La littérature rifaine

La littérature rifaine

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Français
254 pages

Description

Depuis les frontières marocaines avec l'Algérie jusqu'à Tanger, en passant par Nador, Berkane et Alhoceima, de jeunes auteurs écrivent en tarifit, langue amazighe. Cet essai découvre, dans les détails, la littérature rifaine dans ses deux grandes formes orale et écrite, depuis les premiers poèmes jusqu'à nos jours. On y trouve l'analyse de vieux distiques, du poème épique « Ddhar n Ubarran » et d'une centaine d'oeuvres publiées. L'étude entend également avancer des questions autour de cette pratique minorée : la littérature rifaine n'est-elle qu'une sous-littérature amazighe ? Quelles sont ses spécificités ? Quels genres offre-t-elle aux lecteurs ? Quelles catégories apporte-t-elle en plus à l'amazighité commune ? Enfin, peut-elle avoir une place valable dans les lettres marocaines et maghrébines ?

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Date de parution 15 novembre 2019
Nombre de lectures 1
EAN13 9782140135316
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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Hassan Banhakeia
La littérature rifaine De la tradition orale à aujourd’hui
Autourdesécrivains maghrébins
La littérature rifaine
Autour des écrivains maghrébins Collection dirigée par Najib Redouane, Yvette Bénayoun-Szmidt et Robert Elbaz  La collectionAutour des écrivains maghébinsvise à combler un manque qui se faisait ressentir de plus en plus ces dernières années dans le domaine littéraire et notamment dans celui des littératures maghrébines de langue française. Cette littérature des pays de l’Afrique du Nord connaît un essor sans égal dans les mouvements littéraires naissants du siècle dernier. Sa consolidation est désormais garantie : il est question d’une deuxième et même d’une troisième génération d’écrivains du Maghreb de langue française.  On s’est aussi rendu compte que la littérature occidentale entretenait un rapport étroit avec les diverses littératures écrites de part le monde et, qu’en ce qui concerne la France, un grand nombre d’écrivains maghrébins de langue française font désormais partie de l’institution littéraire : Ce qui fait que les autres littératures de langue française sont considérées à part égales au sein même de l’institution littéraire française.  Et même sur le continent nord-américain, on voit cette littrature maghrébine de langue française se développer en synchronie avec les divers mouvements littéraires en émergence. Elle devient ainsi véritablement un domaine d’étude privilégié, légitime, et à part entière dans les institutions universitaires. L’intérêt que porte l’université aux écrivains du Maghreb a rendu nécessaire la production d’outils de travail et de recherche pour donner sa juste valeur à cette littérature.
Hassan Banhakeia La littérature rifaine De la tradition orale à aujourd’hui
Du même auteur : *Tutlayt Tarifit, gramatica i lexic, (en collaboration), Publicacions de Universitat Autonoma, Barcelone, 1995 *Llibertats tatuades,poèmes, Jardins de Samarcanda, Barcelone, 1996. *Iles-inu(III),Université de Tilburg, Hollande, 2000.*Histoire de la pensée nord-africaine, L’Harmattan, Paris, 2016. *La traduction poétique amazighe, coll. Traductologie, L’Harmattan, Paris, 2016. *Distiques de la poésie rifaine (tradition et traduction),FPN, 2016. *Le Coupable, L’Harmattan, Paris, 2017. *La littérature de voyage en Afrique du Nord, L’Harmattan, Paris, 2018. © L’Harmattan, 2019 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-18870-6 EAN : 9782343188706
AVANT-PROPOS Le lecteur a bien le droit de rebuter un texte, mais nullement le chemin qui l’emmène à se connaître, à découvrir son espace. Depuis des siècles, nous avons cassé, de notre main, ce que nous sommes, et c’est une partie de nous qui s’est brisée. Cette tranche, c’est cette vieille formule hellénique : « Connais-toi toi de même ». S’annonce alors le temps de récupérer l’estime en vue de ne pas refuser ce qui constitue le « je » dans son environnement : là nous verrons sur le miroir combien la tradition minorée peut être bien entretenue comme tous les corps que nous connaissons. C’est cela le dessein de la lecture de toute littérature minorée, justement un exorde à la préservation de soi. Notre choix est articulé par la singularité des formes et des thèmes de la littérature rifaine. A travers ces études, nous avons essayé, pour autant que cela fût possible, de voir combien il y a de coins ou de recoins non éclairés de cette culture orale. Nous n’ignorons pas que cet essai peut s’étendre sur des milliers de pages, en vue de citer d’autres auteurs et œuvres de la tradition rifaine, mais c’est tout ce que nous pouvons faire dans ce panorama si éparpillé : la réception fait défaut, et le détail est infinitésimal. Autrement dit, il n’y a pas de bibliothèque qui sauvegarde les œuvres rifaines publiées. Peu d’archives témoignent de son existence physique. Nous avons alors choisi de ne pas courir derrière les détails, mais de concevoir un filet qui réunirait les œuvres existantes. L’entreprise de délimiter la littérature rifaine intéresse l’universi-taire à plus d’un titre, jalonnant l’identité d’un patrimoine à lire comme expression civilisationnelle autour d’un idiome et d’un Maroc infranchissable. Remonter aux origines par la confection d’une anthologie de la poésie rifaine ne peut aller au-delà d’un siècle, et il apparaîtra relativement discontinu. Le ressourcement poétique existe en abondance, montrant que la poésie n’est pas en crise. Cette littérature minorée se réduit généralement aux distiques (izlan), aux contes, aux proverbes et à d’autres œuvres orales (brèves), et de nos jours il y a une tendance à briser les contraintes qui est enclenchée... Tout compte fait, que veulent dire « Rif » et « rifain » ? Pour les géographes, le Rif est la partie nord du Maroc, comprise entre Tanger à l’ouest, et Moulouya à l’est. La tradition, orientale et / ou
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occidentale, notamment les récits de voyage, ont brouillé les frontières selon un ou plusieurs critères (géographie, langue, histoire…), et multiplié les représentations, où les préjugés prédominent, autour de l’identité rifaine. A notre point de vue, s’il faut citer le premier auteur à s’intéresser réellement à cet univers, c’est bien Auguste Mouliéras, dans son œuvre monumentale :Le Maroc Inconnu(tomes 1 et 2) écrit en 1895. La lecture critique de ce récit représente pour nous, une étape 1 importante pour entreprendre des travaux sur la tradition rifaine . Identifié comme « berbère » ou « barbare », le Rifain a été représenté dans les récits orientaux et occidentaux comme un paysan cruel, opiniâtre et sauvage. Loin d’être un nomade, il apparaît préparé à s’expatrier pour différentes raisons, notamment économiques et politiques. A la suite de l’émigration séculaire, il pourrait y avoir actuellement plus de Rifains à l’étranger qu’au Maroc, ils ont trouvé massivement refuge en Algérie, et continuent à le faire en Europe. Pourtant, défini par son pays où la plaine signifie l’invasion, et la montagne le salut, le Rifain conçoit le monde dans une double spatialisation : le propre ne peut que mener vers l’aliénation, l’émigration ou la dispersion. Toutefois, il urge de forger un regard critique propre, objectif dans le sens d’étudier et d’analyser la littérature amazighe telle qu’elle se présente dans son milieu, sa langue et sa vision, au-delà de l’expression et de l’approche allogènes. Bien que quelques études datent de plusieurs années, cette publication constitue une suite des réflexions menées sur la littérature rifaine, et une tentative pour nous interroger sur l’absence d’une tradition écrite, et des écueils pour la renaissance. Elle se propose d’approcher un ensemble d’éléments basiques de la culture. Elle entend également avancer des questions autour de cette tradition minorée, située dans la partie nord du Maroc. Au préalable, la littérature rifaine n’est-elle qu’une sous-littérature amazighe – autrement une partie intégrante ? Quelles sont ses spécificités ? Quels genres offre-t-elle aux lecteurs ? Quelles catégories apporte-t-elle en plus à l’amazighité commune ? Peut-elle avoir une place dans les lettres marocaines et maghrébines ? Enfin, cette littérature minorée est possible à définir comme une création où la conscience d’être rifain est étalée, signifiée et exprimée. Mohamed Choukri en fait partie quoiqu’il compose en arabe son
1  Cf. H. Banhakeia,La littérature de voyage en Afrique du Nord, L’Harmattan, Paris, 2018.
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œuvre, de même Najat El Hachmi qui écrit en catalan. Nous allons justement nous intéresser aux œuvres qui sont écrites en langue rifaine (tarifit), et étudier les textes de manière analytique. Notre tâche se focalise sur des œuvres qui peinent à circuler, conditionnées par une distribution absente du fait que le public, quasi déficient, leur préfère les œuvres étrangères. Brosser un panorama de cette littérature minorée n’est pas une affaire facile : ceci se prévaut d’une histoire de plusieurs décennies, avec des publications dans tous les genres.
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