Les herbes de la lune, 2

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"Mon équilibre personnel me faisait penser à un sablier. Il était de mon devoir de garder la même quantité de sable de chaque côté de l'ampoule en verre. Vie humaine. Vie druidique. En franchissant la ligne, je me perdrais." Après avoir embrassé sa véritable nature, Abigail va faire face à ses ambivalences pour gagner sa place au sein de la communauté, entre apprentissage et déboires sentimentaux.

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EAN13 9791090627901
Langue Français

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ANNE LAURE
Tome 2 Editions du Chat Noir
À mes deux « L ».
Prologue e. Laissez-moi unvous êtes bien sur le portable de Timothé  Bonjour, message et je vous rappellerai. Bip. Tim, c’est Abi. Je peux t’aider tu sais, je suis c omme toi. On appartient au même monde. … de Timothée. Laissez-moi un message et je vous rappellerai. Bip. Écoute, si tu as besoin de temps pour digérer tout ça, je comprends, ne t’inquiète pas. Je voudrais juste être sûre que tu vas bien. … je vous rappellerai. Bip.  Bon, c’est toujours moi. Si tu as besoin de moi, je… Enfin … tu as mon numéro. Rappelle-moi. … Bip. Je raccrochai sans même laisser de message. À quoi bon ? C’était encore trop tôt. Tim avait sans doute besoin de temps. J’e ssuyai du revers de la main les larmes que je m’efforçais de contenir. L’attent e devenait douloureuse et incertaine… Il me manquait. Je pris une profonde inspiration et quittai ma cham bre. Grand-mère et son fiancé André m’attendaient en bas pour le dîner. Il faudrait sans doute allumer la lumière de la cuisine. Dehors, le ciel s’était obsc urci. Difficile de se croire un soir de mai. Pourquoi me retenir ainsi coupé du monde ? Elle pou rrait me soutenir elle aussi, j’en suis sûre. Elle l’a vécu.
Première Partie Mercredi 12 mai Lune décroissante Rozenn jouait distraitement avec ses pendants d’ore ille, des larmes d’argent, cadeau de Patrig, qui s’harmonisaient avec la blancheur de son teint et la blondeur de sa chevelure. L’atlas historique qu’elle avait extrait de son sac à dos une heure auparavant reposait toujours sur ses genoux, à la même page. Le royaume de Pépin le Bref s’étendait tout en couleurs sur papier glacé. Le dos calé contre mon lit, Mira blottie contre son flanc, mon amie semblait perdue dans ses pensées. ne trouves pas ça étrange que Timothée ait séch é les cours depuis Tu presque deux semaines ? m’interrogea-t-elle soudain , rompant le silence qui avait accompagné notre après-midi de révisions. Cela ne lui ressemble pas du tout. Mon cœur émit un raté dans ma poitrine. Je crois qu’il est parti voir son grand-père, un p roblème de famille assez urgent, répondis-je en tâchant de prendre un air in différent, comme à chaque fois qu’on me parlait de Tim ces derniers jours. Sa main qui caressait doucement le pelage caramel d e ma chienne s’interrompit brusquement. hoses se sont un peut’a prévenue avant de s’en aller ? Alors, les c  Il arrangées entre vous ? ajouta-t-elle intriguée. De nouveau, j’éludai la question me contentant d’un hochement de tête gêné. La situation en effet avait bien évolué. En quelques heures, j’étais passée du statut de cœur solitaire à celui d’amoureuse com blée pour me réveiller au petit matin de nouveau célibataire. Ou du moins dan s une situation qui s’en rapprochait étrangement. Au cours de la nuit de Beltaine, Timothée avait vécu sa libération. Ses pouvoirs de révélateur s’étaient enfin dévoilés et il avait quitté ma chambre brusquement. En repartant comme il était entré … c’est-à-dire par la fenêtre, au grand dam de ma grand-mère, Agathe. Hum, c’est compliqué, encore plus qu’avant. Mon amie acquiesça, respectant mon mutisme. Par exp érience, elle savait désormais que je n’étais guère loquace quand il s’a gissait d’évoquer Tim. Elle en revanche, se montrait plus prolixe quant à sa re lation avec Patrig. Entre eux, il y avait quelque de chose de sain et de franc que j’enviais. La normalité du commun des mortels sûrement. Je repoussai alors mon classeur de cours, signifiant la fin de notre studieuse séance et l’in citai à se confier, écoutant avec autant de peine que de plaisir le récit qu’elle me fit de sa première rencontre avec les parents de Patrig. Jeudi 13 mai
Lune décroissante Le froid. Il envahissait mon corps, membre après me mbre, m’immobilisant, contrariant ma respiration et me réduisant au silen ce. Puis la douleur. Elle me possédait tout entière par vagues successives. Écor chée vive de l’intérieur, j’attendais l’ultime assaut avant ma délivrance – la brûlure – qui embraserait ma peau avec violence amenant enfin ma reddition. Rien que d’y penser, j’en avais encore la chair de poule. Pour faire taire le souvenir douloureux de la libération de mes pouvoir s, je m’approchai de la fenêtre, recherchant la présence rassurante de la lune, mais l’astre de nuit se dérobait dans le ciel noir et chargé de pluie. Mon accession au statut de druidesse s’était fait d ans la souffrance et je redoutais que Tim ait également traversé les mêmes affres après son départ. Si j’avais pu être à ses côtés… Mais il aurait sans do ute préféré s’isoler quelle qu’ait été la situation. Fierté masculine oblige. D e toute façon, je n’aurais pas pu le soulager finalement. Nul ne peut se soustraire à cet aspect de la libération. C’était un rite initiatique pour chaque nouvelle génération… Son absence de ces derniers jours ne m’étonnait guè re. Tant de certitudes, de convictions balayées en quelques minutes. Qui n’ aurait pas eu besoin de temps pour apprivoiser un tel secret ? Les forces d e la Nature, libres de s’exercer au travers de ses serviteurs ! Un monde p arallèle, une communauté de l’ombre ! Des concepts inimaginables pour un esp rit cartésien et pragmatique. Son silence en revanche me peinait et m’inquiétait. Devenu révélateur, il ne pouvait ignorer ma vraie nature, et encore moins la réalité du lien qui nous unissait. Il était Mon révélateur, celui que j’avais attendu en vain dans la solitude de mes premiers jours de jeune druidesse. J’en avais pris conscience et cette nouvelle attache était désormais inscrite en moi. Il devait lui aussi connaître la vérité. Notre condition aurait dû nous rapprocher tout comme il en avait été avec Maelann – né au monde druidique la même nuit que mo i, pendant la célébration de l’Alban Arthan – mais mes messages étaient resté s sans réponse et je craignais que la Loi Druidique, inviolable, se soit imposée à lui. L’amour entre un druide et son révélateur était proscrit et les Anciens de la communauté veillaient farouchement à l’application de cette ordonnance. Pourtant je me refusais à croire que Timothée ait b alayé de la main notre relation. Si je parvenais toujours à nous imaginer ensemble, pourquoi en serait-il autrement de son côté ? Ni l’un, ni l’autre n’avion s grandi dans l’univers druidique. Les dogmes de notre nouveau monde n’avai ent pas autant de pouvoir sur nous que sur ceux de notre espèce. Du m oins je me plaisais à le croire, mais la réalité allait peut-être se révéler bien différente… Ma rencontre avec la Force maléfique, tant redoutée par la commu nauté druidique, avait laissé des traces. La part d’ombre, héritage de la nuit de la Saint Sylvestre, grandissait dans mon esprit jour après jour malgré mes efforts. Ma mère elle-même n’avait pas toujours suivi les règles. Peut-être étais-je juste comme elle ? Une druidesse ambivalente et rebelle. Ou juste … in contrôlable. Comme Fieg,
ce druide à l’aura si sombre m’incitant à rejoindre ses rangs au service d’une Nature insoumise, aimait à me le rappeler. Comme me s amis de Petit Passage, Ler et Eileen, le pensaient au fond d’eux-mêmes mal gré l’amitié qu’ils me portaient. Comme le démontrait le pacte scellé avec les forces de l’Autre Monde pour jeter le voile sur ma folie passagère. Un raz- de-marée qui avait bien failli coûter la vie à Timothée et à Mereween. J’avais dû invoquer l’ancienne magie et les âmes perdues des marais un jour viendraient réc lamer leur dû… Pourquoi Tim ne revenait-il pas vers moi ? Cette qu estion me hantait et au fond de moi j’étais moins confiante que je ne m’autorisais à me l’avouer. Mais pourquoi, pourquoi ? Perdue dans le fil de mes pensées, j’avais presque crié ces derniers mots. Mira, tirée de sa somnolence, se redressa sur ses pattes en aboyant, surprise.  Là tout doux, ce n’est rien, murmurai-je en lui fl attant la tête pour la rassurer. Dehors, l’averse s’était renforcée, crépitant avec force et striant le paysage d’une multitude de larmes filant sur les vitres. Encore une fois, la météo semblait en accord avec mon humeur. Jaugeant l’épaisseur de mon coupe-vent, j’hésitai encore un instant avant de renoncer. Même bien couv erte, j’allais être trempée en un rien de temps. L’apaisement que me procurait en général une promenade au grand air m’était refusé. En soupirant, je m’ins tallai sur la banquette du bow-window. Ma chienne vint me rejoindre, aussi frustré e que moi d’être ainsi confinée à l’intérieur. À la radio, un programme mu sical prit le relais du flash-info. Un rock larmoyant aux textes dégoulinants de promesses éternelles et d’amours heureuses. Je l’éteignis d’un geste sec et tâchai de faire bonne figure; mais tout de même, certaines choses étaient au-dess us de mes forces. Dépitée, je finis par me coucher, autorisant même Mira à dormir sur mon lit. C’était décidé, samedi j’irais à Petit Passage pour demander conseil à Ler. Vendredi 14 mai Nouvelle lune Elle s’inquiète, je le sais. Cette nuit, ses pensée s se sont ouvertes à moi. L’’influence de la nouvelle lune ? J’ai senti sa pe ur d’être abandonnée. Une nouvelle fois. Ça la ronge… Si seulement je pouvais lui parler… Dès que mon initiation sera achevée, je la rejoindrai… Samedi 15 mai Lune croissante Mira sur les talons, je poussai la porte de l’herbo risterieLuneen appuyant énergiquement sur le montant. Gonflée par l’humidité de ce printemps pluvieux, elle émit un grincement désagréable en me laissant le passage. J’en avais fait la
remarque plusieurs fois à Ler, mais il ne semblait pas pressé d’y remédier. À croire que cela faisait partie du décor au même titre que les comptoirs de bois hors d’âge et les planches d’herbiers jaunies. Tu viens à cause de ton ami Timothée, n’est-ce pas ? me lança-t-il sans même lever les yeux vers moi, trop affairé à trier les produits de sa dernière cueillette. Il détachait avec précaution les pétales orangés de fleurs de primevères officinales destinées à quelques infusions contre l’insomnie et la mélancolie.Les clés des portes du paradis…comme on les appelait depuis le Moyen-Age. même téléphoné pouret moi l’avons senti. Gwendal aussi, il m’a  Eileen m’en parler dès le lendemain, ajouta-t-il en glissa nt derrière son oreille une longue mèche de cheveux blancs.  Je fus stupéfaite par cette entrée en matière. Ain si donc les révélateurs étaient à même de percevoir la libération de l’un d es leurs. Décidément, il me restait encore beaucoup à apprendre … L’allusion au révélateur d’Eloiza la barde me toucha. « Les amitiés sont solides et les secrets bien gardés » m’avait-il un jour assuré. Visiblement c’était vrai . J’étais heureuse d’avoir fait leur rencontre lors de ma présentation à la communa uté le soir de la célébration d’Imbolc, en février dernier. nchaîna Ler avec uneJe pensais que tu serais venue me voir plus tôt, e pointe de reproche dans la voix. Cela a dû te faire un choc surtout quand on connait la lignée de Timothée. La lignée ? répétai-je, interloquée. déduis que vous n’avez pas eu l’occasion de d  J’en iscuter, poursuivit-il en fronçant les sourcils, mécontent. C’était à crai ndre… Ton révélateur appartient à l’une des plus anciennes familles de notre monde, tout comme celle de mon aïeul Baile ou du Roi Eoin. e du monde Ce n’est pas possible. Tim est comme moi, un novic druidique, repris-je en imprimant à mes propos la p lus grande force de conviction dont j’étais capable. Ce n’est pas le cas, pas exactement en tous cas. Tout me portait à croire que la Nature t’avait bien désigné ce jeune homme c omme révélateur, mais je ne savais rien de lui. Les connaissances généalogiq ues d’Eloiza m’ont beaucoup aidé. Elle n’est pas une barde pour rien. Son grand-père n’est autre que Ronàn, un druide descendant de Kay, qui apparti ent au Cercle des Anciens, un véritable pilier de la communauté. Quan t à comprendre pourquoi Timothée vivait jusqu’à présent dans l’ignorance de ses dons… Il va falloir que tu t’adresses directement au principal intéressé. Abasourdie par les propos de Ler, je devais ressemb ler à une parfaite idiote, la bouche entrouverte et l’air hagard. Il d evait se tromper. Qui était ce druide dont l’ascendance représentait tant ? Face à mon incompréhension, le vieil homme mit de côté son ouvrage et m’invita à l e rejoindre dans l’arrière-boutique pour poursuivre notre conversation. En tem ps normal, celle-ci accueillait les ateliers d’herboristerie. était l’un des conseillers du Roi, m’expliqua-  Kay t-il patiemment, en me désignant une chaise.
Celui qui a tué le bébé dans la légende d’Eoin ?  Oui, ce Kay-là Abigail. Celui qui a pris la respon sabilité d’exécuter la Princesse royale pervertie par la magie maléfique d ans le sein de sa mère, reformula Ler avec dignité. Je ne sais pas encore p ourquoi ton ami était ignorant de son appartenance à notre communauté mal gré de telles origines, mais toujours est-il que Timothée vient d’une dynas tie ancestrale, une lignée des plus orthodoxes, ajouta-t-il en détachant chacu n de ses mots comme s’ils devaient faire sens. Ce qui fut le cas après quelques secondes de réflex ion. Tim ne pourrait s’écarter du droit chemin, renier la Loi Druidique, sans subir des pressions familiales. Pas aussi facilement que moi en tous ca s. Mon cœur se serra et je frissonnai malgré la tiédeur de la pièce. Je ne me sentais pas de taille à rejouer la tragédie de Roméo et Juliette. Lutter contre les siens, contre les anciens de la communauté… Un soupir bruyant s’échappa de mes lèvr es et je dissimulai mon visage derrière mes mains quelques secondes, le temps de me reprendre. Ler me jeta un regard peiné et compatissant. S’il y avait une personne à même de comprendre le sentiment de détresse qui m’a vait envahie, c’était bien lui. Des années auparavant, il avait dû renoncer à son amour pour sa protégée, la druidesse Aurore et s’éloigner d’elle. Aveuglé par son inclination, il n’avait pas pu lire son futur de manière claire. Un sacrifice a ux conséquences funestes : privée de guide pour interpréter son avenir, elle a vait succombé à un tragique accident de la route. Une collision mortelle. Comme celle qui m’avait ravi mes parents à l’âge de six ans et m’avait conduite ici à Madenn pour vivre aux côtés de ma grand-mère. L’entrée d’un chaland interrompit momentanément notre discussion et Ler regagna l’officine pour aller servir un homme d’une cinquantaine d’années souffrant de brûlures d’estomac, dont le ventre pro éminent me fit penser qu’une consommation excessive d’alcool était sans doute à l’origine de ses maux. Mon ami l’écouta décrire ses symptômes puis l’orienta v ers du rhizome de gingembre et de la racine de guimauve qui donnaient l’un comme l’autre de très bons résultats une fois râpés et infusés. Je profitai de cet intermède pour me ressaisir. Chacun de nous disposait de son libre-ar bitre, Timothée comme un autre. Rien n’était encore écrit. Je ne devais pas baisser les bras. Je n’y crois pas, c’est impossible. Il doit se trom per. Il existe sûrement un moyen. Une exception. Je ne me soumettrai pas à ce diktat ! Dimanche 16 mai Lune croissante  Repassage et pliage de linge en compagnie de grand -mère : l’activité vespérale du dimanche ! Je regagnai ma chambre les bras chargés de la grande corbeille d’osier et entrepris de ranger son contenu. Essentiellement des tee-shirts à manches longues et des jeans. La météo était plutôt pluvieuse en ce printemps, mais il y avait aussi un petit bout de r obe noire au col bénitier et un
pantalon slim de la même couleur. Une tenue qui avait longtemps trainé dans un coin de ma chambre avant que grand-mère ne la mette à la lessive, lassée de la voir prendre la poussière sur une chaise. Je ne l’a vais pas reportée depuis le concert des Celtic Sailors. Dépliée sur le lit, la robe noire ressortait sur la couette bleue rayée blanc, façon cabine de bord de mer. J’avais changé les draps le matin-même, en attrapant la première parur e disponible dans le placard, sans me poser de question, mais soudain le motif marin ne me sembla plus si innocent… Cette robe, ces draps… Ils habill aient également mon lit le fameux soir du concert. Des souvenirs voluptueux me revinrent en mémoire. L’espace d’un instant, je crus sentir de nouveau se s mains au creux de ma taille, ses caresses sur mes hanches. Des sensation s comme je ne n’en avais jamais connues avant lui. Avant cette nuit de Belta ine. Une chaleur se répandit dans tout mon corps, éveillé par le désir. Je voulais qu’il soit là, avec moi, contre moi. Je fermai les yeux pour chasser ces images de mon e sprit, surprise par cette sensation de manque, par son absence qui se faisait sentir de bien des façons. Il fallait que je pense à autre chose, que je me change les idées, avant de me consumer sur place. Je pris le parti de range r mes vêtements et de chercher dans l’armoire une autre housse de couette . Une parure fleurie, mauve et jaune, un peu mièvre d’ailleurs, cadeau de ma grand-mère pour mes quinze ans. Là-dedans, c’était sûr : cette nuit, mes pensées seraient on ne peut plus sages ! Et en prime, j’attrapai mes fiches de révisions ! Mardi 18 mai Lune croissante C’est à ce point, vraiment ? reprit Gwen. que oui ! Grand-mère m’a vraiment fait la moral e, lui expliquai-je en Oh soupirant. Elle n’a pas apprécié la visite nocturne de Tim le soir du concert. Il faut dire qu’il n’a pas été discret : des traces de pas sur la pergola, quelques roses abimées – ses précieuses Madame de Maintenon – et la terre des massifs toute piétinée. Elle a mené une véritable enquête policière dans le jardin avant d’exiger que je lui rende des comptes. Et And ré n’était même pas là pour la modérer un peu ! soupirai-je encore attristée pa r le souvenir de cette réprimande. J’avais enfreint le sacro-saint règlement familial en invitant de nuit un garçon dans ma chambre, pour ne pas dire dans mon lit. Un point que n’avait pas hésité à aborder grand-mère le lendemain. Et même s i secrètement, je la soupçonnais de s’être réjouie de me savoir de nouve au avec Timothée après des mois de déprime post-rupture amoureuse, elle av ait jugé de son devoir de me faire connaitre sa manière de penser... Évidemme nt elle ne pouvait pas savoir que nos retrouvailles, plutôt intimes, s’éta ient soldées par une nouvelle séparation. Aussi la conversation avait-elle rapide ment pris un tour plutôt désagréable sur fond de « cela ne te regarde pas, c ’est ma vie, je suis majeure désormais – Dans la chambre de jeune fille de ta pa uvre mère ! Aussi