allen, la mère coordinatrice de La Grange,
Illinois écrit au bureau de Westmont, le 29 juillet 1986 :
« I was really surprised the newspaper gave such a
spread and in « Life Style » to boot ! »
J’ai été vraiment surprise que le journal nous donne un
tel espace et en plus dans la rubrique « Life Style »
La « Cossit school » avait fait l’échange avec l’école
Paul Bert de Levallois-Perret.

Tous ces articles recueillis auprès des écoles françaises
et américaines, envoyés par les parents coordinateurs,
nous avaient, au début, longtemps étonnés. L’arrivée des
petits français et des jeunes Américains se révélait être un
événement important dans la vie de la commune et encore
plus dans les écoles. Mais dans les années 1980-1990,
78 cette classe était une véritable aventure pour les enfants et
les enseignants. Le sujet, pour les médias, était de toute
beauté et très prenant : des gamins de dix ans qui
débarquent avec leur spectacle, leur maître, leur curiosité,
leur innocence, leur bonheur ne pouvaient qu’attirer
journalistes, reporter, équipes de télévision prêts à faire
vivre, auprès de la population, ce conte de fée. Ils s’en
donnaient à cœur joie et nous le ressentîmes ainsi. Surtout
que les départs étaient pathétiques des deux côtés. Pour ne
citer qu’un exemple pris au hasard :
Dans le journal de St-Germain-en-Laye : « Lors de leur
départ pour rentrer en France, ils avaient tous les larmes
aux yeux » précise l’enseignante.

Au cours d’un départ pour l’aéroport, un gamin
américain de 10 ans pleurait tellement que je lui
demandai :
« Why are you crying so hard ? » car c’était un peu
inhabituel de la part de garçons américains que les parents
entraînaient pour être des durs !
« Oh, I have one eye crying because I am happy to go
home and the other one crying because I am leaving my
friend ! »
Un œil pleure parce que je suis heureux de rentrer et
l’autre pleure parce que je suis triste de quitter mon
copain !

Mais l’étonnement venait surtout de l’âge des enfants :
jamais leur déplacement dans un aéroport n’est passé
inaperçu et n’a laissé les passagers indifférents. Ils étaient
troublés que l’on pût faire voyager autant d’enfants si
jeunes ensemble.

Dans le grand journal américain : « Chicago Tribune »
Tuesday May 20, 1980 (mardi 20 mai 1980) est publié un
article, intitulé :
79 « Kids learn things the same all over ».
Anne Keegan, la journaliste, commence par une forte
inquiétude :
« All of a sudden, they seemed awfully young. »
Tout à coup, ils apparaissent si terriblement jeunes.

Elle poursuit :
« Standing there in the airport with their passports in
one hand and a bulging flight bag in the other. Giggling
and jumping up and down.
Paying little attention to their parents, who, feeling
somewhat abandoned, were trying to throw one more
kiss, wave another final good bye, and shout one last
reminder to « mind your manners over there » and
« remember to brush your teeth, please ! »
Most of them had not hit 5 feet tall yet. They were
only 10 years old. As they disappeared down the corridor
of the International terminal at O’Hare Airport that day
of April, leaving their parents behind, they seemed
awfully young to be going so far away. »

Ils sont là, passeport à la main, un énorme sac dans
l’autre, ils rigolent et sautent d’un pied sur l’autre, faisant
très peu attention à leurs parents qui se sentent
abandonnés et qui essaient de les embrasser une dernière
fois et de leur faire un dernier geste d’adieu et de leur
crier : « Fais attention à tes manières » ou « N’oublie pas
de te brosser les dents ! »
La plupart n’atteignent pas cinq pieds (1 mètre 50) et
ils ont dix ans. Comme ils disparaissent au fond du couloir
de l’aéroport international O’Hare (Chicago), laissant
leurs parents derrière, ils semblent si terriblement jeunes
pour partir si loin !

Pourtant l’impact de ces rubriques ne fut souvent que
local. Il n’allait guère au-delà des extrémités du comté en
80 Amérique et de la ville en France. Mais ce fut toujours un
baume qui guérissait de toutes les petites anicroches qui
avaient pu avoir lieu dans la mise en place des classes.


Qu’ajouter de plus pour décrire les classes de neige
franco-américaines ?
81


Chapitre 2
Coup de blues des Américains en France



Chaque classe américaine qui venait dans nos chalets et
séjournait dans la région parisienne à la fin du séjour,
recevait un hommage soutenu par les journaux locaux de
la région. Des pages entières racontaient l’épopée,
extraordinaire pour l’époque, de ces aventuriers de dix ans
qui bravaient tant de difficultés matérielles et d’obstacles
culturels pour acquérir une éducation hors du commun.
L’amélioration des études et des résultats étaient
indéniables aux yeux des enseignants qui reprenaient en
main leurs étudiants qui avaient vécu cette expérience.
Dans de nombreux rapports lancés par les systèmes
scolaires américains pour justifier la validité d’un tel
déplacement, en pleine année scolaire, surtout aux yeux
des membres réticents du conseil d’administration qui, du
bout des lèvres, avaient voté pour le programme,
revenaient toujours les mêmes messages : ouverture de
l’enfant vers le monde, changement d’attitude en classe,
les plus timides devenant des moteurs dans le partage
d’idées, les plus téméraires et indisciplinés avaient acquis
une grande maturité dans le contrôle de leur agitation et
surtout un niveau nettement supérieur dans le résultat des
devoirs et des examens.

Dans un rapport présenté au « School Board » de
Cedar Rapids, Iowa, le premier système scolaire à
participer au programme des classes franco-américaines,
le 6 mai 1981, par Mary Williams, il est dit :

83 78 % des familles considèrent le planning et la
préparation « adequate »
17 % dirent que le processus de préparation pourrait
être amélioré : meilleure utilisation du
« phone tree », chaîne téléphonique établie entre les
familles. Plus de participations familiales dans les cours
d’initiation au français. Ces cours étaient offerts
gracieusement aux familles hôtesses pour permettre une
plus souple communication avec l’enfant français.

83 % ont répondu au questionnaire qu’ils
recommanderaient le programme à leurs amis.
13 % pensent qu’ils le recommanderaient aussi soit un
total de 96 % de satisfaits.

100 % dirent que ce programme avait accru leur intérêt
dans le monde international.

100 % dirent que leur intérêt dans l’étude d’une langue
étrangère s’était nettement accru.

70 % dirent que leur enfant s’inscrirait dans des cours
de français au lycée.

93 % dirent qu’ils participeraient volontiers dans une
nouvelle classe franco-américaine.

Dans le même article du Chicago Tribune du mardi
20 mai 1980, Anne demande aux enfants s’ils voulaient
retourner en France :
« They all want to go back. They want to see what’s
out there. They know there’s more now. »
Ils veulent tous y retourner car ils savent qu’il y a
encore des choses à voir !


84
Dans l’esprit des pédagogues, responsables des
programmes scolaires comme Jean Thoms à Cleveland,
tout était bénéfique dans ces classes surtout lorsque les
enfants suivaient des cours de français au niveau primaire
dans les Magnet Schools de Cleveland. Les participants
étaient devenus de vrais animateurs dans les cours et
aidaient les autres à prendre conscience qu’en dehors de
leur univers étriqué, existait un monde fabuleux qui devait
être connu et apprécié.

Jean Thoms et le Dr Charles Jordan, inspecteurs à
Cleveland, écrivent dans le bulletin officiel du système
scolaire : « Keep posted »
« What an educational experience you have provided
for our children. When we first learned of the Snow
Class program, we thought it was too good to be true.
Then as we investigated every facet of the program and
met only positive results, we came to realize that you
were indeed offering a program that would be of great
benefit to our children.
Now that the children have returned from their month
in France and the evaluations are in, we can reflect on
the 1976 Snow Class program as having been a sound
educational experience for our children…
We hope that we can continue to work with you in
strengthening the program and that you will permit us to
continue to incorporate the Snow Class program as an
extension of our Major Work and Enrichment
program. »
Quelle expérience pédagogique vous avez donnée à nos
enfants ! Quand nous avons entendu parler de la Classe
de neige, nous avons pensé que c’était trop beau pour y
croire. Puis nous avons mené une enquête qui nous a
donné des résultats positifs et nous nous sommes rendus
85 compte qu’elle ne pouvait être que bénéfique pour nos
enfants.
Maintenant que les enfants sont de retour et que nous
avons les évaluations, nous pouvons dire que la classe de
neige 1976 a été une expérience très éducative pour nos
enfants.
Nous espérons pouvoir continuer à travailler avec vous
pour renforcer le programme et que vous nous autoriserez
à l’inclure dans notre curriculum d’enrichissement.



Mais cette réussite n’était pas toujours évidente au
retour des enfants américains. Le séjour pour beaucoup,
nous l’avons vu (voir « Classe de neige franco
américaine »), avait été dur, parfois épouvantable : les
premières lettres écrites au chalet, souvent le deuxième ou
troisième soir, pouvaient extraire des larmes d’une pierre.
À les interpréter avec compassion, j’aurais dû faire refaire
les valises et ramener les gamins auprès de leurs parents.
Le choc culturel les désintégrait absolument puisqu’ils
n’avaient plus aucun repère connu : chambre à partager,
douches en groupe, repas bruyants, rires des Français
qu’ils prenaient pour des moqueries et des ricanements,
pudeur de se déshabiller devant des étrangers tandis que
les mômes de Versailles n’hésitaient pas à se mettre nus
devant eux, nourriture horrible qu’ils regardaient comme
du poison, cours de ski où ils chutaient et personne pour
les consoler en rentrant, marches à pied interminables le
dimanche, pour aller dans une ferme puante et s’agglutiner
derrière la queue des vaches, sentir le fumier et obligés de
goûter du fromage fait à la main devant eux, mains aux
doigts gourds, parfois sales, acheter des souvenirs dans
une boutique moins grande que leur salle de bains et
négocier dans cette langue abominable avec une vieille qui
n’avait presque plus de dents… La liste des complaintes
86 serait inexhaustible ! À les écouter, ils étaient revenus
quelques siècles en arrière, oubliant ou plutôt, ne sachant
pas que certaines régions des États-Unis étaient pires que
ce qu’ils voyaient. Mais ces fils et filles de familles aisées,
archi-protégés dans un cocon de fils d’or, arrachés
brutalement à leur milieu comme au cours d’une guerre,
exilés sur une terre lointaine, dans un pays barbare,
vivaient au début le pire des cauchemars ! Mais sans s’en
rendre compte, ils étaient en train d’acquérir une
expérience qui allait transformer leurs vues et vies plus
tard.

Beaucoup d’enfants français furent intrigués, souvent
déçus par l’attitude de leur correspondant en France. Ils
avaient aussi du mal à bien les comprendre puisque la
transposition du côté américain, avait, pour la très grande
majorité des petits Français, été favorable : habitat, école,
activités, grande liberté d’action.

Marion (École Bonnenfant, St-Germain 78/Montclair,
Los Altos, California 1989) en révèle un peu le secret :
« Je ne crois pas avoir eu le cafard pendant ces trois
semaines-là. Depuis que je suis petite, mes parents
m’avaient habituée à faire des séjours de quinze jours à
trois semaines. Ma mère m’a toujours dit qu’elle avait ri
jaune quand, en rentrant du voyage, je lui avais confié
qu’elle ne m’avait absolument pas manqué là-bas.
En ce qui concerne les repas, de manière générale, je
me souviens avoir été assez interloquée. D’abord, en
dehors du petit-déjeuner, il n’y avait pas d’horaires de
repas fixes. Quand ma correspondante avait faim, elle
mangeait et voilà. Peu importait l’heure et peu importait
quoi, ce qui donnait un hamburger à 17 heures ou un
gâteau au chocolat et de la crème glacée pour le dîner !
Le plus incroyable pour moi, c’était que sa mère se
comportait de la même façon ! »
87
Ce qu’il ressort de ce témoignage et il est corroboré par
de multiples enfants, c’est cette liberté souvent absolue,
accordée aux enfants américains par leur famille : repas en
ordre dispersé, on s’habille comme on veut, on étudie le
soir avec la télé allumée, couché par terre. Le samedi,
soirée avec les copains et cela dès le plus jeune âge, « PJ
party », soirée pyjama chez le copain ou la copine qui dure
toute la nuit.

Alors il faut imaginer la réciprocité : le petit de
Lombard débarque à Paris : appartement étroit, cinquième
étage sans ascenseur, école avec des murs de prison,
rigueur dans les repas, assis presqu’une heure à table,
discipline plus ferme qu’aux États-Unis et l’on voit tout de
suite le choc culturel et la grande difficulté de l’enfant de
10 ans d’accepter ces nouvelles règles.

Marion continue :
« Pour le lunch, la maman préparait un lunch box
(dans un sac en papier marron) pour chacune de nous
deux avec des petits sandwichs aux œufs durs (que je
n’aimais pas du tout !), du chocolat et des bonbons. Je
prenais le lunch avec mes copines de classe sur des
bancs dans la cour de l’école et c’était vraiment super !
Alors qu’en France, on s’asseyait dans un réfectoire
moite et bruyant, hiver comme été et qu’une « dame de la
cantine » nous servait un truc infâme. Là-bas, c’étaient
les enfants qui se servaient eux-mêmes ou portaient leur
plateau, ils mangeaient ce qu’ils aimaient et aucun
adulte ne les obligeait à terminer leur assiette et nous
étions tous dehors ! »

Quand on connaît la « Montclair school » à Los Altos,
c’est évidemment un rêve d’y manger : large parc,
eucalyptus odorants, vue plongeante sur le Pacifique,
88 salles de classes séparées et dispersées dans la nature,
bancs et tables un peu partout, parterre de fleurs, haies
colorées et pelouse autour des bâtiments, dévorer son
sandwich avec les copines en plein air avait allure de
pique-nique et de fête.

Maintenant inversons les rôles : les Américains dans
l’école française et encore les écoles de
Saint-Germain-enLaye ne sont pas trop minables. Pourtant, la cour est
étroite avec un ou deux arbres rachitiques, pas d’herbe.
Une cantine bruyante et une discipline dure. Alors, on
comprend le « coup de blues » des petits Californiens !

Sébastien (École Gambetta, Vanves 92/Atkinson
school, Freeport, New York 1991) avoue qu’il a été
impressionné par l’école primaire américaine :
« Elle était extrêmement grande. Je me demandais
vraiment si on n’était pas au collège, voire au lycée.
C’était totalement incomparable avec mon école
Gambetta. Il y avait un park géant. Je ne pense pas être
allé jusqu’au bout. Il y avait des terrains de basket, de
football américain ou européen. On jouait au base-ball.
Il y avait un grand gymnase, une grande salle de
spectacle.
Je suis allé en classe avec des Américains. Je ne
comprenais pas grand-chose. Je me souviens être allé au
fond de la classe. J’ai fait un puzzle avec les États
d’Amérique. On m’a offert une boîte neuve à la fin.
Je dois avouer avoir beaucoup aimé quitter l’école
très tôt chaque jour. On avait l’impression d’avoir de
grandes journées où nous avions un grand choix
d’activités. »

Alors il faut penser à Luigi, le correspondant de
Sébastien qui est venu à Vanves dans l’école Gambetta.
Pas surprenant qu’il ait eu un coup de blues !
89
Et que dire de Carolynn, la correspondante de
Christelle (École Joseph Cornier, Lyon 69/Hillcrest
school, Downers Grove, Illinois 1989) quand elle est
venue en France :
« Nous avons eu un accueil très chaleureux, il y avait
des banderoles, des journalistes, les familles américaines
nous attendaient.
J’ai trouvé la maison magnifique, elle était immense,
il y avait une piscine intérieure, j’en ai pris plein les
yeux !!! Car j’habitais un petit appartement rue
Chazière à la Croix Rousse. Je dormais avec ma
correspondante dans sa chambre qui était spacieuse. »

Pour terminer avec Marion, elle nous confie son
malaise lorsque sa correspondante est venue en France.
Elle se disait qu’elle ne faisait pas assez pour l’aider à
s’adapter, que sa famille n’était peut-être pas apte à
recevoir, surtout après son séjour à Los Altos.

Mais quand elle commença à lire certains témoignages,
elle s’est dite rassurée :
« Curieusement, je suis rassurée de constater que la
plupart des correspondants américains ont eu du mal
avec la France. Je m’explique : je gardais un zeste de
culpabilité quant au passage de ma « corres’ » en
France, je m’étais bien rendu compte de ses difficultés
mais je n’y pouvais pas y faire grand-chose. Chez nous,
les enfants ne devaient pas se faire entendre, seuls les
désirs des adultes pouvaient être pris en compte.
Visiblement c’était une politique familiale plutôt
répandue… »

C’est pourquoi, lorsque je ramenai aux États-Unis en
1976, la fille de Springfield qui s’était cassé la jambe,
beaucoup m’approchèrent pour me demander si un
90 membre cassé était suffisant pour être rapatrié, avec l’air
de dire qu’ils se casseront la jambe demain. « Oui,
uniquement la jambe. Tu te casses le bras, tu restes ici ! »
Et ce fut vrai : la main luxée, le bras cassé et ils étaient
réparés et consignés au chalet.

Carmenita (Classe de neige Chicago, 1981) dont je
parlerai plus loin, nous écrit :
« I suffered extrême home sickness when we left the
chalet to stay with the family. »

Le cas très sévère de Mark de Springfield (Il fut
‘premier prix’de l’enfant le plus exécrable de l’année !) a
déjà été mentionné (Classe de neige franco-américaine).
Un autre attira mon attention. J’étais à Medina, Ohio à
l’école « Heritage » la plus belle école que je n’aie jamais
vue de ma carrière ; le directeur était Wes Florian, un
homme extraordinaire. Nous nous entendions comme deux
larrons en foire et il avait saisi l’importance du programme
pour les enfants de sa ville. Il n’avait pourtant jamais mis
les pieds en France et ne parlait pas un mot de français à
son grand regret.

Je lui rendis visite pour deux raisons : avoir un compte
rendu du séjour et la réaction des enfants et des parents
depuis leur retour et ensuite le soir même, faire une
réunion pour l’année suivante, afin d’organiser une autre
classe. Je m’efforçais de combiner visite à la classe
française et réunion pour économiser temps et argent. Or
ce jour-là, et je l’ignorais, c’était « French day at
school ». Tous les enfants de l’école qui avaient participé
au programme, devaient partager leurs expériences avec
ceux qui étaient restés. Une manière d’enseigner et de
faire vivre un peu de cette aventure aux autres. Ce fut de
cette façon que le programme put toucher des centaines de
milliers, voire plus d’un million d’enfants américains dans
91 les écoles primaires. Vingt-cinq enfants de retour de
France, communiquaient avec TOUS les enfants de
TOUTES les écoles primaires de la ville !

Il y avait un participant par classe depuis les tout petits
jusqu’au CM2 et niveau 6. Wes m’invita à le suivre de
classe en classe. À la troisième, je tombai sur le pire
énergumène que nous ayons eu cette année : un môme
odieux avec les enseignants et la famille française. Il avait
tout fait pour être remis dans le premier avion. Mal élevé,
rude envers le petit frère, malpropre, taciturne, à un point
que la mère française avait des larmes de joie de le voir
monter dans le car pour rentrer chez lui. Elle avait même
murmuré : « Je me demande ce qu’il a pu retenir de la
France ! » Mais sa patience et son obstination à le garder
quand même, avaient été ses seules récompenses.

Et voilà que je tombe sur le loustic (Premier prix de
l’horreur !) : grand, arrogant, sûr de lui, il se tenait debout
devant une classe de CE2. Wes me fit signe de m’asseoir
au fond. Un étrange dialogue s’instaura entre notre terreur
et un gamin de la classe. J’essaie de le reproduire :
— « Qu’est-ce que tu avais pour le petit-déjeuner ?
(What did you have for breakfast ?)
En anglais, la réponse est plus spectaculaire !
— « For breakfast, I had baguette and café au lait ? »
Mine effarée du gosse :
« What’s baguette ? »
Et le monstre d’expliquer la différence entre
« baguette », « pain », « croissant », « pain de
campagne », « ficelle »
Le bougre en connaissait autant que le boulanger du
coin où il allait avec son correspondant chercher le pain du
repas !
92 Et le voilà reparti sur « café au lait » et de nombreux
autres plats qu’il avait dû dédaigner, un vrai cordon-bleu
après un stage culinaire.
Nous l’écoutâmes un bon quart d’heure et je dis à Wes :
« J’aurais voulu que la mère de famille de Noisy-le-Roi fût
là pour voir que son voyou avait quand même appris –
voire apprécié – quelque chose de la France » !

La vérité vient souvent de la bouche des enfants et le
comportement de la correspondante américaine en France
peut mener à des situations difficiles.

Karine (École Gambetta, Vanves 92/Atkinson School,
Freeport, New York, 1991) n’hésite pas à le dire :
« La venue de ma correspondante en France s’est mal
passée. Elle n’avait jamais quitté sa famille (pour un
premier voyage, trois semaines en France, je conçois que
ce ne soit pas facile). Pour arranger le tout, on lui avait
annoncé au départ à l’aéroport qu’elle ne vivrait plus
avec ses grands parents à son retour. Elle a pleuré
presque tout le temps, le seul moment où elle était bien,
c’était avec sa meilleure amie qui (heureusement) était la
correspondante d’une très bonne amie. Quand elles se
quittaient, c’étaient hurlements, pleurs, elles
s’accrochaient l’une à l’autre… Horrible ! À la maison,
elle pleurait, ma grande sœur avait plus de patience que
moi pour essayer de l’occuper mais malgré tout, elle ne
voulait rien faire. Elle ne mangeait rien de la cuisine
traditionnelle de ma mère. Le seul jour où elle a mangé
avec appétit c’est quand on l’a amené au Mac Donald ! »

Ma chère Karine, ce fut un cas extrême. J’avoue un fait
que je ne devrais pas : chaque année, dans notre bureau de
Westmont, Illinois, d’après les rapports que nous avions
des enseignants et animateurs américains et français, le
personnel votait pour le participant le plus exécrable !
93 Tiffany, ta correspondante a dû avoir le grand prix cette
année-là !


Par l’intermédiaire de Facebook, j’essaie de la
contacter. Ici même, sa réponse si nous l’avons !

Urielle (École Pasteur, Melun 77/Atkinson school,
Freeport, New York, 1990) :
« Ma correspondante pleurait quasiment tous les
soirs, refusait de manger avec nous mais mes parents
l’obligeaient à manger la moitié de son assiette et la nuit
elle mangeait des bonbons qu’elle cachait sous son lit ! »

Niklas (École le Mail, Torcy, 77/Eastview school,
Lake Geneva, Wisconsin, 1986) :
« Le seul point négatif était que je ne m’entendais pas
avec mon correspondant. Là oui, le casting n’a pas été
très réussi. Nos personnalités étaient très différentes et
ça n’a jamais accroché (il était fils unique, très
capricieux et exclusif, pas très éveillé, avait des
difficultés à l’école…)

À écouter Alexandra (École Gambetta, Saint-Prix
95/Warrenton school à Warrenton, Oregon 1990),
j’aurais dû mettre fin illico presto au programme. Pourtant
elle a raison : le programme a toujours été plus difficile
pour les Américains. Alexandra écrit :
« Angela n’a pas fait d’effort pour s’acclimater à la
vie française : elle ne voulait pas goûter la cuisine
française, elle se lavait très rarement, elle restait
enfermée dans la chambre, elle ne voulait pas faire
d’effort pour parler le français ce qui m’a servi à moi
puisque j’étais obligée de parler américain pour lui
parler et donc j’ai fait des progrès spectaculaires (arrivée
en sixième, je tournais à 18 en moyenne et quand je suis
94 allée aux États-Unis la classe française partait en
second) je pouvais me faire comprendre par ma famille
d’accueil qui ne parlait pas un mot de français. »

L’angoisse avait les mêmes raisons : peur de l’inconnu,
séparation brutale (on monte dans l’avion, enthousiastes,
heureux de décoller, puis peu à peu, la pensée de se
retrouver tout seul de l’autre côté, commençait à faire des
nœuds dans l’estomac des gosses).

Claire-Émilie (École annexe EN, Bordeaux 33/Breton
Jones school, East Grand Rapids, Michigan 1991) :
« Tout d’abord, merci de nous avoir permis de vivre
une expérience pareille. J’étais morte de peur avant le
départ aux États-Unis. Je n’étais jamais partie aussi loin
et aussi longtemps. En plus, se retrouver au milieu d’une
famille qui ne parlait pas un mot de français, ne me
rassurait pas ! Mais ils ont été adorables et on s’en est
sorti à coups de dictionnaire et de mimes !
Je suis restée en contact avec Jennifer, ce qui m’a
permis d’y retourner en juillet 2000 et de passer des
moments fabuleux : chutes du Niagara, baignade dans le
lac Michigan. »

De l’avis général et surtout pour ceux qui devaient
partir plus tard en famille en Angleterre, les familles
américaines ont été exceptionnelles. Elles étaient
volontaires, avaient toujours un enfant du même âge que le
petit Français et hébergeaient avec amour et passion. Rien
à voir avec les familles d’accueil anglaises qui se font
payer et ont fait des séjours linguistiques, une affaire fort
juteuse. Les organismes qui pratiquent ces opérations
jouent sur une publicité mensongère. L’ACFA ne le fit
jamais : ce qui était dit, était fait dans des règles strictes :
nom de la famille hôtesse et documents remis au moins six
mois avant le départ pour permettre une préparation
95 intensive et une correspondance suivie. Un petit Français
par famille avec un enfant du même âge. Intégration réelle
dans une école primaire américaine. D’où la réussite
complète de la classe franco-américaine.

Pourtant l’expérience n’était pas évidente à la vue des
difficultés à surmonter. Nous les verrons une par une, au
cours de ce récit.

Jennifer (École de la Loge Blanche, Épinal 88/Grove
school, Barrington, Illinois, 1990) l’avoue :
« Nous voilà arrivés en Amérique dans une grande
salle, nos correspondants nous attendent : j’avais très
peur, j’allais dans une famille que je ne connaissais pas
du tout
(Allison n’était pas venue en France). »

Et que dire d’un enfant qui atterrissait dans une famille
américaine d’origine indienne ?
Le fameux « melting-pot » américain !
Marie (École des Maradas, Cergy Pontoise 95/PS 158
school, Manhattan, New York, 1988) :
« À cet âge-là et timide comme je l’étais à l’époque,
j’ai eu beaucoup de mal à en profiter pleinement mais
j’en garde quand même de bons souvenirs. Il m’a été
difficile de gérer à la fois le double choc culturel (école
américaine) et la culture indienne. »

Un petit mot d’explications est nécessaire : depuis
plusieurs années, Paris participait au programme et nous
n’avions aucune hésitation à y mettre des classes
américaines. Lorsque la ville de New York nous contacta,
nous avons voulu donner la même expérience aux petits
Français : vivre (survivre ?) au cœur d’une grande ville :
New York, Chicago. Les écoles sont si nombreuses à New
96 York qu’elles sont numérotées. PS 158 indique l’école
publique
(Public School) numéro 158. Située au 1458 York Ave,
e eles enfants américains habitaient entre la 63 rue et la 90
rue. Plusieurs même habitaient sur la « Park Avenue », pas
n’importe quelle avenue de New York. Les ethnies se
mélangeaient et nous avions des familles de toutes
origines : grecque, allemande, indienne, slave, chinoise !
Marie était avec Kruti !

Nous reviendrons dans un chapitre prochain sur la
façon dont les enfants étaient placés entre eux et nos
méthodes ont eu des défaillances !

Les enfants américains reconnaissaient eux-mêmes que
l’expérience était difficile.

De Lanie (première classe de neige Cedar Rapids,
Iowa – Versailles, 77, 1975) :
« Thruthfully, though, once I got there, I was terribly
homesick. I had never been away from home for so long
and our routines were very different from what I was
used to… »
J’ai eu un terrible coup de cafard, je n’étais jamais
partie si loin et si longtemps et nos habitudes sont si
différentes !

Au moins Lanie, Tiffany partirent en France !

Ce ne fut pas le cas de Lajulia (Burton International
school, Detroit, Michigan/École Foch, Taverny 95,
1992) :
« I got scared and I didn’t want to get on the plane ! »
J’ai eu peur et j’ai refusé de monter dans l’avion !

97 En effet LaJulia est rentrée chez elle ! Mais elle a reçu
Ludivine deux mois plus tard.

Mêmes raisons de ces énormes coups de cafard :
première séparation avec la famille, pays très éloigné,
coutumes, langues différentes. Pour les enfants des deux
côtés, mais nous verrons, plus loin, pourquoi les Français
surent mieux s’adapter et plus vite que leurs copains
américains !

Dans le Dauphiné du lundi 25 janvier 1982, un article
d’André Juricic intitulé :
« Des USA à Saint-Michel-de-Chaillol : le bienfait
linguistique des classes de neige internationales. »
« Are you ready ? Let’s go… »
« Agés de huit à dix ans, les jeunes écoliers finissent
un cours avant de regagner le réfectoire pour le goûter.
En effet, parmi les cent jeunes pensionnaires, se trouvent
des écoliers du Val d’oise (Montmorency) et des écoliers
de Chicago et Toledo.
Mais le changement est grand, très grand pour
certains de ces élèves venus de l’Ohio et des bords du lac
Michigan. »

Dans le « Daily Times », Ottawa, Illinois du 14 février
1978, l’enseignant américain, Mike Lyons, reconnaît la
difficulté de ses enfants à vivre l’expérience :
« They learned some hardships while there. American
kids aren’t used to walking three miles to Church or to a
store for a candy bar. They also had a learning
experience as far as foods were concerned.
Three weeks is a long time to be away from home and
this kind of got us… It made the kids sort of homesick. »

Ils ont appris les difficultés à marcher des kilomètres
pour aller à l’église ou acheter du chocolat. Trois
98 semaines sont longues d’être loin de chez soi et ils ont eu
un coup de cafard…

Mike avait raison, malgré tous ses efforts pour
encourager et rassurer ses élèves. Il fit un travail
remarquable et je l’en remercie. Nous eûmes tous les deux
un enfant le même jour : jumeaux des classes
francoaméricaines !
99


Chapitre 3
Création d’une association



Alors j’étudiai avec soin le phénomène du succès des
classes de neige franco-américaines. Du côté français, pas
de problème car, en ces années-là, c’étaient des dizaines
de milliers d’enfants français qui partaient en classe de
neige. Toutes les grandes villes et surtout Paris et ses
banlieues, fournissaient un nombre considérable
d’écoliers : Neuilly sur Seine, Issy-les-Moulineaux,
Levallois-Perret, Boulogne-Billancourt, Montmorency qui
devint vite notre plus gros client, Eaubonne, Enghien,
Noisy-le-Roi et enfin Paris. Inutile de les citer toutes car
chaque commune y participait activement soit en passant
par un organisme spécialisé, genre La Ligue de
l’enseignement, Cap Monde, Marmottes et Chamois ou les
Œuvres laïques des départements. Mais une seule
association organisait les classes franco-américaines :
l’ACNFA (association des classes de neige
francoaméricaines), dont le siège social se trouva au début à
Saint-Claude, Jura.

Revenons un peu en arrière : lorsque je lançai Camps
International LTD devenu Campus International LTD à la
suite d’une erreur de notre banque à Cedar Rapids, je
n’avais aucun correspondant valable de l’autre côté de
l’Atlantique. J’avais fonctionné avec Marmottes et
Chamois pour les camps d’été et j’avais été vite déçu et
surtout trompé. Pierre avait fondé la sienne mais aux
possibilités très limitées et désordre. Comme directeur, il
était valable mais comme organisateur, il tombait dans la
101 médiocrité. Pas possible de compter sur lui. Et en
reprenant le dicton, « on n’est jamais mieux servi que par
soi-même », je décidai, comme tout citoyen de créer
moimême une association loi 1901. Françoise était revenue
s’installer définitivement en France en 1973 et pouvait
servir de correspondant. En octobre 1975, devant
l’ampleur de la réussite des classes de Cedar Rapids,
j’envoyai à la préfecture du Jura, le dossier de la création
de l’association. Au retour de la réponse, un compte fut
ouvert au Crédit Agricole et une mise en route organisée
pour soutenir toutes les démarches. L’association devint le
centre névralgique de toutes les activités de Campus
International en France et percevait ainsi un revenu : elle
s’occupa des locations de cars, réservations des hôtels et le
règlement des mairies par l’intermédiaire des percepteurs.
Puis un large virement se faisait des États-Unis pour
alimenter le compte. Nous étions prêts à démarrer. Si le
siège était à Saint-Claude avec l’adresse de la grand-mère
de Françoise, c’est qu’on était sûr que le courrier serait
gardé. Au bout d’une saison, l’adresse changea au
Chesnay où nous avions acheté un appartement à Parly 2,
Square Eblé. Puis un appartement plus grand à Port-Marly
et enfin une ancienne ferme en Seine et Marne à Perthes
en Gâtinais où nous transformâmes une grange en bureau
et chambre d’accueil de notre personnel américain qui
venait en stage en France.

Ayant instauré une situation stable et pignon sur rue,
nous pouvions agir dans la plus stricte légalité surtout aux
yeux des communes. L’adresse était valable, l’association
enregistrée en bonne et due forme, une administration
impeccable du programme et des prestations sans failles.
Le côté américain était rehaussé par la participation des
systèmes scolaires avec lettres à en-tête et signatures des
inspecteurs. Pour les responsables des systèmes scolaires,
ils recevaient des lettres de bienvenue signés de noms
102 prestigieux comme Peretti, Péricard, Chaban Delmas,
Bérégovoy, Santini, Fourcade, tous députés ou sénateurs,
même ministres du gouvernement français. L’impression
de chacun auquel nous servions de lien, montrait la haute
estime qu’ils avaient envers moi et surtout la confiance
qu’ils m’accordaient. Et ils ne furent jamais trompés !
Encore dernièrement, le Maire d’Issy-les-Moulineaux,
Secrétaire d’État chargé de la Fonction Publique dans le
gouvernement Sakorzy, André Santini me fait le grand
honneur de m’envoyer une lettre pour mettre dans la
préface du volume 2 de mes Mémoires. J’en cite un
passage :
« Si je conserve de votre passage à Issy le souvenir de
votre engagement au service des enfants, je me
rappellerai surtout comme la personne ayant initié les
échanges franco-américains dans ma ville… Il a été à
l’origine de nombreux échanges linguistiques qui se sont
développés à Issy avec 6 de nos villes jumelles : Weiden,
Allemagne, Hounslow, Angleterre, Pozuelo de Alarcon,
Espagne, Macerata, Italie, Chongwen, District de Pékin
et Leshan, Chine. »

Plus aucun pays ne fait à présent peur car envoyer des
enfants français aux États-Unis en 1977 était comme partir
sur la Lune !

Après l’extraordinaire réussite des premières classes de
neige, en utilisant à bon escient les lettres échangées entre
maires et inspecteurs, nous n’eûmes aucun mal à
convaincre d’autres communes. L’effet d’émulation et
d’envie joua à fond : si Versailles avait participé, cette
ville prestigieuse connue à travers le monde, pourquoi pas
Saint-Germain-en-Laye, lieu de naissance de Louis XIV,
Saint-Cloud et son parc, Sèvres et sa manufacture,
Boulogne et son bois ? Alors armé de mon bâton de
pèlerin et de mes références, je prenais rendez-vous avec
103 les différentes villes alentour : Péricard qui m’accueillit à
bras ouverts, Fourcade et son enthousiasme, Peretti et sa
reconnaissance. Même le Maire de Sèvres, M. Lenormand,
d’obédience communiste, avait vu l’intérêt de ses enfants
dans une telle expérience surtout qu’il souhaitait en accord
avec l’inspecteur primaire, M. Amelineau, introduire
l’initiation de l’anglais au niveau de ses écoles.

L’engouement pour une telle initiative se comprenait
vite quand je pense au développement rapide de ce type de
classes transplantées à ce moment-là. Toutes les
communes surtout région parisienne avaient lourdement
investi dans des infrastructures à la montagne : Suresnes
au Grand-Bornand, Saint-Germain-en-Laye à Ristolas,
Neuilly sur Seine à l’Eterlou, constructions neuves ou
rénovées qui recevaient les classes de neige en hiver,
colonies de vacances en été et si possible troisième âge
entre. En prenant l’exemple de Ristolas, vaste chalet
niveau 3 ou 4 étoiles, au pied du Mont Viso au fin fond de
la vallée d’Aiguilles, on avait idée de la dépense que je
jugeais inconsidérée à l’époque. Cinq étages avec
ascenseur, salles de classe et cafétéria, salle de jeu,
immense sous-sol et chambre de quatre lits et un
magnifique appartement pour le Maire. Une merveille
digne des nouveaux hôtels qui se dressaient partout sur les
flancs des Alpes. Le bâtiment avait coûté une fortune à la
Mairie et aurait pu se rentabiliser si les enfants avaient
payé plein pot, les prestations servies. Mais la grande
majorité des familles recevaient des aides selon le quotient
familial et les classes aisées ne réglaient qu’au maximum
50 % du séjour. Le reste venait du budget communal.
C’était tant mieux dans l’optique républicaine qu’aucun
enfant ne pût être exclu pour des raisons financières mais
au point de vue rentabilité, le processus pouvait durer tant
qu’il n’y avait pas de crise. La classe entière choisie pour
la classe de neige devait partir au complet. Seuls les
104 enfants qui avaient un lourd traitement médical en étaient
dispensés. Mais parfois des enfants, surtout des filles, de
familles maghrébines, étaient retenues par les pères qui
auraient trouvé indécent et sacrilège de laisser partir leur
fille dans cette situation de promiscuité : douches
communes, activités mélangées aux garçons. Les services
sociaux faisaient un gros effort, souvent en vain, pour les
convaincre. Alors la fille était confiée à une classe qui ne
partait pas.

Ainsi les charges étaient immenses pour les communes
et un large pourcentage du budget consacré aux écoles
disparaissait dans ce programme. Lorsque j’approchais
une mairie, je soulignais que les enfants américains
paieraient entièrement leur quote-part et qu’il n’y aurait
aucune dépense supplémentaire pour la ville. Un rapide
calcul de la part des services financiers prouvait la validité
du projet pour le budget. En acceptant deux classes
américaines, c’était combler le manque d’enseignants
volontaires pour remplir les chalets. À Ristolas, sur une
période de trois mois, janvier, février et mars, certains
séjours étaient à moitié vides, deux classes au lieu de
quatre mais le personnel restait le même. Alors perte sèche
pour la commune. L’opportunité d’y mettre des classes
américaines faisait d’une pierre deux coups : ajout d’une
nouvelle dimension pédagogique au programme qui
s’épuisait et remplir les caisses de la ville. C’est la raison
pour laquelle je n’eus aucune difficulté à recruter de
nouvelles villes pour ces classes. Au contraire, je recevais
du courrier de communes qui me proposaient des lieux
d’implantation mais sans leurs classes, ce qui montrait
qu’elles n’avaient rien compris à cet échange. Tout ce
qu’elles voulaient, c’étaient les dollars des Américains !

Ces dernières étaient vite mises de côté.
105


Chapitre 4
Champagne et jus de fruit



À la fin de chaque séjour, les mairies donnaient des
réceptions en l’honneur des Américains et j’ai une quantité
énorme de ces articles qui représentent la remise du
drapeau de l’État américain et de la ville au Maire.

Pourtant, de plus en plus, un message m’était susurré à
l’oreille : « Pourquoi pas nous ? »
Pour le traduire en langage clair : pourquoi ne pas faire
partir les petits Français aux États-Unis puisque les
Américains venaient chez nous ! Ce voyage semblait
impossible surtout dans le cadre des classes de neige. Un
séjour dans le Colorado aurait coûté une fortune et aucun
établissement n’était conçu pour cela, contrairement à la
France. Je n’y songeais même pas : je pensais que mes
idées étaient des plus folles mais aller jusqu’à embarquer
une classe de gamins parisiens pour la Sierra Nevada,
USA, était non seulement inconcevable mais irréalisable.

Un petit « quelque chose », cependant, me triturait les
méninges. Inconcevable, irréalisable, peut-être mais pas
impossible. En réalité, à l’audacieux, au téméraire, rien
n’est impossible et je croyais me placer dans cette
catégorie d’individus. À y réfléchir, à tourner le problème
sous tous les angles, il y avait sans doute une solution.
Laquelle ? D’abord prenons cette initiative à l’envers : je
fais partir une classe. Quel est le coût possible ? Où
l’emmener ? Que faire des gosses ? Il faut que
l’expérience soit pédagogique et bien encadrée, d’où la
disponibilité d’une salle de classe la journée et un
107 hébergement la nuit, tout cela dans une enveloppe
financière bien déterminée. Au cours des réunions qui se
tenaient après le voyage et où les familles américaines
partageaient leurs impressions, plusieurs parents me
demandèrent ce qu’ils devaient faire pour accueillir à leur
tour, le petit correspondant de leur fils ou fille.
Évidemment, pas question pour une famille française
même aisée de lâcher son enfant dans la nature à prendre
l’avion de Paris pour Chicago. Le voyage, l’été, coûtait
cher et n’apportait aucune garantie quant à l’intégration ou
à la réception. Mais l’idée germait que les Américains
étaient prêts à accueillir un jeune Français.

Depuis 1975, les CM 2 (fifth grade) américains
venaient en France et il existait certainement une solution
à l’échange complet. Alors je fis de savants calculs : coût
du transport par enfant, séjour dans les familles, mise à
disposition d’une salle de classe dans une école du
système scolaire.

Au cours d’une rencontre avec mon ami Norman
Lipsky, président du conseil d’administration des écoles
de Cedar Rapids, (voir « classe de neige
francoaméricaine »), je l’entretins d’une possibilité de faire
venir une classe française pendant quatre semaines. Il me
regarda longuement, moins éberlué que lors de ma
première proposition, sachant que l’individu en face de lui,
sortait d’étranges idées de sa manche. Plus rien ne
l’étonnait de ma part. Alors souriant et surtout confiant, il
me répondit : « Pourquoi pas, puisque nous envoyons les
nôtres là-bas ! »

Aussitôt dit aussitôt fait : convocation des parents du
niveau 4, – CM1 en France – explication du projet,
demande d’intérêt des parents. Le résultat dépassa toute
attente : tous les parents voulaient recevoir, même ceux
qui n’auraient jamais envoyé le leur. On recensa à cette
108 seule réunion plus de cent familles prêtes à jouer le jeu.
Suffisamment pour une classe de trente. Voire deux
classes. Je soulignai auprès des autorités, l’obligation
d’être très attentif dans le choix des familles. Pas
forcément les plus riches où l’enfant français resterait
entre les mains d’une nounou, mais des familles unies – ce
qui était souvent encore le cas en 1976 en Amérique – qui
s’occuperaient bien de leur nouvel enfant. Le petit
Français reçu ne devait jamais en aucun cas, être vu
comme un invité mais un enfant qui devait obéir de la
même façon que le leur. Pas de privilège, intégration totale
dans la famille, pas un hôte de marque. À la première
réunion des parents volontaires, j’insistai et répétai à de
nombreuses reprises cette condition.

Fort de cette mise en place et après une visite aux
bureaux Air France pour voir mon sympathique chef
d’escale qui m’assura les mêmes tarifs que pour les petits
Américains à condition que les départs évitent les
vendredis très chargés, je repartis vers la France. La
question devint cruciale : quelle ville oserait tenter une
telle aventure ? Quel maire aurait le courage d’envoyer
des gamins de dix ans aussi loin ? Quelle serait la réaction
des habitants de la ville apprenant que des gamins se
payaient, au frais de la princesse, un voyage fabuleux vers
les Amériques alors que beaucoup souffraient de
logements exigus, de rues mal entretenues, de services
sociaux qui laissaient à désirer ? Quel inspecteur primaire
ou même d’Académie oserait accorder cette autorisation
de laisser partir une classe en Amérique ?

Versailles ? Saint-Germain-en-Laye ? Saint-Cloud ?
Sèvres ? Neuilly-sur-Seine ? Péricard ? Perretti ?
Fourcade ? Sarkozy ? Lenormand du parti communiste qui
enverrait ses gosses dans le pire de ses ennemis : le pays
capitaliste proprement dit ? Recevoir, ce n’était pas partir,
car c’étaient les petits Américains qui subissaient
109 l’influence de notre culture. Mais imprégner les enfants de
Sèvres de cette mentalité : toujours plus grand, toujours
plus fort, toujours plus dominateur ne se concevait pas.

Longtemps, je temporisai et reculai pour faire cette
proposition à quiconque. Mais l’occasion me fut tendue
sur un plateau. Au cours de la réception à la Mairie de
Sèvres pour les Américains qui avaient séjourné à
Villeneuve-la-Salle avec une classe de l’école de la Croix
Bosset, en février 1976, le Maire, M. Georges Lenormand,
s’approcha de moi et me dit en plaisantant : « Et les
nôtres, quand partent-ils en Amérique ? » Je le regardai
ahuri : un membre du parti communiste français me
demandait s’il pouvait envoyer ses gamins aux États-Unis.
Du tac au tac, je lui répondis : – C’est du domaine du
possible !
— Mais le prix sera exorbitant, avança-t-il avec une
grimace.
— Combien coûte votre classe de neige ?
— Je ne sais pas trop, c’est mon chargé financier qui
s’en occupe.
— Demandons-lui maintenant, si vous voulez.

Le maire se retourna et alla chercher la responsable de
l’éducation, Me Delapraz, employée chez Renault et le
financier, M. Marel.
Le chargé des finances réfléchit quelques instants et dit :
— Le coût par enfant à la commune est d’environ
1 750,00 F, ce qui inclut le transport, l’hébergement, les
cours de ski et quelques visites et les frais des adultes.
Mais les familles règlent une quote-part calculée selon le
quotient familial, certaines familles ne payant rien.

Ce fut à mon tour de réfléchir : des chiffres s’alignèrent
dans ma tête mais j’avais déjà, à plusieurs reprises, fait des
calculs savants : coût du transport aérien, car de liaison
aéroport-école américaine, frais des adultes. Le tarif aérien
110 serait légèrement supérieur à celui des classes de neige
puisque le séjour se ferait en mai, tarif mi-saison pour des
moins de 12 ans. Or j’avais réglé le billet des petits
Américains 180 dollars pièce, ce qui faisait environ 900 F
au taux du moment : 1 dollar = 5 F. Ajouter 60 F par
enseignant puis environ 40 F pour le transport terrestre,
50 F pour l’assurance et 100 F pour frais de bureau – frais
de déplacement, envoi courrier, téléphone et autres –
j’arrivais à la somme totale de 1 150,00 F Une louche de
plus pour faux frais, dépenses inattendues, augmentation
des prix, marge de manœuvre, je pouvais arriver à faire
partir une classe pour un coût total par enfant de
1 350,00 F, soit environ 400 F de marge confortable que
l’on pourrait qualifier de bénéfice.
Les 1 350,00 F assureraient le bon déroulement du
nouveau programme surtout si l’on instaurait un deuxième
volet, le retour des Américains qui avaient reçu, par une
réciprocité.

Alors sans plus aucune hésitation, je me tournai vers le
Maire, M. Lenormand, et lui dis d’une voix ferme :
— D’accord pour les emmener en Amérique au lieu de
les envoyer à la neige.

Mes trois interlocuteurs me regardèrent longuement, ne
sachant si je plaisantais ou faisais une proposition
sérieuse.
— Mais, ajoutai-je, car l’obstacle à franchir était
maintenant d’ordre administratif, demandons l’avis de
l’Inspecteur.

Comme M. Amélineau, inspecteur départemental et
directeur de l’École Normale d’Antony était présent à la
cérémonie des adieux, il fut facile de le cerner entre nous
dans un coin. C’était un homme posé, plein de bon sens et
qui aimait l’innovation dans l’enseignement. Il avait
embrassé le concept des classes de neige
franco111 américaines avec enthousiasme et avait été l’un des
moteurs du succès dans les écoles de Sèvres.
Attentivement, il écouta l’énoncé de la proposition,
posa quelques questions sur les détails de façon à s’assurer
qu’il y aurait les garanties absolues pour un séjour sans
problème : qui choisirait les familles car il y avait une
différence entre recevoir un week-end et trois semaines ?
Je répondis : le système scolaire américain et ses services
sociaux. Il parut satisfait de la solution. Quelle compagnie
aérienne serait choisie ? Il pensait aux premiers charters et
il n’en voulait pas. – Air France, dis-je comme pour les
enfants américains. La compagnie nationale lui convenait.
Quelles dates ? – A débattre le plus tôt possible, au plus
tard dans les quinze jours, dès qu’il aurait eu un entretien
avec l’inspection d’Académie et éventuellement le
Ministère de l’Éducation Nationale, section internationale.
Il certifia pouvoir nous apporter une réponse dans ces
délais.

Notre groupe se sépara sur des poignées de mains, nous
promettant de nous revoir dès que possible et surtout de ne
pas ébruiter l’affaire au cas où elle n’aboutirait pas.

Fin mars, les mêmes se retrouvèrent dans le bureau du
Maire avec des réponses qui nous réjouirent. L’inspecteur
avait d’excellentes nouvelles : l’Inspecteur d’Académie
donnait son accord pour une telle expérience surtout qu’il
avait eu vent et rapports des bienfaits des classes de neige
franco-américaines. Quant à l’Éducation Nationale, elle
voulait avoir toutes les données du programme avant de
l’approuver : la clause essentielle était qu’aucun enfant ne
serait exclu de la classe sélectionnée pour le projet.
112


Chapitre 5
Du rêve à la réalité



Très rapidement après les vacances de Pâques, tous les
détails constituèrent un solide voyage.
Tous ces renseignements sont tirés du Bulletin
Municipal N° 27 de décembre 1976, article publié par
Mme Delapraz, adjointe au Maire, au titre triomphal :
« Une expérience unique : les classes
francoaméricaines : 27 jeunes Sévriens aux USA en
mai 1977. »

« Une classe du groupe scolaire Croix-Bosset, écrit
l’adjointe, va effectivement être transplantée pendant un
mois aux États-Unis.
Cette expérience fait suite aux classes de neige
franco-américaines de mars 1976 à Villeneuve-la-Salle
où deux classes de Sèvres et de Cleveland ont été
reçues…
C’est en effet la première fois qu’une classe va être
transplantée un mois aux États-Unis. Il s’agit bien là
d’une expérience qui, nous l’espérons, donnera des
résultats intéressants.
Le programme proposé par M. Girod, professeur
détaché, Directeur du Campus International aux
ÉtatsUnis est le suivant :
Dates : 6 mai au 30 mai 1977 »

L ‘organisation complète du voyage et séjour reposait
entièrement sur mes épaules. Je les avais larges et c’est
d’arrache-pied que je m’attelai aux tâches. La première
113 était de trouver la ville et l’école américaine : j’en avais
déjà une bonne douzaine sous le coude : Cedar Rapids,
Springfield, Cleveland, Wilmington parmi d’autres.
J’écartai immédiatement Cleveland comme la première
ville car c’était, pour recevoir, un lieu à problèmes :
raciaux, d’hébergement, de distance et de taille. Malgré
des appels désespérés du système scolaire d’être le
premier à expérimenter un tel projet, je n’avais pas
suffisamment de garanties pour y faire séjourner une
classe de petits Français. Il me fallait une école à échelle
humaine où les enfants seraient hébergés par les parents de
la même école. Je pensai évidemment à Cedar Rapids, ma
ville où je serais constamment en contact avec la classe,
les enseignants français et américains, les responsables du
système, et les parents. Mais – et ce fut une grave erreur
de ma part – je voulais amorcer le programme dans une
autre région de façon à l’étendre rapidement, j’acceptai de
faire séjourner la classe pour la première semaine à
Wilmington, petite bourgade près de Cleveland dans
l’Ohio. Double erreur financière et pédagogique.
Financière car je multipliai les transports terrestres et
ajoutai une portion aérienne qui me mangea quasiment la
marge bénéficiaire. Puis pédagogique et psychologique
puisque les enfants eurent à peine le temps de s’habituer à
leur première famille qu’ils déménageaient déjà. Ce fut la
seule et unique fois en vingt-cinq ans que les petits
Français connurent deux familles américaines pendant un
séjour. Pour la deuxième année, je fis sauter la première
semaine et réduisis la durée du séjour à trois semaines.

Comme pour les classes de neige franco-américaines
mais avec plus d’intensité et de suivi, une correspondance
devait s’établir entre Français et Américains.
L’apprentissage du français et de l’anglais allait
s’intensifier.

114 De retour en Amérique, j’étais prêt maintenant à
travailler avec le système scolaire de Cedar Rapids pour
sélectionner l’école qui recevrait la classe française. Une
réunion avec les parents donna les résultats escomptés :
près de 70 familles voulaient recevoir et nous n’avions que
30 enfants de Sèvres. Le directeur de l’école aurait la
lourde responsabilité de choisir ces familles. Enfin je
devais donner mon consentement aux familles choisies.

Une rencontre avec le représentant Air France me
confirma le même tarif que pour la classe de neige (900 F)
à condition que les « enfants voyagent au milieu de la
semaine », ce qui ne posait aucun problème.

Tout était prêt pour la rentrée de septembre 1976.
L’école primaire de la Croix-Bosset était choisie par la
ville et l’inspecteur avec Christiane Pierrain comme
enseignante.
Or je reçus un message de Jean Chastang, Maire de
Saint-Germain-en-Laye, qui avait eu vent de ce départ. En
juin 1976, à mon retour en France, je pris rendez-vous
avec lui pour discuter des modalités du projet. Rien de
compliqué : je rajoutais 30 places sur le vol ; j’avais les
familles de Cedar Rapids, Iowa et les cars scolaires jaunes
qui transporteraient les enfants de l’aéroport. Les autorités
américaines avaient offert de s’occuper elles-mêmes
d’aller chercher les enfants à l’arrivée de l’avion, ce qui
faisait une économie importante.

La réunion avec Chastang et son adjointe, Me Gélardi,
se déroula sous les meilleurs auspices, tellement ils étaient
contents du résultat des classes de neige. La poignée de
main officielle scella notre accord : nous prenions une
classe de Saint-Germain-en-Laye. Elle fut désignée par
l’inspecteur départemental dans les classes primaires du
Lycée Marcel Roby : enseignant M. Vallogne.
115
Le nom de l’inspecteur primaire qui était chargé de la
région de Saint-Germain-en-Laye résonna étrangement à
emes oreilles. Il me rappelait un camarade de la 80
promotion de l’École Normale de Paris. Depuis plus de
vingt ans, date de mon départ de l’école Tlemcen, pour des
aventures à l’étranger, je n’avais jamais eu de nouvelles de
qui que ce fût des copains de Turgot ou d’Auteuil. Il n’y
avait rien qui ne pût nous permettre de se joindre et le site
« les copains d’avant » n’existait pas encore. J’avais fait
table rase de ce passé pourtant proche et j’avais même
oublié ce parcours scolaire. Vivre à l’époque en expatrié
était vider sa mémoire d’incidents, de contacts et même
d’identités. Quelques noms de temps à autre – intervalles
très espacés – revenaient sur le devant de la scène mais
j’étais sûr de ne jamais rencontrer au fin fond du monde,
un ami de Voltaire ou d’Auteuil. La seule fois où toute ma
vie de normalien ressurgit brutalement fut lors de ma
rencontre avec Defond, ancien Directeur de l’EN
d’Auteuil, dans le bureau du Ministre de l’Éducation du
Québec, M. Cardinal. J’ai parlé de cet incident
précédemment dans mes mémoires. À part ce contact
inattendu, rien d’autre, pas la moindre nouvelle et tout à
coup le nom de l’Inspecteur me replaça carrément vingt
ans plus tôt.

Je voulus en avoir le cœur net et j’appelai son
secrétariat. La femme qui me répondit, me donna
suffisamment de renseignements pour savoir que
l’Inspecteur était en effet l’un de mes meilleurs copains à
l’EN et que nous avions suivi le même parcours via
Turgot. Je me rappelai une série d’anecdotes amusantes,
en particulier, celle d’une composition de récitation –
terme employé à l’époque pour indiquer des tests. Nous
avions le choix du poème à débiter par cœur et mon
copain avait choisi du Prévert : « un pari stupide » qui
116 comptait au total 3 vers. Le prof, Fournier, leva les bras au
ciel, haussa les épaules et dans un raclement de gorge
typique de sa part, fit remarquer à son élève « qu’en effet,
c’est un poème, mais que c’était un peu court ! » Il accepta
toutefois de lui donner une note – bonne – pour ne pas
renier sa proposition : n’importe quelle poésie de la langue
française.

Après ainsi m’être assuré de son identité, je le rappelai
quelques heures plus tard. Les retrouvailles furent sincères
et nous nous rencontrâmes à St-Germain-en-Laye. Il
n’avait jamais quitté la région parisienne et était resté en
contact avec grand nombre de nos camarades de
promotion qui faisaient – à de rares exceptions – carrière
dans l’enseignement primaire à Paris et sa région. Les
noms me revenaient à l’esprit à une vitesse fulgurante et je
les lançais sur la table : et untel… et lui… Paul, prénom de
mon inspecteur, répondait avec abondance de détails. Je
retrouvais le temps perdu et comme une petite madeleine
avait déclenché une avalanche de souvenirs.

Paul Maunoury m’indiqua que, tous les ans, les copains
de promo se retrouvaient dans un bistro de la Place de la
République pour échanger des potins : une nouvelle
naissance, un changement d’affectation, les derniers ragots
de ceux qui manquaient ce jour-là. Une ambiance
fraternelle, autour d’un repas et tous repartaient vers leurs
pénates en se donnant rendez-vous l’année suivante.
J’acceptai l’invitation et au premier étage d’une gargote,
nous nous retrouvâmes environ dix-huit. La surprise fut
totale à mon arrivée puisque Paul n’avait prévenu
personne de ces retrouvailles. Exclamations mais aussi
interrogations pour savoir qui j’étais. Ils avaient tous suivi
l’évolution de leur physique, les rides qui barraient leur
visage, la chute des cheveux, l’embonpoint qui distendait
leur chemise, les lunettes qui corrigeaient leur myopie.
117 Mais je leur avais laissé en mémoire la silhouette d’un
jeune homme, assez maigre durant mes études, une tenue
plutôt négligée, une réputation de fumiste mais de joyeux
luron. Ils avaient eu vent sans trop savoir comment de ma
disparition de la scène parisienne. Et comme un fantôme,
je revenais des ténèbres. Certains ne me reconnurent pas
tout de suite et j’avoue que plusieurs d’entre eux me
laissèrent indifférents : je ne me souvenais plus d’eux. À
l’annonce de leur nom, le voile se déchirait mais je ne les
aurais pas reconnus dans la rue. Je fus interrogé à tour de
bras surtout lorsque Paul raconta notre rencontre
inattendue. Je fus, au début, gêné de parler de moi et de
mes aventures. Je voyais autour de la table un groupe
d’hommes, d’enseignants qui s’étaient cantonnés
jusquelà, dans la même école, le même niveau scolaire, la même
première femme, le même appartement ou la même
maison de campagne. Par où commencer et ne serait-ce
pas un peu prétentieux de parler Tasmanie, Bolivie, USA,
Instituts NDEA, Université de l’Alaska alors qu’ils étaient
tous tombés dans la routine : boulot, métro, dodo sinon
bobo ? Ne serait-ce pas mettre en avant leur vie casanière
où tout rêve avait été anéanti, jeté aux orties pour ne pas
avoir eu l’audace de les vivre à fond ? Ne serais-je pas à
leurs yeux comme un chevalier errant qui revenait de
longues années d’aventures terrifiantes ou d’un Marco
Polo, ou d’un Christophe Colomb qui rentrait au bercail, la
tête pleine de merveilles ? Mais leurs questions me
poussèrent à y répondre assez honnêtement et j’eus
quelques réflexions venant du cœur : nous avions au
départ, lors du concours d’entrée à l’École Normale
d’Auteuil, les mêmes chances, les mêmes caractéristiques,
intelligence plus ou moins égale, éducation parallèle
jusqu’à la troisième, milieu social semblable, tous enfants
d’ouvriers ou de modestes employés, parcours scolaire
pendant quatre ans à l’EN type et pourtant vingt ans après,
une carrière totalement opposée. Qu’est-ce qui avait
118 creusé cet abîme ? Qu’est-ce qui nous avait séparés ? Mes
deux années à l’école primaire de la rue Tlemcen à Paris
eXX ressemblaient étrangement aux leurs à la sortie de
l’EN : pourtant s’en étaient-ils contentés et pourquoi
n’avaient-ils pas rué dans les brancards devant un système
aussi abrutissant à mes yeux que celui d’une carrière
d’instituteur ? Ils avaient avalé ces contraintes sans
rechigner, ces objectifs décadents de faire passer d’une
section à une autre, des élèves que l’instruction
n’intéressait pas ? Comment s’étaient-ils laissés enfermer
dans cette nasse administrative qui ne leur offrait aucune
perspective d’avenir ? Comment avaient-ils accepté de
passer vingt ans dans des salles de classe sales et décaties,
allumant le fourneau en hiver et subissant les humiliations
d’un « dirlo » ou d’un inspecteur ?

Évidemment, je tournai mille fois ma langue dans ma
bouche et ne fis nullement part de ces abominables
remarques. Mais mes récits allumèrent des étincelles de
regrets dans les yeux de quelques-uns. Et l’un d’eux, un
que je croyais plein de toupet et d’audace, qui faisait partie
de la bande des indisciplinés, me demanda comment
j’avais fait pour partir en Amérique, comme si cela
représentait en 1959, un exploit digne des plus grands
explorateurs. Et je me rendis compte qu’en effet, cela
pouvait être pris comme tel. Partir en Amérique, puis en
Australie après avoir traversé les Amériques de l’Alaska à
la Patagonie, relevait d’un défi insensé surtout pour un
simple normalien et petit instituteur. J’avais à leurs
regards, une auréole autour de la tête qui était symbole de
folie. Quitter son poste bien douillet de membre de
l’Éducation Nationale – pour rappeler les paroles de ma
mère : carrière garantie, salaire décent, vacances assurées,
retraite à 55 ans – était signe de schizophrénie, de
masochisme, de paranoïa. Coucher dans un hôtel crasseux
à deux sous la nuit, rempli de cafards, pisser du bas de la
119 porte, bouffer du lama vendu par des mains noires de
poussière, serré dans un train brinquebalant entre moutons
et paysannes qui sentaient la sueur, affronter des
autochtones dans une langue étrange, coucher avec une
fille que l’on ne sait pas saine, épouser une femme après
deux heures de conversation, il faut dire que l’ensemble de
ces récits leur fit peur mais en même temps les faisait
rêver.

En réalité, je me sentis assez mal à l’aise et je me pris à
étouffer : la rencontre bien qu’amicale et affectueuse,
m’avait fait découvrir un monde à part, celui que je
m’étais empressé d’abandonner, de fuir. Mais j’eus une
remarque philosophique : il faut de tout pour faire un
monde et heureusement que j’étais le seul malade mental à
avoir vécu ces années-là car s’ils l’avaient tous fait, les
aéroports auraient débordé, les hôtels auraient été bourrés.
Mais n’est-ce pas ce qui arriva à partir des années
19801990 lorsque le tourisme de masse prit son essor. Et
quelques années plus tard, je passai du rang de zombie à
celui de ringard, lorsque nous eûmes une autre réunion en
2005. Tous avaient quitté la France par charters pour des
destinations exotiques à des tarifs défiant toute
concurrence : le Moyen Orient pour 400 €, l’Argentine et
la Patagonie – tout compris – pour 1 200 €, la Chine, la
cité Interdite incluse, pour 900 € et ainsi de suite en
feuilletant les catalogues en papier glacé des agences de
voyage. En quelques années, ils approchaient mon
kilométrage et multipliaient les week-ends escapades.

Je me retire à présent sur la pointe des pieds lorsque les
gens, autour de moi, commencent à disserter sur leurs
dernières vacances exotiques. Que pourrais-je leur dire ?
Que pourrais-je ajouter aux incidents de leur séjour dans
les îles, sur le toit du monde, de leur trekking de trois
jours, de leur traversée du désert en 4/4 ? La seule
120 véritable escapade, l’unique improvisation qui peut définir
le terme d’aventure à l’heure actuelle, est de se faire
kidnapper ou d’avoir un accident de car ou d’avion !

Reprenons maintenant le récit de nos classes de neige
franco-américaines.

Les retrouvailles avec Paul Maunoury me facilitèrent
l’accès à d’autres communes car à ma suggestion, il avait
téléphoné aux maires et autres inspecteurs pour leur parler
de mon projet. Une avalanche de demandes de
renseignements tomba sur mon bureau et je partis en
conquérant : Noisy-le-Roi, Rocquencourt, Le Chesnay,
toutes les villes des Yvelines qui participèrent au
programme des classes franco-américaines qui se faisait
connaître sous le nom de « back-to-back », expression
américaine qui suivait toutes celles qui sortaient de la
bouche des présentateurs de télévision à la mode : « prime
time », « best-of » etc. Je l’avais choisie pour sa simplicité
et en anglais, elle ne laissait aucune place à l’ambiguïté.
La traduction me déplaisait énormément parce qu’elle
comprenait l’idée de conflit : être renvoyé « dos à dos »,
aucune solution n’avait été trouvée. « Back to back »
représentait un projet qui se suivait en deux parties. C’était
exactement ce que je voulais : une classe française qui
suivait une classe américaine. L’expression prit tout de
suite. Les petits Français la roulaient dans leur bouche
avec délectation, elle traduisait cette grande aventure qui
les attendait : partir à New York, Chicago, San Francisco,
destinations de rêve en 1977 !

Donc « Back to Back » rejoignit les « best-of », les
« prime time », les « must », les « top record », « off
record » qui commençaient à envahir la langue française
déjà bien malmenée.

121 Il est bon, dans la gestion d’une entreprise, de faire un
bilan de chaque année écoulée. Je dois rappeler que mon
rôle n’était pas seulement, par mes programmes, d’assurer
la propagation de la langue et de la culture françaises aux
États-Unis – titre de mon détachement que le Ministère de
l’Éducation Nationale et des Affaires Étrangères avaient
rédigé pour ma mission en 1973 pour une période de trois
ans – mais aussi d’assurer un équilibre sain et durable des
rentrées et sorties, en un mot pérenniser les recettes et les
dépenses. Campus International LTD, organisme privé que
je détenais à 100 %, ne recevait aucune aide, aucune
subvention de quelque ministère que ce fût. C’était en
Amérique, l’exemple même de l’entreprise libre dont le
propriétaire, actionnaire unique, prenait tous les risques
juridiques, financiers, moraux et logistiques. J’avais
l’entière responsabilité de régler les factures à temps, de
convaincre les systèmes scolaires d’intégrer mes
programmes – donc de l’enseignement du français – dans
leurs écoles primaires, de rassurer les mairies françaises
du bien-fondé d’une telle initiative. Puis il fallait courir
pour faire les réservations avec les compagnies aériennes,
les chalets, les services de transports terrestres – cars,
SNCF – organiser les réunions avec les parents en France
et aux États-Unis, ce qui me fit faire jusqu’à plus de trente
allers-retours par an au-dessus de l’Atlantique, visiter
pratiquement les 50 États des États-Unis, d’Hawaï à New
York et de la Nouvelle Orléans à Anchorage, Alaska. Des
journées à me déplacer, des heures d’attente aux aéroports,
des nuits d’avion. Il fallait être en bonne santé et solide
mentalement pour suivre ce calendrier d’enfer. Mais après
m’être sorti de la terrible épreuve à ma naissance, ma
constitution s’était renforcée et me permettait ces déboires.

À cette époque, beaucoup plus que maintenant en 2009,
le « rêve américain » était encore une réalité chez de
nombreux Français.
122
Caroline (École rue d’Alésia, Paris 75 014/Robert
Frost school, Westerville, Westerville, Ohio 1986) :
« En apprenant notre départ pour l’Amérique,
l’euphorie !!! Surtout que nous étions rentrés 3 jours
auparavant d’une classe de neige en Haute-Savoie. Je
me rappelle qu’aucun de nos parents ne voulait nous
croire à la sortie de l’école. Je nous entends encore crier
dans la classe.
Je ne me rappelle que d’un seul copain de classe que
ses parents n’avaient voulu laisser partir qu’à la
condition de l’accompagner : il est finalement resté en
France ! »

Deux explications éclaireront le témoignage de
Caroline :
Paris envoyait huit classes, maximum que nous avions
imposé pour donner une chance aux autres communes. La
première année, lorsque la demande de dossiers partit dans
les écoles de la Capitale, près de 80 réponses arrivèrent au
bureau de la rue de l’Arsenal, de quoi remplir notre quota !
Un premier tri était fait par la Direction des Affaires
scolaires, Bureau de la Découverte. Douze candidatures
étaient retenues. Puis à une réunion, un jeudi, à laquelle
assistaient outre la direction des Affaires scolaires,
l’Inspecteur d’Académie, les Inspecteurs
d’arrondissement, Directeurs des écoles sélectionnées, les
enseignants et moi-même. Chaque dossier était étudié puis
l’enseignant questionné. À la fin de la journée, une
délibération entérinait les huit candidats.
Malheureusement, flattés d’avoir été désignés pour
partir aux USA, les enseignants en prévenaient
immédiatement les enfants sans la réunion préalable avec
les parents. Certains parents se sentirent pris au piège, mis
devant le fait accompli. Mais leur participation financière
atténuait le choc et c’est avec plaisir qu’il venait à cette
123 réunion d’information. Tous repartaient rassurés sur
l’organisation.

Deuxième remarque : la mère de famille qui imposait
sa présence pour envoyer le gamin ! Le danger était
présent de voir cette mère ne s’occuper que de son gosse
et il y avait un refus catégorique de la part des autorités
communales, de l’inspecteur et surtout de moi d’accepter
un tel diktat. Alors le gosse ne partait pas ! Dommage pour
lui !

Olivia (École Jules Ferry, Verneuil-en-Halatte
60/Kerby school, Grosse Pointe Farms, Michigan 1994) :
« À l’annonce de notre départ en Amérique, on était
tous prodigieusement emballés. Pour nous, l’Amérique,
c’était le paradis. On pensait New York, Cowboys, belles
voitures, énormes burgers dégoulinants, pizzas géantes.
On était complètement fous à l’idée de partir et de
découvrir ce territoire qui nous transperçait les yeux à la
télévision. En plus, en 1994, les Français avaient cette
position très positive des États-Unis. »

Emmanuelle (École JB de la Salle, Lisieux 14/Orchard
Country Day school, Indianapolis, Indiana 1994) le pense
fortement :
« Par contre, je ne garde que de très, très bons
souvenirs ! Ce fut pour moi une grande découverte :
« Le rêve américain ! » Tout est plus grand, va plus
vite… J’ai débarqué dans un autre monde !
Ce séjour, malgré mon jeune âge, m’a beaucoup
apporté ! »

Et de la part d’une directrice d’école : Christiane fut la
première directrice de la ville de Paris à participer aux
classes franco-américaines. Après avoir rencontré et
convaincu les autorités administratives d’une ville,
124 l’inspecteur, sollicité par les services des classes de
découverte, avait toujours le nom d’une personne en tête
pour tenter l’expérience et cela, quelle que fût la
circonscription. Il y a toujours, même à l’Éducation
Nationale, des pionniers, des intrépides, des battants.
Christiane était d’une d’elles. Elle me disait souvent : tout
ce qui est offert, à titre de nouveautés dans les écoles, moi,
je prends. Évidemment cette aventure ne pouvait être que
pour son établissement ! Certaines années, elle fit
comprendre aux parents des enfants qui entraient au CM2
que partir en Amérique était quasiment une
OBLIGATION, ce qui attirait vers son école, des enfants
dynamiques et pleins de curiosité !
Son école était rue Ave Maria (C’était une école
epublique, malgré le nom de la rue) dans le 4
arrondissement, juste à côté du Lycée Charlemagne où
j’avais passé mon bac. Ses élèves entraient dans ce lycée
réputé dès la sixième.

Christiane nous dit : « La période des classes
francoaméricaines est restée pour moi une période active,
heureuse (malgré les petits incidents inévitables –
Christiane avait sa tête et moi, la mienne !) pleine de bons
souvenirs. J’ai gardé une relation très amicale avec une
de nos premières collègues de Long Island ! Je pense
que les enfants qui ont eu la chance de participer à cette
aventure, en gardent, eux aussi, un excellent souvenir !
Il m’arrive d’en rencontrer quelquefois et nous ne
manquons pas d’évoquer tous ces moments. »

Un autre directeur s’est fait une réputation parmi les
parents, enfants et amis. Citons-le :
« On me présente comme l’Instit qui a emmené leurs
enfants aux États-Unis. »
Et il ne peut échapper à son milieu : il était l’instit de
l’école d’un village de 350 habitants : Castelnau d’Aude,
125 11. Ces deux témoins sont d’ailleurs liés ! En 1991, son
effectif étant trop petit pour une école américaine (6
enfants du CE2 au CM2, venant d’une classe unique dans
une zone rurale !), son groupe fut associé à une classe de
l’école Ave Maria à Paris, l’école de Christiane !
126


Chapitre 6
Départ pour l’Amérique



Ainsi, le 6 mai 1977 à 13 heures, s’embarquaient sur le
vol AF 050 Paris/Chicago, deux classes primaires, l’une
de Sèvres, école la Croix-Bosset, enseignante Pierrain et
l’autre de Saint-Germain-en-Laye, CM2 de Marcel Roby,
enseignant Valogne. Les enfants étaient accompagnés de
deux animateurs bilingues dont Daniel Galopin, fils d’un
conseiller municipal de Sèvres. Daniel fut à l’issue de ce
voyage embauché par l’association française ACNFA pour
une période d’un an à temps complet.

Inutile d’essayer de décrire l’arrivée des enfants à
l’aéroport. J’ai sous les yeux des articles de journaux
américains qui parlent de l’événement comme un
débarquement sur la lune. Un D-Day par des gosses
parisiens ! Journalistes de grands quotidiens américains,
reporters de magazines, équipes de télévision attendaient
de pied ferme la sortie des gamins. On a eu beau leur dire
qu’ils allaient représenter la France pendant quatre
semaines et qu’ils devaient avoir une attitude exemplaire,
les enfants furent vite débordés par les médias et
l’atmosphère de carnaval qui se présenta à eux, dès
l’ouverture des portes. À l’époque, les visiteurs pouvaient
aller jusqu’aux portes d’accès des avions : pas de portail
électronique, pas de gardes musclés. Les couloirs étaient
libres d’accès.

Une foule nombreuse, incroyablement nombreuse,
attendait : les parents, tous les enfants des écoles qui
127 hébergeaient et que le système scolaire avait dispensés de
cours ce jour-là, des enseignants, des curieux qui se
demandèrent qui arrivait : un roi ou un chef d’État, les
membres des médias qui se bousculaient pour avoir le
meilleur angle de cadrage, le personnel de la compagnie
aérienne. Pour compléter l’ambiance festival de Cannes,
partout des banderoles : « Welcome to America » couverte
de fleurs, de cœurs en papier doré, des pancartes :
« Bonjour Sylvie et Alain », « Bonjour French friends »,
des ballons bleus, blancs, rouges, accrochés à des ficelles
multicolores et enfin, le comble, l’orchestre du lycée
détaché par les profs de français. Ce tohu-bohu, digne des
Beattles, groupe incontournable en ces années-là, me reste
encore planté dans la tête. J’avais en effet décidé de suivre
les deux classes de Paris du départ au retour dans leurs
communes. J’étais l’organisateur, l’animateur,
l’enseignant, le chef du protocole, l’ambassadeur et
surtout le soutien psychologique, moral et hiérarchique de
l’opération. Il faut rappeler qu’aucun de ces enfants
n’avait pris l’avion, n’avait quitté la France, voire même la
région parisienne, aucun des enseignants ne parlait
l’anglais et qu’ils n’avaient ainsi voyagé aussi loin. Dans
l’appareil, je fus le surveillant, la nounou, le grand frère, le
père, l’instituteur de tous les enfants et le confident des
adultes qui, enthousiasmés au départ, par cette idée
ubuesque et romantique, se demandaient ce qui allait se
passer, dès qu’ils poseraient le pied sur le sol américain. Je
leur dis, au cours de la traversée, qu’ils n’avaient aucun
souci à se faire : tout était prêt, ils seraient accueillis par
quelques parents et un enseignant à l’aéroport. Bien sûr, je
ne me doutais pas du délire qui nous guettait. Les deux
enseignants reçurent des gerbes de fleurs dans l’avion puis
furent enlevés par une tempête d’applaudissements et de
hourras, lorsqu’ils apparurent au bout du sas et totalement
submergés par un raz de marée de chair, bras et poitrines
128 pour des embrassades sans fin et les gosses happés par
mille mains qui voulaient les toucher.

Christiane Pierrain, institutrice à la Croix Bosset,
première enseignante française à partir aux États-Unis
avec son CM 2, écrit dans le bulletin Municipal de
juin 1977 : « Il fallut un certain courage à la
Municipalité de Sèvres et aux enseignants responsables
pour accepter le projet de M. Girod, organisateur d’une
précédente classe de neige franco-américaine. À
l’enthousiasme général, se mêlait une certaine
inquiétude : « L’Amérique, c’est loin… »
Ce voyage nécessita une longue préparation, tant sur
le plan administratif que sur le plan psychologique et
pédagogique. »

Christiane termine par : « Merci à tous ceux qui ont
pris le risque de tenter une pareille aventure ! » Non
Christiane, c’est à moi de te dire merci de m’avoir accordé
toute ta confiance.

Il fallait, en effet, SEPT signatures sur l’autorisation de
départ pour les Français : l’enseignant, le directeur,
l’inspecteur départemental, l’inspecteur d’académie, le
recteur, le directeur des services internationaux du
Ministère de l’Éducation Nationale, et enfin dernière
signature, celle du Recteur au retour ! Une seule poignée
de mains et l’accord du school Board pour les
Américains ! L’Administration française nous tuera mais
j’étais un dur à cuire ! Life Investors m’avait appris : si la
porte est fermée, passe par la fenêtre !

Si les arrivées étaient bousculées, les départs avaient
souvent un air de fête, parfois pour réduire la tension et
l’appréhension des enfants et surtout des parents.

129 Agathe (École Saint-Joseph-du-Parchamp, Boulogne
Billancourt 92/Wellington school, Columbus, Ohio
1988) :
« Pour l’occasion, mes parents ont investi dans une
énorme valise souple (il ne fallait absolument pas de
valise rigide !). Je me souviens avoir fait faire mon
premier passeport. Il aura d’ailleurs conservé l’étiquette
blanche sur la couverture où ma maîtresse avait inscrit
mon état civil (histoire de ne pas être obligée de les
ouvrir tous un par un !)
Le jour du départ, je me revois complètement
hystérique, sautant dans les bras de mon père en guise de
dernier au revoir. J’étais tout de même un peu triste car
le lendemain de notre envol, c’était mon anniversaire,
mes 11 ans. Le premier que j’allais passer loin de mes
parents. Mais qu’importe, c’était pour la bonne cause !
C’était en quelque sorte mon baptême d’avion. Pour
rejoindre Columbus dans l’Ohio, nous avons pris un
Boeing 747 et fait escale à New York ! Ca impressionne
quand on n’a pas ses parents à côté de soi ! »

Agathe nous donne deux détails importants : le premier,
c’est dans l’organisation. À l’aéroport, les passeports sont
entre les mains de l’enseignant et il n’a pas le temps de
jongler avec les documents, les ouvrant pour savoir à qui
ils appartiennent. Nos consignes étaient de leur demander
d’apposer sur la couverture une étiquette avec nom et
prénom. La distribution, juste avant la police, se faisait
rapidement et efficacement ! (Nos instructions avaient été
suivies à la lettre !)
Deuxième remarque : celle des valises. Encore nos
instructions aux parents. Une valise rigide, genre
Sansonite, est déjà lourde puis une fois remplie, on ne peut
rien ajouter tandis qu’une valise « souple » peut toujours
recevoir un objet – cadeau – de dernière minute. Puis,
bourrée, elle n’explose pas !
130
Sonia (École Paul Bert, Levallois 92/Lincoln school,
Jacksonville, Illinois 1985 et Cossit school, La Grange,
Illinois 1986) :
« Je me souviens d’avoir oublié de dire au revoir à
mes parents et les 2 fois où je suis partie. »

Rares furent les enfants à être partis deux fois : en CM1
et CM2, deux instituteurs, dans la même école, désirant
partir.

Jessica (École Pajot, Pontault Combault
77/Washington school, Bloomington, Illinois 1986) :
« Vous m’avez permis de faire ce magnifique voyage,
je n’aurai peut-être jamais l’occasion d’y retourner.
L’arrivée à l’aéroport de Chicago s’est faite dans une
tempête de neige ! C’était super ! »

La classe avait quitté la France le 25 février 1986 sur le
vol AF 035, Paris CDG/Chicago. Elle est revenue le
18 mars. En plein hiver, souvent terrible à Chicago. Il
tombe à Chicago autant de neige que sur les Alpes et
souvent le trafic aérien à O’Hare est interrompu.
Mais Jessica et je suppose tous les autres gamins de la
classe, vivaient ce moment comme une aventure tandis
que les autres passagers avaient les doigts crispés sur les
accoudoirs ! Inconscience des enfants !

Pourquoi les faire partir à des périodes aussi
dangereuses ? Les dates de départ et d’arrivée étaient
déterminées par la réciprocité : les Américains de
Bloomington sont venus en France du 18 avril au 9 mai.
Question de vacances, hiver et printemps en France,
« Easter recess » en Amérique. Fin de l’année scolaire,
dates disponibles sur Air France. Comme le programme
devait obligatoirement avoir lieu pendant la période
131 scolaire de l’école qui recevait pour donner l’occasion aux
enfants d’aller à l’école tous les jours, je devais faire partir
des groupes en hiver !

Les hivers sont rigoureux et longs dans la région des
Grands lacs (Michigan, Erie) la neige était un facteur qui
devait être considéré.

De Fabrice (École Paul Jozon, Fontainebleau 77/Ella
Canavan school, Medina, Ohio 1984) :
« Nous allions à l’école en ski de fond car il y avait
beaucoup de neige en février. »

La classe de Fontainebleau était partie de Paris sur
TWA le vendredi 2 mars pour revenir le vendredi 23 mars
1984.

Je me demande, alors que j’écris ces mots, si les enfants
de Sèvres et de Saint-Germain-en-Laye de 1976 se
souviennent aussi vivement que moi de ces instants de
folie, de bonheur, d’accueil délirant qu’ils connurent ce
jour-là. Intéressant d’avoir des rapports de leur part !
Dès le soir, aux informations de 18 heures – aux
ÉtatsUnis, tout est décalé de 2 heures dû à la fermeture plus tôt
des bureaux, des écoles et des magasins – les gamins qui
connaissaient à peine la télévision, se virent en couleurs au
journal. Plusieurs avaient été interviewés et leurs réponses
hésitantes avaient emballé les téléspectateurs. Mais le
lendemain, oublié le cafard, l’éloignement des parents : ils
étaient devenus « overnight » des vedettes, des petites
stars et la France sortait grandie de cet événement : les
Services Culturels, intrigués, se demandaient quel était le
fou qui avait osé faire venir des moutards de primaire en
Amérique, alors qu’ils avaient toutes les difficultés du
monde à faire partir en France quelques étudiants
universitaires ou des rombières du troisième âge !
132
Peu à peu, le soufflé retomba et une routine s’établit
dans la première école de Wilmington : classes normales,
contacts avec les petits Américains qui, dans les couloirs,
regardaient les Français avec de grands yeux comme des
objets de curiosité. Ce qui les frappa le plus, c’étaient les
discussions interminables des Français entre eux en une
langue bizarre qu’ils ne comprenaient pas et les gestes
qu’ils faisaient constamment. Ce sentiment d’indiscipline
inconnu chez eux dans leurs écoles, les perturbait et
troublait les enseignants. Ce fut un point sur lequel nous
dûmes batailler constamment pour inculquer aux Français
qu’ici en Amérique, les enfants se déplaçaient sans bruit,
sans parler et surtout sans surveillance et tout marchait
comme sur des roulettes. Ce fut un demi-échec jusqu’à la
fin, l’attitude des petits français étant déjà bien imprégnée
de révolte, de laisser-aller et de turbulence.

À cet instant, un incident bien mineur vient illustrer que
l’intérêt de l’enfant n’est pas forcément celui de l’adulte.
Je suivais les enfants partout où ils allaient. Un après-midi,
ils furent invités à parcourir la bourgade de Wilmington
pour en apprendre l’histoire. Oh, ce n’était pas la Grande
Histoire de France, mais la conquête du territoire par les
pionniers sur les Indiens du coin. Le guide était un des
professeurs de français du lycée, heureux d’utiliser la
langue de Molière avec de vrais Français. Mais le temps
n’était pas très clément et le vent soufflait. Arrivé à un
carrefour, le prof arrêta son groupe et débita quelques
anecdotes que les enfants ne suivirent pas du tout. Mais
pas du tout ! Tous les gamins avaient les yeux tournés vers
le ciel et suivaient attentivement l’objet de leur
étonnement : c’était un feu de circulation fixé par deux
câbles entrecroisés au-dessus du carrefour. Il se balançait
dans tous les sens, secoué par la bourrasque. D’abord
surpris par cette façon de suspendre un feu en l’air, ce qui
133 ne se fait jamais en France, ils attendaient avec une joie
féroce de voir le feu se décrocher et s’écraser sur la
chaussée. Au lieu de l’histoire régionale, les gamins
venaient d’apprendre comment on accrochait des feux aux
États-Unis !

En France, la réaction était semblable à écouter Ruth
(animatrice de Jackson, Michigan) :

« I cannot begin to describe the wonderful experience
of accompanying these children on this unique
adventure and of seeing France through the eyes of a 10
year old. They see things that we adults, either don’t
notice or take for granted. As I was admiring the
beautiful sight of the Eiffel Tower, a 10 year old told me
how many rivets are holding it together ! And as we were
walking around the top of the ramparts of the medieval
city of Aigues-Mortes, the thing that most of the children
will remember are the « potty holes » built to hang over
the edge of the stone walls and in the Roman ruins in
Vaison-la-Romaine, they loved the toilet room where a
dozen men could sit to take care of business while
discussing the affairs of the day ! The toilets were always
of interest to the 10 year old mind ! »
Je ne sais comment commencer à décrire la
merveilleuse expérience d’accompagner des enfants dans
cette unique aventure et de voir la France à travers les
yeux d’un enfant de 10 ans. Ils voient des choses qu’on ne
remarque pas ou qu’on accepte. Alors que j’admirais la
Tour Eiffel, un enfant est venu me dire combien de rivets
la tenaient ensemble. Et sur les remparts de la ville
médiévale d’Aigues-Mortes, la plupart des enfants se
souviendront des « toilettes » construites en haut du mur
et dans les ruines de Vaison la Romaine, ils ont aimé la
pièce aux toilettes où une douzaine d’hommes s’asseyaient
134 pour discuter des affaires de la journée. Les toilettes ont
toujours intéressé l’esprit d’un enfant de 10 ans.

L‘arrivée à l’aéroport régional de Cedar Rapids rappela
celle de Cleveland : les premiers enfants français à entrer
dans le hall furent Philippe et Augustine, les deux, de
Saint-Germain-en-Laye. Sur la première page de la
« Cedar Rapids Gazette » s’étala leur photo, tout sourire,
aidés par Darren, un correspondant. Il est important de
rappeler que ces écoliers de CM 2 furent de véritables
stars pendant tout leur séjour. Leur présence alluma le
cœur de nombreux petits Américains qui découvrirent
ainsi qu’il y avait un lointain pays qui s’appelait la France.

Alors la police locale, tous feux allumés, toutes sirènes
hurlantes, entoura l’autocar depuis l’autoroute. Les agents
de police, aux croisements arrêtaient la circulation pour
laisser passer le convoi. Aux fenêtres, les enfants, battaient
des mains, s’interpellaient et riaient comme des fous. Les
enseignants tassés sur leur siège, se demandaient ce qui se
passait : ils étaient reçus comme des chefs d’état.
Carole (École du Rompois, Blanzy 71/Blackhawk
school, Park Forest, Illinois 1991) :
« Nous avons été 2 heures dans le car. Quand nous
sommes passés devant la caserne des pompiers, nous
avons attendu 10 minutes et la police et les pompiers
nous ont accompagnés jusqu’à l’école où toutes les
familles nous attendaient. »
Extrait du journal de bord de Carole.

Tous les enfants recevaient un journal de bord qu’ils
devaient remplir avec leurs expériences et leurs visites.
Beaucoup, parmi ceux qui ont répondu, disent qu’ils l’ont
gardé précieusement.

135 Pendant les trois semaines à Cedar Rapids, le climat fut
plus calme et les enseignants assurèrent de meilleurs
cours, souvent laissés seuls sur mes ordres avec leurs
enfants. Fini le cirque des arrivées, la sédentarisation de
tous permit un programme plus éducatif que festif. Je
réalisai à ce moment-là, que la première semaine avait été
inutile, peu fertile aux véritables contacts. Dès l’année
suivante, je la supprimai et les enfants ne furent hébergés
pendant toute la durée du séjour, que par une seule et
unique famille. Plus rassurant pour les familles françaises,
plus confortable pour les enfants et moins compliqué à
gérer pour les enseignants.

De nombreux articles dans la presse américaine firent
allusion à ces incroyables réceptions des enfants français à
leur arrivée.
Dans le « Park Ridge Advocate » de « Thursday,
May 18, 1978 (jeudi 18 mai 1978), le titre « French
children adjust to life, school in US » résume ce à quoi
devait s’adapter l’enfant français : la vie et l’école aux
États-Unis. On y parle aussi de l’accueil :
« Fifty students, two teachers and two counselors
from Montmorency, France a suburb of Paris arrived in
Park Ridge last Friday evening to begin their three week
visit.
The French children flew directly from Paris airport
to O’Hare airport (Chicago) where they were met by
Dr Fletcher of the District 64 Administration office,
Joseph Stachon, chairman of FASSI (French American
Snow School, Inc) committee… »
50 enfants, 2 enseignants et 2 animateurs sont arrivés
de Paris pour un séjour de trois semaines à Park Ridge.
Mais l’essentiel est là : c’est le Docteur (Doctorat en
Education) Fletcher qui les accueille ainsi que Joseph
Stachon, président de FASSI. Fletcher, un homme
formidable avec qui je m’étais entendu immédiatement,
136 était l’inspecteur général des écoles : il était venu à
l’aéroport !
Accompagnait l’inévitable photo d’un Français (dans ce
cas-là, Christophe) entouré de son correspondant et du
petit frère, Neil et Brant de Park Ridge.

Cet accueil fut général dans tous les systèmes scolaires
car la classe franco-américaine était l’événement
EXCEPTIONNEL de l’année scolaire : arrivée d’une
classe de petits Français !

Sébastien (École Gambetta, Vanves 92/Atkinson
school, Freeport, New York 1991) :
« La fin du voyage fut moins bonne car nous avons
tourné longtemps autour de Kennedy. Un mal de ventre
s’en est suivi. J’ai vomi très proprement dans le sac Air
France. En donnant le sac à l’hôtesse, elle a paru
satisfaite (sic). Elle m’a même offert un cadeau : un kit
de gentil passager avec chaussettes, masque, dentifrice.
Je l’ai toujours et l’utilise encore !
À l’arrivée, il y avait énormément de monde, des
couleurs bleu, blanc, rouge, des bruits, des étoiles
américaines, des friandises, du coca-cola. Il y avait des
drapeaux français et américains partout. Il y avait aussi
beaucoup d’affiches avec des slogans Welcome :
« Welcome in the USA », « Welcome in America »,
« Welcome in Freeport ». C’était digne d’un président de
la république. Je me souviens m’être demandé si c’était
normal et si c’était vraiment pour nous ! »

Jean-Abel (École Jules Ferry, Ormesson s Marne
94/Hoben school, Canton, Michigan 1991) :
« Le jour du grand départ reste un moment unique,
euphorique et excitant. Tellement, je crois, que je ne me
souviens pas de scène de tristesse ou déchirement. Cela
faisait tellement longtemps qu’on attendait ce jour !
137 Nous faisions les premiers pas vers nos correspondants
(eux ne devaient venir en France que deux mois plus
tard), vers l’inconnu, vers le rêve. Je nous revois tous
chargés plus que nécessaire, des bagages trop grands et
trop lourds, plus notamment avec une paire de roller de
chacun car nous devions faire un spectacle lors de la fête
de l’école. On se sentait grands, pas simplement en
dernière année de l’école primaire, mais parce que pour
la plupart, c’était le premier vrai séjour sans ses parents
(mais avec ses copains). Puis on savait qu’on était des
privilégiés, qu’on allait vivre une expérience unique.
La rencontre avec le correspondant est de même
niveau. Accueil dans un grand gymnase, ça remue dans
tous les sens, des bagages, des parents et des enfants
partout. Tout le monde semble heureux, ça y est : ON Y
EST ! »
138


Chapitre 7
Les noirs dans nos classes



J’aborde à présent un sujet extrêmement sensible
surtout dans les années 75-80 où le racisme était encore
criard aux États-Unis et en France. Pas encore de « SOS
racisme » des deux côtés. Et je me trouvai être un pionnier
dans l’art et la diplomatie de mélanger les races. Voir « la
classe de neige franco américaine ». Je ne reprendrai pas
les exemples donnés.

Cette tension, entre blancs et noirs, était palpable dans
une ville comme Chicago.
Carmenita (Classe de neige franco-américaine/French
American snow class de Chicago 1981) en parle
ouvertement :
« The friendships with the white children, either
American (from Toledo, Ohio) or French (from Neuilly
sur Seine) were new for most of us but I had been in
school with them from a young age so I didn’t feel
nervous or ackward in the experience. I interacted with
children who shared my interests. My host sister was the
best, she did all she could to make me comfortable.
But there was a lot of overt racism in the city of
Chicago at the time and I guess that could have led to
tension between the races… I truly believe that
Americans have a long way to go to address the core
problems that perpetuate racism and stereotypes. »
L’amitié avec les enfants blancs, américains (Toledo,
Ohio) ou français (Neuilly sur Seine) était nouvelle pour
la plupart d’entre nous mais j’avais été dans une école
avec des blancs et je ne me suis pas sentie nerveuse ou
139 maladroite avec cette expérience. J’étais avec des enfants
qui avaient les mêmes intérêts. Ma sœur hôtesse fut la
meilleure, elle a fait tout ce qu’elle a pu pour me mettre à
l’aise.
Il y avait beaucoup de racisme à Chicago à l’époque et
je pense que cela aurait pu mener à de fortes tensions. Je
crois que les Américains ont encore beaucoup de chemin
pour régler les problèmes qui perpétuent le racisme et les
stéréotypes.

Mais chère Carmenita, il y avait aussi beaucoup de
chemin à faire pour les autorités municipales de
Neuillysur-Seine à l’époque puisqu’après le passage de cette
classe de Chicago, la Mairie de Neuilly sur Seine décida
de mettre fin aux classes franco-américaines : le niveau
socio-économique de la classe et la race, d’après eux, ne
correspondaient pas à celui des parents de leur commune !
(Lire incident complet dans « La classe de neige
francoaméricaine)

Je le résume :
Dans un article de mars 1981 du Journal Indépendant
de Neuilly, il est écrit :
« Pour la quatrième année, l’expérience des classes de
neige franco-américaines s’est réalisée avec autant de
succès.
En effet notre ville reçoit dans le cadre des classes de
neige 2 ou 4 classes selon les années, d’enfants
américains, soit de l’Illinois, soit de l’Ohio. Les contacts
entre enfants français et américains sont toujours
enrichissants et il faut reconnaître qu’après la classe, des
correspondances s’instaurent.
Du 5 au 27 janvier, 2 classes, l’une en provenance de
Toledo (Ohio) (blancs Ndrl) et l’autre de Chicago
(Illinois) (noirs Ndrl) ont séjourné au Riou Clar dans les
Alpes de Haute Provence, avec 2 classes de l’école Mixte
A, 20, rue des Huissiers.
140 Le samedi, 31 janvier, une réception en leur honneur
a été donnée à la Salle des Fêtes de la Mairie.
Entourée de M. Girod, Responsable des classes
franco-américaines, de M. Sarkozy, Conseiller
Municipal, Administrateur de la Caisse des Écoles…
Mme Gorce-Franklin, au nom du Maire accueillit les
enfants et leurs familles :
« Chers jeunes écoliers, vous venez de vivre une
expérience assez exceptionnelle de votre vie d’élève. Les
uns et les autres, vous avez quitté votre maison, votre
famille, votre école et pour vous Américains, votre lointain
pays, pour venir en classe de neige dans nos Alpes de
Haute Provence. »
En réponse, deux jeunes enfants américains ont
adressé, en français, un compliment et des
remerciements à M. Le Maire. »

La question se pose et en réalité me hante depuis :
pourquoi, après une nouvelle expérience aussi réussie, la
ville de Neuilly sur Seine, abandonnait brutalement le
programme, en mai 1981 et que la responsable des classes
transplantées, Melle Masquelez, m’annonçait sans
diplomatie que la ville ne participerait plus aux classes
franco-américaines. Elle ajouta : « Neuilly ne veut plus de
nègres ! », gênée d’avoir à me transmettre ce message.
Qui des trois, Peretti, le Maire, Gorce Franklin,
l’Adjointe à l’enseignement ou Sarkozy, l’Administrateur
de la Caisse des Écoles, avait pris cette décision honteuse :
ne plus participer à cause des « nègres « de Chicago ? Ou
les trois ensemble ?
Ce fut, de la durée des classes franco-américaines, la
plus terrible réponse que j’aie reçue !

Et tu le dis Carmenita : « When old money and power
feel threatened, anything can happen ! »
Quand pouvoir et argent se sentent menacés, tout peut
arriver !
141
Jennifer (École Kersabiec, Lorient 56/Frost school,
Jackson, Michigan 1994) :
« J’ai aimé ce voyage, ce pays mais certaines choses
m’ont bouleversée, la différence de vie entre les
personnes de couleurs et les autres… Ma correspondante
Toccara était noire mais cela ne m’a jamais dérangée au
contraire. Ici (à Lorient) il n’y a eu aucun souci, elle a
été parfaitement acceptée, moi également quand je suis
allée là-bas… mais à Detroit où ils vivent, les noirs et les
blancs ne sont pas mélangés, il y a des bus pour les uns
et des bus pour les autres ainsi que chaque quartier…
Alors au début je me suis sentie épiée, dévisagée parce
que j’étais différente d’eux mais je comprenais leur
réaction. J’ai ressenti aussi la différence sociale…
beaucoup plus de moyens d’un côté que de l’autre mais
j’ai préféré être du côté le plus démuni, voir l’entraide
entre voisins, les soirées hot-dog avec tout le quartier, les
voisins venaient me chercher pour jouer. »

Ce témoignage est d’autant plus prenant qu’il vient
d’une petite fille de neuf ans, vivant dans la ville de
Lorient qui n’a aucune population de couleur. Elle a été,
comme tous les enfants de cet âge, frappée par la
différence des races. Détroit est quasiment noire avec des
banlieues entièrement blanches et huppées comme
« Grosse Pointe Farms » où nous avons envoyé de
nombreuses classes. À plusieurs reprises, une classe
française a été placée dans la « Burton International
school » au cœur de Detroit, avec uniquement des parents
noirs.
Mais le sentiment perçu par Jennifer a été, en 1994,
déformé par ses yeux d’enfant. Il n’y avait
OFFICIELLEMENT plus de discrimation dans les
transports publics entre blancs et noirs. Pourtant
lorsqu’elle apercevait les bus, les uns étaient remplis
uniquement de noirs et les autres de blancs. Normal,
142 puisque les voyageurs n’allaient pas dans les mêmes
quartiers, ce qui donnait l’impression d’avoir des autobus
pour noirs et des autobus pour blancs. Le phénomène était
le même dans les trains de banlieue. Quand j’habitais à
Westmont, près de la gare qui allait vers Chicago, le soir,
des trains étaient pour les noirs et d’autres pour les blancs.
Le matin, le train de Chicago déversait sur le quai, son
contingent de noirs, surtout des femmes : elles venaient à
Hinsdale, Oak Brook, villes très chic, faire les ménages, la
cuisine, la nounou, les jardiniers et éboueurs tandis que sur
le quai d’en face, il n’y avait que des blancs qui partaient
vers le centre des affaires du Loop, à Chicago :
professionnels, cadres supérieurs, hommes d’affaires,
hauts fonctionnaires.
Ce qui m’amusait beaucoup, était de voir la file des
voitures : Mercedes, Jaguars, Ferraris, Lexus, Cadillacs,
Continental avec au volant, soit le chauffeur (souvent noir)
soit Madame (blanche). Le véhicule avait emmené le
patron ou le mari à la gare et repartait avec un ou deux
domestiques.
Le soir, le ballet était exactement le contraire : on
ramenait les noirs au train et on reprenait les blancs.

Évidemment les ghettos de Chicago, Detroit,
Cleveland, New York, ne ressemblaient en rien aux
banlieues des classes supérieures. Même en 2009, les noirs
sont extrêmement rares dans ces communautés-dortoirs
aux immenses maisons perdues dans des parcs.

Les noirs qui osaient s’aventurer dans un quartier blanc
et chic, devenaient vite la cible de groupes de raciste. À
Cedar Rapids, Iowa, le médecin légiste et mon médecin
était noir. Il s’appelait Percy. Dès qu’il acheta une maison
dans le quartier huppé de la ville, il reçut des menaces de
mort et un soir, les vitres de son salon volèrent en éclats.
La maison avait été attaquée par des jeunes qui voulaient
143 le faire partir. Il n’y eut aucune suite à ce grave incident
mais Percy décida de rester malgré le danger.


Donc un effet secondaire s’ajouta, à ce moment-là, aux
résultats scolaires obtenus : et il était de taille pour
l’Amérique.

C’est une digression obligatoire pour comprendre ce
qu’était véritablement l’Amérique de 1975. Malgré les
innombrables tentatives du gouvernement fédéral à
intégrer les races, depuis les événements de Montgomery
et la longue marche sur Washington DC conduite par
Martin Luther King, le prédicateur charismatique, les
races vivaient séparées par des barrières artificielles de
préjugés et même de haine. Je ne prendrai que pour
exemple, la ville de Cleveland, coupée en deux par les
zones ethniques : à l’est, les quartiers noirs, eux-mêmes
sous-divisés par des éléments économiques : les ghettos
aux maisons insalubres, voitures désossées sur les
trottoirs, rues défoncées et grappes de jeunes agglutinés au
coin des rues. La nuit : la jungle, le crime, la drogue, la
prostitution. Quand il m’arrivait de traverser ces endroits
dangereux pour me rendre dans une école proche, les
conseils prodigués par mes amis américains étaient les
suivants : s’assurer d’avoir fait le plein d’essence avant de
partir, fermer ses portières à clef, connaître par cœur
l’itinéraire à suivre, quitte à le faire plusieurs fois de suite
dans la journée, ne pas s’arrêter en cas d’accrochage et
enfin avoir un revolver dans la boîte à gants comme me
l’avait montré mon copain Smith à Saint-Louis : il avait
ouvert sa boîte à gants et sorti un 9 mm. De quoi le
rassurer quand il avait à traverser certains coins chauds de
Saint-Louis. Je suivis tous les conseils sauf celui du
revolver. Je pus ainsi me déplacer sans problème dans les
ghettos de Chicago au-delà de Blue Island, à Saint Louis, à
Cleveland, à New York, à Detroit. Mais parfois, je n’en
144 menais pas large surtout le soir où je fus accroché par une
Cadillac toute cabossée conduite par un noir à la mine
patibulaire. Sans sortir pour faire un constat, j’appuyai sur
le champignon et fonçai vers l’autoroute à deux kilomètres
de là !

Par contre, tout en subissant une discrimination notoire,
les classes aisées des noirs, médecins, avocats, hommes
d’affaires, ingénieurs se regroupaient dans des quartiers
beaucoup plus agréables ou des communes voisines
comme Shaker Heights, Ohio, banlieue de Cleveland, avec
ses avenues sinueuses bordées d’ormes sur des trottoirs
d’herbe bien entretenue et derrière des haies, de belles
résidences avec jardin et garage. Mais la séparation
existait car, à part quelques courageux blancs, libéraux,
qui mettaient en pratique leurs convictions, la grande
majorité des habitants était noire. Dans le cas de
Cleveland, il y avait des écoles noires à l’est et des écoles
blanches à l’ouest.

Lorsque je me présentai pour la première fois au bureau
central du système scolaire, 1380 East Sixth Street à
Cleveland, Ohio 44114, en plein centre de la ville, tout
près de la mairie, le système scolaire commençait son
procès avec les agences fédérales qui l’accusaient de
discrimination et voulaient condamner le système à établir
un programme de « busing ». Le procureur de la
république – General Attorney – avait exigé, dans les deux
années à venir, d’instaurer l’obligation de transporter les
enfants noirs dans les écoles blanches et vice versa. Les
deux communautés avaient organisé des manifestations
contre le verdict pour différentes raisons. Les familles
blanches refusaient que leurs enfants voyagent presqu’une
heure pour se retrouver au fond du ghetto avec tous les
dangers que cette démarche représentait et les noirs
invoquaient l’école de proximité, près de chez eux, pour
retenir les enfants à la maison. Déjà dans des
145 agglomérations comme Boston, les bus qui transportaient
les enfants étaient attaqués à coups de cailloux et obligés
de rebrousser chemin. Les autocars étaient incendiés, les
routes bloquées, les écoles paralysées. Et Cleveland
suivait le même sort. Mais devant l’insistance des
pouvoirs publics et l’emploi de la police fédérale et locale
pour empêcher les incidents, les familles blanches
décidèrent de fuir la ville et de s’installer en banlieue : les
classes aisées fuyaient le cœur des métropoles pour vivre
en dehors dans des bourgades tranquilles. La ville de
Medina, à trente kilomètres de Cleveland, explosa
littéralement. D’énormes lotissements surgirent de terre en
une nuit et la population passa de quelques milliers à vingt
mille en trois ans. D’ailleurs les familles transposèrent le
programme des classes franco-américaines dans leurs
nouvelles écoles. Medina devint un formidable client de
notre entreprise. Nous en parlerons plus tard.

L’idée de faire participer des enfants noirs aux classes
de neige d’abord puis à la classe « Back to back », dès
1977, vint d’une façon naturelle. John Moore, universitaire
qui m’avait contacté, pensait que ce programme était
ouvert à tous et qu’il ferait sortir les enfants noirs du
quartier sud de Chicago. Je n’y vis aucune difficulté du
moment que les classes suivaient la même préparation et
acceptaient les mêmes conditions que les autres des
banlieues blanches et huppées de Chicago. Ce que John
comprit immédiatement : c’était dans l’intérêt de tous de
bien motiver les enfants.
John rappelle ce que fut l’assimilation des enfants
blancs et noirs lors d’une classe de neige :
« My fondest memory is the manner in which you
handled the situation regarding our children group
combining with a suburban group in order that both
groups could make the trip to France. Even though this
was during the « Founding Years » of your program and
it involved the dynamics of inner city children, suburban
146 children, and protective parents, you were a quick-study
and a master of art of promoting cohesineness. As we
returned to Chicago, I was impressed with your style,
your ability to focus everyone on the benefits occuring to
our children. »
Mon plus cher souvenir a été la façon dont tu as réglé
la situation avec nos enfants (noirs) et les enfants (blancs)
d’une banlieue de Chicago pour t’assurer que les enfants
des deux groupes pouvaient partir en France. Même si
nous en étions au début du programme, cela impliquait
l’attitude d’enfants d’un centre-ville, d’enfants de
banlieue et de parents qui les surprotégeaient, tu as vite
étudié la situation et tu as été maître dans l’art d’instaurer
une cohésion. Sur le chemin du retour vers Chicago,
j’étais impressionné par ton style, ta facilité de montrer
les bénéfices que ce programme apporterait à tous les
enfants.

Cet incident est expliqué longuement dans « la classe
de neige franco-américaine. »

Bientôt, grâce aux efforts des parents, des services
sociaux de la Mairie et de sponsors, John put inclure des
enfants noirs venant de familles défavorisées.

Dans le « Chicago Defender », journal du quartier noir
de Chicago, du lundi 5 janvier 1981, il est écrit :
« 38 students participate in French Exchange
Program »
En route to France…
The students represent the largest over-all group of
elementary students traveling from the United States in a
program of this kind.
Selected by teachers and principals in Chicago, the
group received support which will enable three
financially under-privileged students to make the trip. »
147 38 étudiants dont Carmenita, participent à l’échange
franco-américain.
Sélectionnés par les enseignants et directeurs des
écoles de Chicago, trois enfants de familles défavorisées
feront le voyage.

Cette classe fut associée à une classe de Neuilly sur
Seine et déclencha une terrible polémique parmi certains
parents – une minorité – qui devaient les héberger, les
trois derniers jours. Les réticences perçues par certains
parents de recevoir un petit noir, furent mal ressenties à la
Mairie de Neuilly qui prit la décision de mettre fin aux
classes franco-américaines.

Pourtant Carmenita parle de son accueil dans la
famille de Neuilly :
« However in my host family’s home, I received great
care and love… They took the time to find out some of
my interests and showed me around the city. They even
had an older son, who didn’t live with them, but spoke
English, host a dinner in my honor, that was spécial. The
French mom was so sweet to make me pizza from scratch
when it was discovered to be one of my favorite foods.
We were asked to teach the students (French) a song
that we performed for the Mayor (Gorce Franklin et
Sarkozy, Neuilly) upon meeting him. We sang ‘ I believe
the children are the future » by George Benson. This is a
positive, motivating song. »
Dans ma famille hôtesse, je reçus beaucoup d’attention
et d’affection. Ils me firent visiter leur ville. Ils avaient un
fils ainé qui parlait anglais et qui m’invita pour dîner, un
grand honneur pour moi. La maman française a été si
gentille de faire de la pizza, mon plat favori.
On nous demanda d’enseigner aux enfants français une
chanson que nous chantâmes devant le Maire (de
Neuilly) : elle s’appelait « Je crois que les enfants sont
148 l’avenir » de George Benson. C’est une chanson très
positive, motivante.


« The children are the future », « Les enfants sont
l’avenir » : ce fut la devise du vaste programme des
classes franco-américaines !


Neuilly sur Seine avait auparavant réclamé le « droit à
la préférence », le droit de choisir la classe américaine qui
serait associée à la classe de Neuilly. Ce droit lui fut
refusé, Campus International ne voulant pas entrer dans le
système de la foire d’empoigne : chacun choisissant son
américain selon son goût et sa couleur.

Ce pénible épisode a longuement été expliqué dans le
volume précédent.

Il ne faisait que confirmer la discrimination qui était
encore très vive en France et aux États-Unis dans les
années 1975-1980. J’ai déjà parlé des réactions des parents
de Streamwood lorsqu’ils apprirent que leurs enfants
allaient séjourner dans un chalet avec les enfants noirs de
Chicago (voir classe de neige franco américaine).

Dans le grand journal : « International Herald
Tribune » du 25 mars 1976, Betty Freudenheim reprend
l’argument des contacts entre blancs et noirs :
« In the case of Chicago, there was an integrated class
from South Chicago and a white class from the suburb
of Streamwood. The blacks were accustomed to white
classmates but the Streamwood kids were uncertain how
to handle the situation. When they came face to face with
the French, they united. It was an interesting
sociological Developpment. »
149 Dans le cas de Chicago, il y avait une classe du Sud
Chicago et une classe d’enfants blancs de la banlieue de
Streamwood. Les noirs étaient habitués à avoir des blancs
dans leur classe mais les blancs ne savaient pas comment
affronter la situation. Mais face aux Français, ils
s’unirent !)

Mme Groult, la directrice de l’école Croix Bosset de
Sèvres, avait déjà fait part dans un bulletin municipal de la
ville, de la surprise des élèves français qui virent
débarquer dans le chalet, la classe de Cleveland dont la
moitié était des noirs. Beaucoup n’en avaient jamais vus.
Et ils allaient s’installer à côté d’eux à table, dans les
chambres, dans les activités. Beaucoup hésitèrent sur
l’attitude à avoir d’autant que ces enfants noirs étaient en
général, plus grands, plus forts que nos petits Sévriens.

Quant à Cleveland, traitant avec un seul système
scolaire, il paraissait normal que tous les élèves qui
souhaitaient participer, soient mis dans des classes en
commun. Lorsque nous eûmes 111 inscrits, avec
l’inspectrice Jean Thoms (blanche) et le Dr Charles Jordan
(noir), nous formâmes quatre classes à effectif identique et
divisées avec un mélange ethnique équilibré puisque nous
avions un nombre égal d’enfants noirs et blancs.

Mais nous envoyions les classes en France dans un
chalet avec hébergement des trois derniers jours dans les
familles françaises. Quand le départ se fit vers les
ÉtatsUnis, placer des enfants français (pratiquement tous
blancs) dans les écoles des quartiers noirs, il ne se faisait
pas sans risques. Les Américains eux-mêmes, lorsqu’ils
apprenaient que des enfants français étaient hébergés dans
les quartiers noirs de Chicago (Pirie School), de Cleveland
(Gracemount school) ou de Detroit (Burton School), furent
horrifiés : ces quartiers avaient la réputation d’être de
véritables coupe-gorge, des plaques tournantes de la
150 drogue et de lieux de prostitution. Ayant parcouru de long
en large ces quartiers, l’impression des Américains était
réelle. Certaines rues, le soir, pouvaient se transformer en
traquenards où la vie d’un blanc ne valait pas cher.
La « Burton school », 3420 Cass Avenue à Detroit était
l’exemple même de ce type de quartier. La première fois
que je m’y rendis, je fus effaré par le décor : pas une
maison alentour qui ne soit pas incendiée, suite aux
émeutes des années 65 ou 70. Les routes étaient remplies
de trous profonds où traînaient des papiers, bouteilles
vides et sur les trottoirs enfoncés, des déchets de toutes
sortes. Pourtant au bout de l’avenue, se dessinaient les
magnifiques bâtiments du centre Renaissance et du siège
social de la compagnie GMC.

Je m’interrogeai sur le bien fondé du programme dans
cette école. Lorsque je rencontrai l’enseignante Beverley
et le directeur Raymond, je compris le mystère de cet
édifice debout intact au milieu des ruines. Il avait été
épargné par les incendiaires puisque c’est là qu’ils avaient
été en classe. Ils le respectaient comme partie de leur
enfance. À ma question : où habitent les parents ?
Raymond répondit qu’ils venaient de loin, vivant dans des
quartiers, certes noirs, mais huppés dans la banlieue Nord.
Les parents emmenaient leurs enfants à l’école tous les
jours. En effet le soir même, vers 18 heures, le parking se
remplit de Cadillacs, Continentals, Dodges et autres
voitures de luxe. Les parents se retrouvèrent dans
l’immense bibliothèque, véritablement habillés de leurs
vêtements du dimanche : les hommes en costume élégant,
chaussures vernies, certains avec des chapeaux, les
femmes en fourrures et robes fuseaux. Une soirée
mondaine pour accueillir le Français qui venait offrir un
programme exceptionnel à leurs fils et filles. Je fus
terriblement impressionné par la chaleureuse réception et
cette sincère reconnaissance qu’ils me témoignèrent. Au
cours de la réunion, les questions allaient dans les deux
151 sens car je leur avais fait comprendre que s’ils
s’inquiétaient de la sécurité pour leurs enfants, moi je le
faisais de même pour mes gamins français. On se comprit
très vite et l’assurance des mères de famille de veiller sur
nos gosses comme elles le feraient des leurs me fit
accepter l’école. Il fallait maintenant que je prépare le côté
français !
Je plaçai cette classe avec l’école Foch à Taverny 95.
Et l’échange se déroula dans d’excellentes conditions
sauf… que l’enseignant français, pendant le séjour des
Américains en février, partit avec la caisse de la
coopérative scolaire et l’argent de poche des Américains !
Il se suicida sur une plage de Fréjus ! La Mairie et
l’inspection durent le remplacer au pied levé et
l’explication donnée à Raymond, le directeur était que le
maître était devenu malade !

Organiser les classes franco-américaines n’a pas
toujours une partie de plaisir !


Pourtant dans les quartiers noirs, il y avait des îlots de
tranquillité comme c’était le cas du coin où habitait John
Moore et plus tard Barrack Obama. Les familles vivaient
dans des maisons bien entretenues, les trottoirs étaient
propres et les jardinets agréables à l’œil. Le mythe des
quartiers dangereux ne tenait pas dans ces endroits qu’il
faut reconnaître, malgré tout, privilégiés. La première fois
que nous pensâmes le faire avec Jean Thoms, dans une
école de l’Est de Cleveland, il y eut une très grande
appréhension des autorités scolaires. Mais devant
l’insistance des parents qui s’étaient mobilisés pour nous
démontrer qu’ils pouvaient recevoir comme ceux de
l’Ouest (tous blancs), le superintendant Paul Briggs, le
Maire, Ralph Perk, George Voinovich, le Gouverneur de
l’État dont les enfants étaient inscrits au programme et le
152