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Instit à Djibouti

De
222 pages
Quelquefois, lorsque j'arrive à l'école, je vois une longue brochette d'enfants l'oreille collée au rail et les fesses en l'air, accroupis en une comique posture, les robes colorées des filles jetant des notes claires. Ils écoutent arriver le train venant d'Éthiopie que l'on ne voit pas encore. J'ai aussi mis une fois mon oreille contre le rail pour savoir ce qui les excitait tant et ce qu'ils ressentaient. On entend un faible grondement qui s'amplifie progressivement. Le train ne va pas vite. On met du temps à l'apercevoir tout au bout de la ligne droite, environné de poussière qu'il arrache des bas-côtés insalubres, longeant les HLM du bord de mer. Le bruit du roulement s'intensifie, la loco grossit, grossit, cahotant à petite allure, klaxonnant les imprudents qui traversent encore la voie. Les petits et les filles apeurés dévalent le talus et s'éloignent de quelques pas, mais restent là debout, fascinés par le monstre de fer qui arrive dans un bruit terrifiant. L'étonnement, le dépaysement absolu, l'immersion dans des sociétés étrangères, mais encore le plaisir de découvrir, de se confronter à d'autres moeurs et d'aiguiser ainsi son regard... Là sont en quelque sorte les contreparties obtenues par Jean Dupouy suite à un choix de carrière professorale pas tout à fait comme les autres, puisque située sous des latitudes éloignées... Autant de bénéfices qui transparaissent dans ce nouvel opus de ses tribulations (djiboutiennes ici) dont on ressort nous-même un peu plus intrigué par la diversité humaine, sociale, culturelle...
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Instit à Djibouti
Du même auteur
Instit au Sahara, éditions Publibook, 2008 Né en 37, éditions Publibook, 2012
Jean Dupouy Instit à Djibouti
Publibook
Retrouvez notre catalogue sur le site des Éditions Publibook : http://www.publibook.com Ce texte publié par les Éditions Publibook est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Éditions Publibook 14, rue des Volontaires 75015 PARIS – France Tél. : +33 (0)1 53 69 65 55 IDDN.FR.010.0119080.000.R.P.2013.030.31500 Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2014
À Julie
Mer Rouge
Depuis la Guyane, j’ai obtenu un poste à Djibouti et re-trouvé le désert après avoir passé sept années au Sahara, de 1961 à 1967. 3 octobre 1978. Après un vol de six heures et demie, j’arrive à Djibouti. Il fait très chaud et je bois quatre bières glacées au cours de la journée. Le soir, il fait bon : 28 degrés. Je trouve à me loger dans une chambre de pas-sage au club des cheminots. C’est une jolie et haute maison blanche à un étage, à l’ombre de grands éthels bien verts, au bord de la mer bleue. À l’étage, une galerie cou-verte à larges arcades fait le tour du bâtiment et permet à l’alizé de ventiler agréablement toutes les chambres. Pour moi qui ai toujours adoré la mer, c’est un décor paradisia-que. Me voici donc au pays que Monfreid a chanté dans les livres que je découvrais à douze ans, dans la petite biblio-thèque de mon grand-père, parmi lesquelsMasque d’oret bien sûr,Les Secrets de la mer Rouge. Qui sait, peut-être vais-je découvrir en plongeant dans la mer d’un bleu azur – et non rouge de boue comme elle est en Guyane –, une grosse perle d’une eau exceptionnelle. J’ai compris, il y a peu de temps, les paroles mystérieuses de Brel lorsqu’il dit : « Moi, je t’offrirai des perles de pluie venues de pays où il ne pleut pas » en lisant un article sur les perles de la mer Rouge, expliquant cette étrangeté de langage. Ces pays où il ne pleut pas sont certainement les pays riverains de cette mer : l’Arabie, le Yémen, le Soudan et l’Égypte, qui ne connaissent que de rares pluies accidentelles et bru-tales, emportant les boues rouges des falaises des bords de
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mer et avec elles des vers qui parasitent les huîtres perliè-res. Celles-ci, on le sait, produisent alors des couches de nacre successives pour les isoler et les détruire, fabriquant ainsi des perles qui ont participé à la richesse du monde arabe, avec l’esclavage, le commerce des armes et des épices, les siècles passés. Djibouti, qui s’était substitué à Obock en 1888, était un important dépôt de charbon pour les bateaux à vapeur sur la route d’Extrême-Orient. Le port était aussi une escale obligée pour les passagers partant pour la Réunion, Mada-gascar, l’Indochine, la Nouvelle-Calédonie. Ils avaient le souvenir d’une chaleur infernale et c’est ce que l’on croit encore volontiers en France de nos jours. Le port, très ac-tif, était « le poumon de l’Éthiopie » expédiant peaux, ivoire, café et recevant les marchandises dont les Abyssins avaient besoin et qui partaient par le chemin de fer franco-éthiopien jusqu’à Addis Abeba. Le territoire est composé à 90 % de déserts et il n’y a aucun cours d’eau permanent. Les oueds coulent temporai-rement lors des violentes pluies qui inondent la ville. Le relief volcanique est tourmenté et les montagnes sont peu élevées : moins de 2000 mètres. Il n’y a aucun dévelop-pement agricole à cause de la chaleur et de la salinité des eaux de surface.
Premiers jours
Je me lève tôt, comme d’habitude, c’est-à-dire au lever du jour. Au-dessus de la mer monte le disque rouge du soleil qui émerge lentement des brumes rousses à l’horizon. Il s’élève insensiblement dans un ciel saharien tout bleu et sans nuages, annonçant une journée très chaude comme celle de la veille. Du tombant, à des cen-taines de mètres du bord, arrive le doux ronronnement des vagues qui s’écrasent sur le récif en une longue ligne
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