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L'Art équestre... L'Art trahi

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166 pages
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Description

Le vide, un vide étrange, oppressant, l'accueillit. Une émotion trouble le fit tressaillir, l'odeur de la paille souillée d'urine avait remplacé celle des chevaux. Il y en avait partout, comme si une tornade était passée. Le si beau couloir pavé était à l'abandon. La valse des balais, les voix rugueuses des palefreniers, le souffle des chevaux, leur concert de mâchoires lorsqu'à l'unisson, avides, ils engloutissaient leur ration, tout s'était tu. Silence, silence de lamentation muette, traversé par le vol furtif d'une hirondelle perdue. Un roman intense, traversé de part en part par la poésie animale du monde équestre où Jacques Papin raconte, à travers l'amour d'un petit garçon pour les chevaux, l'insidieuse trahison dont a été victime l'Art équestre. "Les politiques aimables se congratulaient... Ils vont le gâter, ce nouveau bébé, le coucher dans les dossiers, le border dans des réunions sans fin, lui donner la tétée à condition qu'il accepte certains petits virements. Une élite? Nous allons voir ça..."

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Ajouté le 13 mai 2013
Nombre de lectures 50
EAN13 9782342006339
Langue Français
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L'Art équestre… L’Art trahi
Jacques Papin L’Art équestre… L’Art trahi
Publibook
Retrouvez notre catalogue sur le site des Éditions Publibook : http://www.publibook.com Ce texte publié par les Éditions Publibook est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Éditions Publibook 14, rue des Volontaires 75015 PARIS – France Tél. : +33 (0)1 53 69 65 55 IDDN.FR.010.0118466.000.R.P.2013.030.31500 Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2013
Le vieux trafic roule. Au volant, Marcel a les yeux fixes, les yeux des gens décidés, obstinément décidés. La route file sous les phares, il la regarde à peine, seul son cœur le guide, usé d’en avoir trop vu, trop accepté. Il a pris la décision de fuir, d’abandonner et par là de respecter sa vérité. Un bateau le suit chaque fois qu’il regarde dans le rétroviseur, un canot breton, moulé pour épouser la va-gue, se marier avec elle, la chevaucher avec aisance. Arrivé au port, il manœuvre pour présenter la petite embarcation droit sur la cale. Il fait nuit, une nuit dense où les étoiles semblent le surveiller avec attention. La remor-que recule ; il est fier ce bateau, il a une grosse proue faite pour dominer la houle, un corps de baleine pour s’amuser avec. Très vite, une fois dans l’eau, Marcel le décroche, le pousse dans son élément et y grimpe à la seule force de ses bras, abandonnant trafic et remorque à leur sort. Qu’importe, il sait qu’il ne reviendra plus, qu’il ne revien-dra pas sur sa décision. Ce bateau conquérant n’est plus qu’un reste de sa vie. Heureusement, la mer est calme, noire avec de furtifs scintillements de vaguelettes. Au bout de la jetée, un phare balaye le large de son gros œil amplifié. Les maisons de la côte dorment. On entend juste un léger clapotis de routine qui s’échoue. Docile, le moteur démarre d’un seul coup de tirette, Marcel prend la barre et lui et le bateau s’éloignent lentement. De loin, on aurait pu croire qu’ils avaient ren-dez-vous avec le firmament. De très loin on aurait cru entendre l’écume embrasser l’étrave têtue, résonance d’une symphonie inlassable, mystérieusement émergée d’un clavier souverain.
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Tous les matins, en même temps que les oiseaux sa-luaient le jour, le marteau des maréchaux offrait son concert à Saumur. La carrière du Chardonnet, cintrée des grandes et moyennes écuries, du magistral manège des écuyers, des longs casernements, ceinture de tuffeau et de tuiles, jouait à merveille son rôle de caisse de résonance. Par les temps clairs et froids d’hiver, cette musique cristal-line sans mesure réussissait, se glissant à travers l’enchevêtrement des ruelles, à pénétrer le cœur de la ville. Les grillons se levaient tôt à Saumur ! Peu à peu, les chevaux sortaient de partout et du clique-tis rythmé de leurs fers couvraient bientôt la sérénade argentée des enclumes frappées à tour de bras, du vif mar-tèlement de la tête des clous. Saumur sentait le cheval ! Moins poétique, la pétarade de ceux que les derniers co-chers traitaient de « tas de ferraille » prenait de plus en plus d’ampleur. On s’invectivait souvent aux carrefours en termes peu amènes. Dans les écuries aux stalles bondées, les palefreniers rougeauds et trapus brassaient à grands coups de fourche la paille craquante. Senteur de crottins frais alliée à celle des champs de blé ondulant sous le vent. Le château, tout là-haut, regardait passer la Loire, concurrente de sa majes-té. Le soleil venait à peine de se lever et déjà la ville grondait, s’ébrouait, se lançait dans des étirements d’amoureuse comblée. Saumur vivait au rythme du pas des chevaux. On mar-chait dans les passages étroits, on trottait sur les grandes avenues, on renâclait, battant la mesure d’un pied au patu-ron nerveux lorsqu’il fallait s’arrêter aux carrefours. Certains fumaient et soufflaient du trajet effectué la nuit pour livrer à l’heure ce qui viendra colorier l’étal des mar-chands de légumes. Le vin commençait à franchir les
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