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L'Avocat dans la littérature du Moyen Âge et de la Renaissance

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Description

La profession d'avocat réapparaît au Moyen Âge après plusieurs siècles d'oubli. La littérature s'en empare alors pour faire la satire de cet homme de justice représentant d'une classe sociale nouvelle, la bourgeoisie, et de valeurs nouvelles, celles de l'argent. Cet essai étudie la perception du personnage de l'avocat à travers La Farce de Maître Pathelin et les oeuvres d'Eustache Deschamps, Noël du Fail, Bonaventure des Periers, Marguerite de Navarre, François Rabelais, Henri Estienne, Michel de Montaigne, Jacques Grévin et Rémy Belleau.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 mai 2010
Nombre de lectures 66
EAN13 9782296256644
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0107€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait





L'Avocat dans la littérature
du Moyen Âge et de la Renaissance






































© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-11888-1
EAN : 9782296118881

Agnès AGUER




L'Avocat dans la littérature
du Moyen Âge et de la Renaissance










Mémoire établi sous la direction
de Véronique DUCHÉ GAVET dans le cadre du Master I Lettres
Modernes

Université de PAU et des Pays de l’Adour
UFR des Lettres, Langues et Sciences humaines













L’Harmattan

Ouvrage du même auteur

Les Bonnes Lettres de l’Avocat,
avec Véronique DUCHÉ-GAVET

Biarritz:EditionsATLANTICA,Mars2010

INTRODUCTION SOUS L’EGIDE DES LOIS:

LES REGLES DU JEU

Marbeuf, poète issudu MoyenÂge, jouait sur les mots:

Et lameret l’amour ont l’amer en partage,
1
Et la mer est amère et l’amour est amer

Cejeusur lapolysémieouvrelesdébatsvers lemonde
joyeuxdelalittérature du MoyenÂge :

L’avocat et la littérature du MoyenÂge ont lejeu“en
partage ”,
L’avocat doubleson “je ” et leMoyenÂgeaime lesjeux.

L’étude delalittérature intéresse l’avocat par le doute
créateur qu’il fait naître sur le droit lui-même(1).Le Moyen
Âge estunepériodeimmense dans la durée et dans lavariété
des mouvementshistoriqueset littéraires (2).C’estune
période féconde d’édificationsjuridiques (6)dont la
littérature française toute neuve peut s’emparer en guise
d’inspiration de personnages oude mise en situation car le

1
MARBEUF.InEt toi mon cœur pourquoibats-tu.ORMESSON,Jean d’.
Paris :RobertLaffont,2003, page 169

procèsestàla mode dans lemonde des lettres (3).L’avocat
dont lestatut seprécise aucœurdes institutionsjudiciaires
(6), bien qu’il soitabsentdelalittérature courtoise car la
noblesserejettel’avocatet sesvaleurs (4), aune étymologie,
commelemot« avoué », ancienne(5).

1. L’enjeu du droitdans lalittérature fait lejeude
l’avocat

Lalittératurepuise dans le droit son inspiration,s'en
empare et le dépasse encréant sa propre sphère.Selon
2
ChristianBiet lalittératurevarévéler lesfailles juridiquesde
sonépoque, va donnerun immenseréservoird'exemplesau
législateur.Plus quelemiroirdeson temps,lalittérature crée
une crise delanormejuridique en montrant queles lois sont
interprétableset qu'elles nesont pas transcendantales ;c'est le
doutesur le"juste" quiest misenexerguepar lalittérature,le
"juste" neselimitant pasauxfrontières quele droit
détermine.

Lalittératureproduit ses propres loisàtravers ses
fictions ; sielle choisit leplus souventdesoutenir les normes
sociales, c'estaunomdesapropre autonomiepar rapportàla
disciplinejuridique et par rapportaux valeurs moraleset
religieusesdeson temps.

Rivale dudroit,lalittérature estaussienconnivence avec
le droit qui,lui-mêmesoumisàinterprétation,senourritdu
doutequelejuriste adopte àsonégard :"lajustice estce
doutesur le droit qui sauvele droit"ditAlain, etGiraudoux
dansLa guerre deTroien’aurapas lieu(II, 5)faitdire à

2
BIET,Christian.DroitetLittérature.
numéro40,pages 7et suivantes

8

Littératuresclassiques,2000,

Hector:"le droitest laplus puissante desécolesde
l'imagination.Jamais poèten'ainterprétélanatureplus
3
librement qu'un juristelaréalité" .Lejuriste va découvrirdes
lois làoùil n'yaque desfaits:"jusexfacto oritur".

Laprofessiond’avocat, dont l’instrumentest le droit,joue
de cet instrumentavecle doutequi l’assaille et lerendlibre
toutàla fois.Lalittérature estdonc cemoyende douterdont
l’avocat nepeut sepasser.

2. Le cadre dujeu:MoyenÂge historique etMoyenÂge
littéraire

4
Pour leshistoriens,leMoyenÂge commence àla chute
del'Empireromaind'Occidenten476et s'achève avecla
prise de Constantinoplepar lesTurcs, en 1453.Mais le
MoyenÂgelittérairen'apas lamême extension:lapremière
œuvrelittéraire delalanguefrançaise,laCantilène(ou
e
Séquence)de SainteEulalie, date delafindu IXsiècle
seulement.D'autrepart laRenaissances'épanouit
relativement tard enFrance,sibien quelemouvement
e
littéraire du MoyenÂgeseprolongejusqu'àla findu XV
siècle.

e e
Les trois siècles s’étendantduXIIIau débutduXVI
sièclevoient laFrancepasserd'unÉtat médiévalàunÉtat
moderne, c’est-à-dire ducontratvassalique attaché àunfief à
l'apparitiondel'Étatentenduen tant qu'entitépolitique
regroupant territoire,populationetgouvernement.Ce

3
InMALAURIE,Philippe.Droitet littérature:Anthologie.Paris:Cujas,
1997,page 8
4
Mêmesi tous nes’accordent pas sur les limites temporellesdu Moyen
Âge.

9

mouvement s’accompagne d’un sentiment patriotique dont
Jeanne d’Arcseralesymbole.Lesentimentdesupériorité de
laFrancesefondesur l’idéequelepremier roi mythique de
laFrance descendraitd’Enée,fondateurdeRome et quela
France et ses rois “trèschrétiens” sont issusd’unelignée en
charge d’un royaumeprivilégiédans lesdesseinsdeDieu.Le
royaumepeut parconséquent affermir son indépendance face
auxdeuxpouvoirs qui revendiquent l’héritage deRome,la
5
papauté et l’empire.

Criseset renaissances sesuccèdentaucoursde ces trois
e e
siècles:lesXIIetXIIIsiècles sontunepériode de
développementdans tous lesdomaines.En revancheles
e e
calamitésdesXIV etXVsiècles,lapeste et la guerre de
CentAns, frappentdurement laFrance.

Aucoursdu MoyenÂge,quiest pluri linguiste(latin,
langue d’oc et langue d’oïl),lefrançaisévoluebeaucoup plus
quelesautres langues romanes non seulementdupointde
vuephonétique,maiségalementen terme demorphologie, de
syntaxe, etdevocabulaire(lesjuristes sontdirectementà
l’origine del’enrichissementdu vocabulaire).Onvoit
s’épanouirun “véritable classicismemédiéval”.Del’ancien
françaisaumoyenfrançais,lalangue française àla fin du
e
XVsiècleseraprête àprofiterdesgrandsenthousiasmesde
er
laRenaissance.FrançoisI,"Père des lettres",vainsuffler
toutuncourantd'aspirations nouvelleset par l'ordonnance de
Villers-Cotterêtsde1539va donnerun statut officielàla
languefrançaisequivaprimer sur lelatindans lesactes
officiels.

Lalittérature change devisage augré del’évolutiondela
e
langue durantcet immense chemin parcourudu IXsiècle au

5
STANESCO, Michel.Lire le Moyen Âge.Paris: Dunod,1998,page13

10

e6e
XVsiècle.Au XVIsiècleleterme"moderne"vasubirun
renversement sémantique : del'idée dela continuiténaturelle,
il signifieralesentiment persistantdelarupture entreles
7
âges.

e
Entrele MoyenÂge et le XVIsiècle,ilestdoncpossible
deparlerde continuité etdemodernité entendueausens
médiéval,parceque dans les mentalitéset lescroyances
e
religieuses,leMoyenÂgesepoursuitauXVIsiècle."Sans
douten'est-il pasdetransformation,même brusque,qui ne
supposeune continuité, c'est-à-dire des préparationsetdes
8
survivances" .

9
ManueldeDiéguez estconvaincuquelaRenaissance
ressemble au MoyenÂge :
Ceshommesetcesfemmes sont restésdes
campagnards par nature.Leurs maisons sontde grosses
fermes, aveclamare àpurinaumilieudela cour.Pas
questiondevaquer “auxpetits soinsdelavie cochonne”à
e
lamanière duXVIIIsiècle.Àtableon prendlesviandes
aveclesdoigts…Seuls les trèsgrands seigneurs possèdent
unefourchette et savent parfois s’en servir.Deuxoutrois
lits parchambre,troisdormeurs par lit.Àla fameuse
entrevue d’Ardres où vint leroid’AngleterreHenriVIII,la
courdeFrance avaitdresséquatre cents tentesde drapd’or
etdetoile d’argent…SoudainHenriVIIIdit:“Monfrère,
jeveuxlutteravecvous”.Et il prendson “frère”aucollet.
er
FrançoisI…lejette àterre.Henri serelève,tout
bredouillant.On s’interpose et la fête continue.

6
LEGENTIL, Pierre.Lalittérature française du Moyen Âge.Paris:
ArmandColin,1990,page 8
7
STANESCO, Michel,op.cit,page 5
8
LEGENTIL,Pierre.Lalittérature française du Moyen Âge,op.cit,page
9
9
DIEGUEZ,Manuelde. Rabelais par lui-même.Paris:Editionsduseuil,
Ecrivainsdetoujours,1970,page6

11

Lalittérature est foisonnantependant leMoyenÂge,
multiple etenjouéesouvent,suivant le coursdes
transformationsdelasociété.Après l'âge épique etcourtoiset
lanaissance duromanavecChrétiende Troyes,après la
poésielyrique etchantée,la canso(chanson pour les
e
trouvères),vient lesiècle deSaintLouis:le XIIIsiècle avec
unefloraison littérairemarquéepar les œuvresdeRutebeuf,
leRomandelaRose,lesFabliaux.Lesièclesuivantconnaît
lelivre deJoinville et les poèmesdeGuillaume deMachaut,
e
dernier poètemusicien.Le XVsiècle aveclaFarce de
Maître Pathelin,Villon,Commynes,offreunevariété de
genrescomiques tels les soties ("sots", fous),monologue,
e
sermons, farces qui seront par lasuitepratiquésauXVIet
e
XVIIsiècle.

e
Le XVIsiècleverra enMarotetRabelais les
continuateursdesfaçonsdepenser, desgoûts, des tendances
du MoyenÂge, auseinduquel l’humanisme entenducomme
connaissance del’Antiquité(CharlesV,leroi “lettré”fait
traduirelalittératurelatine) prendracine, aveclesentiment
deplusen plusconscientdel’écart qui s’accroîtentreune
idéologiequi n’a guèrechangé depuisdes siècles (mythesdu
rôle dela chevalerie, deFortune)et l’histoire en mouvement.
LesEssaisdeMontaigneresteront inclassables,sans
précédent,safaçondeparlerdesoi restantunique.Il poursuit
la conquête delasagesse et sonavisdemagistratdonneune
acuitésupplémentaire àses pointsdevuesur laviejudiciaire.
Surtout sescontradictions induisent le doutesur le droit,sur
lejugement.L’antinomiequ'il manifeste entrele goûtdela
liberté de conscience et sonconservatismeluiconfèreun
statutde"spectateurengagé" qui "sans lesavoir préparela
Révolution, en retirantàlarègle de droit toutfondement
rationnel oumoral: aucunhommen'accepte d'obéiràuneloi
10
s'il nela croit juste et raisonnable".

10
MALAURIE,Philippe.Droitet littérature,Anthologie,op.cit,page 58

12

e
Le genre courtdelanouvelle connaîtauXVIsiècleun
développement remarquable :l'HeptamérondeMarguerite de
Navarre et lesNouvelles Récréationset joyeuxdevisde
BonaventureDesPeriers illustrentcetengouement.Les
e
œuvrescomiquesdans la continuité du XVsiècle font rire en
peignant les mœursdela bourgeoisie etdupeuple;elles
peignentdefaçon réaliste et familière lavie, leshabitudeset
les traversdutemps.

L'affirmation progressive de la puissance du Prince (sa
lutte contre la féodalité et l'Église) s'accompagne d'un
renouveauintellectuel.Le roi fonde son pouvoir sur les
théoriesélaborées par lesjuristes.Les juristeset les
e
bourgeoisàpartirduXIIsiècle deviennent lesconcurrents
deschevaliersauprèsduconseilduroi.Alors qu’une
économie fondéesur larichesse foncière et lamorale
chrétiennefontdelalargesse duchevalier laplushautevertu,
les succèsdela bourgeoisieimpliquentune éthiquenouvelle :
lasupériorité delavie activesur toute autre,lavolonté
avouée des’enrichiretde devenirun pouvoirgrâce àson
travailetàson ingéniosité,leméprisdelapauvreté.Ces
tensions socialesfournissent lesconditionsd’unelittérature
courtoisequivise àimposer son système devaleuretà
maintenir les ordres plutôt quelesclasses sociales.Les textes
satiriques sedéveloppentdansun mêmemouvementet
abondamment,semoquantdesdéfaillancesdescatégories
sociales mais restant paressence conservateur,nerecherchant
pasàremettre encauseles institutions.Lasatirelittéraire de
11
laréalitétourne àl’exaltationdel’ordreidéal.

11
HAROUEL, Jean-Louis ;BARBEY,Jean ;BOURNAZEL,Eric;
THIBAUT-PAYEN,Jacqueline.Histoire des institutionsdel’époque
e
franque àlaRévolution.Paris:PUF,11édition,page 5,pages270et
suivantes ;Pierre-YvesBODEL.Introductionàlavielittéraire duMoyen
Âge.Paris: Bordas,1969,page106

13

3. Jeuxd’esprit
dans lalittérature

auMoyen Âge :lamentalitéjuridique

Au MoyenÂge de nombreuses "discussions" sur les
problèmesd'érotique, depolitique, d'esthétique sont
représentées sous la forme duprocès. Oninterpellel'autreou
12
soi-même comme face àun tribunal .C’est la conséquence
del’accessiondes juristesàla direction duroyaumequi sont
souvent aussi lesauteursàlamoJehan Bode :uchet,André
delaVigne, à la findu MoyenÂgeCoquillart (LesDroits
13
nouveaux),Marot…

14
Onassiste àune "hypertrophie des termes judiciaires" .
Trois modesexploitent la fiction judiciaire :

Des parodiesdeprocès surdescauses ridicules sont jouées
e
auXVsièclepar lesclercsdelaBasoche,qui sont les
stagiairesdubarreauetdelamagistrature.LaBasoche avait
ses propres tribunauxqui jugeaient lesdifférendsentreles
clercs.Au Carnaval ils mettaienten scène des jugements
fictifs surdes« causesgrasses»qui reprenaientdes sujetsde
fabliauxetde farces.

Lerirenaîtdelareprésentation précise dumonderéel.La
forme duprocès (ouletopos) permetdemieuxmettre en

12
POIRION,Daniel.Précisdelittérature française duMoyenÂge.Paris:
PUF,1983,page281
13
AUBAILLY,Jean-Claude.Lemonologue,le dialogue et lasottie.
Paris:Honoré Champion,1984,p.292
14
DOUDET,Estelle.«Lesdroits nouveauxderhétorique.Structures
judiciairesetefficacité épidictiquedans les œuvresdesgrands
rhétoriqueurs.»Littérature etdroitduMoyenÂge àlapériode baroque :
leprocèsexemplaire, Actesdelajournée d’étudesdugroupe de
recherche TraditionsAntiquesetModernitésde Paris VII (29 mars2003).
Paris:Honoré Champion,2008,page217

14

lumièrel'épidictique,l'éthosdupoètequi peutêtre unclerc
dela Basoche,un jeune avocat oumagistrat quifait passer la
société autribunaldela «sottie ».

La censure duParlement restreint lesélansde cette
jeunesseinventive, desortequepeudesotties présententune
scène complète d’audience; néanmoins onen retrouvele
schéma dans, entre autres,LaSottie des sotztriumphants qui
trompent Chacun,laSottie des sotzfourresdemalice,la
Sottiepour le crydelaBasoche… Ce genre desottie est
dénomméparJean-ClaudeAubailly«sottie-séance de
15
tribunal».Lié audébat,le cadre duprocèsestaussiet
surtout l'espaceidéal oùjouer les ressourcesetdes rusesdu
langage,préserver lalettre et lerituel touten modifiant
l'espritdudroit: ainsidansPathelinet leRomande Renart.

Lesfarcesusentducadre descoursdejustice, car la
justicetientune grandepartdans laviequotidienne desgens
du MoyenÂge.L’arbitrage dujugeétait sollicitétrès
fréquemment:La Farce de Maître Pathelinest laplus
célèbre desfarcesdugenre,mais ilyena diversesautres
commeL’OfficialouencoreLucas,sergentboiteuxetborgne
dans laquelleleplaignantestassignéparun sergenten justice
et trainé de force devant letribunal ;JehandeLagnydans la
farceéponymequicomparaîtdevant letribunalaccusé
d’être :

Unviolleurdefilles,
Unabuseur,un seducteur,
Unbabillard,vanteur,menteur,
Qui promectdelesespouser,
Et puys il lesva abuser

15
AUBAILLY,Jean-Claude.Lemonologue,le dialogue et lasottie.op.
cit,p.293

15

16
Et se moque d’eulxtous les jours.

Lesecond mode estl'utilisation dans la
fictionjuridique.

lyrique d'une

Lesdébats sur lanature del'amour sontmisen scène
e e
comme devantun tribunalauxXIVetXVsiècle dans les
JugementsdeMachaut:Jugement dou Roy de Behaigne,
Jugementdou RoydeNavarre;Arrêtsd'AmourdeMartial
d'Auvergne,De Amored'Andréle Chapelain,Disputaisondu
17
croisé etdudécroisédeRutebeuf.

Lelangagejuridiquesertà exprimer les sentiments et
l'amourest traduiten droit.Parlerd'amourdevientun
plaidoyer,unejouteoratoirequidétrôneles joutesguerrières.
La femme,quidevientuneinterlocutrice, créelesconditions
18
dudébat lorsqu'il s'agitde"jugierdesamoureuxtours" .
L'usage delaterminologiejuridiquepourévoquer larelation
amoureusesert lasatire également.

DesPériersenuseavec
RecreationsetJoyeuxDevis:

plaisir

dans

les

Nouvelles

Cependant queleprocureurattendoit quela garse fust
deniaisée,sonclercprenoitceste chargesans procuration.
Il pensera desa femme,quesiellen'eustdonnéoccasionet
19
audience, ellen'eust pasestérequise.

16
InTISSIER, André.Recueilde Farces (1450-1550)tome II.Genève :
Droz,1987,page 85
17
BAUMGARTNER,Emmanuèle.Histoire delalittérature française,
MoyenÂge.Paris:Bordas,1988,page 42
18
ORLEANS,Charlesd’.Rondeau, 4.InPOIRION, Daniel.Précisde
littérature française duMoyenÂge.Paris: PUF,1983,page282
19
DES PERRIERS,Bonaventure.LesNouvellesRécréationset joyeux
devis.[EnLigne].[consultéle13/04/2009].DisponiblesurInternet:
http://phalese.fr/wiki/index.php?title=Texte_des_Nouvelles_r%C3%A9cr
%C3,nouvelle 8

16

Le mot "advocat" estutilisé
Navarre, dansun sens figuré :

aussi

par

Marguerite

de

je voybienque...s'ilavoitbesoing d'excuse,vous ne
luyfauldriezd'avocat... leplaisiret la folie,qui sontdeux
20
grandsadvocatzpour lesdames .

Letroisièmemode d'utilisationdelasphèrejuridique est
le débat politique, dont le butestd'aboutiràl'éloge du
21
commanditaire avecl'utilisation dustylejudiciaire.Le
Songe duVergierestun traité dephilosophiepolitique dela
e
finduXIVsiècle écrit sous lerègne de CharlesV, "le roi
lettré",mettant en placeundébat politique duclerc etdu
chevalier.

Autre actejuridique dont s'emparelalittérature :le
22
testament comme celuideFrançoisVillon oud’Eustache
Deschamps :

Je laisse cent soulzde deniers
Aceuls quiboiventvoluntiers ;
Et s'aylessié a mon curé
23
Ma pucelle, quant jemourré.

Letestament sera intégré dans la farce puis dans le théâtre.

20
NAVARRE, Marguerite de.Heptameron.[en ligne].[consultéle29
/12/2008].Disponible durInternet:
e
http://fr.wikisource.org/wiki/L%27Heptam%C3A9ronno. 66uvelle et
e
43nouvelle
21
DOUDET,Estelle.«LesDroitznouveauxderhétorique.Structures
judiciairesetefficacité épidictiquedans lesœuvresdesgrands
rhétoriqueurs». op.cit
22
AUBAILLY,Jean-Claude.Lemonologue,le dialogue et lasottie. op.
cit,pages 94 et suivants
23
DESCHAMPS,Eustache,lettre1411.InDAUCE,Fernand.L’avocat vu
par les littérateursfrançais,372p.Thèse :Lettres:Rennes:1947

17

e
4. Horsjeu: lalittérature courtoise duXII siècle

Si lalittérature courtoiseintègre demanièrefortela
dimensionjuridique,l’avocaten estabsent,lesdéfenseurs
apparaissant sous les traitsde champions ;c’esten
correspondance avecl’étatd’espritdela noblessequi rejette
l’institutiondel’avocataux valeurs opposéesauxsiennes.

Dès lepremier romanarthurienErec et Enide,leroi
Arthur souligneson respectdudroiten se définissantcomme
celui qui respectela coutume,lesusages quelui ont légués
sesancêtres.Dans sonarticlesur lerôle dela coutume,
Köhler observe en passant que"lescoutumesconstituentdes
24
élémentsessentiels pour lastructure duroman courtois".Le
procèsde Ganelon danslaChansondeRoland, deDairele
traître dans leRomandeThèbes, deLanval dans leLaide
Marie deFrance montrent combiendirele droit (lejuste,le
vrai)est l'une des préoccupations fondamentales de cette
société.

Il n'yapasd'avocat.Le duel quiest lejugement deDieu
e
départageles parties (l'Église et leroideFrance ont auXII
siècle déclaréleurdésapprobationàl'égard dudueljudiciaire,
sans effet cependant parmi les laïcs,ni mêmesouvent parmi
les tiers),mais souvent leplaidauncaractère collectif avec
desgarants, desplègesetdeschampions quiviennentau
soutiendel'accusé.Gauvinetd'autreschevaliers sont les
plègesdeLanvalaccusé :leroi leur retirerait leursfiefs si, au

24
InMADDOX, Donald.« Lareprésentationdudroitcoutumierdans les
romansde Chrétiende Troyes».LeDroitet saperceptiondans la
littérature et les mentalités médiévales: actesducolloque ducentre
d’études Médiévalesdel’Université de Picardie, Amiens,17-19 mars
1989.Göppingen: Kümmerle Verl,1993,237 p,page 133

18

jourfixépour lasentence, Lanval ne se présentait pasdevant
25
la Cour .

DansLancelot, la reinequidoitêtrejugée a envoyé
chercherLancelot etGalehaut car elle se soucie dese
procurerdeschampions.Dans laversion courte delaFausse
Guenièvre, la reineneprêtepasattentionauconseil qu'Arthur
luidonne de "se conseiller" de cette affaire.Dans toutbon
procèsféodal les garants et les défenseursducoupablesont
26
condamnés avec lui.

DansLa MortArtu, la reine, accuséeparMadord'avoir
assassinésonfrère,apourchampionLancelot qui la défend
par laparole enchangeant les termesdel'accusation (en
“correctionnalisant”en quelquesortele crime enhomicide
involontaire):

AcesteparolesautavantMadoretdist: "Sire
chevaliers, gesui prezdeprouver qu'ele desloiaument et en
traïson a ocis mon frere.-Etgesui prez, fetLancelos, del
deffendrequ'elen'i pensa onquesdesloiauténetraïson"Et
cilne se pristgarde de cesteparole,si tent son gage auroi,
etLancelos ausi lesiet len ;i rois les reçutambedeus.Et
lorsdist messireGauvainsauroi:"Orcreroie ge bienque
Madorfusten mauvesequerele ;car comment queses
freres moreust,jejurroieseur seinzaumienescient
qu'onques lareïnen'i pensa desloiauténetrasi l'ïson ;en
porroit tost maxavenir,selichevaliersavaiten lui pointde
proesce. -Certes, fait li rois,jenesai qui lichevaliersest,
mais jequit qu'ilen avral'onouret je levoldroie bien.

25
BODEL,Pierre-Yves.Introductionàlavielittéraire duMoyenÂge.
Paris: Bordas,1969,pages27et suivantes
26
BERTHELOT,Anne. «Justice et romles consan :équencesde
l’arbitraireroyal lorsduprocèsdelareine dans leLancelot».Le droitet
saperceptiondans lalittérature et les mentalités médiévales: actesdu
colloque ducentre d’étudesMédiévalesdel’Université de Picardie,
Amiens,17-19 mars 1989.op.cit page7

19

Gauvainavait refusé de défendrelareine car il nevoulait
pas"desloiauter",ilavaitvulareinetuer le frère de Mador,il
ne défendrait pasune causeinjuste.SeulLancelot est prêt à
mourir pour lareine,mêmesiDieuestcontreluiet que
Guenièvre estcoupable, cequepar instinctetàl’encontre des
témoignages,il nepeutcroire.

5.Vieuxjeu:Étymologie des mots "avocat"et "avoué"
dans lesdictionnairesfrançais

«Avoué »avant«Avocat»

L’étymologie dumot«avocat» estdonnéepar plusieurs
dictionnaires:LeTrésordelalangue française,laneuvième
éditionduDictionnaire del’Académie française,
l’Encyclopédiede Diderotet leLittré, cesderniersétant les
plus précisà cetégard.

Emprunté aulatin « advocatus », de « ad, à » et «vocatus,
appelé » :« celui qui est appelé ausecou«rs » ; devocare »,
de «vox» «celui qui est appelé à assister quelqu’un en
justice », d’où« défenseur».

e
Lemot«avocat» apparaîtauXIIsièclesur
« advocatus»,participepassé de« advocare »quiavait
donné dans le français primitif «avoué», ainsi leLittrécite
e
enexemple àl’article «avoué s.m»unversduXIsiècle :
«Làvous suirat, ce dist misavoez»,(Ch.deRol.IX) ou
encoreHuesdelaFerté,Romancero,p. 186: «Charles
nostre avoez…Sigaris (protège)hui Rolant nostre avoé ».

20

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