La fille automate

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La sublime Emiko n’est pas humaine. C’est une créature artificielle, élevée en crèche etprogrammée pour satisfaire les caprices décadents d’un homme d’affaires de Kyoto. Êtressans âme pour certains, démons pour d’autres, les automates sont esclaves, soldats ou jouetspour les plus riches, en ce XXIe siècle d’après le grand krach énergétique, alors que les effetssecondaires des pestes génétiquement modifiées ravagent la Terre et que les producteurs decalories dirigent le monde. Qu’arrive-t-il quand l’énergie devient monnaie ? Quand lebioterrorisme est outil de profit ? Et que les dérives génétiques font basculer le monde dansl’évolution posthumaine ? Dans ce premier roman récompensé par quatre prix, Hugo, Campbell, Nebula et Locus 2010,Paolo Bacigalupi développe, avec une approche à la William Gibson, une anticipationgéopolitique des plus réalistes.

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Ajouté le 15 mai 2013
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EAN13 9782846264686
Langue Français
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La sublime Emiko n’est pas humaine. C’est une créature articielle, élevée en crèche et programmée pour satisfaire les caprices décadents d’un homme d’affaires de Kyoto. Êtres sans âme pour certains, démons e pour d’autres, les automates sont esclaves, soldats ou jouets pour les plus riches, en ceXXIsiècle d’après le grand krach énergétique, alors que les effets secondaires des pestes génétiquement modiées ravagent la Terre et que les producteurs de calories dirigent le monde. Qu’arrive-t-il quand l’énergie devient monnaie ? Quand le bioterrorisme est outil de prot ? Et que les dérives génétiques font basculer le monde dans l’évolution posthumaine ? Dans ce premier roman récompensé par quatre prix, Hugo, Campbell, Nebula et Locus 2010, Paolo Bacigalupi développe, avec une approche à la William Gibson, une anticipation géopolitique des plus réalistes. Les nouvelles de Paolo Bacigalupi ont été publiées dans de nombreux journaux et magazines deSF. Ses ctions ont été sélectionnées pour les prix Nebula et Hugo et il a remporté le prix eodore Sturgeon de la meilleure nouvelle en 2006. Il écrit également des essais, publiés dans de nombreux journaux américains. Il vit dans l’Ouest du Colorado avec sa femme et son fils.La Fille automateest son premier roman.
Paolo Bacigalupi La Fille automate Roman traduit de l’anglais (États-Unis) par SARA DOKE
Chapitre 1 Chapitre 2 Chapitre 3 Chapitre 4 Chapitre 5 Chapitre 6 Chapitre 7 Chapitre 8 Chapitre 9 Chapitre 10 Chapitre 11 Chapitre 12 Chapitre 13 Chapitre 14 Chapitre 15 Chapitre 16 Chapitre 17 Chapitre 18 Chapitre 19 Chapitre 20 Chapitre 21 Chapitre 22 Chapitre 23 Chapitre 24 Chapitre 25 Chapitre 26 Chapitre 27 Chapitre 28 Chapitre 29 Chapitre 30 Chapitre 31 Chapitre 32
Table desmatières
Chapitre 33 Chapitre 34 Chapitre 35 Chapitre 36 Chapitre 37 Chapitre 38 Chapitre 39 Chapitre 40 Chapitre 41 Chapitre 42 Chapitre 43 Chapitre 44 Chapitre 45 Chapitre 46 Chapitre 47 Chapitre 48 Chapitre 49 Chapitre 50 Épilogue
1 — Non. Pas de mangoustan. (Anderson Lake se penche, l’index en avant.) Je veux celui-ci.Kaw pollamai nee khap.Celui à la peau rouge avec les poils verts. La paysanne sourit, dévoilant des dents noircies par le bétel et désigne une pyramide de fruits entassésà côté d’elle. Un nee chai mai kha ? — C’est ça. Ceux-ci.Khap.(Anderson hoche la tête et se force à sourire.) Comment les appelle-t-on ? Ngaw. Elle prononce le nom lentement, par égard pour ses oreilles étrangères, et lui tend un échantillon. Anderson prend le fruit en fronçant les sourcils. — C’est nouveau ? Kha. Elle opine. Anderson fait tourner le fruit dans sa main, l’étudie. Cela ressemble plus à une anémone de mer au ton criard, ou à un poisson-globe étrangement velu, qu’à un fruit. Des vrilles grossières saillent de toutes parts, lui chatouillent la paume. La peau du fruit a la couleur de la rouille vésiculeuse mais, quand il le reni/e, il ne flaire aucune odeur de pourriture. Il semble parfaitement sain, malgré son apparence. Ngaw, répète la paysanne puis, comme si elle lisait ses pensées : Nouveau. Pas rouille. Anderson hoche distraitement la tête. Lesoimarché autour bruisse des chalands matinaux de du Bangkok. Des montagnes de durians emplissent les allées en piles puantes tandis que les poissons à tête de serpent et lesplaaà nageoires rouges éclaboussent les passants depuis leurs bassins. Des bâches polymères d’huile de palme ploient sous la fournaise du soleil tropical, ombrant le marché avec leurs gurations peintes à la main de sociétés maritimes ou du visage de la Reine Enfant révérée. Un homme le bouscule, des poulets carmin à la main levée haut, qui se débattent et caquettent leur outrage, en route vers l’abattoir ; une femme enpha sin coloré marchande en souriant avec les vendeurs, faisant baisser les prix du riz U-Tex transpiraté et de la nouvelle variante de tomates. Rien de tout cela ne touche Anderson. Ngaw, répète la femme, cherchant à attirer son attention. Les longues vrilles du fruit lui chatouillent la paume, le mettant au dé de reconnaître son origine. Un nouveau succès thaï dans le piratage génétique, de même que les tomates, les aubergines et les piments qui débordent des étals avoisinants. Comme si les prophéties grahamites se réalisaient. Comme si saint François lui-même se retournait dans sa tombe, agité, se préparant à traverser le monde avec le trésor des calories historiques perdues. Et les trompettes annonceront sa venue et l’Éden sera. Anderson fait tourner le fruit étrange dans sa main. Il ne pue pas la cibiscose. Il ne présente pas la croûte de la rouille vésiculeuse. Aucun graffiti de charançon transpiraté ne décore sa peau. Fleurs, légumes, arbres et fruits forment la géographie mentale d’Anderson Lake, pourtant, il n’y trouve nulle aide qui le mènerait à une identification. Ngaw. Un mystère. Il mime l’action de le goûter, la paysanne reprend le fruit. Son pouce brun ouvre facilement l’écorce velue, révélant un cœur pâle. Translucide et veiné, il ne ressemble à rien autant qu’à un oignon au vinaigre tel qu’on en utilise pour décorer les Martini dans les centres de recherche de Des Moines.
Elle lui tend le fruit à nouveau. Anderson renifle avec méfiance. Inhale la fragrance fleurie.Ngaw. Cela ne devrait pas exister. Hier, cela n’existait pas. Hier, pas un seul étal de Bangkok ne vendait ce fruit ; à présent, ils sont entassés en pyramides autour de la femme crasseuse accroupie sur le sol à l’ombre partielle de son auvent. Autour de son cou, une amulette dorée étincelante du martyr Phra Seub lui fait un clin d’œil, c’est un talisman contre les épidémies agricoles des sociétés caloriques. Anderson aimerait observer le fruit dans son habitat naturel, sur un arbre ou sous les feuilles d’un arbuste. Avec quelques informations supplémentaires, il pourrait deviner les gènes, la famille, il pourrait discerner un murmure du passé génétique que le royaume thaï tente de ressusciter, mais il ne voit aucun autre indice. Il glisse la boule translucide et lisse dungawdans sa bouche. Un coup de poing de saveur, gorgé de sucre et de fertilité. La bombe /orale collante recouvre sa langue. C’est comme s’il était de retour dans les champs HiGro de l’Iowa et qu’un agronome de la Convention Midwest offrait son premier sucre d’orge au garçon de ferme pieds nus qu’il était alors. Cette commotion de saveur – de véritable saveur – après une vie entière de privations. La chaleur s’intensie. Les chalands se bousculent et marchandent, mais rien ne le touche. Il fait rouler le ngaw dans sa bouche, les yeux fermés, goûtant le passé, dégustant l’époque où ce fruit avait dû être abondant avant que la cibiscose, les charançons nippons transpiratés, la rouille vésiculeuse et la gale purulente n’aient rasé le paysage. Dans la moiteur étouffante du soleil tropical, entre les grognements des buffles d’eau et les cris des poulets mourants, il est au paradis. S’il était grahamite, il tomberait à genoux pour remercier, extatique, la saveur du retour d’Éden. Anderson crache le noyau noir dans sa main, souriant. Il a lu les carnets de voyages des botanistes et des explorateurs historiques, les hommes et les femmes qui ont vaincu la sauvagerie des jungles de la planète à la recherche de nouvelles espèces – leurs découvertes ne sont rien comparées à ce fruit unique. Tous cherchaient à découvrir. Lui perçoit une résurrection. La paysanne sourit fièrement, sûre de sa vente. Ao gee kilo khat ? Combien ? — Sont-ils sûrs ? demande-t-il. Elle désigne les certicats du ministère de l’Environnement sur le sol à côté d’elle, soulignant les dates d’inspection du doigt. — Dernière variation, dit-elle. Meilleure qualité. Anderson étudie les sceaux étincelants. Elle a certainement payé les chemises blanches plutôt que subi l’inspection complète qui aurait garanti l’immunité à la rouille vésiculeuse de huitième génération et la résistance aux cibiscoses 111.mt7 et mt8. Le cynisme d’Anderson estime que ça n’a pas vraiment d’importance. Les sceaux compliqués qui scintillent au soleil sont moins fonctionnels que talismaniques, juste de quoi rassurer les gens dans un monde dangereux. En vérité, si la cibiscose devait ressurgir, ces certicats ne changeraient rien. Ce serait une nouvelle variation et les tests aujourd’hui en vigueur seraient inefficaces : les gens prieraient devant leurs amulettes de Phra Seub et les images du roi Rama XII, ils feraient des offrandes aux saints piliers de la cité et ils cracheraient leurs poumons, tous, quels que soient les sceaux du ministère sur leurs produits. Anderson met le noyau dans sa poche. — Je vais en prendre un kilo. Non. Deux.Song. Il tend un sac de chanvre sans même tenter de marchander. Quoi que demande la paysanne, ce serait trop peu. Les miracles ont la valeur du monde. Un gène unique qui résiste à une épidémie calorique ou qui utilise plus efficacement l’ozone fait augmenter tous les prix. S’il avait examiné le marché à cet instant, partout cette évidence lui serait apparue. Les allées bruissent de aïs achetant de tout, depuis les versions piratées du riz U-Tex aux variantes vermillon de volaille. Mais toutes ces denrées sont de vieilles améliorations, issues des manipulations d’AgriGen, de PurCal ou de Total Nutrient Holding. Les fruits d’une science ancienne, élaborée dans les entrailles des labos de recherche de la Convention Midwest.
Lengawest différent. Lengawne vient pas du Midwest. Le royaume thaï est malin quand d’autres ne le sont pas. Il prospère tandis que des pays comme l’Inde, la Birmanie ou le Vietnam tombent comme des dominos, meurent de faim et mendient les avancées scientifiques des monopoles caloriques. Quelques personnes s’arrêtent pour examiner les achats d’Anderson, même si lui estime leur prix dérisoire, eux le jugent trop élevé et passent leur chemin. La femme lui tend lesngawet Anderson rit presque de plaisir. Pas un seul de ces fruits velus ne devrait exister ; il pourrait tout aussi bien soupeser un sac de trilobites. Si ses soupçons sur leur origine sont exacts, ils représentent une résurrection aussi choquante qu’un tyrannosaure se baladant sur anon Sukhumvit. Mais on peut dire la même chose des pommes de terre, des tomates et des piments dont le marché regorge dans une abondance magnique, une collection impressionnante de noctombres que personne n’avait vue depuis une éternité. Dans cette cité au bord de la noyade, tout semble possible. Les fruits et les légumes sortent de la tombe, les /eurs éteintes re/eurissent sur les avenues et, derrière tout cela, le ministère de l’Environnement fait de la magie avec un matériel génétique perdu depuis des générations. Son sac de fruits à la main, Anderson se glisse hors dusoivers l’avenue. Le trac grouille, les navetteurs du matin ont envahi anon Rama IX comme le Mékong en pleine crue. Des vélos et des rickshaws, des buffles d’eau bleu-noir et d’immenses mastodontes à la démarche traînante. Lorsqu’il voit arriver Anderson, Lao Gu sort de l’ombre d’un immeuble de bureaux en ruines, pinçant prudemment le mégot brûlant d’une cigarette. Noctombres encore. Elles sont partout. Nulle part ailleurs au monde, mais ici elles abondent. Lao Gu fourre le reste du tabac dans une poche de sa chemise en loques et trottine devant Anderson vers leur rickshaw. Le vieux Chinois n’est qu’un épouvantail vêtu de guenilles, pourtant, il a de la chance. Il est vivant quand la plupart des siens sont morts. Il a un emploi quand les autres réfugiés de Malaisie sont entassés comme des poulets en batterie dans les tours étouffantes de l’Expansion. Lao Gu a des muscles secs et assez d’argent pour s’offrir des cigarettes Singha. Pour le reste des réfugiés yellow cards, il a la chance d’un roi. Il enjambe la selle du rickshaw et attend patiemment qu’Anderson grimpe sur le siège derrière lui. — Au bureau, lance ce dernier.Bai khap.(Il passe au chinois : )Zou ba. Le vieil homme se dresse sur les pédales et ils se mélangent au trac. Irritées par leur intrusion, les sonnettes de vélo tintent comme s’ils annonçaient la cibiscose. Lao Gu les ignore et se glisse dans le /ux de l’embouteillage. Anderson tend la main vers un autrengawmais se retient. Il doit les conserver. Ils ont trop de valeur pour qu’il les gobe comme un enfant gourmand. Les aïs ont trouvé une nouvelle manière de déterrer le passé et tout ce dont il a envie, c’est de se gaver des preuves de leur ingéniosité. Il tambourine des doigts sur le sac de fruits, luttant pour se contrôler. Pour se distraire, il fouille son paquet de cigarettes et en allume une. Il aspire la fumée de tabac, savoure la brûlure, se souvient de sa surprise lorsqu’il a découvert les succès du royaume thaï et l’abondance des noctombres. Il pense à Yates. Se souvient de la déception de l’homme quand ils discutaient, face à face, l’histoire ressuscitée fumant entre eux. — Les noctombres. L’allumette de Yates étincela dans l’ombre des bureaux de SpringLife, illuminant ses traits /euris quand il alluma la cigarette. Il inspira profondément. Le papier de riz crépita. Le bout incandescent brilla et Yates souffla un nuage de fumée vers le plafond où les ventilateurs peinaient à lutter contre la touffeur de la pièce. — Aubergines. Tomates. Piments. Pommes de terre. Jasmin. Nicotiane. (Il leva sa cigarette et fronça un sourcil : ) tabac. Il aspira une nouvelle bouffée, plissant les yeux dans la fumée. Tout autour, les bureaux dans l’ombre et les ordinateurs à pédale de l’entreprise baignaient dans le silence. Dans la soirée, une fois l’usine fermée, c’était encore possible de voir ces bureaux comme autre chose que la topographie de l’échec. Les ouvriers pouvaient être rentrés chez eux, se reposer avant une autre dure journée de labeur. La poussière sur les chaises et les ordinateurs à pédale démentaient cette impression, mais, dans l’obscurité, avec les ombres
drapées sur les meubles et le clair de lune ltrant à travers les persiennes d’acajou, il était facile d’imaginer ce qui aurait pu être. Les ventilateurs à manivelle continuaient à tourner lentement, les courroies de caoutchouc laotien grinçaient en traversant le plafond, tirant un mince let d’énergie cinétique depuis les piles à ressort principales de l’usine. — Les aïs ont eu de la chance dans leurs laboratoires, dit Yates. Et maintenant, vous voici. Si j’étais superstitieux, je penserais qu’ils vous ont conjuré en même temps que leurs tomates. Pour ce que j’en sais, chaque organisme a besoin d’un prédateur. — Vous auriez dû envoyer des rapports sur leurs progrès, lui reprocha Anderson. Cette usine n’est pas de votre seule responsabilité. Yates fit la grimace. Son visage était une caricature d’effondrement tropical. Des vaisseaux sanguins éclatés /eurissaient sur ses joues et sur le bulbe de son nez, dessinant un territoire en dégénérescence. Ses yeux bleus mouillés cillaient en regardant Anderson, aussi brumeux que l’air étouffant d’ordures de la ville. — J’aurais dû savoir qu’on me prendrait la place. — Ce n’est pas personnel. — Ce n’est que le travail d’une vie. Il rit d’un raclement sec rappelant le premier stade de la cibiscose. Si Anderson n’avait su que Yates, comme tout le personnel d’AgriGen, était vacciné contre les nouvelles variantes, il aurait aussitôt quitté la pièce. — J’ai passé des années à construire tout ceci, poursuivit Yates. Et vous me dites que ce n’est pas personnel ! (Il désigna la fenêtre du bureau qui donnait sur l’étage de fabrication.) J’ai des piles-ARde la taille de mon poing qui emmagasinent un gigajoule. Cela quadruple le ratio capacité-poids de tous les ressorts sur le marché. Je suis assis sur une révolution dans le stockage de l’énergie et vous allez foutre ça à la poubelle. (Il se pencha en avant.) Nous n’avons pas eu d’énergie aussi facilement transportable depuis le pétrole. — Uniquement si nous sommes capables de la produire. — Nous y sommes presque, insista Yates. Ce n’est qu’une question de bains d’algues. C’est le seul point d’achoppement. Anderson ne réagit pas. Yates sembla prendre cela pour un encouragement. — Le concept fondamental est solide. Une fois que les bains produiront en quantités suffisantes… — Vous auriez dû nous tenir informés dès que vous avez vu les noctombres sur le marché. Les aïs font pousser des pommes de terre avec succès depuis au moins cinq saisons. Ils ont manifestement une banque de semences à leur disposition. Pourtant, vous n’en avez rien dit. — Ce n’est pas ma spécialité. Je m’occupe de stockage d’énergie. Pas de production. Anderson renifla son mépris. — Où allez-vous trouver les calories pour remonter vos super piles-ARen cas d’épidémie ? La rouille vésiculeuse mute toutes les trois saisons à présent. Les hackers génétiques piratent nos créations pour le blé TotalNutrient et pour SoyPRO. Notre dernière variation de maïs HiGro ne combat la prédation des charançons qu’à 60 %, et on apprend que vous êtes assis sur une mine d’or génétique ! Les gens meurent de faim… Yates rit. — Ne me parlez pas de sauver des vies. J’ai vu ce qui s’est passé avec la banque de semences en Finlande. — Nous n’avons pas fait exploser les coffres-forts. Personne ne savait que les Finlandais étaient de tels fanatiques. — N’importe quel idiot dans la rue aurait pu l’anticiper. Les sociétés caloriques ont une certaine réputation. — Ce n’était pas mon opération. Yates rit à nouveau.
— C’est toujours notre excuse, n’est-ce pas ? L’entreprise s’engage sur une voie douteuse et nous, nous nous écartons en nous en lavant les mains. Nous nous comportons comme si nous n’avions aucune responsabilité. Elle retire le SoyP R Odu marché birman et nous détournons la tête, à prétendre que les questions de droits intellectuels ne nous concernent pas. Mais les gens meurent de faim. (Il tira sur sa cigarette, exhala la fumée.) Je ne sais pas comment vous parvenez encore à dormir. — C’est facile. Une petite prière à Noé et à saint François et, Dieu merci, nous conservons notre avance sur la rouille vésiculeuse. — Alors, c’est tout ? Vous allez fermer l’usine ? — Non, bien sûr que non. La fabrication des piles-ARva continuer. — Oh ? Yates se pencha en avant, plein d’espoir. Anderson haussa les épaules. — C’est une couverture utile. Le bout incandescent de la cigarette atteint les doigts d’Anderson. Il laisse tomber le mégot dans le trac, frotte son pouce et son index tandis que Lao Gu continue à pédaler dans les rues encombrées. Bangkok, la cité des êtres divins, bruisse autour d’eux. Des moines en robes safran se promènent sur les trottoirs à l’ombre de leurs grands parapluies noirs. Des enfants courent en groupe vers les écoles des monastères, bousculent les passants et s’essaiment, rient et s’appellent à grands cris. Des vendeurs de rue tendent leurs bras drapés de guirlandes de soucis, offrandes pour le temple, proposent des amulettes scintillantes de moines révérés pour se protéger de tout, depuis la stérilité jusqu’à la gale purulente. Des étals de nourriture fument et grésillent dans l’odeur d’huile de friture et de poisson fermenté ; autour des chevilles de leurs clients, les formes tremblotantes et chatoyantes des cheshires s’enroulent en gémissant, espérant quelques restes. Plus haut se dressent les tours de l’ancienne Expansion de Bangkok, vêtues de lierre et de moisissure, leurs fenêtres explosées depuis longtemps, elles ressemblent à de grands os blanchis par les charognards. Sans air conditionné ni ascenseurs pour les rendre habitables, elles se contentent de cloquer au soleil. La fumée noire des feux de fumier illégaux s’échappe de leurs pores, révélant les locaux où les réfugiés malais font cuire leurs chapatis et bouillir leurskopisavant que les chemises blanches n’aient le temps d’investir leur refuge dans les hauteurs et de les tabasser pour leur crime. Au milieu des les d’embouteillage, les réfugiés de la guerre du charbon venant du nord se prosternent, mains tendues, exquisément polis dans leur posture suppliante. Les vélos, les rickshaws, les wagons tirés par les mastodontes les contournent, s’écartent comme une rivière autour d’un éboulis. Les excroissances en chou-/eur dufa’gannez et bouche des mendiants. La noix de bétel noircit leurs dents. déforment Anderson fouille dans sa poche et lance une poignée de pièces à leurs pieds, hoche légèrement la tête à leurs waide remerciement. Puis les murs blanchis et les allées du district industriel desfarangDes hangars et des apparaissent. usines serrés les uns contre les autres dans une odeur de sel et de poisson pourri. Des marchands ambulants encadrent les allées, protégés du soleil de plomb par des carrés de bâches et des couvertures. Plus loin s’élèvent les digues et les murs du roi Rama XII, comme un verrou contenant la masse écrasante de l’océan. Il est difficile d’ignorer la présence de ce rempart et la pression de l’eau sur lui. Il est difficile de voir la cité des êtres divins autrement que comme un désastre en devenir. Mais les aïs sont entêtés et se sont battus pour protéger de la noyade leur cité sainte de Krung ep. À l’aide de pompes alimentées au charbon, du barrage et d’une foi profonde dans la conduite visionnaire de la dynastie Chakri, ils sont jusqu’à présent parvenus à retenir ce qui a englouti New York et Rangoon, Mumbai et La Nouvelle-Orléans. Lao Gu accélère dans une allée, donne de la sonnette avec impatience pour éloigner les coolies qui encombrent l’artère. Des caisses ToutTemps se balancent sur leurs dos bruns. Les logos des piles-AR chinoises Chaozhou, des poignées anti-bactériennes Matsushita et des ltres à eau en céramique Bo Lok