Images du jour et de la nuit

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Extrait : "C'est un recueil d'images, les unes surannées, les autres nouvelles : des aspects de foules; des silhouettes d'individus, portraits en pied ou expressions de visages; des apparitions de femmes, au théâtre, dans le promenoir d'un music-hall, dans la rue, des réalités et des rêves; un défilé d'ecclésiastiques d'hier et d'aujourd'hui; des essais de divination des mystères qui passent; des drames entrevus ou déchiffrés..." À PROPOS DES ÉDITIONS LIGARAN : Les éditions LIGARAN proposent des versions numériques de grands classiques de la littérature ainsi que des livres rares, dans les domaines suivants : Fiction : roman, poésie, théâtre, jeunesse, policier, libertin. Non fiction : histoire, essais, biographies, pratiques.

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Ajouté le 09 août 2015
Nombre de lectures 54
EAN13 9782335077261
Langue Français
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EAN : 9782335077261

©Ligaran 2015Le jour et la nuit
C’est un recueil d’images, les unes surannées, les autres nouvelles : des aspects de foules ;
des silhouettes d’individus, portraits en pied ou expressions de visages ; des apparitions de
femmes, au théâtre, dans le promenoir d’un music-hall, dans la rue, des réalités et des rêves ;
un défilé d’ecclésiastiques d’hier et d’aujourd’hui ; des essais de divination des mystères qui
passent ; des drames entrevus ou déchiffrés ; des comédies sociales qui se jouent sur le pas
des portes et dans le décor des boutiques ; des scènes où les animaux ont leurs rôles de
malice instinctive et d’inconscience rusée ; des descriptions d’objets qui participent à notre vie
comme des petits personnages insensibles, aveugles, muets, et pourtant si éloquents, si
frémissants de notre sensibilité ; des fleurs, des fruits, qui nous donnent leur parfum, leur
couleur, leur poésie.
Et comme fond à tant d’êtres et de choses, l’immense chaos des éléments auquel sont liés
les destins de tous les êtres.
Tout cela m’est apparu à toutes les heures, de l’aube au crépuscule, et du soir au matin,
dans le mirage du soleil et le clair-obscur de l’ombre, dans l’éclat doré du jour et l’ombre bleuie
et noire de la nuit.Premier aspect de la rue
Le premier spectacle offert aux yeux et à l’esprit par la rue de Paris, après quelque absence,
est un spectacle de misère et de désolation.
On a encore dans la mémoire les images des routes presque solitaires, des silhouettes
espacées, de la vie animale en contact avec la nature, du travail suffisant à nourrir les pauvres.
On revoit les chevaux des prairies, libres et forts derrière les haies, la crinière éparse,
hennissant dans le vent. On évoque la bergère sous sa cape, la ramasseuse d’épis oubliés, la
pêcheuse aux jambes nues, qui s’en va à travers le flot montant, tous ceux qui vivent des
résidus de la terre et de la mer. Les paysages parcourus se déploient dans l’espace lumineux.
C’est le décor de l’illusion, la fausse apparence de la paix. La rue de Paris, retrouvée, va
redire la perpétuelle bataille.
À la sortie de la gare, au milieu de la nuit, des chevaux-squelettes meurent de faim, tombent
de sommeil, entre les brancards. Le fiacre parti en grinçant, le premier regard qui scrute la
brume nocturne aperçoit le troupeau dispersé et errant des prostituées, la lente promenade des
pierreuses, la tache livide d’un jupon blanc, un visage couleur de brique apparu un instant dans
la lumière, puis réenseveli dans l’ombre.
Tel est le premier aspect de la rue, aux heures de nuit. La souffrance animale et la
souffrance humaine, c’est la révélation faite tout d’abord par la ville merveilleuse qui élabora
tant d’idées, se donna de tant d’ardeur à l’action. Malgré cela, et contre cela, les mêmes forces
sont toujours en elle pour continuer l’œuvre commencée, l’œuvre du temps.Les toits
À Paris, d’un sixième étage, un paysage étrange apparaît à travers le rideau de mousseline
et la vitre. En plein ciel, une plantation de cheminées, de tuyaux, dessine des allées
capricieuses et des massifs irréguliers, toute une dure forêt sans feuilles, en brique et en métal.
C’est une seconde ville superposée à la première, le couvercle mis sur l’agitation humaine.
L’espace jusqu’à l’horizon est envahi de matériaux aux formes irrégulières dans leur géométrie
de lignes droites, de lignes brisées, de cubes, de cônes tronqués, de figures imprévues de
plans et de combinaisons. À peine une silhouette de couvreur, le jour, le bondissement d’un
chat électrique, le soir, au clair de lune, animent-ils ce désert pétré, hérissé de découpures de
zinc.
Au-dessous, c’est le grondement de la ville, et c’est aussi, parfois, le silence, le silence que
l’on sent peuplé de toutes les embuscades, de toutes les attentes, de tous les sentiments, de
toutes les passions, de tous les amours, de toutes les haines. Et le bouillonnement, la
fermentation de ce monde en travail, en décomposition, en stupeur et en fureur, ne se traduit
que par l’envolement des fumées légères.