//img.uscri.be/pth/2a6b1ffe0ac13c6358a843056360e464af0b0d57
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 1,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

sans DRM

Chadolor

De
16 pages

Un jeune garçon est doté d'un sexe en or qui attire à lui toutes les convoitises.





Voir plus Voir moins
couverture
Marie Boman

Chadolor

12-21

Je suis né, en Italie, avec un don spécial, qui m’a causé beaucoup plus de désagréments que de joies. Le village de Corato, à l’intérieur des terres, près de Bari, fut le berceau de mon enfance. Au centre de la place principale une statue trônait. La vox populi lui accordait des vertus particulières. Elle représentait un guerrier grec, nu, debout, portant un casque et un bouclier. Il devait également tenir une lance, mais elle avait disparu. Les Pouilles et la Calabre colonisées par les Grecs furent très prospères au Moyen Âge. Vers les années 1900, les conditions climatiques, la mafia, avaient dégradé considérablement ces régions. Ce fut l’immigration de la plupart des habitants vers la France ou les États-Unis. Sur le socle de la statue, une inscription attirait les regards.

À quoi ne contrains-tu pas le cœur des hommes,

faim maudite de l’or ?

Virgile

Le visage sans éclat n’attirait pas spécialement l’attention, par contre la force de l’athlète se dégageait du vert bronze, du dégradé de divers marrons. La particularité de cette statue résidait dans un phallus en or massif, majestueux, viril, dressé en une verticale qui mettait en émoi les plus jeunes comme les plus vieux. Aucune ressemblance avec les sexes prépubères et recouverts de minuscules feuilles de vigne des éphèbes gréco-byzantins. L’artiste avait apporté une touche personnelle indécente et provocatrice.

L’inscription de Virgile était redoutée par les villageois superstitieux. Jamais aucun d’entre eux n’osa voler ne serait-ce qu’une parcelle de cet or malgré les démons qui les y invitaient.

Les jeunes mamans passaient rapidement devant, en mettant la main devant les yeux chastes de leurs petits enfants. Leur curiosité ultérieure n’en serait qu’exacerbée, mais la morale restait sauve. Les adolescentes se cachaient dans les ruelles adjacentes pour parfaire leur éducation, l’anatomie de Chalad’oro étant très conforme à la réalité. Les adolescents ricanaient, mais comparaient leurs zizis à celui de la statue. Même les hommes mûrs les soirs d’ivresse engageaient des paris compétitifs. Dionysos serait leur juge : lequel avait la plus grosse ? Chalad’oro ou quelque prétentieux qui regrettait ensuite amèrement le ridicule de la situation ? Très rapidement, les Italiennes superstitieuses vinrent l’implorer lorsque leurs maris présentaient diverses défaillances.

Au village, il y avait une femme très malheureuse et très pieuse. Elle passait de longues heures à l’église, suppliant la Vierge Marie de lui donner des enfants. Elle était mariée depuis cinq longues années et se lamentait, avec son époux, de leur union stérile. Une idée saugrenue, mais d’une évidence absolue, lui fut insufflée dans l’obscurité de leur chambre. Elle déclara plus tard, qu’une Sainte Voix lui avait suggéré de vouer une neuvaine à Chalad’oro. Neuf jours et neuf nuits, sans répit, à tourner autour de celui-ci en caressant à chaque passage le prodigieux phallus d’or. Sans aucune honte, elle égrenait un chapelet où se mêlaient prières à la Vierge Marie et suppliques païennes dont l’aboutissement devrait être une fertilité tant désirée. Le dixième jour, elle se reposa de cette épreuve. Le onzième jour, elle prépara un festin, sortit sa plus belle vaisselle de grès, comble du raffinement, mit une nappe à carreaux et invita son seigneur et maître à honorer de sa semence un ventre ainsi sanctifié. Le treizième jour, elle alla remercier Chalad’oro, sûre de la germination de la petite graine.

Je naquis neuf mois plus tard. Un beau garçon de sept livres, aux cheveux de jais déjà bouclés. Mon père, très fier, le lendemain de ma naissance me prit dans ses bras, chose rare à l’époque. Les nourrissons étaient plutôt l’affaire des femmes. Dans son amour et son emportement, il me heurta au bord du berceau et c’est alors qu’il entendit un bruit caractéristique, malgré le large carré de laine qui m’emmaillotait, bien serré, de la taille aux pieds. Un tintement d’or, à ne pas s’y méprendre.

– Femme pourquoi caches-tu des pièces dans les langes de cet enfant ?

Ma mère dut lui avouer mon anomalie. Ma petite quéquette à peine plus grosse que son auriculaire était en or massif. Métal souple à la température de mon entrejambe de poupon bien portant. Consternation. Sortilège. Malédiction ou chance ? On me baptisa néanmoins Valoro.

La place avec sa statue miraculeuse devint un centre de pèlerinage connu dans toute l’Italie. Des femmes stériles venaient en procession et tournaient autour de Chalad’oro en le suppliant de leur accorder les joies de l’enfantement. Le bar-tabac s’était agrandi et la devanture repeinte en rouge. Des lettres dorées racolaient les hommes : Al vino d’oro tandis que les femmes stériles entamaient leur procession autour d’il Chalad’oro. Jour et nuit, ce n’étaient que suppliques, tandis que les maris avalaient le vin âcre du pays. Au quatrième verre, ils le trouvaient excellent, et surveillaient d’un œil moins vigilant les dévotions de leurs pieuses épouses. La croyance en l’infaillibilité de la statue augmentait d’autant plus que des miracles se réalisaient, des grossesses se déclaraient. Le Vatican s’émouvait déjà. Les femmes racontaient que la nuit, Chalad’oro descendait de son piédestal et venait leur faire l’amour distribuant ainsi une semence fertile. Cela relevait d’un grand prodige, car elles ne ressentaient qu’une onde de chaleur, puis l’écoulement d’un jet onctueux au fond de leur ventre. Quelques spasmes de bien-être, et c’était tout. Rien à voir avec l’orgasme sanctifié par le mariage qu’elles partageaient avec leurs époux. Juste un léger souffle fertile, intervention active de la divinité, allait modifier leur destin et annonçait une maternité proche. Les mauvaises langues affirmaient tout bas, qu’une fois ivres de fatigue, ces pauvrettes s’affalaient sur le sol. Les vauriens du village en profitaient subrepticement. Le Vatican devint plus prudent, mais les processions continuèrent.

À trois ans, je rentrai à la maternelle. Trébuchant sur mes petites jambes, je tombais souvent, émettant le bruit caractéristique qui faisait s’approcher promptement la maîtresse. Elle croyait empocher subrepticement quelque pièce. Lorsqu’elle voyait « l’objet », elle me faisait rire de ses chatouillements « innocents ». Je découvris tôt l’attrait irrésistible de l’or. Qu’aurait dit un inspecteur d’Académie passant par là ?

Plus je grandissais, plus cet oro in verga me distinguait de mes camarades et me gênait. Pas un match de foot où je ne me faisais remarquer, pas un plaquage de rugby où je ne tintais agréablement aux oreilles des autres. De plus, cette anomalie gagnait maintenant mes couilles. Deux boules d’or supplémentaires qui tintinnabulaient comme des grelots. Je devais porter des culottes trop serrées pour moi. Les élastiques me mordaient la peau. Un vrai supplice.

J’avais réussi le certificat d’études. Mes parents voulurent, tout naturellement, m’envoyer en pension. Il fallait une éducation à la hauteur de mes capacités. Oh ! ils n’étaient pas riches, mais se saignaient à trimer sur les pentes aménagées en terrasses. Elles pouvaient atteindre sept cents mètres de dénivelé et le sol calcaire et aride ne portait que quelques oliviers rachitiques, quelques agrumes ou céréales. Leur petite exploitation suffisait à peine à nourrir mes deux autres sœurs. Les filles sont une malédiction dans ce pays, car il faut les marier et surtout leur constituer une dot importante. Ils souhaitaient que je devienne avocat, militaire ou curé. Les trois seuls métiers à la mesure de leur ambition. N’étais-je pas déjà un don du ciel ?