Littérature russe
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Littérature russe

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Description

Produit d'une société dont l'histoire est caractérisée par une suite de ruptures brutales, la littérature russe est née de la première de ces ruptures, celle qui, dans les dernières années du premier millénaire, fait de la Russie païenne évangélisée par Byzance l'un des grands États de la …

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Date de parution 28 octobre 2015
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EAN13 9782852299306
Langue Français

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ISBN : 9782852299306
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Littérature russe
Introduction
Produit d’une société dont l’histoire est caractérisée par une suite de ruptures brutales, la littérature russe est née de la première de ces ruptures, celle qui, dans les dernières années du premier millénaire, fait de la Russie païenne évangélisée par Byzance l’un des grands États de la chrétienté médiévale. Une seconde rupture, provoquée à l’aube du XVIII e  siècle par la transformation de l’État et de la société russe entreprise par Pierre le Grand, trace une frontière chronologique entre la littérature médiévale, d’inspiration religieuse, et une littérature moderne, laïque, dont l’évolution générale est parallèle à celle des autres littératures européennes. À son tour, l’histoire de la littérature moderne peut se diviser en deux périodes dont la frontière est marquée, dans le premier tiers du XIX e  siècle, par l’œuvre de Pouchkine : jusqu’à Pouchkine, la littérature russe constitue une province marginale du classicisme européen, auquel elle emprunte sa philosophie, son esthétique et sa poétique rationalistes, à peine entamées par le sentimentalisme et le préromantisme du siècle naissant ; après Pouchkine, la Russie devient un centre où s’élabore, comme dans l’ensemble de l’Europe, mais de façon indépendante et originale, un système esthétique nouveau dont le « roman russe » sera l’expression la plus éclatante. Une nouvelle rupture se produit aux environs de 1890, où l’apparition du mouvement symboliste traduit la prise de conscience d’une fonction spécifique de la poésie, qui prend modèle sur la musique et la peinture. La révolution d’octobre 1917 et l’arrivée au pouvoir de la doctrine marxiste marquent une nouvelle rupture en faisant de la littérature une institution d’État et en rejetant dans l’émigration une partie de la littérature russe.
1. La littérature médiévale (XI e -XVII e  siècle)
L’écriture et le livre sont apparus en Russie à la fin du X e  siècle, avec l’évangélisation. La littérature russe médiévale continue donc directement la littérature byzantine, c’est-à-dire la tradition gréco-latine filtrée par le christianisme. Elle est à cet égard comparable aux littératures latines de l’Occident chrétien. Elle est rédigée dans une langue d’église, le slavon, issu des dialectes bulgaro-macédoniens de la région de Salonique, utilisés au IX e  siècle par les premiers prédicateurs chrétiens en pays slave, ce qui lui assure, comme à la littérature latine, un champ de diffusion qui dépasse les frontières nationales : jusqu’au XV e  siècle au moins, la littérature russe est pour une grande part la littérature commune des Russes, des Serbes et des Bulgares. Sa transmission manuscrite est l’œuvre du clergé, qui la conserve et l’enrichit dans les monastères. Enfin, elle a pour fonction essentielle de réunir, de transmettre et de compléter un savoir traditionnel et de fournir des modèles de vie chrétienne, d’où son caractère avant tout didactique ou édifiant : outre un certain nombre de compilations encyclopédiques ou historiques, généralement traduites du grec, elle comporte deux genres principaux : l’hagiographie et l’homélie, auxquels viendra s’ajouter en Russie le récit historique inclus dans de vastes chroniques nationales ou locales.
La parenté étroite du slavon et du russe parlé donne à cette littérature savante un caractère plus accessible et lui assure une diffusion plus vaste que celle de la littérature latine d’Occident. Mais elle a retardé l’apparition d’une littérature populaire et profane en langue vulgaire comme celle qui, en Occident et dans les pays slaves latinisés, supplante très tôt la littérature savante. Aussi la fiction, le drame et la poésie restent-ils en Russie du domaine exclusif d’une tradition orale particulièrement riche et tenace (sans parler des chansons rituelles ou lyriques et des contes , les poèmes épiques ou bylines , qui remontent à l’époque des invasions tatares, se sont conservés oralement jusqu’au début du XX e  siècle). Exception faite de quelques romans médiévaux venus d’Orient ou d’Occident (comme L’Alexandrie ), la prose de fiction n’apparaît, sous forme de romans populaires, que dans la seconde moitié du XVII e  siècle. Une seule œuvre, le Slovo d’ Igor daté de la fin du XII e  siècle, relève incontestablement de la poésie, mais son isolement a pu faire douter de son authenticité.
L’importance du rôle politique de l’Église russe, ciment de l’unité nationale à l’époque du démembrement de l’État de Kiev et du joug tatare ( XIII e - XIV e  s.), puis soutien des prétentions centralisatrices et hégémoniques de Moscou, explique la place centrale qu’occupent dans la littérature médiévale russe les chroniques tenues dans certains monastères jusqu’au XVII e  siècle, où les événements de l’histoire locale se greffent généralement sur un fond ancien constitué par la Povest’ vremennyh let ( Récit des temps anciens ), ou Chronique de Nestor, rédigée à Kiev au XII e  siècle. À partir du XV e  siècle se développent les écrits polémiques inspirés par des conflits de doctrines politiques ou religieuses : ainsi, au XVI e  siècle, la correspondance d’Ivan le Terrible (1530-1584), théoricien fougueux et désordonné de l’absolutisme, et du prince Kourbski (1528-1583), aristocrate libéral ; ainsi l’autobiographie de l’archiprêtre Avvakum (1620-1682), chef spirituel de l’hérésie conservatrice des vieux croyants – œuvre dont l’accent personnel fait éclater le cadre de l’hagiographie.
Séparée du reste de la chrétienté par le schisme et par l’invasion tatare, la Russie est restée en dehors des courants de la Renaissance et de la Réforme : elle n’en a subi qu’un contrecoup tardif et affaibli par l’intermédiaire de ses régions occidentales, reconquises au XVII e  siècle après avoir été soumises, pendant deux siècles, à l’influence de la Pologne catholique et latine. C’est là que se sont établis, au XVI e et au XVII e  siècle, les premiers imprimeurs russes chassés de Moscou par l’hostilité des milieux conservateurs. C’est à Kiev et à Polotsk que se créent des écoles d’un type nouveau, calquées sur les collèges des Jésuites, où l’on étudie et imite les auteurs grecs et latins, et d’où sortira un clergé orthodoxe humaniste, dont les représentants les plus célèbres, Siméon de Polotsk (Simeon Polockij, 1629-1690) et Théophane Prokopovitch (Feofan Prokopovič, 1681-1736), s’illustrent dans la poésie savante et didactique des virši (vers syllabiques imités du polonais). C’est dans ces écoles religieuses humanistes que le théâtre fait sa première apparition, sous forme de drames scolaires, tandis que le pasteur allemand J. C. Gregori compose et fait jouer à la cour de Moscou la première pièce de théâtre connue en langue russe, Artakserksovo dejstvo (1672, Le Jeu d’Artaxerxès ).
2. La littérature européenne en Russie (1730-1825)
L’introduction en Russie de la culture laïque et cosmopolite de l’Europe des Lumières est l’un des objectifs des réformes de Pierre le Grand. Le développement de l’imprimerie, freiné au XVII e  siècle par les autorités religieuses qui en détiennent le monopole, s’accélère sous la direction de l’État et contribue, par la désacralisation du livre, à la laïcisation de la culture. L’instruction s’émancipe elle aussi de la tutelle religieuse : dispensée par des établissements d’un type nouveau (Académie des sciences, fondée à Saint-Pétersbourg en 1725 ; École militaire de la noblesse, créée en 1732 ; Université de Moscou, 1755, puis de Saint-Pétersbourg et de Kazan ; et, en 1811, lycée de Tsarskoïe Selo), elle est désormais la marque distinctive d’une classe de serviteurs de l’État, qu’elle éloigne du peuple autant que les privilèges nobiliaires dont elle est la condition. La transformation des mœurs amène l’implantation progressive du théâtre, d’abord à la cour, où viennent jouer des troupes occidentales, puis chez certains grands seigneurs qui recrutent parmi leurs serfs des troupes privées, et aboutit en 1756 à la création d’un Théâtre impérial doté d’une troupe professionnelle stable.
L’acclimatation en Russie des genres et des formes littéraires du classicisme, qui commence vers 1730 avec les satires du prince Antioche Cantemir ( Kantemir, 1708-1744), premier émule russe de Boileau, suppose l’adoption d’une versification mieux adaptée à la prosodie naturelle de la langue que le système syllabique qu’il utilise. C’est l’œuvre de Vassili Trediakovski (Tred’jakovskij, 1703-1769) et de Michel Lomonosov (1711-1765), qui définissent en 1734 et en 1739 les principes du système syllabo-tonique, fondant la mesure du vers sur l’accent tonique. Plus généralement, la nouvelle littérature exige la mise au point des normes d’une langue écrite profane nettement distincte du slavon d’église. À cette mise au point, qui se poursuivra jusqu’à Pouchkine, Lomonosov aura apporté une contribution décisive en soulignant, dans son Avant-propos sur l’utilité des livres ecclésiastiques dans la langue russe ( Predislovie o pol’ze knig cerkovnyh v rossijskom jazyke , 1757), le parti stylistique que la langue russe peut tirer de son héritage slavon. Homme de science et poète, Lomonosov assure une place prépondérante dans la littérature du XVIII e  siècle, au genre de l’ode solennelle, qui, à travers la personne des tsars et des tsarines, célèbre le principe civilisateur incarné par l’État de Pierre le Grand et de ses successeurs. La poésie légère et familière trouve plus tardivement le langage qui lui convient. C’est dans l’œuvre de Gabriel Derjavine (Deržavin, 1743-1816), que, pour la première fois, un puissant tempérament lyrique, servi par un sentiment inné des ressources expressives du russe, s’exprime sans entraves, mêlant l’ode à la satire, le solennel au familier, au mépris des hiérarchies et des cloisonnements qu’impose l’esthétique classique.
Le classicisme européen apporte avec lui l’esprit rationaliste et critique du siècle des Lumières. Celui-ci se manifeste dans les tragédies d’Alexandre Soumarokov (Sumarokov, 1718-1778) et de Yakov Kniajnine (Knjažnin, 1742-1791), qui, sous l’influence de Voltaire, sont plus « philosophiques » que psychologiques, opposant la loi au caprice et le bon souverain au tyran. L’esprit critique trouve son terrain d’élection dans les genres satiriques qui recoivent une impulsion considérable à l’avènement de Catherine II (1762). Élève des philosophes et modèle du despote éclairé, auteur de comédies ridiculisant la bigoterie et la franc-maçonnerie, l’impératrice publie sous un nom d’emprunt une revue satirique : Vsjakaja Vsjačina ( De tout un peu , 1769-1770), qui provoque, entre 1769 et 1774, un foisonnement de revues du même genre dont les plus audacieuses sont celles d’Ivan Novikov (1744-1818) : Truten’ ( Le Bourdon , 1769-1770) et Živopisec ( Le Peintre , 1772-1773). La comédie, d’abord étroitement soumise à des modèles étrangers, s’inspire de plus en plus des mœurs russes et produit avec Denis Fonvizine (Fonvizin, 1745-1792) deux chefs-d’œuvre : Brigadir ( Le Brigadier , 1766) et Nedorosl’ ( Le Mineur , 1782), qui, par leur vérité psychologique et humaine autant que par leur signification sociale, annoncent le réalisme du XIX e  siècle. Cependant, d’abord encouragée par Catherine II, la critique des abus atteint bientôt les bases du système politique et social : ainsi dans Putešestvie iz Peterburga v Moskvu ( Le Voyage de Saint-Pétersbourg à Moscou ), dénonciation véhémente du servage et du despotisme, dont la publication, en 1790, vaut à son auteur, Alexandre Radichtchev (Radiščev, 1749-1802), la déportation en Sibérie.
Soumise, dans la grande littérature, à la tutelle de la raison, la sensibilité trouve sa revanche dans les genres marginaux : drames bourgeois et romans populaires. Toutefois, c’est à la fin du siècle seulement que cette revanche de la sensibilité sur la raison amorce une véritable révolution littéraire : après ses Pis’ma russkogo putešestvennika ( Lettres d’un voyageur russe , 1791-1792), reportage intellectuel et sentimental sur l’Europe occidentale, qui s’inspire d’un genre mis à la mode par Sterne, les nouvelles de Nicolas Karamzine (Karamzin, 1766-1826) donnent à la prose russe une qualité littéraire nouvelle. C’est surtout dans la poésie que la sensibilité triomphante impose son esthétique, fondée sur la prééminence des « petits genres », de la poésie légère et élégiaque, sur l’ode traditionnelle, et de la « précision harmonieuse » sur l’emphase rocailleuse des classiques : les artisans de cette révolution sont Vassili Joukovski (Žukovskij, 1783-1852), introducteur en Russie du romantisme anglais et allemand, et Constantin Batiouchkov (Batjuškov, 1787-1855), disciple de l’Arioste, du Tasse, de Parny et de l’ Anthologie .
Cette évolution du goût, du style et de la langue poétique se heurte à la résistance des classiques, groupés autour de l’amiral Alexandre Chichkov (Šiškov, 1754-1843), dans la Beseda ljubitelej russkogo slova (Colloque des amis de la langue russe, 1811-1816), auquel les disciples de Karamzine répliquent en organisant la société bouffonne Arzamas (1815-1818). Battues en brèche dans la poésie lyrique, l’esthétique et la poétique du classicisme se maintiennent dans les genres « bas », tels que la comédie, avec Alexandre Chakhovskoï (Šahovskoj, 1777-1846), et surtout la fable, avec Ivan Krylov (1769-1849), le La Fontaine russe. Elles trouvent de nouveaux adeptes dans la jeune génération que l’élan patriotique de 1812 a éveillée aux passions civiques et qui va préparer dans les sociétés secrètes la rébellion décembriste de 1825. Outre les décembristes Kondrat Ryleïev (Ryleev, 1795-1826) et Wilhelm Küchelbecker (1797-1846), le plus remarquable représentant de cette tendance est Alexandre Griboïedov (Griboedov, 1795-1829), dont la comédie Gore ot uma ( Le Malheur d’avoir trop d’esprit , 1825) reste classique par la forme malgré un personnage central déjà romantique.
3. La littérature de l’intelligentsia (1825-1890)
Soumise jusque-là à des canons littéraires étrangers, la littérature russe doit son émancipation à trois écrivains qui ont subi et dépassé, chacun à sa manière, l’influence du romantisme et dont l’œuvre constituera, pour les auteurs du XIX e  siècle, un système de normes et de références nationales. Alexandre Pouchkine (Puškin, 1799-1837) crée, avec Evgenij Onegin (1823-1830), le prototype du héros contemporain ; attiré vers l’histoire par la curiosité romantique du passé national, il y trouve une féconde discipline intellectuelle ; enfin, poète accompli, dont l’art couronne un siècle d’élaboration de la langue littéraire et de la versification russes, il est en même temps le véritable créateur dans son pays d’une esthétique moderne de la prose. Chez Nicolas Gogol (1809-1852), le goût romantique de la couleur locale et historique, ainsi que du fantastique, ouvre la voie à une libération de l’imagination qui transfigure en épopée fantastique le spectacle déprimant de la réalité quotidienne. Enfin, chez Michel Lermontov (1814-1841), le tourment romantique de l’absolu s’épanche dans des rythmes et un vocabulaire très proches de la langue parlée et a pour contrepartie une lucidité sans faille qui lui permet, dans Geroj našego vremeni ( Un héros de notre temps , 1840), de faire de son propre personnage un type historique et social.
Cette émancipation permet à la littérature de jouer le rôle politique que lui assigne l’évolution des rapports entre la classe cultivée et la monarchie. La rébellion avortée des décembristes, en 1825, a consommé le divorce entre une élite cultivée acquise aux idéaux du siècle des Lumières et une monarchie qui, depuis Catherine II, a pris conscience des implications politiques des idées des philosophes et renonce progressivement à son rôle d’agent civilisateur pour adopter, sous Nicolas I er (1825-1855), la devise nationaliste et conservatrice « Autocratie, Orthodoxie, Principe national ». La vie intellectuelle est étroitement surveillée par la police, et la censure sévit. La culture acquiert la signification implicite d’une opposition à l’absolutisme et au servage. C’est ainsi que naît l’intelligentsia, véritable parti de l’intelligence, dont la littérature est jusqu’en 1855 le seul moyen d’expression.

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