Lake Ephemeral

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Sera, onze ans, a vécu toute son enfance dans un orphelinat. Mais sa vie prend un nouveau tournant lorsqu’elle découvre que sa mère biologique est bel et bien en vie et à sa recherche. Conduite à Lake Ephemeral, un domaine résidentiel isolé, pour l’y rencontrer, la jeune ado découvre une communauté en marge du monde. Là, les enfants sont libres de vivre pleinement jeux et aventures au quotidien dans ce paradis naturel.
Mais bien vite, d’étranges détails troublent Sera : on lui refuse toute entrevue avec sa mère malade, les cinq autres jeunes qui cohabitent avec elle ne connaissent rien du monde ni de leurs premières années. Et si l’imposante clôture électrique qui délimite le domaine est bien installée pour les protéger de l’extérieur, pourquoi le terrain est-il infesté de plantes carnivores mortelles ?
Dans les profondeurs du Lac Éphémère, Sera parviendra-t-elle à percer les secrets des sept manoirs ? Parviendra-t-elle à s’échapper ?


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EAN13 9782375680322
Langue Français

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ANYA ALLYN LAKE EPHEMERAL EDITIONS DU CHAT NOIR
Le Commencement
Première partie
Arrivée à Lake Ephemeral
Chapitre I
Sept manoirs, dans leurs domaines broussailleux, en cerclaient Lake Ephemeral comme des sentinelles. Une enceinte de fe r inclinée les entourait, tenant à distance tout spectateur un peu trop avent ureux. Les branches luxuriantes s’élevaient vers des hauteurs vertigine uses en dessinant des formes fantastiques. Roseaux et scirpes poussaient en bata illons sur les bords du lac, dont la surface était parsemée de belles-de-jour violettes.
Pendant la moitié de l’année, le lac n’était rien d e plus qu’un parc en demi-cercle, au centre duquel trônaient deux statues d’e nfants. Mais d’avril à septembre, les pluies noyaient le parc, le transfor mant en lac – et alors les statues disparaissaient sous les eaux, loin des reg ards. Ainsi le lac était-il éphémère, abreuvé à la fois par les pluies annuelle s et une petite rivière souterraine.
C’est à l’âge de onze ans, et orpheline, que je suis arrivée dans cette vallée – de retour dans le lieu qui m’avait vue naître. Un e ndroit dont je ne gardais aucun souvenir. À la rencontre d’une mère dont je ne soup çonnais même pas l’existence. À première vue, la vallée semblait un lieu sauvage de merveilles et de liberté. Les cinq enfants qui y vivaient pouvaient faire ce que bon leur semblait. Des enfants aux yeux profonds et aux cœurs indomptables , et parmi eux l’enfant au cœur le plus indomptable de tous – Kite. Je ne me sentais plus seule, parce que j’étais comm e eux. Parce qu’ici, je pourrais être libre. Mais Lake Ephemeral n’était pas un paradis. Il y poussait des fleurs carnivores plus grandes qu ’un homme – les gens les nommaientfleurs-cercueils. Cela me déconcertait, que l’on puisse souhaiter à ce point vivre en un lieu où de telles plantes s’épano uissaient. Pire, j’allais bientôt découvrir que ces gens cultivaient les fleurs-cercueils. Ils avaient choisi de vivre, année après année, dans ce paradis mortel. Et aucun d’eux, jamais plus, n’avait fait un pas de l’autre côté de l’enceinte.
Chapitre II
Un matin, alors que le soleil n’avait pas encore to ut à fait brisé la quiétude nocturne, la sonnerie du téléphone résonna à traver s les corridors de bois du foyer pour enfants Newberry. Mrs Dunn arriva dans ma chambre avec desnouvelles.y avait dans ses Il yeux quelque chose de différent. « Sera, me dit-elle, si j’ai bien tout compris, c’était ta mère au téléphone. » Ses épaules s’affaissèrent imperceptiblement lorsqu ’elle prononça ces mots, comme si elle s’était délestée d’un fardeau trop longtemps porté. « Je n’ai pas de mère », rappelai-je à Mrs Dunn. À douze ans et deux mois, je n’avais jamais connu d e mère. J’étais au foyer depuis mes cinq ans, et avant cela, je ne me souven ais de rien. Mes premières années n’étaient qu’un vide, un brouillard grisâtre sans panneaux indicateurs. On m’avait dit que mes parents étaient morts. Ils avai ent péri, au cours de cette période de brouillard, quand j’étais petite. Ainsi me l’avait toujours raconté Mrs Dunn : Oh, quelle nuit ! Au pire moment d’une tempête, une jeune femme tout ébouriffée s’est précipitée hors d’un taxi, un peti t enfant de cinq ans sur les talons, se ruant sous la pluie vers les marches du perron de Newberry. Elle nous a suppliés de prendre soin de l’enfant, déclarant q ue leurs vies à toutes deux encouraient un danger mortel. On aurait dit une his toire de cape et d’épée. Je ne savais pas quoi faire. Elle disait que la mère de l’enfant était morte et qu’elle ne pouvait pas s’occuper d’elle, à son grand regret. Elle a refusé de donner d’autres informations aux employés – juste l’âge de la petite fille, et son nom. Elle nous a dit qu’elle s’appelait Sera Finn. Elle s’est enfuie sans rien ajouter. Et c’est ainsi que notre Sera est arrivée. Étrangement, je n’avais conservé aucun souvenir de ma vie avant la course en taxi, aucune image de cette femme, ni de ma mère. Mrs Dunn lissa sa tignasse matinale – presque toute sa chevelure regroupée d’un seul côté de sa tête. Je la voyais rarement ai nsi, car elle prenait toujours grand soin de son apparence. « Bien, dit-elle d’une voix plus douce, on dirait bien que tu as une mère, en fin de compte. Nous n’avions pas d’autre choix que de c roire la femme qui t’avait emmenée ici, il y a des années, mais nous avons une nouvelle information. Il semble que cette femme t’a enlevée. Ta mère est par faitement vivante et t’a vraiment cherchée. » Je la fixai sans ciller. « Comment pouvez-vous en être sûre ? murmurai-je. — Elle nous a faxé ton certificat de naissance et q uelques photos. Apparemment, l’autre femme t’a attribué une fausse date de naissance. Tu es née le dix-sept août, le même jour que celui où l’on t’a amenée ici. »
Elle leva les yeux et m’adressa un petit sourire. « Eh bien, tu vas fêter ton autre anniversaire dans deux semaines. C’est toi que l’on voit sur les photos, avec ta mère, quand tu étais toute petite. Impossible de ne pas te reconnaître. Ces yeux ! C’est une évidence ! » Elle s’assit sur mon lit et me serra les mains. « Ton vrai nom est Seraphine Feròn. Et ta mère s’appelle Elyse Feròn. » Elle glissa la main dans la poche de sa robe de cha mbre et me tendit le fax du certificat de naissance. Je dépliai la feuille, comme si un animal énorme et dangereux était sur le point d’en surgir. « Seraphine est mon prénom ? — Oui, c’est très joli, tu ne trouves pas ? » Je n’étais pas jolie. J’avais un air féroce – tout le monde me le disait. Je ne pouvais pasfairejoli. Elle s’éclaircit la gorge. « Bien sûr, nous vérifierons tous les fichiers de p olice nécessaires. Nous devons être sûrs. Mais, oh, Sera, tout cela me semble très prometteur. Tu sais, la vie nous envoie souvent des coups durs, et tout ce que nous pouvons faire, c’est essayer de les renvoyer, de toutes nos forces, dans l’espoir de réussir unhome run. Et on dirait bien que tu as fait unhome run, cette fois-ci. » Je réfléchis à ce que venait de dire Mrs Dunn. « Elle n’arrivera pas à me dompter. Personne n’a été capable de me dompter vraiment. » Au cours des années précédentes, neuf tentatives de placement en famille d’accueil avaient été faites. Les orphelinats n’exi staient presque plus – les enfants intégraient des familles aussi vite que pos sible. Newberry n’était même pas considéré comme un orphelinat. En réalité, c’était un endroit où l’on mettait les enfants qu’on ne pouvait pas placer ailleurs. M ais chacune de mes familles d’accueil m’avait renvoyée comme du lait pourri. Le s plaintes les plus fréquentes évoquaient ma sauvagerie et ma propension à faire d es choses dangereuses. Je sautais dans les rivières, j’escaladais les toits, je me battais avec les garçons. Une nuit, quand j’avais cinq ans, la police m’avait trouvée, assise dans un chêne – j’étais montée sur une branche, par la fenêtre de ma chambre, pour regarder la lune. Pour moi, c’était quelque chose de parfaiteme nt raisonnable. Je ne savais pas que les gens ne faisaient pas des choses pareilles quand ils vivaient dans un appartement au troisième étage. Et je ne m’étais pa s doutée une seule seconde que mes parents d’accueil m’avaient cherchée pendan t une heure.
Quand j’eus sept ans, la décision fut prise d’essay er de me faire adopter. Il n’en résulta qu’un désastre, là encore. Aussitôt ap rès m’avoir rencontrée, un couple pourtant plein d’optimisme bredouilla quelqu es excuses et s’enfuit. La directrice de Newberry disait que j’avais un regard à écailler la peinture. Je passais des heures devant le miroir, m’évertuant à domestiquer mon expression « écaillage de peinture », comme un Monsieur Loyal avec un lion. Mais à l’instant
même où je croyais maîtriser un regard plus doux, le sauvage revenait au galop – les tempêtes grises se concentrant à nouveau dans m es yeux. Et puis mes cheveux blancs crépus s’échappaient des barrettes m inutieusement posées. Et c’était tout. Alors je restais à Newberry, et je me disais que je serais là jusqu’à ce que je sois assez grande pour affronter le monde toute seule.
« Je suis sûre que ta mère se réhabituera à toi ». Mrs Dunn semblait choisir ses mots avec précaution, comme un pianiste débutant qui découvre une partition – aucune note ne sonne bien. « Vous aurez toutes deux à vous réapprivoiser, à ré apprendre à vous connaître. » Glissant ma main hors de celle de Mrs Dunn, je me r edressai puis passai mes bras autour de mes genoux repliés. « Est-ce qu’elle va venir me chercher ? — Elle est malade, malheureusement, et doit rester au lit. Mais elle va envoyer quelqu’un à sa place. » Une semaine plus tard, un homme au visage sérieux a rriva à Newberry. Il s’appelait Mr Prestwich. Il avait les yeux et les c heveux couleur acier et portait un costume bleu marine étriqué. Il se présenta comme l e gardien du domaine où vivait ma mère, et dit que ce domaine se nommait La ke Ephemeral. Il n’expliqua pas pourquoi Lake Ephemeral avait des gardiens. Jus te qu’il se trouvait en Nouvelle-Angleterre, à environ cinq heures au nord de Sydney, et à une heure environ de la côte intérieure. J’allais partir avec lui sans délai, sans rien emporter si ce n’est moi-même et une unique valise de vêtements. Mrs Dunn m’enlaça très fort, mais je pouvais sentir son soulagement. J’allais avoir un chez-moi, enfin, et elle n’aurait plus à s ’inquiéter d’où et comment je trouverais une place dans ce monde. Mais il n’était pas du tout certain que ma mère voudrait me garder. Du moins, ce n’était pas c ertain pour moi. Mrs Dunn arrangea mes cheveux pour la sixième fois de la matinée et m’intima de ne pas oublier de sourire – elle fit mine d’en saisir un dans l’air et le mit dans ma poche, comme si j’étais encore une petite fille. Mr Prestwich démarra la voiture, avec moi à ses côtés. Les beuglements du trafic de Sydney explosèrent alors que nous travers ions Harbour Bridge – des yachts et des ferries glissaient sur l’eau à l’horizon. « Tu as été très difficile à retrouver, tu sais, me dit-il. Mais tu es là, et tu retournes enfin à l’endroit auquel tu appartiens. » Je tordis la bouche et mâchai l’intérieur de mes jo ues. Appartenais-je vraiment à Lake Ephemeral ? En cet instant précis, j’étais avec un étranger, en route vers un lieu mystérieux pour rencontrer une m ère dont je n’avais jamais su l’existence. « Comment ma mère m’a-t-elle retrouvée ? » Le motmèreglissa sur ma langue maladroitement.
« Ta mère est malade depuis très longtemps. Nous av ons dû te trouver nous-mêmes. — Qui ça,nous ? — Les gardiens. — Et qui êtes-vous ? — Des concierges, pourrait-on dire. » Qu’il soit réticent à en dire plus ou simplement satisfait d’avoir réussi à aligner autant de mots avec une telle courtoisie, Mr Prestw ich resta silencieux pendant les quelques heures qui suivirent, et n’arrêta la v oiture que pour un tardif goûter en fin d’après-midi, boissons et tarte à la crème. Nous passâmes par des villes nommées Scone, et Quir indi et Tamworth. Lorsque nous parvînmes à un lieu qui portait le nom d’Armidale, tout était très verdoyant et ensoleillé, on aurait dit une carte po stale. Je vivais entre les murs et les dalles de béton de la ville depuis mes cinq ans , et avant cela, je n’avais aucun souvenir. « Vois-tu l’église et l’université ? me demanda Mr Prestwich, rompant le silence. Elles ont été construites dans les années 1880 et sont toujours en activité depuis. Ce sont de remarquables constructions anciennes. — Est-ce que j’irai ? Je sais que je n’irai pas à l’université tout de suite, mais quand je serai plus grande. Je veux étudier les ins ectes pour devenir entomologiste. » J’avançai le menton avec l’assurance et l’autosatis faction d’un enfant pour qui l’avenir est déjà tout tracé. Mais une lueur étrange passa dans ses yeux. « Tu n’auras pas besoin de venir en ville. Tout te sera fourni au domaine. » Il roulait lentement sur d’interminables routes entortillées – des routes où l’on croyait perdre son chemin, et ne jamais le retrouver. Nous commençâmes une longue ascension autour d’une montagne. De hautes portes hérissées de pointes gardaient une en trée, au sommet. Elles pivotèrent lorsque Mr Prestwich s’en approcha. Quelqu’un savait déjà que nous étions là. Nous les passâmes et franchîmes une autr e route boueuse frangée de pins qui semblaient trôner là depuis le commencement du monde. Mr Prestwich gara sa voiture près d’un puits. « Voilà le point le plus éloigné où l’on puisse aller en voiture », me dit-il. Alors que je me glissais hors de la voiture, j’eus un cri de surprise en découvrant ce qui s’étendait en-dessous de moi. Les falaises se précipitaient tout droit vers une vallée. Sept manoirs encerclaient un lac bleu cristal – trois de chaque côté du lac et l’un à sa plus lointaine extrémité. Je n’avais pas encore pris conscience du fait qu’il y aurait d’autres personne s que ma mère à Lake Ephemeral. Mr Prestwich sortit ma valise de la voiture, mais j’insistai pour la porter moi-même. Elle était mon seul lien avec le foyer de New berry, le seul chez-moi dont je
puisse me souvenir.
L’eau scintillait sur les pins alors que nous desce ndions vers la vallée. Aux pins succédaient des palmiers, plus bas, là où le s ol s’aplanissait et où les plantes grimpantes enveloppaient tout. Le parfum capiteux des fleurs printanières et des roseaux autour du lac envahit mes narines, e t ma tête s’affaissa. J’avais l’étrange sensation que l’air lui-même s’enroulait autour de moi, m’attirait à lui, et le chant lourd des cigales m’assaillait de tous côtés. Même les appels lointains des oiseaux ne semblaient destinés qu’à moi. Et je ne pouvais dire si c’était là une bonne chose, ou si j’aurais dû m’enfuir à toutes jambes. Mr Prestwich marchait devant, ses longues jambes bi en plus véloces que mes petites jambes de gamine de douze ans – ou onze , si mon certificat de naissance disait juste. Il ne se retourna pas, même pas lorsque je trébuchai sur des plants de vigne qui parsemaient le sentier. Je trébuchai encore, cette fois-ci les pieds complè tement emmêlés dans les vignes. Je tombai lourdement sur mon derrière. Ma v alise cogna par terre et s’ouvrit. Des gloussements éclatèrent dans l’ombre des broussailles. Des gloussements de filles. Je me redressai et scrutai le sentier ; des lianes y avaient été minutieusement placées, et je devinai qu’on les y avait tirées juste avant mon arrivée. Un garçon un peu plus grand que moi sortit d’entre les palmiers. « Besoin d’aide ? » Le hâle profond de sa peau recouvrait presque les t aches de son qui parcouraient son nez et ses joues. Des traces de sa leté striaient son front. Des mèches de cheveux désordonnées recouvraient sa figu re et tombaient sur ses épaules, brunes et ondulées sur les longueurs, mais plus raides, et tachetées de blond sur le dessus. Je n’avais jamais vu pareil ga rçon auparavant. Des fourmillements surexcités coururent le long de mes membres. Aussi loin que je me souvienne, je n’avais jamais été ne serait-ce qu ’attirée par un garçon. Mais celui-là effaça tous les autres, comme s’il n’y en avait eu aucun autre avant lui. Lorsqu’il secoua la tête pour dégager ses cheveux, je vis ses yeux. Trois ou quatre nuances de vert, ils ressemblaient à du marb re. Ce regard intense et froid me rappela mes propres yeux. Mais à l’inverse des miens, les siens étaient ronds et francs. Pas une minute je ne lui fis confiance. « C’est toi qui as mis ça là ? » demandai-je, d’un ton semblable à celui de Mrs Dunn lorsqu’elle était fatiguée et de mauvaise hume ur. Et après ce long trajet en voiture, j’étaisfatiguée. « C’tait juste une blague. » Il me tendit la main mais je ne la pris pas. « Où sont les filles que j’ai entendues ? » Dégageant mon pied de la liane d’un coup sec, je me relevai. Des traces de boue recouvraient l’ourlet de ma robe jaune. « Elles se sont tirées, j’suppose, fit-il. Enfin bref, je m’appelle Malachite.