About Love : 2ème Partie
145 pages
Français

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Description

Alors que son voyage passe à une vitesse folle, le doute s’installe au fond de Norah. Et si ce qu’elle voulait au départ n’était pas ce dont elle a réellement besoin. Comment faire abstraction de ce lien si puissant qui les attire indéniablement ?
De son côté, Carter ne souhaite qu’une chose, découvrir qui est cette femme qui l’a complètement envoûté, et apprendre à la connaître.
Face à une passion si dévorante, se laissera-t-elle
enfin aller, ou luttera-t-elle pour préserver cette indépendance qu’elle tente difficilement de retrouver depuis plus d’un an ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 16 avril 2020
Nombre de lectures 38
EAN13 9782925009320
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0015€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Chapitre 13
Norah
Je reviens à Harry, que je remercie encore une dizaine de fois et lui demande s’il aimerait que nous mangions ensemble bientôt. Je profiterai de cette occasion pour essayer de l’aider un peu. Il me répond qu’il n’a pas grand-chose à faire et que ça lui fera le plus grand plaisir. Il me conseille de me soigner et d’aller à l’hôpital, ce qu’il m’a répété à plusieurs reprises pendant notre retour à pied jusqu’à l’hôtel. Je le rassure et lui dis que tout ira bien et que je vais faire ce qu’il faut. Sans savoir pourquoi, je lui rappelle à voix basse que je porte un autre nom, ici à New York. Il acquiesce. Je redonne un bisou à son compagnon, puis les salue avant de tourner les talons et de retourner enfin dans ma suite, en sécurité, après une soirée haute en émotions.
Carter, qui était resté à l’écart, est toujours adossé au mur près des portes de l’hôtel, les mains dans les poches. Mais il fronce les sourcils quand il me voit avancer et qu’il remarque l’état de mes vêtements et de mon visage, ce qu’il n’avait pas remarqué lorsque je parlais avec Harry plus loin. Il descend les marches à une vitesse surprenante et vient me rejoindre, un air horrifié au visage.
— Qu’est-ce qui s’est passé ? lâche-t-il.
— Qu’est-ce que tu fais là ?
Je n’en ai strictement rien à foutre de ses questions sur ma soirée.
— Merde ! Qu’est-ce qui t’est arrivé ? s’impatiente-t-il d’un ton autoritaire.
Comme tout ça semble le concerner plus que moi, je lui lâche :
— Des hommes te cherchaient, apparemment…
Il secoue la tête comme pour tenter de comprendre, une colère naissante sur ses traits normalement calmes.
— J’ai cru entendre Hernandez… dis-je d’un ton blasé.
Ses yeux prennent une lueur indéchiffrable et il passe une main dans ses cheveux en fourrageant. Je le contourne et me rends vers l’entrée de l’hôtel où le valet fait la même tête qu’Harry quand il m’a aidée à me remettre sur mes pieds dans la ruelle.
— Qu’est-ce que tu fais ? me demande Carter en m’attrapant par le bras.
— Je rentre et vais à ma suite, c’est évident, non ?! réponds-je en retirant brusquement mon bras de son emprise.
Non, mais quel culot!
— Tu dois aller à l’hôpital.
— Non !
Il me dévisage de haut en bas pour évaluer les dégâts. Eh oui, c’est moche ! Je décide de continuer mon chemin. Je suis épuisée et j’ai envie d’aller prendre une bonne douche, ou un bain, histoire d’effacer le contact dégueulasse du petit véreux qui a osé foutre ses mains sous ma jupe. Je passe devant l’accueil où mademoiselle Papillon s’horrifie elle aussi sur mon passage. Génial ! Elle papillonnera peut-être moins, maintenant. J’accélère mes pas jusqu’à l’ascenseur, puis j’appuie rapidement sur le bouton 16. Les portes se referment et je suis seule. Je lâche un soupir. Cette soirée n’a ni queue ni tête ! Mes jambes sont faibles et je m’agrippe à l’un des murs jusqu’au seizième. Je gagne ma chambre au bout de quelques minutes.
Qu’est-ce qu’il est venu faire ici ? Tourner le couteau dans la plaie ? Je laisse tomber mon sac à main et me dirige directement vers la salle de bain où je reste bouche bée devant l’ampleur des dégâts. On dirait que je viens de faire quelques tours dans le ring avec Mohamed Ali. Du sang coule de mon front, de mon nez et de ma lèvre supérieure, et ma jupe est maintenant bonne pour la poubelle, puisque cet enfoiré m’a projetée sur le sol et que mon genou s’est ouvert sous le contact violent avec l’asphalte.
J’entends la porte de ma suite s’ouvrir et j’agrippe le premier truc au vol : une lime à ongles en métal. Au moins, elle n’est pas en carton. Le bout pointu pourra me servir en cas de besoin. Ces portes ne se ferment-elles pas automatiquement ? Je respire aussi vite qu’une proie prise au piège devant son triste sort. Je n’ai même pas mon cellulaire. Quelle bourde !
Le visage de Carter apparaît dans l’embrasure de la porte et mes épaules tendues se relâchent d’un seul coup. Il s’approche de moi, un seau à la main, et le dépose sur le comptoir de la salle de bain avant de venir me rejoindre. Il saisit la lime à ongles que je tiens, puis la dépose également tandis que je suis figée là, incapable de dire ou de faire quoi que ce soit. J’ai la tête qui tourne et un fichu mal de crâne. Chaque fois que l’air entre dans mes poumons, une douleur vive dans les côtes me coupe le souffle.
Il m’agrippe par la taille, me faisant gémir de douleur sans le vouloir, pour me placer rapidement et doucement sur le comptoir où je me retrouve assise face à lui. Ses mains s’approchent de moi et dans un mouvement délicat, il tente de lever mon top en dentelle. Je le repousse instinctivement, les mains tremblantes.
— Tu vas devoir me laisser regarder, me dit-il d’une voix douce.
J’avale ma salive et reste figée. Aucun mot ne vient. Il prend une serviette près de lui et plonge sa main dans le seau, puis fait une espèce de petit baluchon avec le tissu qu’il me tend.
— Tu vas tenir ça sur ta joue pendant que je regarde, d’accord…
Son ton est entre celui d’une question et d’un ordre, mais c’est dit si calmement que je fais ce qu’il me demande. Dans une deuxième tentative, il soulève mon haut en dentelle et serre la mâchoire. Je l’entends grogner. Il prend ensuite ma jupe tachée de sang dans ses mains et la relève jusqu’à mes cuisses. Son visage ne semble pas apprécier la vision de mon genou.
Carter se relève, puis son regard parcourt mon visage ecchymosé, et tous les muscles de sa mâchoire découpée à la perfection se crispent.
— Je vais t’emmener à l’hôpital, dit-il.
— Non… Je ne vais pas à l’hôpital.
— Ça n’a aucun sens. T’as sûrement une ou plusieurs côtes cassées, ton genou a besoin de points de suture et ton visage peut-être aussi, me lâche-t-il d’un air sérieux et dégoûté à la fois par la situation.
— Pas question !
— Allez, me dit-il en essayant de me faire descendre du comptoir.
— NON ! Je n’irai pas dans un hôpital, c’est clair ?! m’exclamé-je en le repoussant. Tu peux retourner faire tes trucs, je vais m’occuper de tout ça moi-même.
Qu’est-ce qu’il fout ici de toute façon ? Je ne peux pas nier que sa gueule m’a manqué, mais je ne vois pas l’intérêt de revenir.
— T’as besoin des soins d’un médecin, allons, me dit-il pour me faire entendre raison.
— Jamais je ne remettrai les pieds dans un hôpital ! JAMAIS ! crié-je.
Les yeux remplis de larmes, je pince les lèvres pour me retenir de craquer.
Je me revois en train de me réveiller une semaine plus tard, une jambe recouverte telle une momie dans une chambre dénuée de chaleur. Moi cherchant Tom et ne comprenant rien à ce qui arrive. Plusieurs infirmières qui me retiennent pour que je me calme et leur visage de mort alors que je demande où est le père de mes enfants et l’homme avec qui je partage ma vie. Je n’ai plus jamais été capable de remettre les pieds dans un hôpital, et ce, même quand Abigaëlle s’est fendu le menton sur une plaque de glace dans le stationnement. Maryse est allée avec elle pour m’éviter de paniquer. Je préférerais me vider de mon sang plutôt que de retourner dans un site hospitalier où une odeur de mort et d’aseptisation brûle nos narines chaque seconde.
— Hey… Ça va aller, me dit-il doucement en plaçant une de ses mains sur ma joue saine.
Il se gratte la tête et prend une petite serviette qu’il mouille en faisant couler l’eau du robinet juste à côté de nous, puis il essuie quelques coulisses de sang sur mon visage.
— Un type me doit un tas de services. Je vais le faire venir ici. Il pourra te recoudre, me dit-il. Reste là, je reviens dans une minute.
Je n’ai même pas le temps de protester que je l’entends parler en anglais dans le salon à l’autre bout de la suite pendant quelques minutes. Il revient après avoir raccroché.
— John Thompson sera là d’ici une vingtaine de minutes, me dit-il. Il est médecin…
Il prend une inspiration, puis vient se placer entre mes cuisses. Thompson? Un lien avec son patron ? Il le dérange à cette heure ?
— Je suis vraiment désolé que ces types s’en soient pris à toi. Ça n’aurait jamais dû arriver !
Son regard devient grave. Je ne lui en veux pas. En fait, je suis surtout fâchée parce qu’il a foutu le camp sans rien me dire et que mon orgueil a mangé la rince de sa vie.
— Qu’est-ce qui s’est passé exactement ?
— Ça n’a pas d’importance, ils te cherchaient, c’est tout ! réponds-je.
Il me lance un regard du genre « crache le morceau ou je défonce tout ». J’abdique et lui raconte donc ce qui s’est passé dans les moindres détails à partir du moment où je suis sortie du bar ; plus j’en dis et plus son air s’aggrave. Sa bouche se crispe si souvent qu’il aura forcément mal aux petits muscles de sa mâchoire demain. Il porte son poing devant ses lèvres et écoute jusqu’à la fin en réfléchissant. Quand je termine, il sort le cellulaire de sa poche, puis compose un numéro.
— Thompson ! Demain matin, on a une visite à rendre, dit-il d’un ton grave en ne me quittant pas des yeux.
J’entends un « OK » et Carter raccroche. Il revient entre mes cuisses et m’enlace avec tant de douceur que des larmes remontent. Cette fois, rien à faire, elles coulent et tombent sur son t-shirt. La fatigue et l’adrénaline prennent le dessus. Je l’entends grogner à nouveau. Il recule un peu et prend mon visage en coupe dans ses paumes massives et chaudes avant de plonger son beau regard dans le mien.
— Ça va aller…
Les joues humides, je hoche la tête.
— Pourquoi t’es ici ? murmuré-je.
Il secoue la tête, car il ne comprend pas le sens de ma question. Mon orgueil en prendra un coup quand il comprendra que je l’ai cherché, mais je dois savoir.
— La fille en bas m’a dit que t’avais remis ta clef hier matin et que t’avais quitté l’hôtel, dis-je pour répondre à ses interrogations.
Un air mauvais se dessine sur son visage parfait.
— Toutes mes choses sont encore dans la suite… J’ai seulement pris ce dont j’avais besoin pour deux jours. Je t’ai écrit une note ; tu l’as reçue, non ?!
— Sur la boîte de somnifères ? demandé-je.
— Non, ça je te l’ai envoyé dès que j’ai réussi à avoir une prescription de John, justement. J’avais laissé un mot à l’accueil pour te dire que je serais de retour ce soir… Dylan et moi avions du boulot à l’extérieur.
Je le regarde et je me mords la lèvre dans une multitude de réflexions qui m’aideront à me faire une idée générale de la situation.
— Tu penses vraiment que je te ferais l’amour pour foutre le camp juste après ?!
Je soulève une épaule. Faire l’amour… La façon dont il vient de le dire me donne chaud même si ça devrait m’effrayer. Reste concentrée, Norah…
— Je sais pas… Je ne te connais pas et on a quand même été clairs dès le départ.
J’entends un « je vois » à peine audible et on cogne à la porte. Il m’aide à descendre du comptoir en faisant bien attention à ne pas me toucher les côtes. Nous nous rendons vers l’entrée où Carter ouvre la porte, laissant apparaître un homme âgé d’environ soixante ans avec une barbe et des cheveux poivre et sel dans un habit propre. Des airs familiers dans les yeux et surtout la bouche me confirment qu’il est fort probablement le père de Dylan.
— Hi, dit-il lorsqu’il entre.
— Bonsoir, dit Carter.
Il me regarde et fait la même tête que tous les autres que j’ai croisés. Carter lui fait signe de nous suivre. Une fois dans la cuisine, le docteur lui demande où nous pouvons nous installer.
— Ici, ce sera parfait, lâche Carter en désignant l’îlot.
Bien que l’îlot soit pratiquement vide, Hulk est toujours là, dans un coin, sous une serviette, à attendre de me couvrir de honte avec sa gueule d’attardé.
Carter prend le temps de déposer une couverture sur le comptoir. Il s’avance vers moi, passe un bras sous mes cuisses et un autre derrière mon dos.
— Accroche-toi, me dit-il avant de me soulever et de m’asseoir sur l’îlot.
Le médecin s’approche de moi, dépose son gros sac en cuir tout près et en sort un instrument dont il allume la lumière, laquelle il me demande de suivre des yeux pendant qu’il la bouge de gauche à droite. Il pousse un petit grognement de réflexion. Carter reste près de lui et suit le moindre de ses mouvements.
— Mal à la tête ? me demande-t-il.
— Ouais… dis-je en plissant les yeux alors que la lumière qui entre dans mes iris fouette mon mal de crâne.
Il continue de promener son regard sur mon visage, presque toujours du même côté. Il soulève des mèches de cheveux et fronce les sourcils à quelques reprises alors qu’il réfléchit.
— Tu as toujours les bandelettes de rapprochement que je t’ai laissées la dernière fois ?
Carter hoche la tête et quitte immédiatement la suite, sachant exactement ce à quoi le médecin fait référence.
— Retirez votre haut et couchez-vous, s’il vous plaît. Je vais regarder vos côtes.
J’imagine que ce n’est pas le moment d’être pudique. Je soulève mon haut, grimace et mon souffle se coupe sous la tension de mes muscles en mouvement, puis je m’allonge de tout mon long comme il me le demande. Carter a dû lui dire exactement où j’étais blessée. Je suis contente d’avoir mis une bralette sous mon top, ça m’évitera de flasher mes seins à un inconnu.
John place une main là où une ecchymose plutôt moche est déjà bien apparente. Il appuie doucement, ce qui me fait gémir. Je ferme les yeux pour puiser un peu de force. Il presse ma chair endolorie à plusieurs reprises en prenant la peine de déplacer un peu ses doigts chaque fois. Je porte mon poing à ma bouche que je mords à une ou deux reprises pour réprimer le supplice que ses mains d’expert m’infligent en m’auscultant. C’est presque aussi douloureux que le coup en soi.
En ouvrant les yeux à la fin de ses manœuvres, je constate que Carter est déjà revenu, son fameux regard impénétrable sur moi, debout près du médecin, les bras croisés sur la poitrine.
— Il est certain qu’une côte flottante a été fêlée… dit Thompson en se tournant vers le barbu le plus sexy de la Terre. Pour le reste, je n’en suis pas certain. C’est difficile de prononcer un diagnostic seulement comme ça. Le mieux serait vraiment de lui faire passer une radio.
Je secoue la tête. Pas question que j’entre dans un hôpital. Carter le regarde, la mâchoire tendue. John comprend à mon air que je n’irai pas. Il passe à la prochaine étape et soulève le bas de ma jupe jusqu’au haut de ma cuisse.
— Humm, ce n’est pas très beau, dit-il.
Je n’ai pas la moindre idée s’il parle de ma plaie ou de la cicatrice qui longe ma cuisse en quasi-totalité, mais c’est le dernier de mes soucis.
L’homme applique un produit qui me fait grimacer lorsqu’il pénètre ma chair ouverte. À l’aide de compresses, il éponge le sang qui coule toujours, puis il sort de son sac une pochette contenant une aiguille sur laquelle est fixé un très long fil qu’il dépose sur un linge imbibé d’alcool. Je le vois replonger la main dans son sac duquel il sort une seringue et une pince. Mes yeux s’écarquillent et mon cœur s’emballe. Je me mets à avoir des sueurs froides.
— Vous ne me piquerez pas, lâché-je.
— La plaie est profonde et fait un bon pouce de long. Ça va faire mal… dit-il comme pour me faire changer d’idée.
La dernière fois où on m’a piquée avec une aiguille, c’était pour me plonger dans un état de parfaite collaboration alors que j’étais en panique, maintenue par plusieurs infirmières. Et j’avais vécu la même chose avec l’équipe de secours sur les lieux de l’accident. Ne pas avoir la maîtrise de mon corps m’a fait délirer intérieurement avant que je sombre dans une totale noirceur pendant des jours. Même si ce n’est pas pour les mêmes raisons, je ne laisserai personne me piquer à nouveau.
Je hausse les épaules et lui fais un air de « je m’en balance ». Carter lève les yeux dans ma direction et un air déconcerté se dessine sur son visage. Le médecin pousse un soupir et dépose la seringue dans sa pochette. Il entameles travaux avec une précision incroyable. Il n’en est pas à sa première plaie ouverte. Il commence par retirer quelques morceaux de roches et de fracas de vitre de ma chair, puis il prend l’aiguille afin de fixer ma peau. Ça fait mal et c’est atrocement irritant, mais je me concentre sur les bras de Carter pour me changer les idées. C’est fou ce qu’ils sont beaux !
— C’est une très grosse cicatrice, lâche le médecin.
Elle est en effet plutôt difficile à manquer… Je ne dis rien.
— Qu’est-il arrivé ?
Évidemment, la question qui tue… Pendant que la douleur de l’aiguille qui recoud ma plaie agresse ma patience, John, lui, a envie de piquer une jasette. J’ai besoin de me changer les idées, alors je réponds sans attendre.
— Un accident…
Il penche la tête pour me regarder par-dessus les petites lunettes rondes qu’il a mises sur le bout de son nez juste avant de me recoudre et attend que j’en dise plus.
— Ma voiture a fait des tonneaux et une tige de fer piquée sur le bord de la route a brisé le pare-brise lors de l’impact et s’est plantée dans ma cuisse juste après l’avoir ouverte au complet.
Le médecin grimace, contrairement à Carter, qui lui arbore encore ce regard impénétrable habituel quand il semble contrarié.
— Vous avez dû perdre beaucoup de sang… Ça passe près de l’artère fémorale, continue-t-il.
J’ai failli y rester. En fait, on a dû me réanimer et mon cœur s’est remis à battre juste avant que le médecin des urgences abandonne la réanimation.
— Ils ont eu besoin de vous faire combien de transfusions ? demande-t-il, insatiable.
— Je ne sais pas… C’était la dernière de mes priorités quand je me suis réveillée, réponds-je en me passant une main sur le visage et sur les yeux pour m’enlever les souvenirs qui refont surface.
— Bon, ce sera enflé pour quelques jours, mais ensuite, vous aurez un genou presque tout neuf ! me dit-il, un petit sourire en coin, fier de son œuvre. La jupe est finie, par contre !
Je fais une moue et il secoue la tête en levant les yeux au ciel. Il se relève, puis prend les bandelettes de rapprochement que Carter tient toujours dans une main, les yeux fixés sur moi. Je me redresse quand je comprends qu’il en a terminé avec ma jambe. Dans un mouvement maladroit, j’accroche le verre d’eau à mes côtés. John ramasse la première chose qu’il trouve pour éponger le dégât. Je deviens écarlate quand il découvre Hulk. Ses yeux, ronds comme des billes, passent du mastodonte à moi. Je me mets à rire. La situation ne peut être plus gênante… Vraiment !
— C’est juste la mauvaise blague d’une amie, dis-je en plaçant une main devant ma bouche.
Carter se met à rire comme un enfant, laissant de côté son air impassible, puis le médecin finit par dire, un doigt songeur devant les lèvres :
— C’est à donner des complexes à n’importe quel homme…
Comme je sais que la prochaine étape est de recoller les quelques blessures de mon visage, je prends l’élastique que je garde en permanence autour de mon poignet et attache mes cheveux.
Au bout de quelques minutes et de plusieurs petites bandelettes ultra collantes, John range ses choses et sort quelques petits contenants de comprimés qu’il tend à Carter. Le médecin me salue et se dirige vers la sortie où mon voisin de suite l’accompagne. Je les entends parler devant la porte.
— Côte fêlée, une légère commotion, le genou ouvert. Elle doit se tenir tranquille pour les prochains jours. Pas de longs bains pour au moins 24 heures, le temps que la plaie cicatrise un peu. Aucun mouvement brusque ou effort surhumain au niveau du haut de son corps. Je te conseille de lui refiler quelques antalgiques si elle ne veut pas pâtir dans les prochaines quarante-huit heures. Évitez l’alcool si elle prend les médocs.
— Merci, John !
La porte se referme, puis je me laisse glisser du comptoir pour me remettre sur mes jambes. Ça fait un peu plus mal que je pensais, mais c’est tolérable. Carter arrive dans la cuisine et s’approche de moi.
— Merci, lui dis-je. Tu pourras dire merci au médecin pour moi, s’il te plaît ? Je n’ai même pas pensé à le faire avant qu’il parte.
Un air grave se dessine sur son visage.
— Tu me remercies, mais c’est à cause de moi que c’est arrivé… C’est un brin ironique ! grogne-t-il.
Je lève les yeux au ciel.
— Ça ne serait pas arrivé si je n’étais pas sortie seule dans un bar, dans une ville que je ne connais pas… lui dis-je pour le rassurer.
— Effectivement… Mais tu ne serais pas allée dans ce bar si tu n’avais pas pensé que j’avais foutu le camp, constate-t-il.
Impossible de le nier…
— Alors, c’est la faute de mademoiselle Papillon à l’accueil, dis-je en rigolant et en lui envoyant une petite tape sur l’épaule, histoire de détendre l’atmosphère. On lui casse la gueule !
Carter rit.
— Mademoiselle Papillon ?
— Ouais, quand elle te voit, elle bat des cils comme une vraie dégénérée, réponds-je en l’imitant.
Il porte un poing à sa mâchoire comme pour réfléchir et en mord une jointure subtilement tout en me regardant encore de ses magnifiques yeux perçants, esquissant un petit sourire en coin foutrement sexy.
— Je ne vais pas laisser ces types s’en tirer. Ce qui est arrivé… Je suis vraiment désolé.
Il me touche doucement la joue et je ferme les yeux.
— As-tu quelque chose de prévu pour les prochains jours ? me demande-t-il.
Je secoue la tête.
— J’aimerais t’emmener quelque part. Si tu es partante, on irait dans un endroit que j’adore.
— Euh, je dois juste vérifier si ça ne dérange pas mon amie.
Il me dévisage, ne comprenant pas trop pourquoi j’ai besoin de l’approbation de Maryse. Mais comme elle a payé ma suite sûrement un prix de fou, je me vois mal déserter l’hôtel sans lui dire. Je vais chercher mon cellulaire dans mon sac à main sur le sol de l’entrée et lâche un gémissement sourd en me penchant lorsqu’une douleur me transperce les côtes. Je vais devoir m’habituer. Je reviens dans la cuisine près de Carter qui me lance un regard réprobateur.
Je m’apprête à l’appeler, mais il est plus de 2 h du matin. J’opte donc pour les textos.

Je le dépose sur le comptoir de la cuisine, mais il fait aussitôt « Ding ».

Je souris et hoche la tête en direction de Carter qui me fixe, comme pour lui dire que j’ai l’accord du maître de mon voyage. Il vient m’enlacer en faisant bien attention à ne pas me décrocher un élancement. Je l’embrasse aussi tendrement que son étreinte. Ahhh, Seigneur ! Deux jours sans contact, ç’a été pénible.
— Je sais qu’il est tard, mais ça te dit qu’on mette un film ? demandé-je.
— Aucun problème.
Je vais mettre un des sachets de popcorn au micro-ondes et m’adosse aux armoires qu’offre la grande cuisine dans laquelle je constate que je n’ai pas encore cuisiné. Quelle désolation ! Pendant que le maïs éclate, je repense à Harry. Sans lui, je me serais probablement fait violer, ou pire…
— Je vais partir avec toi, mais je dois passer voir quelqu’un avant. Je vais offrir à Harry de prendre ma chambre pendant que nous sommes partis, dis-je.
Carter incline un peu la tête.
— Qui est Harry ?
— L’homme qui m’a ramenée tantôt. S’il n’était pas arrivé… dis-je sans terminer ma phrase.
— L’itinérant ?
— Oui, exact !
Il réfléchit quelques secondes, mais je ne lui demande pas sa permission et il le comprend rapidement à l’air que je lui décoche.
— OK… J’ai quelques trucs à faire en matinée, après nous irons le chercher ensemble. On devrait pouvoir partir en après-midi, m’annonce-t-il.
— Je peux y aller seule…
La paire d’yeux qu’il me fait ne laisse aucune place à la discussion.
— OK… On ira ensemble, dis-je en levant les yeux en l’air. Là, je vais prendre une douche rapide, histoire de ne plus avoir l’impression que ce petit connard me touche encore.
Une lueur noire passe dans les yeux de Carter et je comprends que son rendez-vous du lendemain ne risque pas d’être très cordial. Je n’ai pas vraiment envie qu’il aille tapocher ce type, mais si ce dernier est pour tenter de violer d’autres femmes, aussi bien qu’il en tire une leçon dès maintenant. Sans oublier Gigantor… Ce n’est sans doute pas moral, mais je suis trop épuisée pour réfléchir à ce que cette rencontre avec le latino représente.
— Je peux venir avec toi ? me demande-t-il alors que je me dirige vers la salle de bain.
Je lui fais signe de me suivre. De toute façon, sa question ne semblait pas vraiment en être une.
Ma douche n’est pas aussi chouette que celle dans sa suite, mais l’eau qui coule de partout me fait grand bien. Carter m’aide à me laver alors que certains de mes mouvements sont pénibles. C’est plus fort que moi et je regarde le bas de son corps, désirant revoir ce qui m’a procuré tant de bien un peu plus de quarante-huit heures plus tôt. Aucune érection… Soit ce type est un prodige du self-control , soit ma gueule de Rocky ne l’attire plus. Mais bon sang qu’il est sexy ! Les muscles de son abdomen, dans une forme parfaite de V, me donnent envie de toucher chaque centimètre de sa peau. J’adore son corps ciselé et massif. Dans ses bras, je me sens en sécurité et féminine, car sa silhouette est bien plus imposante que la mienne. Mais s’il ne me désire plus, à quoi ça me sert qu’il soit si beau ?
— Ce n’est juste pas le bon moment, me répond-il d’une voix calme tandis qu’il lit dans mes pensées.
QUOI ?? Et qui a décidé ça ? Je lève un sourcil qui dit « permets-moi d’en douter » et je colle une de mes mains sur son sexe désintéressé. Je l’entends grogner dans un bruit sourd. Le regard qu’il me lance est aussi ardent que l’envie qui monte en moi. Il inspire un bon coup.
— Pas ce soir… me dit-il avant de m’embrasser avec une fougue d’adolescent qui n’a pas vu sa petite amie depuis un été entier.
Son baiser est contradictoire avec son refus. Je lâche ma prise et place chacune de mes mains sur les côtés de sa belle gueule, puis je réponds à ses lèvres. Si c’est la seule chose qu’il me donne, alors c’est ce que je prendrai. Sa façon de coller son corps au mien me laisse croire qu’il n’a finalement perdu aucun intérêt envers moi. Ses mains se promènent prudemment sur ma silhouette pendant que sa bouche me montre à quel point je lui ai autant manqué qu’il m’a manqué. Je me sens soulagée et me laisse porter par ce rapprochement brûlant qui ne porte pourtant pas au sexe.
Au bout de quelques minutes, Carter ferme l’eau et nous sortons de la douche, propres et bien réchauffés.
***
Avec une montagne de coussins à l’arrière de nos dos et de nos têtes dans le lit, une grosse couverture et un bol de popcorn entre nous deux, il appuie sur « débuter » quand notre choix s’arrête sur une comédie qui n’a l’air de rien comme ça, mais qui me fait souffrir tellement c’est stupide. Chaque fois que je ris, je grimace et Carter me regarde avec empathie avant de m’embrasser sur le front.
— Tu veux que j’aille te chercher un somnifère aussi ? me demande-t-il alors que le film est bien avancé et qu’il me file un verre d’eau et quelques comprimés d’antidouleurs.
— Non… Ça va aller, dis-je en me calant dans ses bras.
Je sais qu’avec lui, il y a peu de chance pour que ces souvenirs viennent me hanter. Enveloppée dans ses bras, je me sens bien. Je ne lui dirai pas et je préfère ne pas trop y penser moi-même, mais il m’a manqué. Mon corps devient lourd de fatigue, relâchant l’adrénaline accumulée des dernières heures et mes paupières tombent si rapidement que je n’ai même pas le temps de lui souhaiter bonne nuit.


Chapitre 14
Carter
Je fais gaffe à ne pas la réveiller. Je place un coussin près d’elle et passe son bras autour. Je trouve un bout de papier sur la table dans la salle à manger et écris quelques mots.
Bon matin !
J’ai préféré ne pas laisser le message à mademoiselle Papillon cette fois, comme ça je suis certain que tu l’auras. Je suis parti faire quelques petits trucs et je reviens vers l’heure du dîner avec de quoi manger. Prépare tes bagages ; des trucs confos pour 2-3   jours et un maillot.
À plus.
Je dépose le bout de papier sur le coussin qu’elle tient dans ses bras comme si sa vie en dépendait. Putain que c’est mignon ! Je regarde l’heure sur mon cellulaire : 9 h 30. Je ne peux pas rester là à la regarder indéfiniment si je veux avoir le temps de faire tout ce que j’ai à faire. Mais bon sang que j’aimerais la reprendre là, tout de suite, ou juste me coller à elle. Je me brasse la tête pour me remettre les idées en place et je sors de la chambre avant de faire quelque chose ou de ne plus avoir envie de partir du tout.
En passant devant la cuisine, je pouffe en regardant la putain de grosse queue sur son comptoir. Le malaise dans son visage chaque fois rend la chose encore plus drôle. Je pourrais déloger cet énorme jouet sexuel facilement, mais ses réactions de gêne m’amusent. Ont-ils vraiment moulé ce truc sur un vrai mec ? Si c’est le cas, le gars s’évanouit dès qu’il bande. Je sors un marqueur de mon jeans, le même avec lequel je compte faire quelque chose d’important tantôt… À moins que j’appelle Steaven le tatoueur. Je verrai une fois là. J’agrippe fermement le membre en silicone et lui dessine la plus belle moustache possible, une avec les petits bouts qui retroussent. Bon, suffit les conneries !
En revenant à sa suite hier soir, elle devait être si ébranlée qu’elle en a oublié sa clef magnétique dans sa porte. Et c’est d’ailleurs ce qui m’a permis d’entrer. Ayant encore dans ma poche la carte de sa chambre, je quitte sa suite et j’appelle Thompson en prenant l’ascenseur.
— Hey ! répond-il.
— Salut.
— Ça va mieux ? T’avais l’air sur le point de péter un câble quand tu m’as appelé hier.
Je me contente de grogner. Ça , ou dire un paquet de mots inutiles sur mes émotions…
— Je viens te chercher et on va voir Hernandez.
— J’ai parlé à mon père ce matin et il m’a raconté que tu l’avais appelé hier soir et qu’elle était bien amochée.
— Ouais…
Ma bouche se crispe à l’image de son visage couvert d’ecchymoses d’un côté, de sa côte fêlée et de son genou ouvert. Je n’ai aucun problème à voir du sang, des blessures et des traces de violence, mais pas sur une femme. Et surtout pas sur elle.
Si ce vieux clodo n’était pas arrivé à temps, il est clair qu’Hernandez la violait. Espèce de petit enculé ! Il n’a aucune idée à qui il s’en est pris. Je vais m’assurer qu’il le sache et cette fois, ce ne sera pas qu’un simple avertissement.
— Je serai là dans dix minutes, lui lancé-je alors que je sors de l’ascenseur.
Je souris quand je constate que mademoiselle Papillon vient de reprendre son chiffre. Je vais m’appuyer au comptoir et fais mine d’ignorer ses battements de cils exagérés. Maintenant que j’en prends conscience, putain qu’elle est ridicule ! Elle s’avance, toute souriante que je lui accorde un brin d’attention, puis joue le grand jeu de la séduction. Misère !
— Bonjour… Simple avertissement pour vous dire que la prochaine fois que vous ne remettez pas un bout de papier important alors qu’on vous le demande et que vous vous permettez de mentir à une cliente de façon non professionnelle, je m’assurerai personnellement que vous soyez renvoyée, dis-je d’un regard mauvais, et que votre réputation soit à la hauteur de votre manque de jugement.
Elle papillonne des yeux comme pour chercher une réponse adéquate, mais je n’en ai rien à faire. Je me sens particulièrement mauvais ce matin. Je n’ai pratiquement pas fermé l’œil de la nuit, réfléchissant à ce que je ferai à ce petit tas de merde véreux.
— Vous vous excuserez auprès de madame Seyfield. Grâce à vous, elle est sortie non accompagnée hier soir et elle s’est fait tabasser dans une ruelle, dis-je en inclinant la tête pour qu’elle comprenne bien le sens de mes paroles.
Ses yeux deviennent vitreux et je sais qu’elle est sur le point de pleurer comme une Madeleine. Je n’ai pas le temps pour ces conneries ; je tourne les talons et me dirige vers la sortie. Le valet arrive avec ma voiture aussi rapidement qu’il est possible de le faire.
— Thanks, Charles, lui dis-je.
Je m’installe confortablement derrière le volant et appuie sur la pédale. Je déteste vraiment le trafic. J’accepte de travailler à New York surtout parce que c’est payant, mais les villes, ce n’est pas trop mon truc, ironiquement. Ma grosse maison tout en bois et en pierre me manque. L’odeur du cèdre, la nature, tout. Je n’y ai pas mis les pieds depuis des semaines.
***
Je suis content que Thompson m’attende en bas de l’immeuble. Ça va nous éviter de perdre de précieuses minutes.
— Alors, tu sais où il se trouve? me demande-t-il en montant dans ma voiture.
— Il y a de bonnes chances pour que cet enculé soit encore en train de jouer aux machines.
Quand un type perd autant d’argent et se ramasse si près du gouffre alors qu’il était plein aux as quelques mois plus tôt, il ne faut pas chercher trop longtemps. C’est rarement autre chose que le jeu.
Hernandez avait demandé à Dylan de le défendre dans une affaire, mais on s’était rendu compte qu’il avait manigancé tellement de trucs louches que rien ne tiendrait debout en cour et qu’il tomberait avec lui. Quand Thompson lui a dit qu’il refusait finalement de continuer, Hernandez a commencé à le harceler et j’ai dû aller lui donner une rince pour qu’il comprenne de lui foutre la paix.
Il semblerait que ça n’ait pas été suffisant. S’en prendre à une femme, celle qui me plaît en l’occurrence, a été l’idée la plus conne qu’il ait pu avoir… Et il le saura.
Thompson s’est habillé décontracté et c’est parfait. Normalement vêtu d’une chemise et d’un veston, aujourd’hui, il a opté pour un jeans et un t-shirt. Ça se lave beaucoup mieux.
— T’es sûr qu’il est ici, me demande-t-il alors que je me gare devant un entrepôt qui semble désert vu de l’extérieur.
Dylan déteste ce genre d’endroit, pourtant, il adore parier. Il le fait même à l’occasion sur ma tête quand je participe à des combats clandestins, certain de remporter la mise. Ce n’est pas très clean , mais c’est payant et ça me permet de dépenser un trop-plein d’énergie et de frustration. Un peu pathétique, mais bon. La majorité des types qui se ramassent devant moi sont généralement les pires salopards de la ville. Une bonne motivation pour leur briser les os.
Je hoche la tête. Je sais déjà qu’il s’y trouve. J’ai remarqué sa voiture rouge de poseur garée à deux coins de rue. Comme si sa femme ne pourrait pas savoir où il passe l’entièreté de ses journées à dilapider le peu qu’il leur reste. Elle finira par le comprendre, et assez vite.
Thompson ne se salit pas souvent les mains, préférant garder bonne figure, et me laisse m’occuper du côté plus physique, mais là, je sais qu’il le fera. J’ai couvert son cul si souvent qu’il m’en doit bien une. J’ai passé les deux dernières journées à lui rebattre les oreilles avec la fille de l’hôtel. Il sait que je ne peux pas rester là à rien faire alors que deux hommes l’ont agressée seulement pour m’atteindre.
J’ai cru qu’il péterait un plomb quand je lui ai dit que sa brunette canon, je la voulais déjà avant qu’il ne la rencontre pour la première fois. Mais il m’a tapé dans le dos en me disant que pour une fois qu’une femme me plaisait comme ça, ce n’est pas lui qui se mettrait en travers de mon chemin. Puis, il m’a lâché un « T’aurais quand même pu me le dire avant… ». C’est dur sur l’ego d’un homme qui ne se fait jamais rien refuser, mais notre amitié lui importe plus et comme il ne m’a jamais entendu parler d’aucune femme avant, il a été compréhensif. Je ne me serais pas empêché d’aller plus loin de toute façon même si ça l’avait dérangé et il le sait. Cette fille est en train de me rendre dingue.
Nous entrons dans le hangar. À l’entrée, un colosse adossé au mur nous fait un salut du menton. Je me dirige vers le fond, Dylan sur mes talons. L’endroit semble désert, car tout se passe à l’étage en dessous. Nous descendons les marches en métal grillagé et je cogne à la porte plus bas où un autre homme de race noire nous ouvre et semble tout aussi imposant que le premier. Son frère, probablement… Une belle paire de brutes. Ils ont la même tête, il n’y a que leur coupe de cheveux qui diffère. Un deux pour un… Génial ! Je lui refile quelques billets de cent afin qu’il nous laisse entrer.
Dès nos premiers pas, je repère déjà notre abruti au fond complètement. Je me tourne vers le type adossé à la porte qui vient de nous laisser entrer et lui refile quelques billets de plus.
— Keep your eyes closed… lui dis-je.
Il me fait signe que je peux lui faire confiance et me mentionne même qu’il y a une pièce un peu plus au fond si nous voulons être tranquilles. Je lui dis qu’il se peut qu’un Steaven vienne faire un tour et il acquiesce de la tête.
— Thanks ! lui dis-je avec un sourire rempli de projets.
Dylan se craque déjà les jointures. Il en fait trop, mais c’est tellement lui.
— Tu sais que son babouin sera peut-être là, lui rappelé-je. Si c’est le cas, laisse-moi m’occuper de lui en premier et maintiens Hernandez.
Il acquiesce et nous avançons en direction de l’homme qui dépasse à peine de sa chaise. Quelques femmes à moitié nues dansent dans chacun des coins de l’endroit, mais personne n’y porte vraiment attention. Aucun monstre en vue pour le moment. En arrivant derrière lui, j’agrippe le collet de son chandail et le lève de son banc moite de sueur tant il transpire sous l’excitation de gagner, ou de perdre. Je vérifie l’écran… Perdre. Alors que son collet est toujours entre mes mains, il bafouille quelques mots et crie comme une fillette. Personne n’en fait de cas autour de nous. Les gamblers sont bien trop obnubilés par leur écran et leur table de poker.
D’un geste brusque, je le pousse devant nous et le laisse tomber au sol. Il rampe comme une merde en cherchant une aide quelconque près de lui. Mais personne ne s’intéresse à autre chose qu’à jouer et ces trucs sont fréquents dans des endroits tels que celui-ci. Son visage est bien bleu, je constate que le clodo a fait du bon boulot juste avant moi. Ses yeux s’écarquillent quand il se rend compte que personne ne viendra et ça me fait sourire encore plus. T’es seul, pauvre con ! Le regard ahuri, il cherche visiblement une échappatoire.
Dylan le reprend par le collet et le lance devant lui jusque dans la pièce que nous a désignée le portier. Silencieux, je m’avance vers lui. J’hésite encore entre commencer par les mots ou par les gestes. La tronche que je fais doit ressembler à celle que De Niro est capable de faire quand il fait une moue de dédain, celle qui ne laisse place à aucune confusion quant à ce qui s’en vient. L’idée me fait sourire et Hernandez est horrifié quelques secondes pendant qu’un rictus ourle mes lèvres.
Dans un élan de courage, il se redresse et me regarde avec sa petite gueule de connard.
— Alorrrs, t’as rrrévu ta putain ?! crache-t-il.
Humm, ça commence plutôt mal . Je me passe une main sur la mâchoire et flatte ma barbe quelques secondes, réfléchissant silencieusement.
— Appelle Steaven et dis-lui d’apporter sa trousse. On va avoir du plaisir, lancé-je à mon ami.
Il se retire et téléphone.
Pendant ce temps, je m’occupe d’Hernandez et lui envoie mon poing sur le nez qui se brise au contact de mes jointures. Il pousse un cri en portant une main à son visage. Du sang en coule. Pas suffisamment.
— T’en avais pas eu assez, Hernandez, hein, lui dis-je calmement.
Mais la rage bout en moi. Chaque parcelle de mon corps s’enflamme à l’envie de lui casser le cou. Dylan revient et me confirme en silence que notre homme sera là.
— Dans dix minutes au plus tard, me dit-il alors que je le questionne d’un mouvement de menton.
Pendant que Thompson surveille la fiotte devant nous, je vais chercher une chaise plus loin, reviens et le pousse du pied afin qu’il s’assoie dessus aussi rapidement que j’ai envie de le briser. Suicidaire, il continue :
— Ça m’a fait une plaisirr fou dé la frapper, ta pétite garce.
Mauvais choix de mots… Je ferme les yeux et canalise ma patience du mieux que je peux en inspirant profondément. Je repense à sa pureté et à l’état dans lequel elle est rentrée à l’hôtel et je lui pète le nez à nouveau, incapable de me maîtriser. S’est-il retenu, lui, hier soir ?
Il rit, le sang lui coulant jusqu’entre les dents. Ce type était déjà moche avant, mais là, personne n’en voudrait, pas même sa femme si elle était aveugle. Ce sera encore pire après la visite de Steaven.
— T’aurais dou la voirrr quand yé lé plotté, mmmmm.
Imaginer ses mains véreuses sur elle me donne des envies de meurtre. Je lui ai demandé hier soir si elle avait été agressée sexuellement. J’étais tellement mal de lui poser cette question tandis qu’elle enfilait un pyjama, mais ça me tracassait vraiment. Et j’ai été soulagé qu’il n’ait pas réussi, même s’il s’est permis de promener ses mains sur elle. Enfin, c’est ce qu’elle m’a dit.
Je fais signe à Dylan de le maintenir et je lui prends une de ses mains. Hernandez se débat, mais les grands bras de mon ami sont suffisamment forts pour le garder en place. Je saisis un de ses doigts et le brise en deux d’un geste rapide. Il se retient de crier, mais ses yeux ne démontrent rien d’autre que de la peur sous la carapace fragile avec laquelle il pense nous déjouer. Je continue la même manœuvre avec chacun de ses autres doigts et je n’épargne pas le pouce. Il hurle un « imbécil te mato » . Faudrait me parler en français ou en anglais pour que je comprenne, petit con !
— Yé vais té lé faire payer, connaRrrd. Yé vais la rétrouver et loui foutre ma queue dans sa pétite chatte yusqu’à cé qu’elle crie et pleur et mé suppli d’aRrrêter. Et quand y’auré fini avec sa chatte, yé vais baiser son cul aussi ! Et yé vais lui casser tout sé pétits doigts une à une comme tou mé fait.
Dylan lui éclate la tête d’un coup de poing avant que j’aie le temps de réagir, puis il me regarde d’un air mauvais. S’il y a une chose qui fait péter un câble à Thompson, ce sont les batteurs et les violeurs. À moi aussi d’ailleurs ! Ça me met les nerfs sur le bord de l’explosion. Lui baiser le cul ? Essaie pour voir !
— Mauvaise réponse, lui dis-je. De toute façon, Hernandez, avec une bite aussi petite que la tienne, c’est déjà surprenant que ta femme soit encore avec toi. Elle est peut-être lesbienne et elle se délecte de pouvoir te bouffer la chatte tous les soirs…
Il me fusille du regard. Je prends son autre main, tremblante, ce qui me fait sourire, et lui casse tous les doigts comme je l’ai fait avec la précédente comme si c’était de vulgaires petites brindilles. Ce type ne pourra pas toucher une femme avant longtemps ni jouer à aucune machine, à moins qu’il apprenne à le faire avec ses pieds. Je décide de ne pas prendre le risque.
Hernandez se débat sur sa chaise et crie un paquet de mots en espagnol. Je n’ai rien compris de ce qu’il vient de dire, mais mon meilleur ami, en l’occurrence, a tout saisi. Il lui balance un coup de poing dans le ventre et le nain de jardin ne peut plus respirer pendant un moment, juste assez pour donner un répit à nos oreilles.
Je ramasse un pied-de-biche plus loin. Génial, les pièces en rénovation ! Je prends le temps de lui retirer ses chaussures en le regardant droit dans les yeux. Dylan lui couvre la bouche de son énorme main. Hernandez semble horrifié, mais je me doute qu’il sera encore capable d’ouvrir sa grande gueule, alors je ne me gêne pas. Je lui assène un coup de toutes mes forces sur le premier pied et on entend ses os se briser en même temps que la chair qui se déchire. Il hurle, mais ses cris ne vont pas très loin avec la main de mon ami sur sa bouche et son autre bras autour de son cou.
— Je vois que les travaux sont commencés, lâche une voix masculine et distinguée derrière nous.
Je me retourne et souris à Steaven. J’adore ce type. Tatoué de la gorge jusqu’aux pieds, il a une élégance et un raffinement plus développés que bon nombre d’hommes d’affaires. Nous nous sommes rencontrés quand j’étais allé le voir pour faire tatouer mes manches et depuis ce temps, on garde contact. Il n’a pas peur de se salir les mains, surtout pour ce genre de chose.
Comme je ne compte pas y passer la journée, je reviens au petit enculé devant moi et lui fais le même tour de pied-de-biche sur son deuxième pied. Ses yeux se mouillent. Awwww, c’est presque attendrissant.
— Ohhh, un trop-plein d’émotions, lui dis-je d’un ton des plus arrogant.
Je prends une profonde inspiration. Je ne peux quand même pas le tuer. Mais… Je me penche vers lui et le regarde droit dans les yeux.
— Là, tu as deux choix : soit tu sors d’ici sans ta queue, ce petit appendice que t’as entre les jambes et qui t’empêche de réfléchir intelligemment, soit tu la gardes dans ton pantalon. D’une façon ou d’une autre, tu ne toucheras plus jamais aucune femme sans son consentement… Tu vas t’occuper de la tienne avant qu’elle ne foute le camp avec tes enfants parce que t’es une merde et que t’es en train de vous ruiner. N’attends pas qu’elle trouve mieux ailleurs. Crois-moi, ce ne sera pas difficile.
Je passe ma main dans mes cheveux.
— Mais je pense que je vais continuer de m’amuser un peu avec toi le temps que tu comprennes bien le sens de mes paroles, ajouté-je.
Hernandez secoue la tête, l’air horrifié. Je fais signe à Dylan de le lâcher un moment.
— La dernière fois, je t’ai cassé la gueule pour que tu arrêtes de nous harceler. Ça n’a pas suffi. Soit t’es complètement stupide, soit t’es suicidaire, soit t’es masochiste… Mais apparemment, mes méthodes étaient trop douces.
— Ça va, yé né vous approchéré plou yamais !
— Fort probable, tu vas avoir de la difficulté à marcher pendant des mois, connard ! lâche Dylan en le fusillant des yeux.
Je penche la tête sur le côté et je fais signe à Steaven d’ouvrir son sac. Le tatoueur s’exécute et en moins de temps qu’il n’en faut, il s’installe devant les yeux inquiets du latino. Il s’assied sur une chaise que je lui ai trouvée, sa machine à tatouage dans les mains.
— Qué cé qué vous faites ? dit l’homme en panique en tentant de se libérer des bras de Thompson.
— Où se trouve la grosse merde qui était avec toi hier ? lui demandé-je.
— Yé né sais pas. Il é parti faire une tour tout à l’heurrrree.
Je hoche la tête et fais signe à Steaven de commencer.
Dans une ville où les gens parlent presque tous anglais, je décide qu’il vaut mieux opter pour une langue que tous pourront comprendre. Je me penche et marmonne quelques directives au tatoueur. Le petit homme se débat, les yeux apeurés comme une biche devant un lion. Je vais aider Dylan à le maintenir. J’ai envie que l’écriture soit bien visible et bien droite.
Ça prend environ une dizaine de minutes à l’artiste pour tracer quelques lettres à la perfection. Il se relève de sa chaise et regarde ce qu’il vient de terminer en penchant la tête d’un côté, puis de l’autre comme pour admirer le tout. Une vraie œuvre d’art. Un gros « RAPIST » est gravé sur son front à tout jamais. Partout où il ira, les gens sauront que ce type est un violeur, même sa femme.
Pendant que le tatoueur ramasse ses choses, je me penche vers Hernandez et sors un couteau rétractable de ma poche, puis lui pique l’entrejambe avec. Il crie :
— Yé né feré plou rien, prrromis.
— C’est ce que je te souhaite… Si tu approches à nouveau cette femme que tu as agressée hier soir, je veillerai personnellement à ce que tu ne puisses plus jamais respirer, dis-je calmement.
Je pense que le ton de ma voix le fait encore plus flipper que le reste des trucs qu’on vient de lui faire. Je fais signe à Dylan de le lâcher et Steaven nous suit quand nous sortons de la pièce. Je me retourne pour regarder l’homme brisé en petite boule assis sur sa chaise qui pleure comme une merde et souhaite que le message soit clairement passé.
Je remercie le portier et nous remontons vers le haut du hangar. J’arrive à peine sur le plancher de l’étage par lequel nous sommes arrivés une demi-heure plus tôt que mon corps est projeté sur le sol désert. Je me relève rapidement et réussis à éviter un coup de pied de justesse. Je me doutais que c’était ce gros tas de merde qui lui avait brisé les côtes, mais en levant la tête vers lui, j’en suis certain.
Thompson et le tatoueur restent à l’écart, se doutant que je n’aurai pas besoin de leur aide. Je lui fonce dessus et le percute directement dans l’estomac. Il fait au moins une tête et cent livres de plus que moi. Je ne dois lui laisser aucune chance, j’en suis conscient. Il se retrouve au sol aussi violemment qu’il a dû faire tomber mon inconnue de l’hôtel. Avant qu’il ne puisse faire quoi que ce soit, je saute dessus et lui éclate la gueule. Mes poings lui défoncent la mâchoire sans relâche. Il essaie de se déprendre, mais je lui ai pris le bras de façon à ce qu’il ne puisse plus bouger puis, d’un mouvement brusque, je lui casse l’humérus. Un hurlement de douleur résonne dans le hangar. Je n’ai aucune pitié pour des types qui s’en prennent à des gens sans défense.
— T’as besoin que je te casse autre chose ? lui demandé-je alors qu’il souffre.
Il secoue la tête.
— J’ai une femme et des enfants, je ne veux pas de problèmes, dit-il.
Je grogne.
— T’as une femme et tu bats celles des autres…
Il secoue la tête à nouveau.
— J’ai seulement accepté ce boulot parce que c’était payant, dit-il, les traits déformés et le visage plein de sang.
Je sais que ce n’est pas lui qui a orchestré tout ça et je me doute que ce n’est pas dans ses habitudes, mais je tiens à ce que ce soit bien clair.
— Si tu ne veux pas ressembler à ton patron, je te conseille de changer de voie, de te trouver un nouveau travail et de bien traiter les femmes que tu croises. Sinon je peux te faire la même chose qu’on vient de faire à Hernandez. C’est comme tu veux !
Même s’il n’a pas vu l’état du latino, il semble bien convaincu de ne pas vouloir recevoir le même traitement. Je me relève et fais signe aux deux hommes à mes côtés que nous en avons terminé. Je salue le colosse de l’entrée. Une fois dehors, je donne une poignée de main à Steaven et un air de dédain emplit son visage quand il voit que je viens de lui mettre plein de sang dessus. Il sort un bout de tissu de sa poche et s’essuie sans attendre. Quel raffinement ! Puis il se dirige vers sa voiture et me crie un :
— On se revoit bientôt !
Une fois arrivé à ma bagnole, je prends une bouteille d’eau que je vide sur mes mains et demande à Dylan de me sortir un rouleau de bandage que j’ai laissé dans le compartiment à gants. Les coups que je viens d’asséner au monstre n’ont pas épargné mes jointures.
— Merci, lui dis-je.
Un simple mot qui veut dire bien plus. Thompson me regarde et me sourit.
— Bon, t’es pas censé partir bientôt, toi ?!
Je regarde ma montre. Merde ! Il est plus de 11 h. J’enroule rapidement le bandage autour de mes mains à la hauteur des jointures et je vais déposer mon ami chez lui. Il me laisse prendre une douche rapide pour enlever les éclaboussures de sang que j’ai sur moi. Je me refais des bandages en sortant de la douche et enfile des vêtements propres que je laisse toujours dans le coffre de ma voiture, au cas où.
Juste avant de sortir de chez lui, il me tend un trousseau de clefs.
— Amusez-vous ! me dit-il.
Je hoche la tête et lui souris, puis je pars. Je m’arrête dans une épicerie pour acheter tout ce que je trouve acceptable, souhaitant qu’elle y trouve son compte, en passant des trucs les plus santé aux choses les moins nutritives qui existent.
Je me dépêche d’aller dans un resto-gril chercher les plats que j’ai commandés juste avant d’arrêter à l’épicerie, puis je fonce vers le Divine’s.
***
En passant devant l’accueil, mademoiselle Papillon ne papillonne plus, elle me salue d’un mouvement de tête et continue de faire ses affaires à l’ordinateur. Le message a bien passé. Je vais toutefois lui proposer un marché tout en lui demandant une nouvelle carte magnétique pour mon inconnue, puisque je compte bien garder la sienne au cas où un autre pépin surviendrait. La réceptionniste fait ce que je lui demande et je monte ensuite directement à l’étage avec le lunch.
En arrivant devant sa porte, ma respiration s’accélère. Je me sens ridicule. Je viens de casser la gueule à deux types sans problème et cette femme me rend nerveux ?! Je cogne, mais au bout d’une minute, je constate que personne ne viendra répondre. Je sors sa carte que je passe dans la poignée. Je referme derrière moi. Ses petits souliers sont par terre. Je me doute qu’elle n’est pas sortie. Je longe le couloir et je la vois apparaître dans le salon en train de sécher ses cheveux à l’aide d’une serviette tout en se dirigeant vers moi. Elle porte un t-shirt ample et des petites culottes en coton. C’est un accueil plutôt agréable.
— Désolée, je terminais de me laver les cheveux quand tu as cogné, dit-elle.
Bon sang ! Même avec quelques ecchymoses et des bandelettes de rapprochement, cette femme est encore bandante. Ça m’a pris tout mon petit change pour ne pas la prendre dans la douche hier soir. J’ai dû revoir en boucle des tonnes d’images de ma grand-mère pour m’aider à rester concentré. John a dit qu’elle devait faire attention et comme elle venait de se faire agresser, je me doutais que ce n’était pas une bonne idée, mais je ne pense qu’à ça depuis que je l’ai vue la toute première fois, et encore plus depuis que je l’ai goûtée, elle, en entier.
— Tu as réussi à rentrer dans la suite comment ? me demande-t-elle sans en avoir l’air vraiment dérangée.
— Ta carte était restée dans la poignée hier soir. Tiens, lui dis-je en la lui remettant.
— Oh, ouais… Merci ! fait-elle timidement avant de la prendre.
— Ça ne t’a pas fait trop mal de te laver les cheveux ? lui demandé-je, sachant à quel point lever ses bras lui est pénible avec sa côte fêlée. J’aurais pu t’aider…
Elle hausse les épaules et se mord la lèvre.
— Alors, qu’est-ce que tu es allé chercher à manger ? demande-t-elle pour changer de sujet en essayant de voir dans le sac.
— Des grillades. Leurs brochettes de poulet valent le détour. Et la salade, un vrai délice, dis-je en joignant mon index et mon pouce ensemble, puis en les portant à ma bouche.
Ses lèvres s’entrouvrent pendant qu’elle me regarde décrire le plat. Je lâche le sac que je tiens et vais prendre son visage entre mes mains pour embrasser sa magnifique bouche, souhaitant que ça suffise à me rassasier d’elle un certain moment. Mais plus je la vois et pire c’est. Sa peau est douce. Elle sent bon. Puis sa façon de répondre à mes baisers… Ça ne m’aide pas !
Quand je la lâche, elle respire vite et plonge ses yeux bleu clair que je suis incapable de cesser de fixer avec les miens. Je me penche pour ramasser le sac au sol et me dirige vers la table de cuisine où je dépose les plats. Elle vient s’asseoir et fixe mes mains, mais elle ne dit rien et ne me pose aucune question. Elle se contente de m’observer de ses yeux perçants, puis hoche subtilement la tête comme pour me dire qu’elle comprend.
Elle n’a aucune idée de ce que j’ai pu faire et de ce que je suis capable de faire, mais elle se doute de toute évidence que je ne suis pas le type le plus tranquille sur Terre. Je passe une main dans mes cheveux, nerveux d’imaginer ce que serait sa réaction si elle l’apprenait, puis nous commençons à manger.
***
Juste avant de quitter la suite, elle stoppe net dans la cuisine devant le plus gros pénis de l’histoire. Elle éclate de rire et lâche :
— Oh bon sang ! Je n’avais pas remarqué qu’il était rendu distingué.
Je lève les yeux vers elle, un sourire satisfait en coin, fier de la moustache que je lui ai tracée ce matin. Elle semble embarrassée.
— Ça ne va pas ?
— C’est que… je ne peux pas laisser cette queue sur le comptoir.
Le rouge qui lui monte aux joues me fait rigoler et elle me fout un petit coup de poing sur l’épaule. Bien que j’aime la voir prendre toutes sortes de teintes devant le pénis qui décore son îlot, je comprends qu’on ne peut pas laisser ça là avec Harry qui s’en vient. Je sors le couteau rétractable de ma poche. Elle me regarde d’un air songeur, mais ne dit rien. Je passe la lame en dessous et en moins d’une seconde, le monstre tombe net sur la surface du comptoir. Elle plisse les yeux, comme si elle m’en voulait de l’avoir retiré si facilement, puis je lui tends et elle s’empresse d’aller le remettre dans une valise qu’elle barre à l’aide de minuscules clefs inutiles. Voir un truc aussi gros entre ses petites mains me fait rire à nouveau. N’importe qui de sensé comprendrait qu’il est impossible qu’elle l’utilise vraiment.
Il est déjà 13 h quand nous quittons la suite. Il nous reste un arrêt à faire avant de pouvoir partir pour quelques jours. Nous nous rendons au St-Thomas. Madame l’inconnue a eu la superbe idée de prêter sa chambre à un clochard. Mais comme ce clodo lui a sauvé la vie, je me sens redevable. J’ai apporté quelques vêtements propres que je pourrai lui donner si on veut qu’ils le laissent entrer dans l’hôtel. J’ai également menacé mademoiselle Papillon de lui faire perdre son travail si elle ne le laissait pas entrer avec son chien dans la suite et elle s’est empressée d’écrire une note au dossier pour une autorisation spéciale.
Assise sur le siège passager, elle texte quelques mots à ce que je présume être son amie un peu spéciale. Mais comme elle la fout dans des situations plutôt marrantes, je dois avouer que j’apprécie qu’elle fasse partie de sa vie. Je me suis bien rincé l’œil la nuit où elle est allée se baigner nue et il est évident que ce n’était pas son idée à elle, mais celle de son amie. Elle me lâche quelques petits coups d’œil rapides en même temps qu’elle lui écrit. Elle parle de moi là ?
Quand je me gare devant le St-Thomas, elle sort aussi rapidement qu’un coup de vent pour se précipiter au pas de l’immeuble sans me laisser la chance de lui ouvrir la portière. Lorsqu’elle met les pieds devant l’entrée, elle lit quelques affiches comme pour être certaine que nous sommes bien au bon endroit. Je lui ouvre la porte et nous entrons dans le vieux bâtiment qui devait jadis être une école. À l’entrée, une dame nous demande les raisons de notre visite sans vraiment tenir compte des écorchures et des ecchymoses sur le visage de mon inconnue.
— We’re here to see Harry, dit-elle.
Elle se débrouille relativement bien en anglais même si c’est un peu saccadé et maladroit. La dame nous pointe une pièce plus loin. L’étrangère passe devant moi et s’y rend aussitôt. La chambre est petite et contient plus de lits qu’un espace si restreint ne le devrait. Harry est assis sur une chaise, un livre à la main, et son chien couché près de lui.
Elle se précipite vers lui et lui saute dans les bras.
— Hi Nnn... dit-il avant de stopper net quand il me voit.
Je le salue d’un signe de la tête. Il s’inquiète de ses blessures, mais elle le rassure et lui dit qu’elle a vu un médecin. Puis, Brunette irrésistible flatte le chien tout en lui faisant part de son plan complètement con qui est de le ramener à l’hôtel. Harry semble hésitant, mais elle insiste et lui dit qu’elle a besoin de lui pour surveiller sa chambre. Quelle petite rusée… Il finit par accepter, mal à l’aise, ramasse quelques affaires qu’il place dans un sac, puis il nous suit, accompagné de son meilleur ami.
***
Une fois Harry habillé dans des vêtements plus propres et moins usés, je dois admettre qu’il a une meilleure mine. Nnn, qu’est-ce qu’il allait dire ? Cette question me trotte dans la tête.
Nous sortons du véhicule et je vais dans le coffre chercher le sac de nourriture pour chien que j’ai acheté plus tôt à l’épicerie. Je dis au valet que nous partirons dans une trentaine de minutes, le temps de prendre nos bagages. Personne ne remarque la présence d’Harry en entrant dans l’hôtel. Son chien est si calme qu’il n’attire que quelques regards. Nous montons au seizième. L’itinérant semble mal à l’aise, clairement pas dans son élément habituel, même si j’ai l’impression qu’il l’a déjà été.
Une fois à l’étage, nous nous dirigeons prestement vers la suite de ma voisine. Elle prend le temps de tout expliquer à Harry en entrant, mais sans en faire trop pour ne pas le rendre encore plus inconfortable. Puis elle lui tend quelques billets de cent et lui dit de manger à sa faim. Harry essaie de refuser, mais elle ne laisse pas place à la discussion, puis il semble finalement touché par toute cette attention et l’étreint.
Sous une carapace infranchissable, cette femme sensible a un cœur immense et ça m’énerve encore plus. Je préférerais découvrir des tas de trucs plus repoussants chaque fois, ce qui me faciliterait la vie pour ne pas m’éprendre de sentiments pour elle . C’est du jamais vu ! À peine une semaine depuis la première fois où je l’ai vue, une seule petite semaine et je suis complètement obsédé. J’ai envie de passer mes journées entières à la regarder me parler, rire et rougir quand elle devient ultra timide. Ses grands yeux bleus sont les plus beaux que j’ai vus de ma vie. Je sais que ce n’est qu’une aventure passagère, qu’elle ne voudra pas me revoir après, mais malgré tout, mon côté masochiste me pousse à tout faire pour la voir et la tenir près de moi.
Les deux dernières journées sans elle ont été incroyablement longues. Thompson s’est bien rendu compte que j’avais la tête ailleurs. Dix ans d’amitié lui ont donné une certaine proximité qui lui permet de savoir quand ça ne va pas. J’ai fini par tout lui déballer comme si j’étais ado et que je venais de rencontrer ma première petite amie.
Quand je suis revenu hier soir, j’étais certain qu’elle serait à sa suite, mais personne ne répondait et comme il se faisait tard, je suis allé demander au valet s’il ne l’avait pas vue sortir, ce qu’il m’a rapidement confirmé. Je me suis donc planté là à l’attendre parce que c’était bien la seule chose que je pouvais faire. Quand elle est revenue et que je me suis aperçu de son état, je savais bien qu’elle ne s’était pas fait ça en trébuchant sur une branche. Elle était d’humeur massacrante et j’avais l’impression qu’elle m’en voulait. Le nom d’Hernandez a failli me faire péter un câble sur-le-champ. Je ne pouvais pas croire qu’il ait osé… Il m’a fallu tout mon sang-froid pour ne pas aller démolir ce petit connard immédiatement.
Le seul côté positif que j’ai trouvé à toute cette merde, c’est que j’ai pu en apprendre un peu plus sur elle. Je savais déjà que ses cauchemars et les voitures ne faisaient qu’un, mais ce qu’elle a raconté à John a répondu à plusieurs autres de mes questions. Pourtant, j’ai le pressentiment qu’encore là, je ne sais pas tout. Un mystère plane sur cette femme. Cette petite escapade réussira peut-être à lui montrer qu’elle peut s’ouvrir davantage à moi et me faire confiance.
La façon dont elle a répondu à mes lèvres la première fois dans cette cage d’escalier m’a bien montré à quel point l’attirance puissante que j’éprouve pour elle est réciproque. Je l’ai sentie lutter à plusieurs reprises, mais son pire moment de contradiction fut l’autre soir, quand nos deux corps étaient sur le point de fusionner. J’ai arrêté ce que j’avais commencé quand j’ai vu ses yeux remplis d’hésitation entre le désir et quelque chose que j’ignore encore. Puis elle s’est ouverte et m’a laissé entrer, mais dans quelque chose de bien plus intense et personnel que son enveloppe charnelle. J’aurais pu m’arrêter là, mais le désir si puissant qui nous consumait devait aboutir à quelque chose. C’était insupportable, et ça l’est encore plus maintenant que j’y ai goûté, parce que je n’aurais jamais pu prévoir ce que j’ai ressenti à ce moment. Il n’y a aucun mot pour le décrire…
Quand elle revient de sa chambre, je la regarde saluer Harry, puis l’imite, quelques sacs et une valise dans les mains. Une fois rendu à la voiture, j’essaie de tout faire entrer dans le coffre à côté d’une valise remplie de vêtements et de trucs utiles que je garde toujours tout près, au cas où. Une fois assise à l’intérieur, elle me demande avec le plus beau des sourires :
— Alors, on va où ?
Je contemple ses yeux incroyables fournis de grands cils, sa bonne humeur contagieuse et sa toque un peu croche sur le dessus de la tête, et bon sang que je la trouve belle.
— À Fire Island, lui réponds-je avant de démarrer la voiture.


Chapitre 15
Norah
Sa façon de conduire est le parfait reflet de sa personne : confiante, toute en douceur et avec du mordant juste là où c’est nécessaire. Je le regarde tenir son volant, les jointures bandées, et je ne peux m’empêcher de vouloir savoir qui est ce gars, celui avec qui je reprends vie et avec qui je dois lâcher prise.
Hier soir, je me doutais, à son regard quand il m’a vue et à l’appel qu’il a passé à Dylan Thompson, qu’il n’en resterait pas là avec ce qu’Hernandez m’a fait… Mais quand j’ai aperçu ses jointures, là j’ai su comment il avait réglé le problème. Du moins, je me doute par quel type de moyen, et ce n’est certainement pas en lui chantant une berceuse. Je commence à croire que Carter est autant un type de parole que d’action, le bandage de ses mains me l’ayant confirmé. Un parfait dosage, selon moi, entre le bien et le mal. Et qu’il ait fait ça pour mon honneur me donne le sentiment d’être précieuse à ses yeux, même si c’est de courte durée.
À sa façon d’emprunter certains chemins, je comprends qu’il est déjà allé à plusieurs reprises là où il m’emmène. Il me lâche un coup d’œil par-ci par-là en tenant le volant et j’essaie de faire comme si je regardais le paysage. Ça le fait bien rire de voir mes joues se teinter de rose chaque fois !
— Dylan nous prête sa villa pour quelques jours, me dit-il comme pour couper le silence et m’informer un peu sur la suite.
Je ne peux pas croire que j’ai accepté de partir sur un coup de tête, comme ça, avec un étranger, sans poser plus de questions. New York est en train de me rendre irresponsable et je dois avouer que j’adore ça. Je me serais passée de ma mésaventure d’hier soir, mais comme je pars généralement du principe que rien n’arrive sans raison, j’essaie de voir le bon côté des choses. Prendre ces coups a été douloureux, mais ça m’a réveillée en quelque sorte. Ça m’a fait prendre conscience que je suis encore là, bien vivante. Et comme Carter semblait avoir foutu le camp, sur le coup, je me rattachais à ce que cette sensation me procurait, pensant que c’était peut-être la dernière fois que je sentirais mon cœur battre aussi vite.
Je hoche la tête. Il passe une main dans ses cheveux comme pour réfléchir. Quelque chose le contrarie.
— Y’a pas moyen que tu puisses me donner ton nom ? me demande-t-il avec un de ses regards désespérés.
Je me sens mal. Bien sûr que je veux lui dire. Mais on sait déjà comment ça va se terminer et cette fin arrive bien plus vite qu’on ne peut se l’imaginer. Cette pensée me fait grimacer.
— Quelque chose qui fait que je peux te parler en disant autre chose que toi , par exemple… ajoute-t-il pour me convaincre.
Je hausse les épaules et je me retourne dans sa direction tout en réfléchissant.
— Une seule lettre, ça ferait ? lui demandé-je.
— Je vais prendre ce que tu peux me donner, répond-il en me décochant un regard de feu.
— OK alors… N !
— N ?
— T’as dit que c’était OK pour une lettre ?! Alors oui… N, réponds-je avec un sourire en coin.
Je l’entends faire un « Mmm » dubitatif.
— Nancy ?
J’éclate de rire et secoue la tête.
— NON !
Il essaie vraiment de trouver ?
— Ouais, non… T’as vraiment pas une tête de Nancy, affirme-t-il en riant, vaincu par sa défaite.
Je lui lance un regard de « Et j’ai une tête de quoi ? ».
— Mmm, je sais pas, mais c’est pas ça ! Je me contenterai de N alors… dit-il en haussant les épaules. Madame N, ça sonne mieux que madame l’inconnue…
Même si c’est plus que ridicule, le peu d’informations que je viens de lui fournir semble le rendre heureux.
***
Il nous faut environ deux heures avant de traverser un long pont, qui se nomme le Robert Moses Causeway, et qui nous sépare de Fire Island. C’est superbe. Qui aurait cru qu’un si bel endroit, sur le bord de l’eau, se trouve si près de New York ?
La brise est si agréable que je ferme les yeux pour que ce moment s’imprègne dans mes souvenirs. Quand je les ouvre, Carter me balance un sourire que lui seul a le pouvoir de rendre si craquant. Nous roulons un petit moment sur l’île jusqu’à ce qu’il y ait de moins en moins de maisons, puis il tourne dans une entrée. En montant une légère pente, une villa apparaît devant nos yeux. Bon sang ! Elle est à moitié vitrée, et le reste de la façade est recouverte de planches de bois grisonnantes à cause des rayons du soleil. Une vraie villa au bord de la mer.
Avant qu’il n’ait le temps de venir m’ouvrir, je suis déjà sortie du véhicule et je regarde tout autour en souriant comme une enfant. Carter ouvre le coffre et y ramasse quelques bagages, surtout les miens, puis me fait signe de la tête de le suivre. Nous suivons le sentier en bois qui se rend jusqu’à la porte et qui a les mêmes teintes que les murs extérieurs de la villa. Il sort une clef de sa poche et ouvre. C’est magnifique. Un peu vide en déco, mais compte tenu du fait que ça appartient à un homme, ça semble tout de même bien décoré. Un beau mélange entre le contemporain et le style naturel.
Carter me dit qu’il revient et retourne chercher le reste des choses dans sa voiture. Je fais le tour du premier étage pendant ce temps. J’ai toujours aimé les maisons à aire ouverte et celle-ci ne fait pas exception. C’est probablement l’une des plus belles que j’ai vues, les autres étant dans des magazines. C’est spacieux et les façades vitrées offrent une vue imprenable sur l’océan.
— Tu aimes ?
— C’est magnifique, lui dis-je en souriant.
Il se dirige vers la cuisine, une énorme glacière dans les mains. Je le suis et l’aide à mettre tous les aliments au frais. Bon sang ce qu’il en a acheté…
— Ouais, eh bien… C’est que je ne savais pas ce que tu aurais envie de manger, me dit-il en remarquant le doute qui plane sur mon visage quant à la quantité de nourriture que je suis en mesure d’avaler.
Il faudra que ce type cesse d’en faire autant. Chacun des gestes et des attentions qu’il pose va rendre mon départ encore plus pénible. Tout en le regardant ranger la nourriture dans le réfrigérateur, je ne peux faire autrement que de me dire que tout ça m’a manqué.
— Alors, tu aimerais manger quoi ce soir ? me demande-t-il.
— Hum, il y a un barbecue à l’extérieur ?
— Ouais, viens, je vais te montrer.
Il me prend la main, puis m’entraîne avec lui. Il tire sur une grande porte vitrée et nous arrivons sur une cour extérieure digne d’un film. Une grande terrasse tout en bois fait la longueur complète à l’arrière de la villa et une partie est recouverte d’une pergola. Sous celle-ci se trouve une grande table ainsi que plusieurs chaises. Un peu plus loin, il y a un sectionnel ainsi qu’un rond de feu. Je souris à l’idée de me faire cuire quelques guimauves en soirée, lesquelles Carter a sorti de la glacière quelques minutes plus tôt. Une piscine creusée à notre gauche est entourée de palmiers, je me sens vraiment ailleurs. Un spa est installé non loin. Maryse m’a déjà dit que c’était le pied de baiser là-dedans… Ma main toujours dans la sienne, il m’attire plus près de la pergola où je découvre un énorme barbecue.
— Alors… T’as envie de manger quoi ce soir ?
— J’ai vu que tu as apporté des crevettes… On pourrait se faire ça.
Il accepte, un sourire aux lèvres. Je prends mon cellulaire et regarde l’heure.
— Mmm, si je veux qu’elles aient le temps de mariner un peu, je vais aller m’y mettre tout de suite.
Il semble intrigué en me suivant jusqu’à la cuisine. Je sors quelques branches de persil, de l’huile d’olive, de l’ail et un citron. Il ne me faut que quelques secondes pour trouver tout ce dont j’ai besoin pour faire la marinade du siècle. Un couteau à la main, je hache en un rien de temps les fines herbes et l’ail, puis je presse le citron dans un cul-de-poule où le reste des ingrédients se trouvent déjà. J’ajoute l’huile d’olive, un peu de sel et de poivre et le tour est joué. J’entaille à quelques endroits les crevettes afin que la marinade y pénètre rapidement, puis les ajoute au reste.
Carter est adossé au comptoir et me regarde préparer le souper avec attention.
— Tu peux faire cuire un riz ? lui demandé-je.
— Euh, ouais, désolé, dit-il en se grattant la tête.
En moins de temps qu’il n’en faut, il est déjà aux fourneaux, une casserole, une tasse à mesurer et un sac de riz dans les mains. Je suis capable de m’occuper du riz, mais sentir son regard sur moi aussi intensément me faisait rougir et je suis prête à mettre ma main au feu que c’est ce qui le pousse à le faire si souvent.
Tandis que je me lave les mains, après avoir mis les crevettes dans la marinade, je sens une chaleur dans mon dos, puis ses deux bras m’enlacent la taille.
— Si tu n’as rien d’autre à me faire faire, je vais devoir trouver quelque chose pour m’occuper, me dit-il alors que sa main descend sur mes fesses.
Pas besoin du produit miracle de Maryse, une décharge électrique déferle dans tout mon corps à son simple contact. Il embrasse mon cou et mes poils se dressent tout le long de mon épiderme à son toucher brûlant.
La sonnerie de mon cellulaire retentit. Il relâche son étreinte pour me laisser répondre. En le prenant, je me rends compte que c’est un appel FaceTime d’Aiden. Je vois les yeux de Carter descendre vers l’écran.
— Euh, je dois le prendre, dis-je en me dirigeant vers la terrasse.
Il me regarde quitter la cuisine. Je réponds seulement une fois près de la piscine où je m’assieds pour tremper mes pieds.
— Salut !
Nos visages apparaissent à l’écran.
— Hey ! Comment ça va ? me demande-t-il le regard écarquillé.
Je me souviens que j’ai probablement un peu la tête de Rocky.
— Bien, et vous ?
— Qu’est-ce qui t’est arrivé ?
Sa voix semble grave et il a les yeux ronds comme des billes. Je décide de ne pas lui mentir sans tout lui raconter.
— Je suis sortie hier soir et un type a essayé de m’agresser dans une ruelle, mais il est plus mal en point que moi maintenant, réponds-je en riant. Ne t’inquiète pas, je vais bien. Promis !
Je me doute que le combo Harry/Carter lui a servi une sacrée rince. Je sens Aiden se détendre, puis ses yeux se promènent sur l’écran. Il hoche la tête et change de sujet.
— T’es où ? C’est pas à l’hôtel, ça…
— Je suis à Fire Island…
— T’es là-bas seule ?
Je secoue la tête et me mords la lèvre. Bon sang… Je n’ai pas envie de leur parler de Carter. Je ne sais pas ce qu’ils penseront de moi qui m’envoie en l’air avec un nouvel homme alors que leur père nous a quittés.
— Ça va, maman… Pas la peine de te sentir mal. Il est cool ?
— L’endroit ? Magnifique !
— Non… Lui.
J’acquiesce d’un mouvement de menton, de toute évidence mal à l’aise. Carter semble plus que cool, il semble merveilleux en fait.
— Alors, tu me montres l’endroit ? me demande-t-il comme pour couper le malaise qui me gagne.
Je hoche à nouveau la tête, mais avec plus d’énergie cette fois. Je me lève en grimaçant et fais le tour du terrain arrière, puis je me rends à l’avant où la vue sur l’océan est magnifique.
— Woww, c’est malade, m’man ! Et en dedans, ça ressemble à quoi ?
Je réfléchis à savoir si je lui fais faire le tour de la villa ou non.
— C’est pas grave, m’man. Tu m’enverras des photos plus tard. Tu restes là combien de temps ?
Je me sens soulagée.
— Hummm, environ deux ou trois jours, je crois. Tes sœurs sont où ?
— Elles sont parties chez une voisine.
— Maryse m’a dit que Molly ne va pas très bien depuis quelques jours, lui avoué-je.
— Je sais, elle m’a aussi appelé sur FaceTime hier. Elle s’est dit que ça remonterait peut-être le moral à Molly, mais je dois avouer qu’elle n’avait pas l’air d’aller super bien, me dit-il, l’air dépité.
Voyant que je pars dans mes pensées, il ajoute :
— Ça va, maman… Ne t’en veux pas. Ce moment, tu y as droit plus que quiconque ! Alors tu en profites !
La dernière année a donné une maturité surprenante à Aiden. Il est passé d’adolescent à homme si rapidement que je n’arrive pas encore à croire qu’il aura dix-huit ans durant l’été.
— Je t’aime, lui dis-je, les yeux embués par les émotions.
— Moi aussi !
— Je dois y aller, j’étais en train de préparer le souper. On se parle demain ?
— Ouais !… Maman ! s’exclame-t-il juste avant que je raccroche.
— Oui ?
— T’as l’air bien, me dit-il avec le regard rempli d’amour. Bon, pas ton visage, mais toi… T’as l’air bien.
Je le regarde quelques secondes, souris, puis nous nous saluons. Je ne sais pas à quand remonte la dernière fois où quelqu’un m’a dit que j’avais l’air bien…
Je remets le cellulaire dans ma poche et je retourne vers l’endroit où j’ai laissé Carter. Il est au comptoir, un couteau du chef dans les mains et semble préparer une salade. Je l’enlace par-derrière et je le sens prendre une profonde inspiration quand mes bras touchent son corps chaud. Je colle ma joue à son omoplate et ferme les yeux en inspirant son parfum boisé qui me fait tant rêver.
— Ohhh, je vois que tu n’es pas seulement bon pour faire du riz, lui lancé-je en venant me placer à ses côtés.
Je l’entends rire. Il se penche vers moi et me souffle à l’oreille :
— Semblerait que je suis aussi bon pour autre chose…
Espèce de vantard ! Je plisse les yeux à l’idée qu’il pense aux autres femmes qui vantent ses prouesses.
— Ahh… Et qui a dit ça ?
— Ton corps… ta respiration, tes yeux et ton pouls qui s’emballent quand je te touche… murmure-t-il près de mon oreille comme si nous n’étions pas seuls.
Mais il n’y a personne d’autre ici et ça rend son geste encore plus excitant. Ahhh, il lui a suffi de me dire ça que je suis déjà dans le même état qu’il vient à peine de décrire. Un sourire triomphant pointe sur ses magnifiques lèvres et j’ai envie de lui coller mon poing juste pour riposter, mais je sais déjà que rien ne lui enlèvera cette certitude. Le regard toujours rivé sur moi, il me laisse patauger dans une gêne démesurée avec son assurance qui l’est tout autant.
— Tu sais que t’es un connard, lui dis-je, le sourire aux lèvres.
— Ouais, répond-il d’un air satisfait.
Il dépose son couteau sur la planche de travail, se tourne complètement vers moi et m’embrasse avec fougue. Seigneur que c’est bon ! Deux jours sans contact, même si je ne veux pas vraiment l’admettre, ç’a été long et pénible. Ses mains montent sur mes hanches, puis vers mes seins, mais une douleur vive me sort de l’élan de passion dans lequel nous plongions tous les deux. Il me lâche aussitôt, s’excuse, puis se remet au travail. Je le rassure en lui disant que ce n’est rien, mais il n’y a rien à faire, il se concentre sur la salade.
Je le laisse la préparer sans en ajouter. Même si je voulais continuer ce que nous avons commencé, ma côte me fait un mal de chien, alors un peu difficile de l’en persuader. C’est ma faute, je n’ai pas repris d’antidouleur.
— Tu les as pris vers quelle heure ce matin ? me demande-t-il comme s’il lisait dans mes pensées.
Je secoue la tête quand il se tourne dans ma direction. Il plisse les yeux et se retient de me lâcher une remarque sur le ton de la réprimande. Mon cellulaire se met à faire des « Ding ». Je le sors de mes poches et le dépose sur le comptoir, n’ayant pas envie de répondre, peu importe qui c’est. On voit apparaître les textos qui entrent.

Carter n’a pas cessé de couper le concombre, mais ses yeux ont dérivé sur l’écran à chaque texto qui entrait. Merde, moi qui pensais que Ian ne me redonnerait jamais de nouvelles ! J’étais complètement à côté de la plaque. Qu’est-ce que je peux bien lui répondre ? Je n’ai même pas repensé à lui ni souhaité le revoir. C’est un gentil garçon et il est très beau, mais je n’ai rien ressenti en sa présence. Du moins, rien de comparable à ce que je suis en train de vivre.
— La salade est prête, m’annonce-t-il alors que je suis plongée dans mes réflexions.
— Parfait, je vais allumer le barbecue.
— Non, je ne veux pas que tu te fasses mal.
— HA! Ha! Je te demande pardon ?
— J’ai dit non…
— Et moi, j’ai dit que j’allais l’allumer. Je suis capable de faire ça, allons !
Je l’entends soupirer, mais n’en fais pas de cas. Le barbecue et moi, on est vraiment rendu pote ! Dans la dernière année, j’ai dû me débrouiller avec le gril, la tondeuse, le marteau et tout un paquet d’autres trucs auxquels je n’avais jamais touché de ma vie avant le décès de Tom. Ce n’est certainement pas une bonbonne de propane et un barbecue qui vont me faire peur.
Carter me décoche un sourire rempli d’admiration pendant que j’allume le gril comme une vraie pro. Il me tend l’assiette de crevettes géantes que je dépose une à une avec l’aide d’une pince en métal. Je ferme mes yeux et hume le parfum des vapeurs de fruits de mer qui y cuisent. L’odeur du citron et de l’ail me donne faim.
Il dispose les assiettes et les ustensiles sur la table, de laquelle nous avons une vue partielle sur le bord de l’eau. Il retourne à l’intérieur de la villa chercher la salade et le riz qu’il met au centre de la nappe. Une fois la cuisson terminée, je vais y placer le plat de résistance.
— Alors, tu avais quelques jours de congé ? lui demandé-je quand nous nous assoyons l’un en face de l’autre à table.
— Qui est Aiden ? me demande-t-il sans répondre à ma question.
Je fronce les sourcils et fixe mon assiette vide.
— Ce n’est pas grave, tu n’es pas obligée de répondre… Tu as déjà été claire sur le fait que tu ne voulais rien me dire sur ta vie…
— C’est mon fils, réponds-je en croisant son regard.
Ses yeux s’illuminent à l’idée que je lui révèle une partie de ma vie.
— Il a quel âge ?
— Il aura dix-huit ans cet été.
Il réfléchit avant de me demander :
— Et toi ?
— Êtes-vous en train de demander l’âge d’une dame ? lui dis-je, moqueuse.
Il hausse les sourcils, ce qui lui donne la même bouille qu’un enfant qui se demande s’il devrait piger dans le sac de bonbons qui traîne sur le comptoir.
— J’aurai trente-huit ans.
Ma réponse semble le satisfaire plus que je ne l’aurais imaginé. Je lui lance un regard interrogateur. Sans faire de cas à mon questionnement, il continue sur sa lancée, puisque pour une fois, je semble réceptive aux questions.
— Tu as eu ton fils plutôt jeune, non ?!
Je hoche la tête, me remémorant à quel point ç’avait été une surprise quand le test avait affiché positif. Carter dépose la nourriture dans nos assiettes.
— C’est le même père pour les trois ?
Je fais à nouveau oui de la tête, mais je ne suis plus certaine d’aimer la tournure de son interrogatoire.
— Et il est où ?
Sa demande me fait l’effet d’un coup de poignard directement dans le cœur. Je fronce les sourcils en essayant de dissimuler tout ce que cette perte engendre comme émotions en moi.
— Parti, réponds-je, le regard toujours aussi contrarié.
Ma voix était à demi audible quand le mot « Parti » est sorti d’entre mes dents. Carter passe une main dans ses cheveux en bataille, puis m’offre un regard débordant de compréhension. Je me contente de fixer mes crevettes et de jouer avec mon riz. Je n’ai encore rien goûté. En fait, je n’ai plus très faim maintenant, mais si je lui montre que je suis aussi ébranlée, il se doutera que la dernière question m’a vraiment affectée. Je lui lance un petit sourire et commence à manger. Il goûte une crevette et secoue la tête.
— C’est certainement les meilleures que j’ai mangées de ma vie, m’avoue-t-il.
Sa remarque suffit à me remettre de bonne humeur. Ça fait si longtemps que je n’ai pas cuisiné juste pour le plaisir, ou pour un homme. Je mords dans un crustacé que je tiens sur le bout de ma fourchette et une satisfaction emplit ma bouche.
— Bon sang ! C’est vrai qu’elles sont bonnes, dis-je la bouche pleine.
Il se mord la lèvre et de belles fossettes se dessinent sur ses joues couvertes d’une barbe courte, visiblement soulagé que l’ambiance redevienne normale.
— Alors, tu connais Dylan depuis longtemps ? lui demandé-je.
— Depuis une dizaine d’années. Au début, ce n’était que pour le travail, mais nous sommes vite devenus potes.
Je l’écoute me raconter comment ils sont devenus amis tandis que Thompson avait le don de toujours se mettre dans le pétrin et Carter de l’en sortir. Ces dix dernières années semblent avoir été bien remplies par son emploi du temps et je ne peux m’empêcher de me demander s’il a dû consolider travail et vie de famille.
— Et toi, tu as eu des enfants ?
Il secoue la tête, le regard plongé dans le mien.
— J’aurais bien aimé quand j’étais dans la vingtaine.
Il hausse une épaule, puis continue :
— J’avais une copine qui en voulait aussi à l’époque. C’était la sœur de mon ami d’enfance et on avait fini par flasher l’un sur l’autre. Son besoin d’avoir des enfants était tellement grand. En fait, c’est devenu une priorité dans sa vie, tellement qu’elle en est venue à oublier pourquoi nous étions ensemble au départ. C’était son rêve de fonder une famille. C’était un peu le mien aussi au début, mais…
Je l’écoute attentivement alors qu’il me confie une partie de lui, de sa vie. Il est tellement calme, tellement protecteur, j’imagine qu’il aurait fait un bon père.
— Au bout d’un certain moment, Sacha a décidé d’aller étudier en Europe, mettant de côté nos projets. Puis là-bas, elle a rencontré quelqu’un qui a réussi à réaliser son rêve.
Il porte son verre de vin à sa bouche et en avale une gorgée. Il n’en parle pas avec rancœur. Le visage appuyé dans ma paume, j’attends la suite qui fait de cet homme ce qu’il est aujourd’hui.
— Et qu’est-ce qui fait que vos essais n’ont jamais fonctionné ? Tu avais consulté ? lui demandé-je, une partie de moi curieuse d’en connaître la raison.
Il fronce les sourcils et incline un peu la tête.
— Si tu veux que je réponde à tes questions, tu devras répondre aux miennes.
Je grogne doucement, réfléchissant aux enjeux.
— Alors, vérité ou conséquence ? Si tu ne réponds pas à mes questions, je devrai trouver un truc pour compenser, me dit-il un sourire aux lèvres.
Je rigole.
— Wow, moi qui ai toujours voulu me sentir jeune. Vérité ou conséquence ? Vraiment ?!
— Deal ?
J’accepte. Il prend une inspiration et une lueur plus sombre apparaît dans ses iris.
— Alors, je commence. Quand j’étais petit, mon père restait encore avec ma mère. Il était alcoolique et passait toutes ses payes dans les machines. Quand il revenait ivre du bar et qu’il avait perdu tout ce qu’il avait, il se défoulait sur elle. Et ça arrivait souvent. Je détestais entendre ça, ou pire, voir les marques qu’il lui avait laissées le lendemain.
Son histoire me bouleverse. Il en parle calmement, le regard vague, mais je sais que ce genre de souvenirs ne s’effacent jamais.
— Un soir, alors que j’avais environ huit ans, il s’en est pris à elle. Je savais qu’il n’arrêterait pas cette fois. Je l’entendais lui hurler dessus. Il avait complètement perdu les pédales. Je veux dire, c’était pire que les fois précédentes. Je lui ai sauté dessus pour défendre ma mère, mais je ne faisais pas le poids… J’étais chétif à cet âge. Et ensuite, ç’a été mon tour de subir sa frustration. Il menaçait ma mère avec des choses tellement horribles qu’elle n’osait même pas se mettre entre nous.
Je dépose ma fourchette, incapable de manger tandis qu’il me raconte ses souvenirs les plus noirs. Comment un père peut-il faire ça à son enfant ? À sa femme ?
— Une bonne fois, il était si bourré qu’il a défoncé la porte de ma chambre en pleine nuit et m’a roué de coups de pied partout là où il pouvait en donner. Il venait de me briser, complètement.
— Je suis désolée… dis-je en ravalant la boule qui s’est formée dans ma gorge.
— Ça va, me rassure-t-il. Je ne voulais pas te saper le moral avec mon histoire. Mais c’est à cause de ça que je n’ai pas pu avoir d’enfant. J’ai consulté et le médecin m’a dit exactement ce que je pensais ; les coups devaient avoir été trop importants et ça avait dû briser quelque chose que même des séances en fertilité ne remettraient jamais sur pied.
Son enfance me perturbe et m’attriste. J’essaie de ne pas paraître horrifiée, mais les histoires d’enfants battus, ça me bouleverse. Je baisse les yeux vers ma salade et je les ferme. Huit ans ? Merde… Puis je pense au fait de ne pas m’être protégée quand nous avons couché ensemble quelques jours plus tôt et je me sens totalement irresponsable.

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