Et si... vous pouviez ?
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Description

Alexandre est un homme sans histoire. Lieutenant de police, il coule des jours heureux avec sa compagne Claire, avec qui il partage un amour libre et sans contrainte. Mais un jour, un dealer de petite envergure lui tire dessus à bout portant. Miraculeusement épargné par la mort, il s'aperçoit qu'il est en mesure de modifier la réalité des choses selon sa volonté. Pourquoi ? Comment ? Il ne le sait pas, mais sa vie va en être bouleversée. Dès lors, une foule de questions envahissent son esprit : que doit-il faire de cette capacité ? Doit-il la conserver secrète, la garder pour lui et son amie... ou au contraire, la mettre au service de l'humanité tout entière ? Dans quel dessein ? Le remède ne risque-t-il pas d’être pire que le mal ?


Après avoir goûté égoïstement à une vie d’insouciance, Alexandre se lance dans un projet insensé aux yeux de l’élite de la planète : changer le monde ! Mais pour Claire, partager son amour avec la Terre entière n’est pas aussi simple qu’il le paraît ! Entre une compagne jalouse et des puissants résolu à lui faire obstacle ou à se servir de lui, Alexandre peut-il transformer la société sans la détruire ?


La réalité est-elle ce qu'on voit ou ce qu'on croit voir ? Est-elle vraiment régie par des règles immuables et sécurisantes ? Et si cette réalité n'en était pas une ? Si elle n'était qu'une forme de long et complexe rêve éveillé et collectif duquel nous ne pourrions nous échapper sinon en disparaissant ? Et si quelqu'un trouvait la clé permettant de modifier ce rêve, de le plier à sa volonté, que devrait-il en faire ? Qu'en feriez-vous, vous-même ?

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 18
EAN13 9791034802654
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0052€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Yves Charrazac
 
 
 
 
Et si... vous pouviez ?
 
 
 
 
Illustration : Lydie A. Wallon
 
 
 
 
Publié dans la Collection I-Mage-In-Air,
Dirigée par Lydie A. Wallon
 
 
 
 

 
 
 
 
© Evidence Editions 2017

 
 
 
 
 
 
 
 
 
À Françoise.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Note de l’auteur
 
 
 
Ce livre est une œuvre de pure fiction. Si des noms d'organismes ou d'entités, ainsi que certains lieux ont été conservés pour une meilleure immersion du lecteur, toute ressemblance avec des personnages existants, ayant existé, ou des situations réelles, serait involontaire de la part de l'auteur et pure coïncidence.
 
 
 
 
1
 
« Quand on a la possibilité de ne pas mourir,
c’est un devoir que de rester en vie ! »
Amélie Nothomb
 
 
 
Bordeaux, 2026.
 
Les doigts tapotaient le centre du volant avec un zeste d’impatience et hésitaient à presser l’avertisseur sonore.
À quoi bon ? pensa le lieutenant de police Alexandre Valdarra en lorgnant le dôme du gyrophare magnétique rangé au milieu du tableau de bord.
Puis il soupira.
Si seulement je pouvais…
Il pesta contre le règlement qui en limitait l’usage de façon drastique et essaya d’imaginer une raison valable de s’en servir. N’en trouvant aucune, il se contenta d’allumer le système multimédia, dans le but de se laisser bercer par les volutes sonores d’une musique symphonique.
Malgré l’achèvement récent du septième ouvrage sur la Garonne, le passage d’une rive à l’autre restait un calvaire aux heures de pointe. Alexandre jeta un regard bleu sombre vers les eaux troubles du fleuve. Il s’imagina bondir hors de la voiture et plonger tel un superhéros du pont de pierre avant de regagner la rive d’un puissant mouvement de crawl. Un gloussement lui échappa.
Et pourquoi, ne pas plutôt voler ? s’amusa-t-il.
Des haut-parleurs s’élevèrent bientôt les échos du Songe d’une nuit d’été de Félix Mendelssohn et le conducteur ferma les yeux afin de se détendre. Quelques minutes plus tard, le véhicule devant lui s’ébranlait et Alexandre enclencha enfin la première.
Parvenu au bout du pont, il tourna à droite sur les quais. Une dernière affaire l’appelait dans les quartiers nord des Chartrons. Ensuite, il passerait à son bureau du Commissariat central pour y déposer des dossiers. Cela ne prendrait que quelques minutes et, si tout se déroulait bien, il serait de retour chez lui avant la fin de l’après-midi.
Alexandre avait trente-six ans et en avait déjà passé douze dans la police nationale, dont sept dans la capitale aquitaine, à la brigade criminelle de la Direction interrégionale de la police judiciaire. Il partageait son existence avec une amie de huit ans sa cadette, dans une forme de concubinage libéral qui provoquait, choquait ou rendait jaloux leurs connaissances. Beaucoup l’enviaient, car Claire Vivienne était une femme à la fois belle et intelligente, ouverte d’esprit, mais dotée d’un caractère bien trempé. Elle exerçait ses talents d’infirmière à l’hôpital de Bordeaux.
Passionné de science-fiction, de fantastique et de jeux vidéo, Alexandre s’avouait intrigué par des idées métaphysiques liées à la réalité de l’existence humaine et de celle de Dieu. Sa jeunesse avait été bercée par la magie d’Harry Potter ou de Star Wars et tourmentée par les questionnements de Matrix et autres sagas de la même veine. Adolescent, il s’était échiné à tenter de déplacer les objets par sa seule pensée, persuadé d’y arriver un jour, à force de persévérance. En vain. Il rejeta alors sur ses échecs le fait qu’au fond de lui-même, il n’y croyait pas. Au passage de la trentaine, il avait délaissé la religion catholique, qu’il pratiquait régulièrement, après avoir lu un certain nombre d’ouvrages exégétiques, de théologie ou de philosophie. Depuis, ses idées sur l’existence s’embrouillaient. Le monde était-il réel ou procédait-il de l’activité d’une conscience, personnelle ou collective, voire artificielle ?
Un sourire énigmatique illumina Alexandre lorsque la septième pièce du Songe d’une nuit d’été éclata. La marche nuptiale symbolisait en effet un engagement que Claire et lui repoussaient toujours sous quelques prétextes plutôt fallacieux, de liberté individuelle. Fascinés et terrifiés à la fois par les couples, de plus en plus rares, qui alignaient de nombreuses décennies de fidélité, ils préféraient voir dans une union durable et exclusive une belle promesse plutôt qu’un état de fait.
La voiture de police banalisée arrivait aux alentours du bassin à flot lorsque sa radio crépita :
— Appel à toutes les unités patrouillant vers Bacalan : fusillade à l’entrepôt Cass’Magnet, au douze de la rue Ravier. Policier à terre. Demande de renforts immédiats.
Alexandre activa aussitôt le gyrophare bleu et les avertisseurs lumineux, puis répondit :
— Central, ici deux six trois, j’y serai dans trois minutes.
Il abaissa l’interrupteur de la sirène tout en rétrogradant et écrasa la pédale de l’accélérateur. Le moteur hybride des toutes nouvelles voitures de patrouille s’emballa et le lieutenant de police eut l’impression de décoller. De chaque côté de l’avenue, les usagers s’écartèrent pour lui céder le passage.
Alexandre adorait cet instant, synonyme de poussée d’adrénaline hautement stimulante. Il slaloma avec adresse entre des véhicules longs à réagir, l’œil attentif à chaque feu rouge brûlé afin d’éviter tout accident. Sa main droite maltraitait le levier de vitesse pour maintenir un régime moteur et lui permettre ainsi d’accélérer et de freiner au quart de seconde près.
À la radio, les réponses d’autres patrouilles se succédaient. Il filait à présent dans une rue défoncée, bordée de casses auto et de hangars délabrés, d’un quartier infréquentable et déconseillé aux honnêtes citoyens. La voiture décolla de plusieurs mètres sur un dos d’âne en le secouant comme un prunier. Il grommela mentalement :
J’espère que c’est trois fois rien. Claire me tuera si j’arrive en retard ce soir, à notre rencard de Saint Valentin !
C’était aussi le jour de son anniversaire à lui et une table les attendait dans un bon restaurant bien romantique.
Un instant perdu dans ses pensées parasites, il donna un violent coup de volant pour éviter de justesse un SDF accroché à un caddy de supermarché tout rouillé et rempli de déchets divers. Le vieil homme avait traversé la route sans regarder, à l’évidence peu impressionné par le bolide noir tonitruant qui fonçait sur lui.
— Putain ! Tu ne pouvais pas attendre avant de passer ? cria Alexandre dans le crissement des pneus sur l’asphalte décomposé.
D’un geste sec, il rectifia la trajectoire puis monta sur ce qui restait d’un large trottoir défoncé. Un peu plus loin, deux véhicules de police se tenaient en travers de la rue, les portières grandes ouvertes. Alexandre cahota jusqu’à eux et s’arrêta en crabe dans un nuage de poussière. Il coupa l’avertisseur sonore et bondit hors de sa voiture, plié en deux, à l’abri d’un muret. Il entendit au loin d’autres sirènes qui convergeaient vers lui.
D’un regard, il examina la scène. La casse était entourée d’un grillage défoncé et comptait plusieurs hangars en tôle ondulée au centre d’un cimetière de voitures dont les carcasses s’empilaient. À quelques mètres de l’entrée, à l’intérieur, un policier en tenue était penché sur un collègue et lui compressait le cou de son mieux. Du sang s’échappait d’entre ses doigts.
Pas de chance , songea Alexandre. Quelques centimètres plus bas, le gilet aurait joué son rôle !
— L’ambulance arrive ! lança Alexandre en répétant ce qu’il venait d’entendre à la radio. Tenez bon !
Il s’approcha du blessé qui lui parut jeune. Une vingtaine d’années, estima Alexandre en observant le visage livide et les yeux effrayés. Le coéquipier était à peine plus vieux.
— Que s’est-il passé ?
Le policier releva la tête.
— Sans doute un deal qui a mal tourné. On patrouillait par là quand on a entendu des armes à feu. Sitôt franchi le seuil, on a essuyé des tirs et mon ami a été touché. Deux autres collègues nous ont suivis et ont pénétré à l’intérieur. Je ne sais pas où ils se trouvent.
— OK, les renforts arrivent ! s’exclama Alexandre comme des sirènes se rapprochaient.
Il tapota la joue du blessé et ajouta :
— Ça va aller.
Au même moment, on entendit un échange de coups de feu. Du léger et du lourd.
Fusil à pompe , analysa Alexandre en armant son pistolet 9 mm Parabellum.
Une voix affolée grésilla à la radio portative :
— Officier à terre ! Demande soutien d’urgence !
— Nom d’un chien ! protesta Alexandre. Pourquoi n’avez-vous pas attendu les renforts ?
— Ils ont besoin d’aide ! gémit le policier toujours penché sur son collègue.
— Je m’y colle.
— Sans gilet ?
— J’ai changé de voiture au dernier moment. Il dort dans le coffre de l’autre, grogna Alexandre avant de s’élancer à l’intérieur de la casse.
Claire sera furieuse si je rate notre rendez-vous , pensa-t-il derechef en zigzaguant entre les empilements de carcasses.
De nouveau, des coups de feu retentirent ainsi que des crissements de pneus. Alexandre s’orienta tant bien que mal dans le labyrinthe de la casse, pour se diriger vers le plus grand des hangars d’où les tirs semblaient provenir. Pistolet en joue, il tourna à droite après un vieux bus rouillé et tomba soudain nez à nez avec un inconnu qui pointait un fusil à pompe vers lui. Les deux hommes s’immobilisèrent sous l’effet de la surprise, et louchèrent vers le canon de l’autre. Alexandre analysa la situation en une fraction de seconde qui lui parut une éternité : l’individu tirerait, il en était certain. Peut-être était-ce l’étincelle de folie meurtrière qui consumait ses yeux ou les tatouages de repris de justice qui maculaient son visage ? Il n’aurait su le dire, mais l’homme s’apprêtait à presser la détente, c’était évident ! Et à une distance si proche, dans une allée étroite bloquée entre deux murs de carcasses de véhicules, il n’entrevoyait aucune échappatoire. Ils allaient s’entretuer ! Sa seule consolation serait d’emporter son meurtrier avec lui dans la tombe.
Instinctivement, Alexandre tira en songeant qu’il ne voulait pas mourir comme ça, ce jour-là !
Il ressentit au niveau de la poitrine une forte douleur.
L’homme s’effondra, un trou sombre au milieu du front : Alexandre avait toujours excellé au tir. Mais que faisait-il lui-même encore debout ? Quelques secondes s’écoulèrent, irréelles. Il les visionna comme hors de son corps et examina la scène sous toutes les coutures, tel un réalisateur de film. Il passa machinalement la main sur son torse et en observa la paume. Il s’attendait à la retirer maculée de sang, mais ne constata rien. Perplexe, il perçut de façon assourdie de nouveaux tirs entremêlés de cris presque inaudibles et vit fondre sur lui, mais comme au ralenti, plusieurs policiers casqués et harnachés dans leur gilet protecteur. L’un d’eux se jeta sur ses épaules et le plaqua au sol. Puis, Alexandre perdit connaissance.
* * *
Il rouvrit les yeux, allongé sur une civière auprès d’une ambulance dont le gyrophare lançait des éclats lumineux alentour. Les forces de l’ordre et les secours médicaux avaient envahi la rue. Hormis le brouhaha des conversations, il n’entendait plus de coups de feu. Une main lui tapota l’épaule.
— C’est fini, lieutenant, dit une voix. On les a eus, ces enfants de salaud, ces connards de dealers à la mords-moi-le-nœud !
Alexandre regarda le colosse barbu penché sur lui. Son visage lui était familier, mais il n’aurait pu dire son nom. Après une profonde inspiration, il releva le torse pour s’asseoir. Une douleur lui tirailla la poitrine, mais elle était supportable. Un homme en blouse blanche accourut pour tenter de le rallonger sur le brancard.
— En douceur, lieutenant, évitez tout effort, je vous en prie.
Alexandre résista et pivota sur les fesses pour pendre les jambes dans le vide. Il frotta ses pectoraux du plat de la main.
— Suis-je blessé ?
L’interne du SAMU répondit :
— Extérieurement non. Mais vous avez un gros hématome cutané au niveau de la portion antéro-inférieure du médiastin, provoqué par… heu… un choc violent, un objet contondant ?
— Une balle ? hasarda Alexandre.
L’urgentiste sourit en secouant la tête.
— J’en doute. Un projectile vous aurait perforé le cœur à cet endroit-là. Sans gilet pare-balles, ce n’est pas votre épiderme qui aurait pu la stopper… À moins d’avoir la peau de Hulk, continua-t-il hilare. Nous allons toutefois vous hospitaliser afin d’effectuer quelques examens, histoire de vérifier si vous n’avez pas de trauma interne ou une côte fêlée.
— C’est que… j’ai un rencard ce soir…
Le médecin afficha un sourire entendu.
— Ce n’est que l’affaire d’une heure ou deux, lieutenant. Vous serez dehors pour dix-neuf heures… si tout va bien.
Alexandre attrapa le poignet du colosse.
— Comment se porte le jeune policier blessé ?
Le barbu hocha la tête :
— D’après ce que j’ai compris, il devrait s’en sortir. On l’a emmené aux urgences.
— Tant mieux, grommela Alexandre.
L’interne le força à se recoucher avant de réclamer son évacuation auprès des brancardiers. Le toit de l’ambulance envahit la vision du potentiel blessé, et il entendit le claquement des portes arrière. L’urgentiste s’installa à son chevet et entreprit de placer sur son corps diverses électrodes dont il relia les fils à des moniteurs.
— Je vais bien, protesta l’officier de police.
— Simple précaution, on ne sait jamais.
Le médecin tapota sur une tablette connectée.
— Donc nous disons, lieutenant Valdarra…
La photo d’Alexandre apparut un instant plus tard sur l’écran tactile, accompagnée d’une fiche d’identification.
— Trente-cinq… non, trente-six ans… aujourd’hui ?
L’interne s’amusa :
— Bon anniversaire, lieutenant. Vous commencez fort ! À présent, vérifions rapidement certains points de votre dossier médical. Taille et poids ?
— Un mètre quatre-vingt-cinq pour soixante-seize kilos… Rien que du muscle.
Le sourire du médecin s’intensifia :
— Je vois… Je note que vous avez pris trois kilos depuis votre dernière visite… Attention de ne pas continuer ! Vous n’avez pas d’allergies connues, à ce que je lis ?
Alexandre opina du chef.
— Jamais opéré… Des antécédents de blessures non signalées ?
Le lieutenant ferma les yeux et répondit machinalement aux questions de l’homme en blanc. Il se sentait fatigué et tracassé. Il s’efforçait de se remémorer la scène, juste avant qu’il ne perde connaissance. Il voyait l’individu devant lui. Celui-ci avait tiré. L’avait-il manqué comme on rate un éléphant dans un couloir ? Dans ce cas, pourquoi avait-il eu mal à la poitrine et quelle était la cause de cet hématome ? Avait-il subi un choc au moment où un membre de la brigade d’intervention l’avait renversé ? Impossible, il avait ressenti la douleur avant !
 
* * *
 
Il se rhabillait en grimaçant sous le tiraillement de ses muscles lorsque la porte de la chambre s’ouvrit. Claire apparut et se jeta dans ses bras.
— Putain, tu m’as foutu la trouille de ma vie ! protesta-t-elle tout de go.
— Je suis désolé, je te le jure. Mais tout va bien. Aïe, ne me serre pas trop fort, s’il te plaît.
Claire desserra son étreinte et son regard émeraude l’examina de haut en bas.
— Tu es blessé ?
Alexandre écarta les pans de sa chemise.
— Rien qu’un hématome.
La jeune femme posa les doigts sur la tache violacée, auréolée de pourpre, qui ornait son torse.
— Tu as reçu un coup ?
— Il faut croire.
— Tu portais ton gilet ?
— Non, je revenais d’une enquête de routine dans le beau monde.
— Alors, ce n’est pas une balle qui a provoqué ça ?
— Ben, non. Du moins, ça paraît peu probable.
— Tu t’es battu ?
— Même pas. Mais dis, tu ne travailles pas pour la CIA, non ?
— Si j’appuie, c’est douloureux ?
Elle joignit le geste à la parole. Alexandre sursauta :
— Aïe ! Mais…
Claire planta des yeux mi-furieux mi-mutins dans les siens.
— Ça t’apprendra à m’effrayer comme ça !
Il promena son regard sur elle. C’était vraiment une personne magnifique qui possédait tous les atouts de la séduction : un mètre soixante-seize, poitrine fière et pleine, taille fine et hanches marquées, prolongées par de longues jambes galbées. Alexandre souleva la cascade ondulée de ses cheveux blond foncé et caressa d’un doigt les quelques taches de rousseur qui parsemaient ses pommettes. Il l’embrassa.
— Je promets de me faire pardonner dès ce soir, susurra-t-il à son oreille au moment où une infirmière entrait dans la pièce.
— Vous pouvez vous sauver, lieutenant, annonça celle-ci. Faites attention à vos mouvements pendant deux ou trois jours, et tout se passera bien. Pas d’acrobaties !
Alexandre ajusta habilement sa cravate et revêtit sa veste.
— Merci, madame. Je resterai sage.
Claire sourit :
— Et moi aussi. Je promets de ne pas le martyriser. Enfin, pas trop !
Alexandre signa un formulaire puis l’infirmière sortit de la chambre.
— Il est l’heure de manger, observa Claire.
— Déjà huit heures ? D’accord, mon bain chaud attendra.
Il entoura les épaules de sa compagne d’un bras protecteur et ils quittèrent l’hôpital. Dehors, la nuit était tombée, les lumières de Bordeaux scintillaient dans un firmament limpide et un agréable vent du sud apportait une douceur inédite à cette magnifique nuit d’hiver.
 
* * *
 
Vers minuit, la voiture de Claire pénétra dans l’allée de la maison qu’ils louaient dans la banlieue sud. Une fois dans la chambre, la jeune femme observa en se déshabillant :
— Avec tout ça, on ne s’est pas offert nos cadeaux.
Alexandre la souleva par la taille et la fit voltiger sur place.
— Il est encore temps.
Un instant plus tard, il lui tendait un grand carton plat avant d’ouvrir le paquet qu’elle venait de lui remettre.
— Super ! s’exclama-t-il. Une splendide montre ? Tu me gâtes !
Il l’embrassa avec fougue.
— Et toi, Valentin t’a offert quoi ?
Elle défit la boîte et en sortit une superbe nuisette noire qui se déplia au bout de ses doigts. Un sourire malicieux naquit sur ses lèvres.
— Ah, ah, Valentin cacherait-il des intentions peu recommandables ?
Claire tournoya, la chemise de nuit collée contre son corps.
— Avec toi ? Toujours, avoua-t-il.
— Ne bouge surtout pas !
Elle disparut dans le dressing avant de réapparaître très vite et virevolta sur place.
— Je la trouve bien transparente, observa-t-elle.
— Elle est parfaite !
 
 
 
 
2
 
« Je prends mes désirs pour des réalités,
car je crois à la réalité de mes désirs. »
Slogan, mai 68
 
 
 
Lucie Vilmorin ajusta des lunettes à monture d’écaille qui lui mangeaient une grande partie du visage et lui donnaient un air revêche trompeur. La quadragénaire possédait un doctorat de psychologie, obtenu à l’université de Paris 8e, et elle était présentement affectée au Service de soutien psychologique opérationnel dépendant du ministère de l’Intérieur, en poste à la PJ de Bordeaux. Par égard pour son diplôme, pourtant différent de celui d’un médecin, tout le monde l’appelait « doc ».
Alexandre la dévisagea avec un sourire. Elle la trouvait agréable à regarder, même s’il n’aimait pas ses lunettes et jugeait son visage trop triangulaire. De plus, il détestait les chignons. Mais il estimait le professionnalisme de la femme à sa juste valeur et avait plaisir à bavarder avec elle.
— Comment vous sentez-vous, lieutenant ? demanda Lucie après qu’il se fut assis dans un fauteuil, en face d’elle.
Alexandre écarta les mains en haussant les épaules.
— Bien. Je me sens bien, doc. Je ne devrais pas ?
— Vous avez subi un traumatisme, hier, rappela la psychologue. Abattre un homme, même en état de légitime défense, peut laisser des traces, conscientes ou non. On m’a dit que vous aviez pris un coup au thorax ?
Machinalement, Alexandre passa la main sur son torse.
— C’est trois fois rien. La douleur est imperceptible.
— Mais vous avez reçu un choc ?
— Je ne sais pas.
— Aucun souvenir de ce coup ?
Alexandre parut embarrassé.
— À dire vrai, doc, comme je l’ai mentionné dans mon rapport, j’ai eu l’impression que la balle de mon agresseur me frappait en pleine poitrine. Mais si cela avait été le cas, je ne serais pas là à vous le raconter, j’imagine.
Intéressant , analysa Lucie Vilmorin in petto en notant sur une tablette : n’a conservé aucun souvenir de la cause de son hématome.
Puis à voix haute :
— Vous avez bien dormi ? Vous me paraissez fatigué…
Alexandre écarquilla les yeux.
— Oui. Non. Enfin, je veux dire, j’ai passé une nuit agitée. Cet accident, mon anniversaire, la Saint-Valentin… Alors, ce matin, c’était un peu difficile de se lever.
La psychologue afficha une indulgence toute professionnelle. Après un raclement de gorge, elle reprit d’un ton détaché :
— Le fait d’avoir tué quelqu’un, vous y pensez ? Ce n’est pas la première fois, si j’en crois votre dossier.
Alexandre se frotta le cuir chevelu.
— Bien entendu. En fait, c’est le second tir létal de ma carrière. Le premier, c’était il y a onze ans, tout au début : un braqueur qui a ouvert le feu sur nous en s’échappant d’une banque.
— Comment l’avez-vous vécu ?
— Difficilement. On a beau dire, l’école de police ne nous prépare pas vraiment à ça. J’y ai songé durant des mois.
— Et aujourd’hui, cet homme sur lequel vous avez dû tirer ?
— Les années nous endurcissent, mais tuer quelqu’un, ce n’est jamais anodin, même si, en l’occurrence, c’était lui ou moi. Je sens que je ne culpabiliserai pas comme à l’époque, ou pas tant.
— D’accord, lieutenant. Avez-vous ressenti quelque chose quand vous avez tiré sur lui, ou juste après ?
— Ça a été très vite. J’ai pensé, c’est lui ou moi… En fait, non... Je me suis dit, c’est lui et moi. On va plonger tous les deux. Je l’ai vu s’écrouler, et puis un collègue s’est jeté sur moi et m’a plaqué au sol, pour me protéger d’autres tirs potentiels. Fin de la scène. Une fraction de seconde et on pense pourtant à un tas de choses. Ou du moins, rétrospectivement, on a l’impression d’avoir pensé à un tas de choses. Mais au fond, je ne sais pas si on les envisage vraiment sur le moment ou après coup.
— Je vois ce que vous voulez dire, lieutenant. Vous sentez-vous en état de reprendre le service ?
— Bien sûr. Je mentirais si je vous disais que cela ne m’a pas ébranlé, mais pas au point de me mettre en retrait. Et puis, j’ai bientôt des congés.
— Parfait, c’est ce que je voulais entendre. Je note que vous pouvez reprendre, précisa Lucie Vilmorin. Mais si quoi que ce soit n’allait pas…
Alexandre opina du chef :
— Je viens aussitôt vous voir… Ne vous inquiétez pas, doc, je connais la musique.
— Je vous fixe tout de même un rendez-vous pour dans quelques jours, quand tout cela aura mariné dans votre esprit.
— Est-ce bien utile ?
— Oui, lieutenant. C’est la procédure.
Alexandre s’arma d’un sourire charmeur.
— Pas de problème… C’est toujours un plaisir de venir discuter avec vous.
Satisfait de constater que Lucie avait baissé les yeux sous l’effet d’un léger trouble, il sortit de la pièce. Un peu plus loin, il tomba sur son chef, le capitaine Robert Dubois, surnommé « le gros Bob ».
— Valdarra ? l’interpella celui-ci.
— C’est moi, répondit Alexandre avec humour.
— Je viens de parler à nos amis — il insista sur le mot — de l’IGPN au téléphone. Ils n’envisagent pas d’enquête approfondie sur votre tir. Le procureur a validé les premières dépositions et elles paraissent lui convenir. A priori, il n’y aura pas de suite, sauf surprise. Ça vous va ?
— Oui, capitaine. Je suis content de voir autant de monde s’inquiéter de ma santé.
— Ça prouve que vous êtes vivant, répliqua l’officier en retournant dans son bureau.
Alexandre resta un instant immobile puis marmonna :
— C’est pas faux.
De nouveau, il passa une main sur son torse, à l’emplacement de l’hématome qui avait bleui depuis la veille. Une idée le hantait : s’il devait en croire ses souvenirs, c’était le projectile du fusil à pompe – chargé de balles Brenneke calibre 12 selon la balistique – qui en était la cause. Or, c’était tout bonnement impossible !
 
* * *
 
Chaque événement doit posséder une explication. Et lorsqu’une chose échappe à une personne, elle doit pouvoir se raccrocher à l’idée que c’est seulement qu’elle ignore cette explication et non parce qu’il n’y en a pas. Tout doit rester rationnel. Le monde est rationnel. Il obéit à des lois définies, connues ou inconnues, mais immuables. Elles ne sauraient varier, sauf à remettre en question tout son équilibre.
Ainsi pensait Alexandre depuis qu’il avait mûri. Il s’exposait, allongé sur un transat, au doux soleil du mois d’avril, dans le jardin de leur maison. À ses côtés, Claire l’imitait et somnolait, un livre abandonné sur le ventre. Le printemps déployait ses ailes et l’astre du jour dominait un ciel sans nuages. Une légère brise du sud apportait un air chaud saharien et les températures avaient déjà grimpé au-dessus des normales saisonnières qui ne cessaient de croître, d’une année sur l’autre.
Il était près de onze heures et Alexandre, en congés pour quelques jours, avait soif. Il aurait bien pris une petite bière avant le repas de midi, mais il ne trouvait pas le courage de quitter son fauteuil pour aller en chercher une dans la cuisine. Lorgnant son amie, il constata à ses yeux clos qu’elle n’était pas prête, elle non plus, à se lever pour lui épargner de bouger. Il soupira au fond de lui :
Ah, si seulement je n’avais qu’à tendre la main !
Perdu dans ses rêves, il allongea le bras sans y penser et sursauta en poussant un cri. Quelque chose de lourd venait d’apparaître entre ses doigts. Aussitôt, il les ouvrit et une chope tomba sur ses genoux, l’inondant d’un liquide ambré et mousseux.
— Ah ! hurla-t-il, effaré.
Tel un diable qui sort de sa boîte, il se dressa d’un bond. Le verre acheva sa chute et roula dans l’herbe. Surprise, Claire sursauta en criant à son tour et le foudroya du regard avec l’air renfrogné de celle qu’on vient de tirer brutalement de sa torpeur.
— Tu es fou de hurler comme ça ! grinça-t-elle, fâchée. Je te signale que tu m’as réveil…
Elle s’interrompit devant l’allure interloquée de son ami. Il se tenait debout, comme statufié, les bras écartés et dégoulinait d’un liquide indéfinissable. Les yeux de Claire glissèrent vers la chope abandonnée entre deux pissenlits. Elle pouffa de rire :
— Ah, c’est malin, tu t’en es mis partout ! Tu vas sentir bon à présent. Si tu ne peux pas boire une bière sans te la renverser dessus, je vais devoir te placer en maison de retraite !
Alexandre demeurait immobile, tétanisé, son esprit incapable de relier les événements entre eux. Il avait l’impression d’avoir effectué un saut temporel et oublié l’instant précédent. En l’occurrence, il ne se rappelait pas avoir été se servir une bière, l’avoir versé dans une chope pour revenir s’asseoir avec ! Sa situation était un peu analogue à celle d’un conducteur fatigué, dont l’esprit, passé en mode automatique, ne peut se souvenir des derniers kilomètres parcourus. Il s’était d’ailleurs souvent posé la question : dans un tel cas, si un imprévu survenait, la personne était-elle en état de réagir correctement ?
Face à son inertie, Claire reprit, agacée :
— Déshabille-toi ici et ne va pas t’égoutter dans la maison… Et puis, c’est quoi cette bière à cette heure-ci ? Tu veux attraper le ventre d’un supporter de foot ?
Alexandre bafouilla, les yeux hagards :
— Je… C’est que je… pas… Enfin, je ne crois pas…
Les sourcils de Claire se froncèrent et son sourire disparut. Elle se redressa au bord de la chaise longue.
— Qu’est-ce que tu as ? Tu es pâle comme un cadavre…
Elle se leva et le saisit par les épaules pour le forcer à se rasseoir. Du plat de la main, elle lui tapota les joues.
— Tu me fais peur. Tu vas bien ? Parle-moi, comment tu t’appelles ?
Il la regarda d’un air absent.
— Alex… andre… Valdarra…
Son instinct d’infirmière prit le dessus et elle claqua des doigts avant d’en dresser un devant lui.
— Suis mon index avec les yeux !
Sa main se déplaça dans toutes les directions. Elle conclut avec soulagement :
— Bon, au moins tu es réactif… Et tu commences à retrouver des couleurs. Mais j’ai cru un instant que tu faisais un AVC.
Alexandre secoua le visage comme pour s’extirper d’un rêve profond.
— Non, ça va. Ça va mieux. Je ne sais pas trop ce que j’ai eu…
Son amie lui caressa le menton.
— Mouais. Il ne faudrait pas que ça recommence sinon, direction l’hôpital !
Il esquissa un faible sourire. Le sang affluait de nouveau dans les joues de son compagnon et Claire se rasséréna. Elle se baissa pour ramasser la chope et la poser sur une petite table basse.
— On va éviter l’alcool à midi, hein ?
— Le pire, c’est que je ne me rappelle pas être allé la chercher, marmonna Alexandre en se frottant le visage.
— Alzheimer ? À ton âge ? C’est grave, plaisanta la jeune femme.
Alexandre attrapa son poignet.
— Ne ris pas, chérie. Je n’ai réellement aucun souvenir de m’être levé et d’être allé jusqu’au frigo pour prendre une bière, a fortiori de l’avoir décapsulée et versée dans ce verre. Je me trouvais ici, assis, et je ne sais pas comment l’expliquer, l’instant d’après j’ai senti cette chope dans la main. Et je l’ai lâchée de surprise.
De nouveau, le visage de Claire s’assombrit et ses sourcils se froncèrent.
— Ne plaisante pas, s’il te plaît ! Cette bière n’est pas arrivée entre tes doigts par l’opération du Saint-Esprit !
— Mais je ne me suis pas levé ! Enfin, tu te trouvais là, à côté de moi, tu m’as vu quitter mon siège ?
— Je ne sais pas, je somnolais. Mais de toute façon, il n’y a pas deux possibilités, mais une seule : tu t’es levé, tu es allé chercher cette bière et tu es revenu. Fin de l’histoire. Par contre, que tu accuses une telle absence, c’est inquiétant ! Ça t’est déjà arrivé ?
— Non, pas que je sache.
— Et depuis ton anniversaire, depuis le jour où tu as abattu ce dealer : tu n’as pas ressenti de troubles psychologiques ?
— Non. La psy du service a dit que tout allait bien.
— Lucie ?
— Oui. Je l’ai revue plusieurs fois et à chaque séance tout s’est bien passé.
Claire s’assit dans l’herbe face à lui et le dévisagea avec un brin d’inquiétude.
— Peut-être un peu de surmenage ? La fatigue peut plonger une personne dans un état proche de l’hypnose.
— De l’hypnose, tu crois ?
— C’est possible, à l’instar du lecteur passionné par une histoire qui ne voit pas le temps passer. Il lui semble que dix minutes se sont écoulées et paf, trois heures ont filé !
— Si tu le dis. En tout cas, j’ai vraiment eu un gros trou de mémoire.
La jeune femme contemplait le verre, pensive.
— Où as-tu déniché cette chope ? demanda-t-elle au bout d’un moment. Je suis certaine qu’elle ne se trouvait pas dans le buffet.
Alexandre haussa les épaules.
— Je ne sais pas. Montre ?
Claire la lui passa.
— Elle est jolie, observa-t-il en la retournant entre ses doigts. Les gravures sont fines. Je me rappelle en avoir vu une semblable dans une vitrine de cristallerie, il y a quelque temps. Mais je ne l’avais pas achetée, au prix où elle était.
— Tu es sûr ? D’où sort-elle sinon ?
— Mystère, affirma Alexandre avec un petit rire nerveux.
Il agita le verre devant son amie et déclama avec un trémolo digne d’un film d’horreur :
— La chope mystérieuse a encore frappé ! Mais de quel ignoble abysse a-t-elle surgi ?
Claire haussa les épaules et se releva avant de retourner s’étendre sur la chaise longue pour se replonger dans sa lecture.
— Une chose rassurante, c’est que tu vas mieux.
— C’est vrai, mais j’ai toujours soif. Dommage que cette chope se soit renversée !
Ses yeux s’abaissèrent vers celle-ci.
— Ah ! cria-t-il derechef.
Claire reposa sèchement le livre et tourna une nouvelle fois la tête vers lui d’un air furieux.
— Quoi encore ? Je t’ai dit de ne pas crier com…
Sa bouche demeura ouverte, et sa phrase resta en suspens. Elle se redressa d’un bond, les yeux écarquillés, rivés sur la chope : elle s’était remplie toute seule !
Il s’écoula une éternité avant que l’un d’eux ne réagisse et ce fut la jeune femme qui rompit le silence :
— J’hallucine… Putain, j’ai une vision !
— Tu la vois pleine ?
Avec effort, Claire détacha le regard du verre et le détourna vers son ami.
— Parce que toi aussi ?
Alexandre acquiesça d’un signe de tête.
— Alors, ce n’est pas un mirage, conclut-elle en tendant craintivement le bras vers la table de jardin.
— Qu’est-ce que tu fais ? demanda-t-il.
— Je la touche pour voir si c’est bien réel. Une chope qui se remplit toute seule, ça m’intrigue.
— Moi, ça me fait flipper.
— Oui, moi aussi. Mais ça m’intrigue quand même.
Animés d’une peur irraisonnée, les doigts de Claire hésitèrent jusqu’à l’anse avant de se refermer dessus. Comme rien d’étrange ne se passait, elle souleva la chope avec précaution et observa la mousse qui ondulait en crépitant.
— Qu’est-ce que tu fais ? répéta Alexandre en voyant son amie approcher le verre de la bouche.
— Je goûte, pardi ! répondit-elle en prenant une gorgée du liquide ambré.
Une moustache blanche se dessina sur sa lèvre supérieure.
— Elle est bonne et en plus elle est fraîche ! conclut-elle avec étonnement. Ce n’est pas une hallucination !
— Mais, comment c’est possible ? balbutia Alexandre en s’emparant de la bière.
La jeune femme grimaça de perplexité :
— Justement, ça ne l’est pas ! Ou du moins, ça ne devrait pas l’être.
Alexandre goûta à son tour le mystérieux breuvage et fit claquer la langue :
— Tu as raison, elle est délicieuse ! Je ne pouvais pas en rêver une meilleure !
Un sourcil de Claire se dressa.
— Tu veux dire quoi, par rêver une meilleure ?
— Rien. Juste qu’un instant avant qu’elle ne se remplisse, je m’imaginais la scène pour m’amuser.
Les yeux de la jeune femme s’arrondirent.
— Tu sous-entends que c’est toi qui as fait ça ?
Avec prudence, Alexandre reposa le verre sur la table comme s’il s’agissait d’un engin dangereux.
— Non, bien sûr que non. Tu viens de le dire : c’est impossible !
— N’empêche que, sauf si nous sommes devenus fous tous les deux en même temps, quelque chose s’est passé… D’accord, on va tester quelque chose, juste pour voir…
— Quoi donc ?
— Imagine que la chope disparaît.
— Sérieux ? Tu rigoles, non ? C’est idiot !
Un coup d’œil vers son amie le convainquit que celle-ci ne plaisantait pas. Il fit un effort de volonté et marmonna les dents serrées :
— Allez la chope, fiche le camp d’ici, tu nous as assez fait flipper !
Aussitôt, la bière disparut. Claire se leva d’un bond et attrapa ses cheveux à pleines mains.
— Mince, c’est bien toi qui fais ça ! cria-t-elle en trépignant comme si elle marchait sur des charbons ardents. C’est toi qui fais ça ! Mais tu es devenu fou ? Ou plutôt non, c’est moi qui deviens folle ! Comment c’est possible ? Tu es qui ? Où est mon Alex ?
Elle était au bord de la panique. Il se dressa et la secoua par les épaules.
— Calme-toi, Claire ! Arrête de crier, tu veux ? Qu’est-ce qui te prend ? C’est moi, c’est bien moi, je ne suis pas quelqu’un d’autre ! Je ne peux pas expliquer ce truc… mais je t’en prie, restons calmes !
Il la serra très fort dans ses bras avant de répéter d’une voix qu’il essayait de maîtriser :
— C’est moi, chérie, moi, Alex… Je t’aime…
Elle étouffa un sanglot et demanda au creux de son épaule :
— Dis-moi quelque chose que nous seuls savons.
— Quelque chose que…
Alexandre réfléchit. Il comprenait à la fois la panique et la logique...

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