Les Manteaux-Rouges
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Extrait : "Pendant la guerre de sept ans, l'Empire employa dans ses armées, sous le nom de Pandours, un corps franc extrêmement redouté. On appelait alors corps franc, une réunion d'hommes, tirés de toute sorte de nations, ne recevant point de solde en campagne, et vivant uniquement de rapines et de brigandage."

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EAN13 9782335040234
Langue Français

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Exrait

EAN : 9782335040234

 
©Ligaran 2015

Introduction
Cet épisode des premières guerres de la Révolution française n’est point un roman ; tous les évènements en sont historiques ; tous les personnages ont réellement existé ; quelques-uns même existent encore. L’auteur n’a eu qu’à développer les situations en prêtant à chaque personnage le langage qu’il a dû tenir. C’est un de ses amis, autrefois officier dans l’armée de Condé, M. le chevalier C. de S ***, qui lui a suggéré la première idée de cet ouvrage, et lui a fourni les matériaux et les documents nécessaires pour le composer. Cet officier tenait de la bouche du baron de Kergeoffrouet, du principal acteur, les détails encadrés dans les quatre premiers chapitres. Le reste de l’ouvrage est tiré de la correspondance du baron avec la même personne.
L’auteur aurait pu copier ces lettres, écrites à diverses époques de Bruxelles, de Maëstricht, de Paris ; le désir de donner plus de mouvement à l’action lui a fait rejeter la forme épistolaire, toujours un peu languissante de sa nature ; il a raconté lui-même, mais en se conformant scrupuleusement la marche des faits et aux impressions de ceux qu’il mettait en scène.
Dans la première édition de cet épisode, l’auteur a cru ne devoir indiquer qu’en partie les noms des deux héros, persuadé que ceux qui les avaient connus rétabliraient facilement ces deux noms dans leur intégrité. Aujourd’hui, il écarte ce léger voile qu’auraient pu soulever tous les lecteurs à même de se transporter aux archives du ministère de la guerre : en effet, là se trouvent des preuves et des documents officiels.
Les mœurs et les habitudes féroces des soldats employés par l’Autriche, sous le nom de Manteaux-Rouges , sont retracées sans aucune espèce d’exagération. On peut invoquer à cet égard le témoignage des journaux et des bulletins de l’époque, tant français qu’étrangers. Voici d’ailleurs une anecdote qui lève tous les doutes. C’est M. le chevalier C. de S *** qui en a été le héros, et qui en fait le récit.

Peu de jours après notre arrivée au camp de Barbelroth, je fus chargé d’une dépêche pour le lieutenant-général comte de Vioménil, qui commandait la légion de Mirabeau. Ce corps occupait un poste important à l’aile gauche de l’armée, vis-à-vis les lignes de Lautterbourg.
Pour ne pas me perdre dans les détours de la forêt de Bévalh, et afin d’éviter les postes français, je pris à l’État-Major général des renseignements précis sur la route que je devais suivre. Un officier autrichien me traça mon itinéraire. Muni de ce secours, j’arrivai heureusement à ma destination. La réponse dont me chargea M. le comte de Vioménil, exigeant la plus grande célérité, je repartis de suite. J’avais déjà fait une lieue lorsque j’aperçus une vingtaine de Manteaux-Rouges qui, me menaçant de leurs longs fusils et me couchant en joue, m’ordonnèrent de m’arrêter. Je continuai à avancer de leur côté au pas de mon cheval. Arrivé à leur portée, ils m’entourèrent avec de grands cris. Les uns me soulevaient sur ma selle, les autres agitaient leurs poignards, ceux-ci m’ajustaient à bout portant.
Je fus bientôt désarmé. Âgé de dix-sept ans, ignorant absolument la langue allemande, ma position était bien critique. Cependant je ne perdis pas la tête ; et, persuadé que mon uniforme causait leur méprise, je leur montrai le brassard que je portais au bras gauche, et sur lequel étaient brodées des fleurs de lis. – Condé ! Condé ! M’écriai-je en même temps. Ce mot plusieurs fois répété, la couleur de mon brassard, et sans doute le calme que j’affectais, produisirent sur eux quelque impression. Ils finirent par me rendre mes armes, mais avec répugnance ; cependant ils m’entouraient toujours.
Un peu plus tranquille, je commençai à les examiner ; j’aperçus alors à quelques pas un soldat français. Deux Manteaux-Rouges veillaient sur lui ; il portait deux têtes sanglantes dont ces barbares l’avaient chargé. Le péril que j’avais couru se présenta à ma pensée : j’avais aussi un uniforme français, et, en m’égorgeant, les Manteaux-Rouges pouvaient augmenter le prix du sang qu’ils allaient recevoir…
Ils semblaient deviner ce qui se passait en moi ; car ils me montrèrent le prisonnier, puis ils prononcèrent le mot de Condé avec une expression de doute.
Cet infortuné français, tombé en leur pouvoir, déployait un courage plus qu’humain. C’était un jeune homme. J’aurais voulu me dérober à ce pénible spectacle, mais j’étais environné de toutes parts. Peut-être que les Manteaux-Rouges tenaient à s’assurer de ma sincérité en me conduisant avec eux au Quartier Général.

Rappelé au sentiment de mes devoirs par le souvenir des dépêches dont j’étais porteur, je les leur montrai, en leur expliquant par gestes la nécessité où je me trouvais de faire la plus grande vitesse. Ils hésitèrent d’abord, se consultèrent à voix basse, jetant tour à tour leurs regards sur le prisonnier et sur moi ; enfin ils s’écartèrent silencieusement comme pour m’ouvrir un passage. De peur d’éveiller leurs soupçons, je m’éloignai lentement. – Citoyen émigré, me cria le Français, vous l’avez échappé belle. Si vous êtes généreux, amenez-moi du secours, ou bien je vais avoir la tête à bas.
Je ne répondis rien par prudence, mais je piquai des deux. Le hasard me servit selon mon cœur. À peu de distance, je rencontrai un détachement de hussards toscans, et je suppliai leur officier de sauver mon infortuné compatriote. – Ces Manteaux-Rouges, me dit-il, déshonorent l’armée. Vous pouvez compter sur mon zèle.
Cet honnête homme tint parole. Quelques heures après, le prisonnier arriva à Langkandel, sous l’escorte de quatre hussards. J’eus la satisfaction de le voir, et il me raconta comment avait été surpris le poste dont il faisait partie.
Beaucoup d’anciens militaires ont été dans le cas de connaître les Manteaux-Rouges , tels que les dépeint le chevalier C. de S ***. Ce fragment que l’on vient de lire, est extrait des Souvenirs d’un Émigré , ouvrage encore inédit. Il serait à désirer que M. C, de S *** se décidât à publier cet ouvrage qui contient des détails propres à jeter un jour lumineux sur plusieurs évènements encore mal appréciés, et sur diverses physionomies historiques qui n’ont pas été mieux comprises.
CHAPITRE PREMIER L’Entrée en campagne

Vous verrez comme les Pandours et les Manteaux-Rouges respectent les droits des Nations.

Le général LAMARQUE, Chambre des députés , séance du 4  avril  1831.

… la guerre, et son mâle appareil.

Victor HUGO
Pendant la guerre de sept ans, l’Empire employa dans ses armées, sous le nom de Pandours , un corps franc extrêmement redouté. On appelait alors corps franc, une réunion d’hommes, tirés de toute sorte de nations, ne recevant point de solde en campagne, et vivant uniquement de rapines et de brigandage. Les Pandours avaient une organisation particulière, des lois, une discipline, qui changeaient selon les circonstances ou bien au gré de leurs chefs. On conçoit que ces hommes, remarquables individuellement par leur audace, leur vigueur, leur férocité, placés d’ailleurs comme ils l’étaient hors du droit commun, aient été employés avec succès aux avant-gardes des armées impériales.
À la naissance de la révolution française, les Pandours n’existaient plus. Le cabinet de Vienne, à l’issue de chaque guerre, s’était toujours trouvé fort embarrassé de ces soldats-brigands, que l’on ne pouvait sans péril jeter au sein d’une société, dont ils avaient désappris toutes les habitudes et avec laquelle ils ne sympathisaient plus. Dans les rangs impériaux se trouvaient, en revanche, les Mikalo witz , corps francs réguliers, dont la réputation n’a été que passagère, et les Scharff-Schütz , Tyroliens dangereux par leur adresse, par leur intrépidité, dans les escarmouches d’avant-postes et dans les attaques de tirailleurs.
En 1793, pendant le siège de Mayence, le cabinet de Vienne fit avancer sur le Rhin une horde de cinq à six mille bandits, tirée des frontières de la Turquie, de la Valachie, de la Croatie, des Siben-Berge et des monts Krapacks. On assure même que les prisons et les bagnes de ces divers pays en fournirent la plus grande partie. Ces bandits, que l’on nomma Manteaux-Rouges , à cause de la couleur de leurs manteaux, étaient armés et vêtus à la Turque. Ils portaient à la ceinture une paire de longs pistolets, un poignard et un large coutelas. La giberne, également adaptée à la ceinture, contenait cent cinquante cartouches, et leur fusil pouvait avoir environ six pieds. En général d’une force musculaire peu commune, d’une taille élevée, leur stature était encore exhaussée par un schakot terminé en pain de sucre ; une longue moustache cirée, le cou nu, la tête rasée excepté une touffe épaisse de cheveux sur le sommet du crâne, une veste turque sans manches, un large pantalon plissé sur les hanches, enfin des brodequins lacés jusqu’à la naissance du mollet : tels étaient les Manteaux-Rouges.
Ce corps, en apparence formidable pour l’ennemi, ne l’était en réalité que pour le gouvernement qui l’employait. Organisé à Témeswar, au fond de la Hongrie, n’avait traversé les États héréditaires de l’empereur et une partie de l’Allemagne, pour arriver sur la ligne d’opération de l’armée du feld-maréchal Wurmser. Dans ce long trajet, un régiment de cavalerie escorta les Manteaux-Rouges, qui marchaient deux à deux et enchaînés.
C’est ainsi qu’ils arrivèrent, dans le courant du mois de mai 1793, aux lignes de Germscheim, près du Rhin à Landau. Là, ils furent débarrassés de leurs fers, et prirent part à la campagne. L’aspect des Manteaux-Rouges était réellement terrible. Dans leurs marches, comme dans leurs bivouacs, ils inspiraient une sorte d’effroi dont les plus braves ne pouvaient se défendre. Étrangers à tout sentiment d’humanité, ne faisant jamais de quartier, ils tranchaient la tête aux ennemis qui tombaient en leur pouvoir, et recevaient de leurs chefs un ducat par tête : c’était leur unique solde. Souvent on les a vus charger, des têtes sanglantes de ses camarades, un prisonnier, qu’ils décapitaient à l’entrée du camp, pour augmenter leur salaire.
Si des faits de cette nature, mille fois répétés sur nos frontières, n’étaient pas attestés par une foule de témoins encore vivants, on ne pourrait croire que la barbarie asiatique ait souillé l’Europe à une époque si peu reculée, vers la fin du dix-huitième siècle.
Ce corps ne tenait pas en rase campagne, à moins d’avoir une grande supériorité numérique. Chaque soldat, pris isolément, était susceptible d’efforts vigoureux ; réunis, ce n’était plus qu’une masse inerte, sans connaissance des manœuvres et des évolutions. De pareils hommes ne nourrissaient d’ailleurs aucune idée, aucun sentiment d’honneur ; et c’est le moral qui fait la force des armées. Ils étaient uniquement propres à la guerre de partisans. Dispersés dans les bois, dans les pays coupés, les Manteaux-Rouges tendaient des embuscades, harcelaient l’ennemi, surprenaient les sentinelles, enlevaient des postes avancés, satisfaisant ainsi les passions les plus chères à leurs âmes, la vengeance et la cupidité.
L’armée impériale fit un mouvement de progression ; elle s’avança jusqu’à deux lieues de Weissembourg. L’aile droite vint s’appuyer à Rhinsaber, d’où ses avant-postes communiquaient avec l’armée prussienne par les montagnes de Bottenhalen ; l’aile gauche touchait au Rhin par la forêt de Bévalh ; le centre s’étendait sur tout l’espace entre Barbelroth et Langkandel. Le prince de Condé, ainsi que le prince de Waldeck, avaient leur quartier général à Barbelroth ; le feld-maréchal Wurmser, général en chef, occupait Langkandel. L’aile droite de l’armée française, commandée par le général Férino, était à Lautterbourg ; et l’aile gauche, sous les ordres du général Beauharnais, se trouvait en avant des lignes de Weissembourg. Les Français semblaient inattaquables dans leurs positions.
Quelques bâtiments, connus dans le pays sous le nom de Moulin du Bévalh , appelèrent l’attention des chefs des deux armées. Cinquante hommes et un capitaine de la légion de Biron occupaient ce moulin. Le feld-maréchal Wurmser résolut de les en déloger. Trois cents Manteaux-Rouges furent commandés pour cette expédition. Leur chef était le baron de Kergeoffrouet, un des gentilshommes les plus distingués de l’armée de Condé.
CHAPITRE SECOND L’Émigré

Sans l’émigration il n’y aurait pas eu de République.

MIGNET, Histoire de la Révolution française

Quand une époque est finie, le monde est brisé, et il suffit la Providence qu’il ne se puisse refaire ; mais des débris restés à terre, il en est quelquefois de beaux à contempler.

Armand CARREL
Le baron de Kergeoffrouet habitait la Saintonge, au commencement de la révolution. Issu d’une famille ancienne, possesseur d’une grande fortune, et marié, depuis peu, avec une femme jeune, belle, digne, en un mot, de son amour, il était heureux par la réunion de tous les biens qui peuvent embellir la vie. Son bonheur fut troublé.
La France se souvient encore de cette manie d’émigration qui s’empara de l’esprit de la noblesse, bien avant que la tempête eût éclaté. En vain le monarque éleva la voix contre ce déplorable système, qui tendait à le livrer sans défense aux coups des factions. « La place des vrais Français est autour du trône. » Ces mots de l’infortuné Louis XVI ne furent pas entendus : la mode parla plus haut ; elle plaçait la France à Coblentz ; et, comme auprès des gens du bon ton, la mode était alors plus puissante que la patrie, la noblesse se rendit en foule à Coblentz. Les meilleurs esprits ne purent résister au torrent, ceux-là même qui sentaient dans l’air je ne sais quoi d’étouffant, précurseur des grands orages. De ce nombre fut le baron de Kergeoffrouet : il quitta son château, son épouse qui allait le rendre père, et que cet espoir lui rendait plus chère encore. Déjà plusieurs gentils hommes avaient reçu de la part des fauteurs de l’émigration une quenouille chargée de lin, emblème satirique de leurs retards et de leur pusillanimité. La crainte d’un pareil affront décida sans doute Kergeoffrouet : il partit.
Les évènements prirent bientôt un caractère sérieux. De jour en jour, les passions dénaturaient les principes de cette révolution, si belle, si pure à son aurore : au choc des passions allait se mêler la lutte des intérêts. Peu à peu l’horizon s’obscurcit ; le retour en France devint presque impossible, et les émigrés commencèrent à trembler sur les suites d’une démarche qu’ils avaient hasardée sans réflexion, par engouement, comme on fait une partie de plaisir. Alarmés de la manifestation des idées de liberté qui se mêlaient aux travaux de l’Assemblée Nationale, pressés d’ailleurs par les sollicitations des princes et des gentilshommes français, le roi de Suède, l’empereur, les princes allemands possessionnés en Alsace et en Lorraine, se liguèrent pour l’honneur et la sûreté des couronnes .
Les émigrés s’organisèrent en corps d’armée, à Coblentz, sous les ordres du comte d’Artois ; à Worms, sous ceux du prince de Condé.
Tout se bornait encore, de la part des coalisés, à des mesures de prudence ; mais une armée d’observation se change aisément en armée d’attaque ; l’Assemblée Nationale le prévit ; elle pressa la décision des souverains, et hâta l’instant de la lutté. Le cabinet de Vienne donna son ultimatum ; Louis XVI y répondit en déclarant la guerre au roi de Hongrie et de Bohême, et toute la population se prépara à soutenir par les armes la déclaration du monarque français.
Les préparatifs d’entrée en campagne, l’activité de la vie militaire, cette alternative de fatigue et de repos, d’espérances et de dangers, qui la composent, ces divers changements apportèrent quelques distractions aux inquiétudes du baron de Kergeoffrouet. Comme ses compagnons d’armes, comme les généraux de la coalition, il se flattait qu’une campagne conduirait l’armée triomphante à Paris, et déciderait du sort de la Révolution. Déjà, il voyait l’autorité royale rétablie sur les bases de la séance du 23 juin 1789 ; et, faisant un retour sur lui-même, il pensait à son épouse, il savourait avec délices l’espoir d’une réunion prochaine.
En effet, la France semblait ne pouvoir pas arrêter les armées formidables qui marchaient contre elle. La Suède, à cause de la mort de son roi, s’était détachée de la coalition, mais la Prusse l’avait remplacée ; et le duc de Brunswick s’avançait sur Paris, à la tête de 150,000 hommes, divisés en trois corps d’armée, que soutenaient encore d’autres troupes échelonnées sur le Rhin et du côté des frontières du Nord.