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Tigresse et vampire (amour interdit)

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Description

Russell sort du coma pour découvrir qu’il est un vampire et il a maintenant soif de revanche. Déterminé comme pas un à traquer le maître vampire qui l’a transformé, il a l’habitude de travailler en solo... jusqu’à ce qu’il rencontre Jia. Elle recherche le même vampire pour le meurtre de ses parents et propose son aide à Russell de manière insistante. Il accepte finalement à contrecoeur et fixe quelques règles de base:
Règle numéro un: leur association est seulement pour affaires. S’il la tient un peu trop près de lui... si elle le regarde avec ses yeux exotiques... enfin, cela doit cesser.
Règle numéro deux: c’est lui qui est responsable des opérations. Jia n’a pas l’habitude de recevoir des ordres et questionne chacune des décisions qu’il prend. Il l’arrête donc de la seule manière qu’il connaît.
Règle numéro trois : Ne pas tomber en amour. Le baiser qui était censé la faire taire éveille quelque chose d’autre en lui... quelque chose d’interdit. Parce que Jia est fiancée. À quelqu’un d’autre.

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Informations

Publié par
Date de parution 08 décembre 2016
Nombre de lectures 112
EAN13 9782897675356
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0015€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

— Je dois connaître votre odeur.
Elle frotta son nez contre sa chemise.
— Penchez-vous, je vous prie.
Il se pencha légèrement vers l’avant, et elle enfouit son nez dans le creux de son cou.
— Je n’arrive pas à identifier le moindre indice d’un quelconque vampire ancien que je
pourrais détecter, murmura-t-elle contre son cou. Ce doit être vous.
Ses mains se serrèrent sur ses bras. Comment diable allait-il pouvoir travailler avec
cette femme alors qu’il avait fortement envie de la tenir dans ses bras ?
Son souffle était chaud et doux contre son cou. Il n’avait qu’à tourner la tête pour être
en mesure de l’embrasser. Le laisserait-elle faire ? Se pelotonnerait-elle contre lui comme
un tigreau tout en se mettant à ronronner ?
Il chassa cette pensée de son esprit. Il s’agissait d’une question d’affaires. Rien de plus
que des affaires.
— Je suis prête.
Elle leva les yeux vers lui en souriant.
« Je suis foutu. »
Son cœur mort se serra dans sa poitrine. Son sourire était la chose la plus belle qu’il
avait vue depuis une éternité. Il la rapprocha de lui afin qu’il puisse la téléporter, s’efforçant
de ne pas penser à la sensation agréable de son corps ainsi appuyé contre le sien.Copyright © 2015 Kerrelyn Sparks
Titre original anglais : Crouching Tiger Forbidden Vampire
Copyright © 2016 Éditions AdA Inc. pour la traduction française
Cette publication est publiée en accord avec HarperCollins Publishers
Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite sous quelque forme que
ce soit sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans le cas d’une critique littéraire.
Éditeur : François Doucet
Traduction : Guillaume Labbé
Révision linguistique : Féminin pluriel
Correction d’épreuves : Nancy Coulombe, Féminin pluriel
Montage de la couverture : Matthieu Fortin
Photo de la couverture : © Thinkstock
Mise en pages : Sébastien Michaud
ISBN papier 978-2-89767-533-2
ISBN PDF numérique 978-2-89767-534-9
ISBN ePub 978-2-89767-535-6
Première impression : 2016
Dépôt légal : 2016
Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Bibliothèque Nationale du Canada
Éditions AdA Inc.
1385, boul. Lionel-Boulet
Varennes (Québec) J3X 1P7
Téléphone : 450 929-0296
Télécopieur : 450 929-0220
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info@ada-inc.com
Imprimé au Canada
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Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du
livre du Canada (FLC) pour nos activités d’édition.
Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres — Gestion
SODEC.
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et
Bibliothèque et Archives Canada
Sparks, Kerrelyn
[Crouching tiger, forbidden vampire. Français]
Tigresse et vampire (amour interdit)
(Histoires de vampires ; tome 16)
Traduction de : Crouching tiger, forbidden vampire.
ISBN 978-2-89767-533-2
I. Labbé, Guillaume. II. Titre. III. Titre : Crouching tiger, forbidden vampire. Français.
PS3619.P38C7614 2016 813’.6 C2016-941786-7
Diffusion
Canada : Éditions AdA Inc.
France : D.G. Diffusion
Z.I. des Bogues
31750 Escalquens — France
Téléphone : 05.61.00.09.99
Suisse : Transat — 23.42.77.40
Belgique : D.G. Diffusion — 05.61.00.09.99
Conversion au format ePub par:
www.laburbain.comAux amies que j’ai le bonheur d’avoir dans ma vie, qui sont aussi les meilleures partenaires
critiques qu’une auteure pourrait souhaiter avoir : M. J. Selle, Sandy Weider et Vicky Yelton.Chapitre un
Dissimulé dans l’obscurité et à demi caché derrière le gros tronc d’un chêne, Russell Ryan
Hankelburg aligna soigneusement la trajectoire de sa flèche avec le cou exposé de maître Han.
« Calme-toi », se rappela Russell en réaction à l’adrénaline qui coulait à flots dans ses veines. Il
était inutile d’agir comme un humain. Il n’en était pas un. Han s’était assuré de cet état de fait,
et ce bâtard allait maintenant en payer le prix avec sa vie.
Cela faisait plus de deux ans que Russell traquait sa proie en traversant des jungles chaudes
et humides et en arpentant des collines froides et fouettées par le vent. Tout cela serait terminé
d’ici quelques secondes. Sa quête de vengeance. L’aboutissement de toute sa rage, l’apologie
de tout ce qu’il avait perdu, et l’unique raison motivant encore sa pauvre existence de
mortvivant.
La clairière où Han se trouvait était située à environ 45 mètres de lui, et une dizaine de
gardes étaient postés autour du périmètre. Quatre d’entre eux portaient des torches. Les
flammes léchaient le ciel couvert de la nuit et vacillaient contre le masque d’or poli de maître
Han.
Combien de fois Russell s’était-il imaginé en train d’arracher cette ridicule pièce de métal de
la tête de ce vampire maléfique ? Dans le meilleur des scénarios, il se visualisait en train de lui
retirer ce masque avec force avant de lui asséner le coup qui mettrait fin à sa vie, question de
pouvoir regarder le visage de Han au moment où ce maître bâtard se rendrait compte qu’il ne lui
restait plus que quelques secondes à vivre.
À quoi pouvait bien servir une vengeance si elle n’était pas reconnue ? Han devait savoir que
c’était Russell qui mettrait un terme à son existence et le transformerait en poussière.
Han se trouvait sur le côté éloigné de la clairière, à l’extérieur de la palissade en bois qui
entourait un camp au nord du Myanmar. Il portait un gilet pare-balles en Kevlar noir par-dessus
son peignoir en soie rouge pour protéger son cœur. Si la flèche de Russell ne parvenait pas à
s’enfoncer suffisamment à travers le gilet pour tuer Han, ce bâtard allait simplement se
téléporter au loin.
Il y avait heureusement plus d’une façon de tuer un vampire. Russell visait donc le cou de
Han au lieu de son cœur, espérant qu’une artère carotidienne transpercée suffirait pour le
mettre dans l’incapacité de s’échapper. Russell pourrait alors se téléporter directement devant
lui, lui arracher son masque et trancher la tête de Han avec un dernier coup d’épée.
La dizaine de gardes armés étaient sans doute des supersoldats qui avaient été transformés
par le copain démon de Han, Darafer, et ils allaient représenter un problème. En dépit de cela,
Russell n’allait pas les éliminer en premier, car leurs morts alerteraient Han, et ce crétin de lâche
se téléporterait au loin comme lors des dernières fois où Russell était passé près de le tuer.
Russell serra les dents avec impatience. Il était tout près de sa cible, mais il demeurait
incapable de décocher sa flèche. Han se trouvait à côté de l’être-dragon qui avait été enlevé, le
serrant presque dans ses bras tandis qu’il enseignait au jeune captif la position à adopter pour
bander la corde d’un arc. Russell jura en silence et souleva son doigt de la détente de son
arbalète.
Il avait déjà vu le garçon et était donc en mesure de le reconnaître. Puisque les
êtresdragons vieillissaient deux fois plus vite que les mortels, Xiao Fang avait l’air d’avoir environ 12
ans, mais il n’avait que 6 ans en années mortelles. Russell ne savait pas exactement quel était
l’âge mental de cet enfant, mais il était certainement assez jeune pour avoir été traumatisé par
les événements récents. Darafer avait capturé le garçon dragon il y a plus de deux mois etl’avait livré à Han. Depuis ce temps, Russell avait espionné les 30 camps de Han, en espérant
apercevoir Han et le garçon.
Il était extrêmement rare de voir Han à l’extérieur d’un de ses camps, mais il avait
apparemment fait une exception pour le garçon. Il donnait une leçon de tir à l’arc à Xiao Fang
tout en jouant le rôle d’une figure paternelle. Il faisait assurément cela pour que le jeune
êtredragon soit de son côté.
La triste réalité de cela était que cette stratégie pourrait bien fonctionner. Comme cela faisait
deux mois qu’il était éloigné de sa maison, ce garçon pourrait bien avoir développé le syndrome
de Stockholm et s’identifier désormais à l’un de ses ravisseurs. Maître Han semblait
probablement être le choix le plus sûr. Plus sûr que le démon Darafer, à coup sûr. Il pouvait voir
Han tapoter le dos de l’enfant et l’encourager de ses paroles.
Dégoûté de cela, Russell en eut l’estomac retourné. Il pensa pendant une seconde se
téléporter directement face au garçon avant de s’emparer de lui et de l’emmener à Tiger Town,
où il serait en sécurité. Les bons vampires étaient rassemblés en ce lieu avec leurs alliés, les
êtres-tigres, attendant nerveusement leur chance de secourir le garçon dragon et de vaincre
maître Han. Il ne suffirait que d’un appel téléphonique et Russell pourrait compter sur la
présence d’une dizaine de vampires et de gens capables de changer de forme à ses côtés.
Mais oh, un instant. Voilà que Han reculait pour laisser Xiao Fang tirer sa flèche. Russell
pourrait devoir attendre encore deux autres années avant de pouvoir bénéficier d’une telle
occasion. Sa priorité était de tuer Han. Le garçon pourrait être aisément secouru dans le chaos
qui s’ensuivrait. Qui plus est, cette situation était idéale, car Han et ses supersoldats se tenaient
tous parfaitement immobiles pour ne pas troubler la concentration du garçon.
Russell glissa de nouveau son doigt sur la détente.
« Meurs, espèce de bâtard. »
Le corps d’un des gardes fut soudainement secoué. Alors qu’il tombait vers l’avant, le visage
contre le sol, un autre soldat à côté de lui se raidit en poussant un cri avant de s’affaler sur ses
genoux.
Que diable ? Russell avait à peine eu le temps de voir des couteaux dépasser des dos des
soldats abattus que Han s’était déjà jeté sur le garçon en le poussant au sol. Un troisième
couteau siffla à l’endroit où Han s’était trouvé une seconde plus tôt, allant ensuite se ficher dans
un tronc d’arbre en produisant un bruit sourd.
Les soldats restants poussèrent des cris en tirant immédiatement leurs épées. Han disparut
en emportant le garçon.
« Par l’enfer ! » se dit Russell en s’emportant silencieusement. Qui étaient donc ces enfoirés
qui avaient ruiné ses plans ? À en juger d’après la vitesse et la précision de l’attaque, il supposa
qu’il devait y avoir deux lanceurs de couteau. Peut-être trois. Peu importe qui ils étaient, ils
pourraient avoir des difficultés à échapper aux soldats très rapides qui se lançaient à leur
poursuite.
« Ce n’est pas mon problème », se dit-il. Ces attaquants avaient détruit la meilleure chance
qu’il avait eue depuis très longtemps. Ils n’auraient jamais plus l’occasion de venir s’immiscer
dans ses affaires, s’ils se faisaient tous assassinés dans les prochaines minutes.
Il poussa un grognement et posa sa tête contre le tronc de l’arbre. Depuis quand était-il
devenu un tel connard se foutant ainsi de tout ? On l’avait dépouillé de son humanité, mais
estce que cela signifiait qu’il devait donc agir comme un monstre impitoyable ? Les attaquants
étaient manifestement du même côté que lui. Cela faisait d’eux des alliés dans la guerre contre
maître Han.
Merde. Il détestait toutefois avoir des alliés. Tant qu’il était seul, il n’avait rien à perdre.
Les attaquants étaient peut-être des types qu’il connaissait, comme J.L. Wang et Rajiv, et si
c’était le cas, le vampire J.L. aurait téléporté son copain être-tigre loin du danger. Le lancer ducouteau n’était cependant pas le style de J.L. Il se serait plutôt servi d’un fusil ou d’un pistolet et
il aurait blessé les soldats au lieu de les tuer.
Si les attaquants étaient des mortels, ils n’auraient aucune chance contre 10 supersoldats.
Un vestige du code d’honneur du fusilier marin vint toucher le cœur mort de Russell. Aucun
homme ne doit être abandonné à son sort.
— Merde, murmura-t-il en glissant la courroie de cuir de son arbalète sur son épaule.
Il se souleva par lévitation jusqu’au sommet de l’arbre. Les soldats étaient faciles à localiser,
puisque quatre d’entre eux portaient toujours des torches. Les quatre flammes se faufilaient
dans la forêt à une vitesse plus rapide que celle que pourrait atteindre n’importe quel mortel.
Il se concentra sur les arbres situés à l’avant de ces lumières et il s’y téléporta. Perché tout
en haut d’un arbre, il fouilla le sol, à la recherche d’un mouvement. Le ciel était sombre et
couvert, mais cela n’empêcha pas sa vision nocturne supérieure de détecter la présence d’un
coureur mince et souple qui maintenait une cadence rapide. Elle n’allait cependant pas être
suffisante pour distancer les soldats.
Il n’y en avait qu’un ? Il ratissa du regard un secteur plus large au cas où les attaquants
décidaient de se disperser. Il ne vit tout de même qu’un seul d’entre eux en train de courir. Les
autres s’étaient-ils cachés en laissant ce dernier attirer toute l’attention vers lui ? Un regard
rapide vers l’arrière lui confirma que les soldats étaient en train de le rattraper. Dix contre un. Ce
serait un massacre.
Il se téléporta de nouveau afin de pouvoir jeter un meilleur coup d’œil au coureur et il chuta
presque de sa branche d’arbre. C’était une femme. Son haut de style tunique épousait
étroitement sa taille étroite. Une tresse bien épaisse de longs cheveux noirs se balançait dans
son dos tandis qu’elle courait.
S’agissait-il d’une des femmes guerrières de Beyul-La ? Elles avaient toutes de longs
cheveux noirs et étaient minces et athlétiques comme cette femme. Les guerrières de Beyul-La
étaient les gardiennes des êtres-dragons et les avaient cachés pendant des siècles au sein
d’une vallée secrète dans les montagnes de l’Himalaya. Leur vallée avait été détruite après une
bataille avec maître Han. Heureusement, les autres enfants dragons et les œufs qui restaient
avaient été emmenés en lieu sûr avant la bataille. Les femmes étaient sans doute impatientes
de secourir le garçon qui avait été enlevé, Xiao Fang. Russell s’était battu à côté de ces femmes
auparavant, et il savait donc à quel point elles pouvaient être féroces. Celle-ci avait vraiment
beaucoup de courage, car elle semblait avoir attaqué Han toute seule.
Il jeta un coup d’œil derrière lui. Les 10 supersoldats la rattrapaient. Il était temps de les
ralentir. Il tira une flèche à l’un des soldats qui tenait une torche, et ce dernier poussa un
glapissement avant de tomber au sol, sa torche suivant sa chute.
Les flammes se répandirent rapidement, attirant l’attention des autres gardes. L’un d’eux fit
rouler dans les flammes le soldat atteint par la flèche avec son pied pour les étouffer.
« Quel connard ! »
Russell inséra une nouvelle flèche dans son arbalète alors que le soldat qu’il avait atteint se
débattait et criait. Une seconde plus tard, sa flèche vint couper court à la souffrance du soldat
enflammé et trois secondes plus tard, une autre flèche régla le cas du connard.
— Une embuscade ! hurla un des supersoldats en plongeant derrière un arbre.
Les autres soldats se hâtèrent à se mettre à l’abri et éteignirent rapidement leurs torches. Un
silence sombre et tendu se fit entendre dans la forêt.
Russell prépara une autre flèche en attendant qu’un des huit soldats restants se montre. Il
jeta un regard rapide vers la femme et grogna intérieurement. Elle s’était accroupie derrière
quelques buissons au lieu de continuer à courir. Son apparition soudaine devait l’avoir rendue
confuse. Elle respirait bruyamment, se retournant dans toutes les directions dans une tentative
frénétique de localiser son emplacement.« Cours, la supplia-t-il silencieusement. Je m’occupe du reste. »
Elle tira un couteau de sa ceinture. Elle craignait apparemment de lui faire confiance. Il ne
pouvait pas la blâmer. Les gens avaient tendance à vivre plus longtemps en ne faisant
confiance à personne.
Il concentra de nouveau son attention vers les huit soldats. L’un d’eux à l’extrême gauche
fonça se mettre à l’abri derrière un autre arbre, se déplaçant trop rapidement pour que Russell
puisse l’atteindre. Il visa dans sa direction avec sa flèche, attendant qu’il fasse un autre geste.
Pendant ce temps, à droite, un autre soldat fonça vers un arbre. Le groupe essayait
manifestement d’encercler la femme, et ils allaient finir par y arriver si elle ne prenait pas ses
jambes à son cou.
Le type à l’extrême gauche fit un autre mouvement, et Russell parvint cette fois-ci à le
blesser à l’épaule. Il était encore en vie, mais le bras avec lequel il maniait son épée ne lui serait
plus d’aucune utilité.
Des bruissements se firent entendre dans les buissons et derrière les arbres tandis que les
sept soldats restants tentaient d’encercler leur proie. La femme rangea son couteau dans sa
gaine, puis elle passa de sa position accroupie à un sprint. Russell fit une pause pendant une
seconde, stupéfié par sa vitesse et sa grâce, mais il retrouva rapidement ses moyens lorsqu’il
se rendit compte que les soldats se lançaient à ses trousses. Il parvint à en atteindre un avec
une flèche, puis il remarqua qu’un autre soldat pointait un pistolet dans sa direction. Il se
téléporta au loin au moment même où le son du coup de feu se répercutait dans la forêt, se
matérialisant dans un arbre devant la femme.
Les six soldats restants gagnaient rapidement du terrain sur elle.
« Ça suffit ces bêtises. Sors-la d’ici, tout simplement. »
Il descendit d’un bond à la base de l’arbre. Ainsi caché derrière lui, il pouvait l’entendre
s’approcher. Ses pas étaient légers, comme si elle avait à peine besoin de toucher au sol, mais
sa respiration était plus forte et teintée de panique. Il se rangea à côté de l’arbre, se plaçant
directement sur sa trajectoire.
Sa vision nocturne était excellente, car elle l’aperçut immédiatement et dérapa si rapidement
sur le sol en freinant sa course qu’elle se retrouva sur son derrière.
Russell souleva ses mains vides pour lui montrer qu’il ne lui voulait pas de mal, mais elle était
de nouveau sur ses pieds une seconde plus tard, son couteau tiré et pointé vers lui. Il fut une
nouvelle fois stupéfié par sa vitesse et sa grâce.
— Ami, chuchota-t-il en chinois.
Le visage de la femme était partiellement caché par son couteau dressé dans les airs, et il
inclina la tête sur le côté pour mieux la voir.
Elle pivota pour jeter un coup d’œil aux soldats derrière elle. Russell fit quelques pas vers elle,
et elle se retourna vivement pour lui faire face.
Il cligna des yeux. Elle était magnifique et n’était pas une des femmes guerrières de Beyul-La.
Il se serait souvenu d’elle, s’il l’avait déjà rencontrée auparavant.
Ses yeux dorés s’agrandirent tandis qu’elle le regardait des pieds à la tête.
Qui était-elle, par l’enfer ?
— Ami, répéta-t-il en faisant un geste de la main vers l’arbalète sur son épaule. Je vous ai
aidée.
Elle rengaina son couteau, mais laissa sa main autour du manche. Elle n’était apparemment
pas prête à lui accorder toute sa confiance. C’était une femme intelligente. Il avait tout de même
encore envie de lui tordre le cou.
Un reflet métallique derrière un buisson attira son regard et il s’empara d’elle, la tirant derrière
l’arbre à la vitesse vampirique tandis qu’un couteau filait à toute vitesse vers eux. Il ressentit
l’impact du couteau sur l’arbre alors que son dos était posé contre ce dernier.— Lâchez-moi, chuchota la femme en luttant contre son emprise.
Il songea à acquiescer à sa demande. Après tout, elle n’était pas son problème et elle avait
détruit la meilleure chance qu’il avait eue de tuer Han en plus de deux ans.
« Je ne suis pas responsable d’elle », pensa-t-il, mais il fit l’erreur de la regarder. Elle avait de
grands yeux dorés qui luisaient avec émotion. Un beau visage, vibrant et vivant. Délicat, mais
décidé. Il avait l’impression qu’elle était presque en état de panique, mais qu’elle parvenait à
tenir le coup grâce à sa volonté et à son courage. Quelque chose se tordit dans son cœur de
mort-vivant.
« Je vais le regretter. »
Il resserra son emprise, puis il se téléporta au loin avec elle.
Jia se libéra de l’emprise de l’homme dès qu’elle sentit le sol sous ses pieds. Il faisait noir, trop
noir pour y voir quoi que ce soit en dépit de son excellente vision nocturne.
— Doucement, dit l’homme en chinois.
Son accent était étrange et sa voix rauque, comme s’il ne parlait pas souvent.
Elle retira son couteau de sa gaine, prête à frapper s’il l’attaquait. À en juger par son odeur et
le fait qu’il l’avait téléportée, elle savait que c’était un vampire, mais il faisait peut-être partie des
bons, comme ses amis Jin Long et Dou Gal. Cet homme semblait être de son côté, mais
lorsqu’il était question des vampires, les apparences pouvaient être trompeuses. Elle avait
toujours cru que les vampires étaient tous maléfiques jusqu’à ce qu’elle rencontre les bons
vampires.
— Ne bougez pas, bougonna l’homme. Je vais éclairer la pièce afin que vous puissiez y voir
quelque chose.
Le volume de sa voix qui allait en diminuant lui indiqua qu’il s’éloignait d’elle. Jia respira à fond
en essayant de réprimer la panique qui s’était emparée d’elle quand elle avait vu les deux
soldats mourir sous l’impact de ses couteaux.
« Ils étaient l’ennemi », se rappela-t-elle.
Quiconque entravait sa mission devait être éliminé. Rien n’allait l’empêcher de tuer Han.
Elle s’était entraînée depuis l’âge de huit ans, apprenant les arts martiaux avec les garçons
de Tiger Town, puis à l’aide de leçons privées, lançant des couteaux à des cibles de paille
jusqu’à ce que sa vitesse et sa précision soient aussi bonnes que celles d’un homme. Les tas de
paille ne criaient toutefois pas de douleur et ne saignaient pas jusqu’à ce que mort s’ensuive.
Ses 13 années d’entraînement ne l’avaient pas préparée à la sinistre réalité de la guerre.
Elle avait cru qu’elle était prête à faire face à la mort, y compris la sienne. En tant
qu’êtretigre, elle bénéficiait de neuf vies et le passage à sa seconde vie lui offrirait cet avantage
stratégique si nécessaire. Cela lui permettrait de se transformer à tout moment et n’importe où.
Elle aurait pu vaincre ses ennemis facilement, si elle avait été en mesure de se transformer
cette nuit.
Lorsque les soldats avaient chargé dans sa direction, la perspective de mourir sous leurs
mains l’avait toutefois terrifiée. Et s’il découpait son cadavre en morceau afin qu’elle ne puisse
pas se réincarner ? C’était le sort que Han avait réservé à ses parents ainsi qu’à son frère.
Une vision de sa famille mutilée traversa son esprit, suivie par le souvenir des deux soldats
qu’elle avait tués ce soir. Elle frissonna et chassa ces images. Elle devait se reprendre en main
et se concentrer sur sa situation actuelle.
Emplacement inconnu. Ravisseur vampire inconnu.
Elle ouvrit et referma sa main sur le manche de son couteau.
— Qui êtes-vous ?
Il ne répondit pas.Comme elle ne pouvait pas le voir, elle utilisa ses autres sens très développés pour identifier
le lieu où elle se trouvait. Elle était entourée d’une forte odeur terreuse. L’air était chaud et
humide, semblable à celui de la province du Yunnan où Tiger Town était située. Il y avait de
l’eau en mouvement tout près, et le son de cette eau dégoulinante était agréable à ses oreilles.
Elle entendit la mélodie gazouillante d’un oiseau, assourdie et éloignée. Elle était à l’extérieur,
mais sans que le ciel ne se trouve au-dessus de sa tête. Une caverne ?
Pourquoi le vampire l’avait-il emmenée ici ?
Deux mois plus tôt, lorsque les bons vampires étaient partis livrer bataille pour défendre la
vallée de Beyul-La, ils avaient tous transité par Tiger Town et y étaient revenus chaque jour pour
y faire leur sommeil mortel. Son cousin Rajiv, le Grand Tigre, s’était également joint à la bataille,
tout comme ses oncles Rinzen et Tenzen. Elle ne les avait pas accompagnés au combat et était
restée derrière pour régner à la place de son cousin et avait ainsi pu rencontrer des dizaines de
bons vampires pendant qu’elle jouait à la princesse à Tiger Town.
Ce vampire n’avait pas été présent avec eux.
— Qui êtes-vous ? demanda-t-elle de nouveau en reculant d’un autre pas.
— Ne bougez pas, répéta-t-il.
Une flamme apparue à l’extrémité d’un appareil ayant l’apparence d’un pistolet, puis la mèche
d’une lampe à huile de camping s’alluma.
Un cercle de lumière dorée brillait autour de la lampe, illuminant la silhouette de l’homme qui
se penchait au-dessus d’elle. Ce vampire était certainement beau, peu importe qui il était. Elle
avait remarqué cela dans la forêt. Des traits faciaux marqués et un corps solide. Tous les bons
vampires qu’elle avait rencontrés étaient forts et de belle apparence, mais cet homme était
différent. Les bons vampires étaient habituellement bien vêtus, bien peignés, rasés, et bien
élevés. Ils étaient polis, amicaux et respectueux. Elle doutait que l’un d’entre eux puisse enlever
une jeune femme et l’emmener dans une sombre caverne.
Ce vampire avait un aspect plus primitif et dur. Ses pantalons kaki étaient déchirés à
quelques endroits. Son manteau brun longueur genou était vieux et usé. Une barbe foncée
couvrait sa mâchoire carrée. Une partie de ses cheveux s’était échappée de sa petite queue de
cheval et il avait glissé ces mèches derrière ses oreilles. Ses cheveux avaient d’abord semblé
être bruns, mais plus elle les regardait, plus elle détectait de pâles reflets cuivrés qui luisaient à
la lumière dorée de la lampe. Américain, peut-être ? Ou britannique ?
Que faisait-il en Chine ? Que voulait-il d’elle ? Était-il affamé et avait-il l’intention de se nourrir
d’elle ? Elle souleva son couteau, puis recula d’un autre pas.
— Ne…
Plouf. Son pied tomba dans de l’eau fraîche jusqu’à la hauteur de son tibia. Elle recouvra
rapidement son équilibre et ramena son pied sur la terre ferme. Malheureusement, de l’eau
s’était infiltrée dans sa botte de randonnée à hauteur de cheville. Merde. Elle détestait porter
des chaussettes mouillées.
— Je vous avais dit de ne pas bouger, murmura-t-il.
Elle lui lança un regard noir.
— Vous auriez pu m’avertir à propos du lac.
— Ce n’est pas un lac. Et je ne m’explique pas.
Il lui adressa un regard ennuyé qui lui fit cligner des yeux tant il était intense.
Était-il fâché contre elle ? Plus que fâché. Ses yeux bruns luisaient d’une colère contrôlée.
Génial. Elle avait été enlevée par un vampire contrarié.
Il s’éloigna de la lumière, puis il alluma deux autres lampes en peu de temps.
Elle pivota pour jeter un regard autour d’elle, sa botte en cuir détrempé produisant un bruit de
succion quand elle se déplaçait. Ils étaient certainement sous terre. Les murs étaient faits de
roche solide et une partie du plafond élevé était en pierre. Le reste du plafond était une masseembrouillée de racines d’arbres et de terre. De longues bandes de lierre vert pendaient vers le
sol de la caverne depuis son plafond.
D’après ce qu’elle pouvait en dire, ils se trouvaient tout juste sous la surface. Des fentes
minuscules ici et là laissaient entrer l’air frais et humide, et de la mousse d’un vert brillant
s’accrochait aux racines des arbres et au plafond de pierre.
Elle se trouvait sur le rivage sablonneux d’un cours d’eau souterrain. Elle vit une étroite bande
de sable sur le côté éloigné du cours d’eau, puis un mur de roche lisse. Il n’y avait aucune sortie
de ce côté. La caverne était longue et étroite, suivant le tracé du cours d’eau. C’était un bel
endroit, avec la mousse verte et le lierre dans les hauteurs et le son apaisant de l’eau en
mouvement.
À droite, elle découvrit une sombre alcôve, là où le plafond de la caverne était constitué de
roche solide. Il y avait là quelques palettes de bois, disposées côte à côte pour former un
rectangle. Plusieurs sacs de couchage ouverts et une couverture étaient empilés sur ces
palettes. Son lit.
C’était sa maison. Elle jeta un coup d’œil vers lui. Il était en train de léviter vers une racine
d’arbre aux tiges noueuses qui étaient saillantes comme des doigts. Il y accrocha les courroies
en cuir de son arbalète ainsi que son carquois de flèches. Il se laissa redescendre doucement
sur le sol, puis il fit quelques pas vers une table de camping pliante.
Il vida les poches profondes de son manteau, déposant quatre couteaux, un téléphone, deux
pistolets et des munitions supplémentaires sur la table. Il déboucla ensuite la ceinture qui
retenait son épée et posa cette dernière toujours dans son fourreau sur la table. Il n’était
apparemment pas inquiet qu’elle l’attaque, car il était en train de se défaire de toutes ses armes.
Elle pivota une fois de plus sur elle-même pour examiner sa maison. Il avait toute une
collection de matériel de camping : des lampes à huile, deux glacières et deux tables pliantes. Il
s’était également fabriqué une bibliothèque de fortune avec des blocs de ciment et des planches
de bois. Des vêtements soigneusement pliés étaient empilés sur les deux planches du bas. La
planche du dessus était couverte d’un assortiment de livres et de trucs électroniques. Comment
faisait-il pour les alimenter ? Un gros fil serpentait le long du mur de roche et disparaissait parmi
quelques racines d’arbre. Intéressant. Sa caverne n’était pas aussi primitive qu’elle aurait pu le
penser de prime abord.
Le cours d’eau souterrain disparaissait dans un tunnel de roche loin à sa droite, suivant sa
chambre à coucher. Il avait disposé une baignoire en étain d’une autre époque sur le rivage
sablonneux dont le robinet surmontait l’eau. Un grand seau muni d’une longue chaîne était
suspendu à un crochet enfoncé dans le plafond de roche. Sa version d’une douche,
présuma-telle. Près de là se trouvait un support en bois pliant où il avait étalé son linge pour se faire
sécher. Pour un type qui vivait dans une caverne, il semblait plutôt propre et rangé.
— Qui êtes-vous ? demanda-t-il de sa voix grave et grondante derrière elle, faisant picoter sa
peau sur sa nuque.
Elle se retourna et fut bouche bée. Il avait retiré son gros manteau et l’avait rejeté sur la
table. Ce simple geste l’avait transformé, le faisant passer d’un vagabond anonyme à un
superhéros magnifique. Son t-shirt vert foncé s’étirait sur ses épaules incroyablement larges. Le
tissu usé et décoloré s’accrochait à chacun des contours de sa poitrine et de ses abdominaux
musclés avant de longer ses hanches étroites. Il croisa ses bras sur sa poitrine, et elle pensa
que ses manches allaient se déchirer pour laisser de la place à la taille de ses biceps.
Le picotement qu’elle ressentait sur sa nuque descendit le long de sa colonne vertébrale. Elle
n’était pas seulement affectée par ses muscles. Il y avait quelque chose de plus. Sa présence.
Elle semblait remplir la caverne et pire encore, remplir ses sens. Cela ne lui laissa aucun doute.
Cet homme était puissant, intelligent, et peut-être même dangereux.
Elle déglutit avec difficulté.— Qui êtes-vous ?
— Vous savez ce que je suis.
— Un vampire, oui. Je n’ai toutefois pas encore déterminé si vous étiez l’un des bons
vampires.
— Moi non plus.
Sa bouche se tordit d’un air désabusé.
— Je comprends donc que vous avez déjà rencontré les bons ?
Elle hocha la tête.
— Jin Long, Dou Gal, Angus, et quelques autres. Vous les connaissez ?
— Oui. Comment les avez-vous connus ?
Elle ignora sa question.
— Ils sont de votre côté ?
— Seulement lorsque cela me convient.
Il retira une bouteille de sang d’une glacière et l’ouvrit.
— Je ne me nourrirai pas de vous, si c’est cela qui vous inquiète, dit-il avant d’en boire une
longue gorgée.
C’était là une bonne nouvelle. Elle rengaina son couteau.
Il déposa la bouteille et la regarda en fronçant les sourcils.
— Vous m’avez vraiment contrarié.
Sa main retourna se poser sur le manche de son couteau.
Il poussa un petit grognement.
— Je ne vais pas vous faire de mal. Pas après m’être donné la peine de sauver votre joli
derrière.
Elle plissa les yeux.
— Je suis excellente pour viser, alors je vous suggère de reformuler votre dernière phrase.
Il vida sa bouteille, puis il s’essuya la bouche avec le revers de sa main.
— Vous avez raison. Le terme « joli » était une insulte. Je dirais que votre derrière est
fichtrement beau…
Elle retira son couteau de sa gaine, et il s’en moqua.
— Je vous ai sauvée, et vous voulez me tuer ? Vous devriez me remercier.
Elle pointa son arme vers lui.
— Vous m’avez emmenée ici contre ma volonté.
— Préféreriez-vous que je vous ramène là-bas ? Je pourrais vous déposer au camp de Han
et les laisser vous capturer.
Il fit un pas vers elle en la fusillant du regard.
— À quoi avez-vous donc pensé de vous en prendre à une dizaine de supersoldats toute
seule, par le diable ? Tentiez-vous de vous faire tuer ? Vous n’avez pas une famille qui se fait du
souci pour vous quelque part ?
La vision de sa famille mutilée voleta dans son esprit, une fois de plus. Elle poussa un
gémissement intérieur et abaissa son bras.
— Dites-moi seulement où se trouve la sortie, et je partirai immédiatement.
— Il n’y a pas de sortie. Je dois vous téléporter à l’intérieur ou à l’extérieur.
Et il allait aussi contrôler où ils allaient ? Elle fit un geste de la main vers le cours d’eau.
— Je vais suivre l’eau. Je suis certaine qu’elle remonte à la surface à un certain moment.
— Oui, après avoir franchi un tunnel de roche sur une distance d’environ un kilomètre et
demi. Votre corps finirait par émerger. Mort.
Jia se mordit la lèvre, son regard s’aventurant vers l’endroit où le cours d’eau disparaissait
dans le tunnel. Elle n’aurait pas à s’inquiéter de voir son corps être coupé en morceaux, si ellese noyait. Sa peau se couvrit de chair de poule en pensant à ces derniers instants terrifiants où
ses poumons manqueraient d’air…
— Que diable ? chuchota-t-il.
Elle se retourna pour lui faire face.
— Vous êtes en train d’y penser, n’est-ce pas ? Vous êtes suicidaire.
Il marcha à grands pas vers elle.
Elle souleva son couteau.
— N’approchez pas !
Il disparut. Elle n’eut même pas le temps de réagir qu’il se trouvait déjà derrière elle. Son bras
gauche entoura sa cage thoracique et la tira avec force contre sa poitrine. Sa main droite lui
arracha le couteau de la main, puis il le jeta sur le côté.
Il était si incroyablement rapide. Et fort. Elle se mit à douter d’elle-même de nouveau, et cela
lui rappela à quel point il serait difficile pour elle de tuer maître Han toute seule. En tant que
vampire, Han était tout aussi fort et rapide que celui qui la maintenait coincée contre sa poitrine
dure comme de la pierre.
— Libérez-moi.
Elle eut le souffle coupé lorsque la main de Russell chercha à tâtons le long de sa taille à la
hauteur de sa ceinture.
— Vous avez d’autres couteaux ? Dois-je vous fouiller ?
— Lâchez-moi !
— Je le ferai. Tôt ou tard.
Son menton frôla le dessus de sa tête.
— Je n’ai pas encore décidé ce que j’allais faire de vous.
Elle déglutit avec difficulté. Il lui serait impossible d’arriver à maîtriser cet homme. Qui plus
est, où irait-elle, si elle y parvenait ? La seule sortie de cette caverne était le cours d’eau. Et la
mort.
La joue de Russell glissa le long de ses cheveux jusqu’à ce qu’elle ressente sa respiration,
bien chaude contre son oreille. Chaude ? Un vampire ne devrait-il pas être froid ? Sa mâchoire
barbue frotta contre sa joue. Elle éloigna sa tête de lui en l’inclinant sur le côté, mais cela ne lui
donnait qu’un meilleur accès à sa gorge. Il enfonça son nez dans le creux de son cou, et elle
frissonna.
— Vous avez l’odeur d’une personne capable de changer de forme.
Il utilisa ensuite sa main droite pour agripper sa mâchoire et tourner son visage vers lui.
— Et les yeux dorés d’un tigre.
Le regard de Jia croisa celui de Russell, et elle en oublia de respirer pendant quelques
secondes. Son regard était hardi et féroce, comme s’il tentait de regarder son âme. Ses yeux
n’étaient pas d’un brun typique, comme elle l’avait d’abord imaginé, mais plutôt couleur noisette,
avec des éclats dorés et verts qui miroitaient dans le brun.
Il y avait quelque chose de tellement… sincère à propos de ses yeux et de ce qu’ils
exprimaient qu’elle ressentit d’instinct qu’il était solide et honnête. Un homme qui disait et faisait
ce qui était juste à ses yeux et qui ne s’en excusait jamais.
Le regard de Russell baissa vers sa bouche, puis il remonta vers ses yeux.
— Devrais-je vous ramener à Tiger Town par téléportation ?
— Non !
Elle se dégagea de son emprise, surprise pendant un instant qu’il lui permette de le faire.
— Je ne peux pas retourner là ! N’importe où sauf là !
Il sourit d’un air satisfait.
— Vous admettez donc que c’est là où vous vivez.
— Oui, mais je ne peux pas y retourner tant que ma mission ne sera pas terminée.— Votre famille doit être morte d’inquiétude…
— Ma famille est morte ! Mes parents et mon frère, taillés en pièces par maître Han. Je ne
m’arrêterai pas tant que je ne l’aurai pas tué.
Le vampire se raidit.
— Vous ne tuerez pas Han.
— Je le ferai ! J’ai juré de venger ma famille…
— Vous ne tuerez pas Han ! hurla le vampire. C’est moi qui le ferai !
Jia fit une pause, abasourdie par les mots du vampire et l’expression féroce sur son visage.
— Pourquoi voulez-vous…
— Je ne m’explique pas, gronda-t-il avant de faire un pas vers elle. J’étais si près de pouvoir
tuer Han cette nuit. J’avais son cou dans ma ligne de mire et vous avez tout ruiné.
Elle recula.
— Vous…
— Deux années que je passe à traquer ce bâtard, et vous avez tout fait rater !
Elle tressaillit. Ce n’était donc pas étonnant qu’il soit fâché.
— Je ne le savais pas.
— Vous ne connaissez rien à l’art de la guerre. On ne peut pas attaquer ses gardes en
premier. Il ne fera alors que se téléporter au loin.
— Je comprends cela, maintenant. Je ferai mieux la prochaine…
— Il n’y aura pas de prochaine fois pour vous. Le meurtre de Han est mon travail, et vous ne
vous en mêlerez pas !
Jia retint son souffle en se rendant compte de qui ce vampire devait être. Combien de fois
avait-elle entendu Jin Long et son cousin se plaindre à propos de lui ? Angus ne cessait de les
envoyer en mission pour le retrouver et il parvenait toujours à leur échapper d’une façon ou
d’une autre.
Quel était son nom ? On aurait pu dire qu’il était une légende, à voir de quelle manière les
gens parlaient de lui. Certains disaient qu’il était dangereux ; d’autres le considéraient comme un
héros. Selon son cousin, il avait retiré le dispositif de localisation de son bras avec un couteau et
avait disparu pendant deux ans après avoir juré de tuer maître Han. Rajiv et Jin Long s’étaient
déjà retrouvés encerclés par les soldats de Han à quelques reprises, et ce vampire était alors
miraculeusement apparu pour les sauver.
Comme il l’avait sauvée ce soir.
— Je sais qui vous êtes. Vous êtes le… le…
— Le déserteur ? gronda-t-il. Est-ce qu’ils disent que je suis fou ?
— Non ! Bien sûr que non.
Elle tressaillit intérieurement. Ce n’était pas le moment d’admettre que Rajiv l’avait surnommé
« Celui qui est fou ». Et Jin Long prétendait qu’il était un danger public. Elle fouilla dans son
esprit, à la recherche de quelque chose de bon qu’ils avaient pu dire à son sujet.
— Ils disent que vous êtes le meilleur pisteur du monde.
Il la fixa du regard pendant un moment, puis il regarda ailleurs, transférant son poids d’une
jambe à l’autre comme s’il ne savait pas comment répondre à cela.
« Il n’a pas l’habitude de recevoir des compliments », pensa-t-elle.
Son cœur s’adoucit. Quel homme seul devait-il être, mais un homme si merveilleusement
dévoué à sa cause en même temps. Elle inhala brusquement lorsqu’une idée traversa son
esprit.
— Je sais quoi faire ! Nous allons travailler ensemble !
Il cligna des yeux.
— Non.
— Oui !C’était une solution brillante, si brillante qu’elle sentit monter en elle la confiance en vertu de
laquelle elle pourrait aisément parvenir à le convaincre.
— C’est parfait ! Nous avons le même but. Tout ce que nous avons à faire est de nous
associer pour vaincre notre ennemi commun.
— Oh non, par le diable.
— En fait, je pense que le destin nous a réunis à cette fin.
Il hésita un moment, un regard abasourdi s’affichant sur son visage.
Oui ! Il était en train de se raviser. Plus elle pensait à cette nouvelle idée, plus elle devenait
excitée. Elle avait toujours su qu’il serait difficile de tuer Han, mais lorsqu’elle avait demandé à
ses oncles Rinzen et Tenzen de l’aider, ils avaient refusé. Ce qui avait empiré les choses encore
davantage était qu’ils avaient dévoilé son plan à son cousin, suite à quoi Rajiv lui avait interdit de
le mettre en œuvre. Il lui avait dit que la vengeance devrait être laissée aux êtres-tigres
masculins. En tant que princesse résidente de Tiger Town, son travail était d’être une hôtesse et
d’accomplir la cérémonie de thé pour leurs visiteurs. Elle avait alors été grandement tentée de
dire à Rajiv ce qu’il pouvait faire de la théière cérémoniale.
— En tant que vampire, vous pouvez vous charger de la lévitation et de la téléportation,
continua-t-elle. Et moi, je ferai tout ce qui doit être fait pendant le jour. Je peux même être votre
garde de jour pendant que vous êtes dans votre sommeil mortel.
Il secoua la tête.
— Je n’ai pas besoin d’une garde. Personne ne connaît cet endroit.
— Je le connais.
Il poussa un petit grognement.
— Vous n’avez aucune idée de l’endroit où nous sommes.
— C’est encore mieux ! Personne ne devrait connaître l’emplacement de notre cachette
secrète.
— Notre cachette ?
— Oui !
Elle sourit, enchantée de constater qu’il était d’accord.
— Et vous n’avez pas besoin de vous inquiéter que je puisse être un poids pour vous. Je
connais les arts martiaux, et vous avez vu comment je suis douée au lancer du couteau.
— Je travaille seul.
Elle agita une main d’une manière dédaigneuse.
— Je me rends compte que vous êtes enlisé dans votre routine par rapport à cela, mais il est
temps pour vous d’avoir le courage d’essayer quelque chose de nouveau. Nous devons faire
preuve d’audace, afin de pouvoir réussir.
Il lui jeta un regard incrédule.
— Est-ce que vous me traitez de lâche ?
— Bien sûr que non. Je dis seulement que nous serons plus efficaces en tant qu’équipe.
Revenons sur ce qui s’est passé ce soir. Si j’avais été informée de vos plans à l’avance, je ne
serais pas intervenue.
Elle lui adressa un sourire encourageant.
— Nous devrions tout de suite commencer à traquer maître Han. Vous savez où sont ses
camps, n’est-ce pas ? Allons-y !
— Je pense que nous devrions partir, dit le vampire en lui agrippant les bras.
Oui ! Ils formaient une équipe !
— Ne devriez-vous pas prendre vos armes…
Elle s’arrêta, lorsque tout devint noir.
Elle s’éloigna rapidement de lui, lorsque ses pieds touchèrent le sol, puis elle jeta un coup
d’œil autour d’elle. Oh mon Dieu, non. Ils se trouvaient dans la cour de Tiger Town. Des torcheséclairaient le périmètre et des dizaines d’êtres-tigres masculins armés se trouvaient tout près. Ils
la fixèrent tous du regard sous le choc de leur apparition. Son cœur se serra. Elle était
consternée.
— Jia !
Rajiv courut vers elle.
— Où étais-tu passée ?
— Qu’avez-vous fait ? siffla-t-elle au vampire. Je vous avais dit de ne pas me ramener ici.
Rajiv s’arrêta devant elle.
— Jia, que s’est-il passé ? Tu es partie il y a sept jours pour voir mon frère en Thaïlande, et
j’ai reçu aujourd’hui un appel de sa part me disant que tu n’étais jamais arrivée ! J’étais sur le
point de lancer des équipes de recherche pour te retrouver.
Le vampire sourit d’un air satisfait.
— Je pensais que tu aurais pu te faire du souci à son sujet.
— Russell ! s’exclama Rajiv en lui serrant la main. Merci de m’avoir ramené ma cousine.
Russell ? C’était donc ça le nom de ce vampire. Jia lui jeta un regard noir. Cela pourrait
prendre des semaines pour retrouver Han, et maintenant que Rajiv savait ce qu’elle tramait, elle
aurait bien du mal à s’enfuir de Tiger Town.
— Cousine ?
Russell lui jeta un regard circonspect.
— Vous faites partie de la famille royale ?
Elle était royalement contrariée. Rajiv prit la parole avant qu’elle ne puisse répondre.
— Elle est notre princesse résidente, expliqua-t-il. Nous avons une dette envers toi
maintenant que tu nous l’as ramenée saine et sauve.
Le visage de Russell devint froid. Il murmura ces mots sans même la regarder.
— Je vais partir maintenant.
— Vous me laissez ici ?
Une montée de colère se manifesta dans sa poitrine.
— Nous avons le même but. Je pensais que vous me compreniez. Je pensais que je pouvais
vous faire confiance.
Sa bouche s’amincit.
— Vous aviez tort.
Elle recula son bras et lui asséna une puissante claque en plein visage.Chapitre deux
Russell fit bouger sa mâchoire pour s’assurer qu’elle fonctionnait encore. Elle était fichtrement
forte, pour une princesse. Et fichtrement fâchée.
Il détourna les yeux de son regard accusateur. Peu importe ce qu’elle en pensait, il avait fait
la bonne chose. Cette femme avait une famille, la famille royale, et ils étaient soulagés qu’elle
soit de retour saine et sauve. Son plan consistant à se lancer aux trousses de Han était
vraiment suicidaire. Ce bâtard avait des centaines de supersoldats. Elle ne réussirait jamais à le
tuer toute seule.
« C’est pourquoi elle voulait faire équipe avec toi. »
Il poussa un petit grognement dédaigneux et ignora sa voix intérieure. Elle avait sans doute
énormément souffert lorsqu’elle avait perdu ses parents et son frère, mais sa quête de
vengeance ne devait jamais avoir la priorité sur la sienne. La vengeance était tout ce qu’il lui
restait. Elle avait encore de la famille et des amis. Elle avait encore un foyer et un avenir. Elle
n’avait plus à souffrir, désormais.
Et c’était là la grande différence entre eux. Il se fichait bien de souffrir ou de mourir. Il avait
enduré tant de douleur que son cœur froid et mort-vivant était maintenant immunisé face à cela.
Lorsque Angus et ses copains l’avaient trouvé trois ans plus tôt dans la caverne de maître
Han en Thaïlande, ils l’avaient fait sortir de son coma vampirique. Cela avait été très troublant
pour lui de découvrir qu’il avait rejoint les rangs des morts-vivants, mais il s’y était habitué
rapidement. Après tout, le fait d’être un vampire le plaçait sur un pied d’égalité avec le vilain qui
l’avait attaqué. Cela rendait la vengeance possible et lui donnait une raison de vivre.
Russell ne se souvenait pas du tout de comment il s’était retrouvé dans le coma vampirique,
mais il avait été découvert dans la caverne de Han avec le tatouage indiquant qu’il était la
propriété de ce dernier sur son poignet droit. Cela pouvait seulement signifier que Han l’avait
attaqué, l’avait vidé de son sang, et l’avait ensuite planqué pendant 39 fichues années.
La théorie de Russell avait été confirmée lorsqu’il avait rencontré Han et que ce bâtard avait
déclaré que Russell lui appartenait. Russell avait alors su séance tenante que Han devait mourir.
Il y avait toutefois une question qu’il voulait lui poser avant de le tuer, si cela était possible de le
faire.
« Pourquoi ? Pourquoi m’avez-vous laissé là pendant 39 ans ? »
Russell avait tout perdu, pendant ces années. À la différence de Jia, il n’avait plus rien à
perdre. Il n’avait aucune famille, aucun foyer, aucun avenir. Rien ni personne.
C’était ainsi que les choses devaient demeurer. Il devait travailler seul. Une équipière le
ralentirait. Elle le ferait sentir responsable d’elle. Elle le ferait… ressentir. Ces sentiments
l’affaibliraient, et la faiblesse le ferait échouer.
— Tenzen ! dit Rajiv en appelant un de ses oncles. Voulez-vous ramener Jia à sa chambre ?
Les yeux de la princesse flambèrent de colère, et elle dirigea un regard d’or en fusion à
Russell.
— Vous voyez ce que vous avez fait ? Je serai une prisonnière !
Tenzen s’empara de son bras, et elle se libéra de son emprise.
— Je connais le chemin.
Elle souleva son menton et commença à traverser la cour.
Sa digne sortie était quelque peu gâtée par le bruit de ventouse que produisait sa botte
mouillée, mais Russell fut cependant impressionné par son refus d’apparaître vaincue. Était-elle
vraiment une prisonnière ? Il tressaillit en voyant son oncle et deux gardes marcher derrière elle.— Jia, Dieu merci, vous êtes de retour !
J.L. Wang lui sourit en s’approchant d’elle.
— Ça va ?
Les yeux de Russell se plissèrent. J.L. était le vampire dont elle avait parlé en tant qu’ami en
utilisant son nom complet, Jin Long. J.L., un ancien agent spécial du Bureau fédéral
d’investigation, s’était intégré parfaitement au sein de MacKay Sécurité et Enquête. Il était
officiellement le chef de la sécurité pour la bande de vampires de la côte ouest, basée dans sa
ville natale de San Francisco. Il avait toutefois récemment passé la majeure partie de son temps
en Chine, où sa connaissance du chinois aidait les bons vampires dans leur combat contre
maître Han.
Jia souleva une main pour le saluer, mais marcha devant lui sans même lui adresser un mot.
Le sourire de J.L. s’estompa, et une sensation de satisfaction se diffusa dans la poitrine de
Russell.
J.L. trottina vers Rajiv et Russell.
— Que s’est-il passé ?
— Russell l’a trouvée et l’a ramenée, répondit Rajiv.
— Merci, dit J.L. en adressant un sourire rapide à Russell. Nous nous faisions du souci à son
sujet.
Les mains de Russell formèrent des poings.
— Alors, pourquoi n’étais-tu pas avec elle ? Tu dis que tu es son ami, mais tu la laisses seule
face au danger ?
J.L. se raidit.
— Qu’est-ce qui te prend tout à coup ?
— Elle n’était pas seule, expliqua Rajiv. Du moins, pas au début. La femme de mon frère a
récemment donné naissance à des jumeaux et Jia a offert d’être notre émissaire pour leur
apporter des présents et les aider à prendre soin des bébés. Elle s’est mise en route il y a une
semaine avec une petite caravane. Cinq gardes. Elle est parvenue à leur fausser compagnie au
milieu de la nuit une fois la frontière thaïlandaise franchie. Les gardes l’ont cherchée, mais ils ne
sont pas parvenus à la trouver. Ils se sont donc hâtés vers le village de mon frère, qui m’a
appelé ce soir pour m’annoncer qu’elle manquait à l’appel.
— Nous étions sur le point de partir à sa recherche, ajouta J.L. Où l’as-tu trouvée ?
Russell transféra son poids d’une jambe à l’autre. Il n’était pas certain de savoir si ces types
étaient au courant du plan d’assassinat de maître Han de Jia. Il devrait sans doute les en
informer, mais il se trouva étrangement peu disposé à la dénoncer.
— Je n’en suis pas sûr. Quelque part dans le nord du Myanmar.
Les yeux de J.L. se plissèrent, chargés de soupçons.
— Maître Han a un camp là-bas.
Russell haussa les épaules.
— Il a des camps partout.
— Est-ce que Han était là ? demanda Rajiv. Est-ce qu’elle tentait de le tuer ?
Ils étaient donc au courant. Russell soupira.
— Oui, elle a tenté de le faire et est passée bien près de réussir.
J.L. inspira en produisant un sifflement.
Rajiv grimaça.
— Je lui ai strictement interdit de s’approcher de Han ou de ses camps.
J.L. secoua la tête.
— Elle est trop impétueuse. Elle va se faire tuer.
Une montée de colère traversa le corps de Russell.— Elle fait au moins quelque chose ! Elle a eu le courage de se lancer à ses trousses, ce qui
est plus que ce que je peux dire à propos de vous deux !
Les yeux de Rajiv luisirent de colère.
— Si tu sais où Han se trouve, dis-le-moi et je le tuerai volontiers. J’ai promis à Jia que je
vengerais sa famille. Et puisque tu l’as trouvée, tu dois avoir été près de Han toi aussi. Pourquoi
est-ce que tu ne l’as pas tué ?
La mâchoire de Russell bougea tandis qu’il serrait les dents les unes contre les autres.
— Tu penses que nous ne faisons rien ici ? demanda J.L. en lui adressant un regard noir. Au
cours des deux derniers mois, nous avons attaqué six camps de Han et nous avons capturé ses
supersoldats. Ils sont dans la clinique en ce moment et seront ramenés à leur état normal.
— Nous avons réduit les effectifs de l’armée de Han à 320 soldats, ajouta Rajiv.
Russell s’en moqua.
— Nous devons tuer Han, au lieu de sauver des soldats, dit Russell. Une fois la tête morte, le
corps se fanera.
— Alors, appelle-nous la prochaine fois que tu verras Han, gronda J.L. Nous sommes sur le
même côté, par le diable !
Russell recula pour se téléporter au loin.
— À plus tard.
— Attends ! dit J.L. en levant une main. Nous devons en savoir plus. Est-ce que Han est
encore au Myanmar ?
— Il est parti, répondit Russell en fronçant les sourcils. Il n’y a aucun moyen de savoir où il se
trouve, maintenant. Et il avait le garçon dragon avec lui.
— Xiao Fang ? demanda Rajiv. Est-ce qu’il va bien ?
— Ça semblait être le cas.
— Laisse-moi t’apporter un téléphone satellite, dit J.L. La prochaine fois que tu verras Han…
— J’ai un téléphone.
— Mais la pile…
— Elle est chargée.
Russell visualisa sa tanière souterraine, prêt à s’y téléporter. Notre cachette secrète, comme
la princesse l’avait nommée. Ce qu’elle avait dit était-il vrai ?
— Est-elle vraiment prisonnière ?
Rajiv jeta un coup d’œil en direction des maisons à côté de la cour. Jia avait disparu dans une
des allées étroites.
— Elle exagère. Elle est libre d’aller où elle veut dans Tiger Town.
Tiger Town était un village de petite taille. Russell étouffa la colère qui grésillait toujours en lui.
Comment osaient-ils réprimer un esprit combattant comme le sien ?
— Je la téléporterai en Thaïlande si elle veut encore visiter les êtres-tigres qui s’y trouvent,
offrit J.L.
Russell poussa un petit grognement. Ces imbéciles pensaient-ils encore qu’elle voulait garder
des enfants ? Elle était probablement en train d’aiguiser ses couteaux en ce moment en
préparant un plan d’évasion. Elle n’avait qu’une chose en tête : tuer Han.
Et il devait y arriver avant elle. Russell se téléporta au loin.
Jia verrouilla sa porte de l’intérieur. La dernière chose dont elle avait besoin en ce moment était
que quelqu’un fasse irruption dans sa chambre pendant qu’elle examinait sa cache d’armes. Elle
fonça à travers la pièce sombre et ouvrit les stores de la fenêtre arrière. Le ciel avait été couvert
au Myanmar, mais ici, dans la province du Yunnan en Chine, le ciel était dégagé.
D’innombrables étoiles et un quartier de lune brillaient à travers la fenêtre. Il y avait
suffisamment de lumière pour qu’elle puisse voir grâce à son excellente vision nocturne.