Les SOMBER jANN
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Description

Faire vie commune avec le tueur en série le plus dangereux du pays, qui l’aurait cru ! Ce n’est vraiment pas une vie facile, je suis prise dans un terrible enfer. Bien que Jaylen Somber Jann me promette d’être fidèle et de ne plus faire de mal à personne, les preuves dévoilent le contraire.
Entre nous, la tension et les querelles augmentent. Jaylen est si occupé à savourer ses meurtres qu’il ne remarque même pas que je suis dans la mire de Zacharie, un garçon dangereux et impitoyable.
En m’enfonçant dans l’univers de Jaylen, je découvre chaque jour des horreurs encore plus atroces les unes des autres. Des jeux barbares et sans pitié pour d’innocentes victimes. Même si je suis éprise de lui, je devrais le quitter, fuir cette famille de détraqués, mais j’en paierais le prix de ma vie !

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 11 juillet 2017
Nombre de lectures 45
EAN13 9782924016626
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0020€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Chapitre 1
Engy
— Essaie de ne pas faire de bruit !
— Mais j’essaie ! Tu penses que je fais quoi, là ? Que je rampe au sol pour nettoyer le plancher ?
— Et si tu la fermais, plutôt ?
Mon cœur bat à cent à l’heure. Je n’imaginais pas qu’un jour je porterais une cagoule sur la tête et m’habillerais tout en noir, pour procéder à un kidnapping. Mes mains tremblent, et je le sens mal. Tout ça va nous retomber en pleine figure. Je ne suis pas experte comme les Somber Jann ! Je fais trop de bruit dans la maison. Je ne sais même pas qui aura le plus peur : notre victime ou moi ? Je suis là, comme une débile, à quatre pattes sur le sol, alors que Jonas me suit de près avec sa seringue tranquillisante. On est tous les deux vêtus comme des voleurs. Notre victime dort à poings fermés, affalée sur le sofa. Un seul et unique son pourrait la réveiller. Et si cela arrive, je crains de m’échapper en m’urinant dessus. J’aimerais impressionner, mais je ne sais pas si j’ai l’étoffe d’une kidnappeuse. Et si on fait tout foirer...
On se rapproche de notre proie. Jonas garde une corde robuste dans ses mains, ainsi que la seringue, alors que je traîne le ruban adhésif et un sac. La maison est plongée dans le silence et la pénombre. J’ai peur qu’il se réveille, surtout avec la forte odeur du parfum que Jonas s’est aspergé, en plus de sentir le cuir neuf à cause de son blouson.
— Attends ! susurre Jonas derrière moi.
J’arrête aussitôt d’avancer. Notre victime sur le sofa respire différemment ; puis soudain, il se tourne sur le côté. Nous stoppons quelques secondes, avant de continuer d’avancer.
Je grogne silencieusement quand Jonas s’emmêle dans mon pied avec sa corde.
— Merde ! Fais attention !
— Chuuut ! Tu vas tout faire foirer ! Et si tu pouvais avancer plus vite, Engy. J’ai l’impression de suivre une limace. Non, pire, une limace qui lambine. Une limace qui lambine et qui…
— Ferme-la, chuchoté-je. C’est la dernière fois que je fais un kidnapping avec toi.
— Eh bien, techniquement, on ne l’a pas encore fait !
Je lève les yeux au ciel.
Je suis arrivée à côté du sofa, et juste avant que je me redresse, Jonas marmonne d’un ton amusé :
— On t’a déjà dit que tu avais une croupe d’enfer ?
Je fixe notre cible, qui s’est remise à ronfler, et me retourne vers Jonas en murmurant :
— Une croupe ? C’est pas les chevaux qui ont ça ? Et puis, non… on ne m’a jamais dit un truc comme ça.
— Au cas où tu ne savais pas, c’était un compliment.
— Eh bien, je vais dire à ma croupe de ne pas oublier de te remercier. Maintenant, peux-tu te concentrer un peu et venir le piquer avec la seringue ?
Il est d’humeur à plaisanter, mais en fait, je crois que c’est l’adrénaline qui lui fait ça. Après tout, c’est notre première fois ! Par contre, je suis tellement apeurée et nerveuse que je n’ai jamais senti mon front suer à ce point. Je sens la cagoule humide et j’ai l’impression de suffoquer. Comment fait Jaylen pour aimer porter tous ces trucs ? Et ce genre de stress, si je le vivais régulièrement, je ferais une crise cardiaque. C’est peut-être pour cette raison que Jaylen adore ça, l’adrénaline à l’état pur et puissant. Tout comme les cascadeurs qui développent une dépendance aux sensations fortes. Et moi, après cette expérience, vais-je aussi vouloir le refaire ?
— T’es prête ?
Je hoche la tête, et Jonas s’approche silencieusement à mes côtés. Il place ses mains au-dessus de l’homme et attend mon signal. Je prépare le ruban en le tenant bien et fais un signe à Jonas, lui indiquant que c’est le moment. Mon cœur veut sortir de ma poitrine. Je prie pour que tout se passe bien. D’un mouvement vif, Jonas enfonce l’aiguille dans le cou de notre victime, qui se réveille aussitôt ! Il se lève en frappant le visage de Jonas, alors que moi, sans réfléchir, je bondis en lui fourrant le sac sur la tête ! Jonas ne lui a pas attaché les mains ! Merde ! Jonas vient à mon secours et frappe avec son coude le côté du visage de notre victime. Le tranquillisant commence à faire effet, et je le vois s’affaiblir.
— Le coup n’était pas nécessaire, râlé-je.
— Excuse-moi, Engy, mais si je ne l’avais pas fait, il t’aurait frappée, toi aussi. Et c’est quoi l’idée de lui mettre le sac sur la tête, alors que tu étais censé lui mettre du ruban avant et que je n’avais même pas attaché ses mains encore ! Si Jaylen devait analyser ta prise d’otages, il t’aurait mis un gros zéro. T’es nulle !
— On a réussi, alors arrête de te plaindre.
— Non pas tout à fait… J’ai pas eu le temps de tout vider ma seringue.
Jonas saisit les bras de notre victime, et moi, ses jambes. Nous le glissons jusqu’à l’extérieur avec beaucoup de mal. Joshua nous attend avec la camionnette noire et allume les phares quand il nous voit franchir la porte. Josh vient rapidement nous aider à balancer le corps dans la camionnette.
— Il va retrouver ses forces quand, alors ?
Je demande cela, car notre victime est perdue dans les vapes, mais semble toujours un peu consciente et bouge un peu.
— Peut-être une vingtaine de minutes, pas plus. Là, c’est l’effet d’un petit calmant, il n’est pas endormi, seulement un peu perdu, me répond Jonas.
Les jumeaux referment les portes arrière du véhicule, et nous prenons place à l’avant sur la banquette. Je m’installe entre les deux frères, et Joshua démarre. Jonas et moi retirons enfin nos cagoules. J’enlève également ma combinaison, pour ne rester qu’avec ma petite robe noire.
On quitte Charlson, et durant le trajet, Jonas allonge une jambe afin de fouiller dans la poche de son jean. Il en ressort une carte.
— Tiens, c’est ta fausse carte d’identité que je t’avais promise.
J’examine la carte en la prenant. Elle est parfaite. On dirait une vraie.
— Wow, t’es doué ! Merci.
— Pas de quoi.
— C’est pas mon frère qui l’a faite, sourit Joshua, les mains sur le volant, c’est un de nos contacts.
Jonas lève les yeux au ciel. Lui qui m’avait dit qu’il était capable de faire de fausses pièces d’identité.
— Je t’enlève tout le mérite alors, Jonas. Mais merci d’y avoir pensé. J’étais sûre que tu m’aurais oubliée.
— Arrête de révéler tous mes secrets, rigole Jonas en venant donner une tape sur l’épaule de son frère.
Je lui envoie un coup de coude pour qu’il cesse de franchir mon espace vital. J’ai été claire avec lui : je peux supporter sa présence, s’il ne perce pas ma bulle ou s’il ne me touche pas. La guerre entre nous s’est transformée en quelque chose de biscornu. On ne s’aime pas, on s’insulte, mais il y a un soupçon de respect qui s’est installé. Et je crois que c’est parce que Jonas commence à accepter l’idée que je fasse désormais partie de sa famille. Il y a aussi le fait que c’est moi qui ai sauvé son frère dans l’accident avec Jax, il y a un mois. Depuis, il a dû admettre qu’il m’en ait reconnaissant.
En me penchant, j’ouvre le sac aux pieds de Jonas et en ressors mes talons noirs.
— Si tu avais porté ça pendant le kidnapping, t’aurais pu lui foutre un talon dans les couilles, il aurait perdu connaissance à coup sûr !
— Non, jamais.
— Pourquoi ?
— Parce que ce qui se trouve entre ses jambes est précieux, je te signale.
Jonas et Joshua s’esclaffent dans le véhicule, et je fronce les sourcils.
Après une vingtaine de minutes, on arrive à New Town. Joshua gare la camionnette derrière le bar Red Holder. Nous sommes en ville, il est minuit, on est bien habillés et prêts à faire la fête ! Dans le parking sombre derrière le bar, on se dirige vers les portes arrière de la camionnette. En les ouvrant, notre victime tangue et tente de s’asseoir. Jonas retire le sac sur sa tête, et on crie tous en même temps :
— Joyeux anniversaire, Jaylen !
— Enfoiré ! chantonne Jonas derrière nous.
On se retourne.
— Euh, Jaylen ! Je voulais dire « joyeux anniversaire, Jaylen »…


Chapitre 2
Engy
Comme le calmant n’a pas été entièrement injecté, la petite dose administrée à Jaylen se dissipe rapidement. Il reprend vite ses esprits et ne met pas une seconde avant d’agripper le pull de Jonas pour lui enrouler son bras autour du cou.
— Eh ! C’était l’idée de ta meuf, pas la mienne !
— Tu m’as frappé, petit morveux ! s’amuse Jaylen en resserrant sa prise.
Embarqué dans la camionnette, Jonas se débat et tape d’une main sur les parois du véhicule pour que Jaylen le relâche. Ce qu’il fait. Autrefois, j’aurais trouvé ça inquiétant, mais ce soir, ça me donne le sourire. Jonas et Jaylen ont bien des comptes à régler, d’où le fait qu’ils se chamaillent souvent. Mais comme il ne reste que les fils Somber Jann dans leur famille, ni mère ni père, je sais qu’ils ont besoin les uns des autres.
Jonas sort de la camionnette en frottant son cou et dévisage son frère jumeau.
— Toi, tu as participé autant que moi, et il ne s’en prend même pas à toi ! ronchonne-t-il.
Joshua rit et s’éloigne pour éviter un coup de Jonas. Quand Jaylen se remet sur pied, il chancèle un peu. Je me blottis dans ses bras pour qu’il prenne appui contre moi.
— Pourquoi as-tu fait ça ?
— On voulait juste te faire peur… Et je souhaitais montrer à Jonas que j’étais capable de faire comme toi. Mais ça ne s’est pas vraiment passé comme on l’avait prévu.
— Je n’ai pas eu peur, parce que j’ai senti tes seins près de mon visage quand tu as fourré le sac sur ma tête.
Je m’écarte et lui donne un coup au torse.
— Hé ! T’es pas drôle !
— Bébé, c’est toi qui t’es démasquée toute seule !
— Mes seins ne sont pas si gros, comment as-tu pu avoir le temps de les sentir alors que Jonas t’injectait un calmant ?
Il rit.
— Je sens très bien ces choses-là… Mais sérieusement, vous n’êtes pas si mal, puisque vous avez réussi à me trimbaler dans la camionnette. Et dommage que je ne t’aie pas vue faire, je suis sûr que tu étais terriblement sexy.
Je souris fièrement. Je ne veux pas me vanter, mais attraper Jaylen et le soulever n’ont pas été chose facile. Sauf que le coup de l’effrayer n’a pas fonctionné.
Les jumeaux commencent à se diriger vers l’avant du bâtiment, et quand je commence à les suivre, Jaylen attrape mon poignet et fait glisser une main sur ma joue, avant de faire fondre ses lèvres contre les miennes. Il est encore étourdi, puisque son corps vacille quand il m’embrasse.
— Jonas m’a dit que tu aimais bien cet endroit, le Red Holder. Que tu y venais souvent, et beaucoup de tes contacts sont présents. Il a proposé qu’on y aille tous. J’espère que tu passeras une bonne soirée.
— C’est gentil. Mais… ce n’est pas un endroit pour toi. Je vais lui coller un pain quand je vais le voir. Ce sera la seule et unique fois que tu mettras les pieds dans cet endroit.Il m’embrasse de nouveau, et je dois baisser la tête pour calmer mon pouls qui s’emballe. Jaylen a encore les traces des coussins du canapé estampées sur le côté de son visage. Il a de petits yeux à peine réveillés, et sa tignasse noir corbeau est emmêlée, mais attirante. Il a ce t-shirt ébène que j’aime tant sur lui. Il épouse à la perfection ses épaules et ses pectoraux.
Jaylen me prend la main, et nous nous dirigeons vers le portier, à l’entrée du bar Red Holder. Le bâtiment est discrètement situé dans un quartier industriel. Ses frères sont déjà à l’intérieur, et quand le portier voit Jaylen, il lui fait une poignée de main chaleureuse.
— Hé ! Voilà le king ! Mister Jann... Ça fait un moment !
L’homme au crâne dégarni n’est pas plus grand que Jaylen, mais plus large, même un peu dodu. Il a un teint basané et un anneau au nez. Ce type est vêtu entièrement de cuir.
— Salut, Boythe !
— J’ai appris pour… Jax, dit le portier en s’approchant de Jaylen et en baissant un peu le ton. Le réseau ne sait pas qui est l’auteur de ce meurtre. Il croit que ça vient du club des bikers. Toi, t’en penses quoi ?
Jaylen hausse les épaules.
— Je m’en fiche un peu, Boythe.
— Mais tu sais que le jeune Thompson prend la relève, pas vrai ? Il remplace Jax. Il t’a contacté ?
— On ne parle pas de ça devant une demoiselle, dit Jaylen d’un ton un peu plus dur. Qui est là, ce soir ?
Le portier regarde derrière lui et sourit.
— Tu vas être content, tes fidèles potes Alan et Zacharie sont dans la section lounge du casino.
Ce Boythe nous donne accès sans me demander ma fausse carte d’identité. Je présume que Jaylen est, en quelque sorte, mon laissez-passer. Je n’ai que dix-sept ans, je ne devrais même pas me trouver dans un bar-casino. Mais plus rien n’est habituel dans ma vie depuis que j’accepte d’être aux côtés de Jaylen.
Une fois à l’intérieur, l’endroit empeste la fumée, celle de la cigarette et celle du cigare. Mes yeux piquent instantanément, et je suis sûre qu’ils deviendront tout rouges d’ici une minute à peine. Sur ma droite se trouve un très long bar avec plusieurs serveuses aux vêtements qui ont l’air d’avoir rétréci au lavage. L’une d’elles porte un haut blanc si fin qu’on voit tout au travers. Elle ne porte pas de sous-vêtements. Devant ce bar, il n’y a aucun siège libre, tous les hommes ont trouvé une place de choix devant ces serveuses aux seins assez voluptueux. Je me renfrogne aussitôt, me sentant comme une gamine parmi toutes ces belles femmes.
Je suis Jaylen alors qu’il me tient la main en traversant la salle, pour se diriger vers une section réservée. Tous les murs sont rouges, et un écriteau lumineux est placé au-dessus des portes de l’endroit réservé. On peut y lire « Lounge Red Casino ». Jaylen pousse les portes, et nous sommes accueillis par plusieurs visages intrigués, mais à une table en particulier, celle de poker, deux hommes se lèvent et s’approchent de nous.
— Hé, Jay ! dit l’un d’eux en lui serrant la main, une cigarette à la bouche.
Jaylen serre la main aux deux hommes.
— Engy, je te présente Alan.
Je brandis une main pour le saluer, et brusquement, il me prend dans ses bras !
— Les petites amies de Jay sont également les miennes ! dit-il joyeusement.
— Non ! Pas celle-ci, riposte Jaylen.
Alan pose les yeux sur lui, puis sur moi. Il répète ce geste plusieurs fois avant d’ajouter :
— Oh… ? Tu… ?
— C’est ma moitié de cœur, affirme Jaylen. Engy, je te présente Zacharie, le fils d’Alan.
Zacharie me tend la main. Je n’aurais jamais cru que le jeune homme à côté d’Alan était son fils. Ils sont si différents physiquement. Alan est grand et imposant avec des cheveux longs et châtains. Une barbe blonde de quelques jours et de magnifiques yeux verts. Tout le contraire de son fils, qui a les cheveux noirs, enfin… je présume, car ils sont rasés assez courts. Mais la repousse est très noire. Zacharie a des yeux bleus extrêmement perçants qui, pourtant, semblent ombrageux comme s’ils avaient vu bien des choses, tout comme Jaylen. Avec ses vêtements, Zacharie contraste également avec tout le monde ici. Il porte des chaussures lustrées, un pantalon propre noir et une chemise blanche parfaitement repassée.
— Salut ! dis-je timidement.
Il pince les lèvres en hochant la tête pour me sourire, et le temps d’une nanoseconde, ses yeux détaillent ma robe.
Alan abandonne sa partie de poker et nous fait signe de nous diriger vers le petit bar au fond, réservé à cette section. Je prends place, et Zacharie enfourche le tabouret à ma droite, alors que Jaylen continue d’échanger avec Alan sur ma gauche. Zacharie époussette doucement la manche de sa chemise, alors que je suis certaine qu’il n’y avait rien. Il retrousse soigneusement ses manches, libérant ses avant-bras.
— Tu as quel âge ? me demande-t-il sans poser les yeux sur moi.
Il a une position droite, voire rigide. Il ne m’inspire pas confiance. Il semble être le genre de mec qui reste silencieux, préoccupé, à observer tout autour de lui en sachant toujours tout sur tout le monde. Mais, franchement, il a les yeux d’un psychopathe, d’un harceleur, quand il te regarde. Il donne froid dans le dos.
— Pourquoi cette question ?
— Tu n’as pas l’air d’être majeure.
— Et toi non plus ! répliqué-je.
— Je n’ai que vingt-deux ans.
Je hoche la tête et lui donne mon âge.
— J’ai dix-sept.
— Tu es jeune. Et tu… toi et Jaylen… vous ? Il a quoi, vingt-trois ans ?
— Il a vingt-et-un ans aujourd’hui même.
— Je vous sers quelque chose ? nous demande la serveuse derrière le bar.
Ses seins s’écrasent contre le comptoir quand elle se penche vers nous.
— Tu aimes boire quoi ? m’interroge Zacharie en posant ses grands yeux bleus sur moi, des plus hypnotiques.
— Hum… Je ne sais pas trop.
— Apporte-nous un plateau de shots bien forts, celui que tu voudras, Véra.
La serveuse sourit à Zacharie et elle se met à préparer une vingtaine de petits gobelets miniatures qu’elle remplit d’alcool.
— Tu viens souvent ici ?
— Tout le temps, déclare Zacharie.
La serveuse nous tend les shots. Joshua et Jonas nous rejoignent. Je brandis une main pour attraper un shot et, soudainement, je sens la main de Jonas sur mon épaule alors qu’il se penche vers mon oreille :
— Fais attention à Zacharie. Le seul mec aussi fou que Jaylen se trouve à tes côtés.
J’échappe presque mon shooter en l’approchant de ma bouche et choisis plutôt de le reposer sur le bar. Je me tourne pour toiser Jonas :
— Vraiment ?
Il acquiesce et murmure :
— C’est un malade. Avant de mourir, Jax ne voulait plus que Zacharie travaille pour lui, parce que son travail n’est jamais propre… Si tu vois ce que je veux dire… Il ne respecte rien et agit en suivant sa folie et non les règles. En fait, il fait ses propres règlements.
Je jette un œil à Zacharie, qui nous fixe. Je déglutis. Qu’est-ce qu’il entend par « pas propre » ? L’image du jeune Zacharie en train de faire exploser la tête de quelqu’un, sans se soucier de savoir si c’était la bonne victime, me vient à l’esprit.
Jaylen se tourne vers moi, et Zacharie en profite pour lui tendre un shooter et trinquer avec lui.
— C’est ton anniversaire, aujourd’hui ? Alors, santé à toi !
Zacharie trinque avec Jaylen en lui souhaitant joyeux anniversaire. Le bras de Zacharie passe sous mes yeux, je m’écarte doucement.
— Tu ne bois pas le tien, Engy ? remarque Zach, le visage qui se rapproche du mien. Il y en a plein, je ne peux pas boire ça tout seul.
Il s’écarte enfin. Je ne me suis pas rendu compte que j’avais cessé de respirer.
Je bois d’une traite mon shooter et tourne le dos à Zacharie, avant de m’éclipser. Je cherche les toilettes. Jonas et Joshua font la cour à une certaine Véra, la serveuse. Ou alors, ils flirtent avec ses seins. Elle qui ne sait sûrement pas de quelle famille ils viennent. Mais, je me demande si Jonas et Joshua se sont déjà fait la même fille tous les deux ensemble ? Ils font des trucs fous, alors je me questionne à l’idée qu’il leur arrive peut-être de se partager la même fille. Cette pensée m’arrache un rire, que je ravale aussitôt quand des visages se tournent vers moi. À l’évidence, cet endroit est un repaire pour tout ce qui est corrompu et pour les clans des réseaux qui se connaissent.
Il n’y a qu’une toilette pour les femmes. Je dois attendre dans le couloir qu’elle se libère. Quand la porte des hommes s’ouvre, un mec en sort la tête baissée. Passant devant moi, il relève la tête, puis quelque chose d’étrange se produit… Il se fige un moment, puis semble partir, mais choisit de s’arrêter net. Le type refait quelques pas en arrière et s’arrête devant moi.
— Dis, on se connaît ?
Je fronce les sourcils.
— Euh… non, je crois pas.
Il m’inspecte.
— Si, je suis sûr que je t’ai déjà vue quelque part…
— Non, je pense pas ! Tu dois faire erreur.
Il me regarde à nouveau et hoche la tête.
— Excuse-moi. J’étais sûr que ton visage me rappelait quelqu’un que j’ai déjà vu.
Il part, et je ne peux m’empêcher de le zieuter. C’est vrai qu’il y a quelque chose dans son visage qui m’évoque des images que je ne saisis pas encore. Je l’ai sûrement déjà vu quelque part, mais je ne m’en souviens pas. Pourtant, je ne connais personne ici ! Et en plus, ce sont tous des déchets de la société...


Chapitre 3
Engy
Au cours de la soirée, j’ai fait une partie de billard avec Joshua tout en buvant quelques verres. Je crois que ça fait du bien à Jaylen de pouvoir parler avec des gens qu’il connaît. Je l’ai vu sourire à plusieurs reprises. Jonas tente vraiment de se faire Véra, la serveuse. Il commence par des blagues, puis, la minute suivante, il est derrière le bar en train de l’aider et finit avec un petit massage de ses épaules. Lui qui avait du mal à respecter les femmes, je crois qu’il commence à faire des progrès. J’entame mon sixième shot, assise au bar, et Joshua engloutit son… huitième ou neuvième verre, je ne me souviens plus. S’il continue, il va se ramasser face au sol.
Mes talons commencent à me faire mal aux pieds. C’est pourquoi j’aime bien rester assise. Vers une heure trente du matin, le bar se remplit de plus en plus. Les tables sont bondées.
— Ça fait longtemps que tu es avec Jaylen ? me demande Zach avec son regard trouble.
— Pas vraiment, non.
Je pourrais lui dire que nous sommes ensemble depuis quelques mois, mais en fait, cet été, j’étais sa captive et non sa petite amie.
— Et toi ? Tu le connais depuis longtemps ?
Zacharie attrape son téléphone et commence à regarder ses messages.
— On peut dire ça… Je le connais depuis qu’il est arrivé à Williston, il y a deux ans. C’est mon père qui devait les accueillir une fois les Somber Jann arrivés à bon port. Ils revenaient directement de Russie. Cette famille a changé quatre fois de maison à Williston. Ils bougent beaucoup, contrairement à moi.
— Tu fais… ?
Je ravale aussitôt ma question. Je ne vais pas lui demander s’il travaille pour le réseau. Ce n’est pas quelque chose qu’on demande comme « Comment va la santé ? » Non, je ne peux pas lui demander. De toute façon, d’après ce que m’a dit Jonas, ce qu’il fait doit s’en rapprocher assez pour me confirmer que je ne veux pas vraiment le savoir. Zacharie lève les yeux de son téléphone, attendant ma question.
— Non, rien ! J’ai oublié ma question.
Il retourne à son écran et envoie des textos. Au moment de me retourner sur mon tabouret, j’aperçois une sublime jeune femme aux cheveux blonds scintillants et à la démarche pimpante, aussi gracieuse qu’une panthère. Elle a de magnifiques lèvres en forme de cœur aux teintes de rose. Ses yeux dégagent un esprit de rébellion et toute la fougue qui l’habite. Le vert de ses iris est si intense qu’elle intimide les gens autour d’elle. Elle porte une délicate robe moulante de couleur pêche. Sa peau est très pâle, mais j’ai rarement vu une fille si belle. Mon éblouissement s’évapore violemment, quand cette fille s’arrête à côté de Jaylen et que ses bras viennent caresser ses épaules…
Mon ventre se serre, puis une poussée d’adrénaline se déverse dans mon sang.
Elle se penche pour lui susurrer quelque chose à l’oreille, et Jaylen se retourne pour examiner la présence de cette… sublime fille qui vient faire dégringoler toute l’attirance que Jaylen pouvait avoir pour moi. C’est assuré.
Il se lève et lui fait la bise poliment. J’en profite pour me retourner face au bar, shot en main, afin d’éviter que l’on ne surprenne ma réaction. Ça me débecte !
— Chéri ! minaude-t-elle. Je t’ai appelé à maintes reprises, tu avais disparu ?
Je sens la main de Jaylen sur mon épaule, mais je feins de ne pas l’avoir sentie.
— Engy ?
Je lève les yeux au ciel et me retourne à contrecœur. Eh merde ! Je ne veux pas que cette fille me voie. Je hausse les paupières en simulant la surprise et me lève devant eux.
— Galadrielle, je te présente Engy. Engy, Galadrielle.
Sourire aux lèvres, je lève une main pour serrer la sienne, mais elle détourne plutôt les yeux et les pose sur Jaylen en m’ignorant totalement. La honte… Sale garce ! C’est mon mec que tu regardes là !
— Tu étais passé où ? J’ai demandé à Alan des nouvelles de toi, il n’en avait pas. Et tu ne répondais pas à tes nombreux numéros. Mon lit refroidit sans toi.
Quoi ? J’y crois pas ! Son lit ? Et en plus, ses nombreux numéros ? Cette fille avait tous ses numéros, alors que je n’en ai qu’un seul ?
— Je sais.
Je me rassois pour éviter la honte que Jaylen me fait subir et aussi pour m’assurer de reprendre mon calme, alors que mon visage vire au cramoisi. Jaylen m’intercepte encore. Je crois qu’il sait que je me sens mal.
— Engy occupe tout mon temps dernièrement…
Je me relève et continue de sourire comme une idiote. Va-t-il arrêter de me présenter à cette fille ?
Galadrielle me dévisage quelques secondes et reporte son attention sur lui :
— C’est pas grave si tu étais occupé. J’ai vu Joshua à l’entrée, il m’a dit que c’était ton anniv ? Tu veux bien venir avec moi dans ma chambre, en haut ?
Elle glisse ses doigts sur son torse en rapprochant son corps, et une nouvelle fois, je me tourne pour éviter d’éclater. Zacharie me toise avec un sourire en coin.
— Ça va pas ? se moque-t-il.
Je fronce les sourcils.
— Non, pas aujourd’hui, Gala ! avertit Jaylen, derrière moi. Je ne suis pas venu pour ça. Je suis avec Engy.
Je sens les yeux de cette fille me brûler le dos.
Zacharie plante ses yeux une nouvelle fois sur son téléphone, mais il secoue la tête en riant doucement de moi.
— Bon ! Si jamais tu changes d’avis, tu sais où me trouver ! J’entends les talons de la fille claquer au sol alors qu’elle part, pendant que les mains de Jaylen m’enveloppent, retenant mes bras contre mon corps. Il dépose un baiser sur ma nuque.
— Désolé, dit-il tout simplement. C’est juste une amie. Une ex-amie.
Je l’ignore, parce que je ne sais pas quoi dire. C’était à la fois humiliant et extrêmement frustrant. Je sais que Jaylen a une vie en dehors de moi, qu’il a fait Dieu sait quoi. Mais j’ai peur qu’il réalise ses fantasmes avec ces filles plutôt qu’avec moi. Je ne veux pas être uniquement la fille de son cœur, je veux être aussi toutes ces filles. Enfin… c’est beau de rêver. Et puis, c’est quoi les chambres en haut du Red Holder ? Les filles se prostituent, ici ?
— Je vais aller aux toilettes, je reviens.
Il pose un autre baiser à la base de mon cou et défait son étreinte avant de s’éloigner. Zacharie suit des yeux Jaylen, puis me fixe.
— Tu sais que c’est faux, hein ?
— De quoi ?
— Galadrielle est la fille qui prend soin de Jaylen chaque fois qu’il vient ici. Ils sont affichés ensemble depuis deux ans. C’est sa putain. Son histoire de « je vais aux toilettes », c’est du bidon. Il va la baiser.
Mon cœur fait un bond, et je pouffe nerveusement.
— Voyons… Jaylen me tuerait si je lui faisais un truc pareil… enfin… techniquement parlant… Quoique… bon… Il ne baiserait pas ailleurs ! Il ne me ferait pas un truc qu’il ne voudrait pas que je fasse moi-même !
Zacharie arque un sourcil et retourne à ses messages. Il m’a mis les boules. Je regarde plusieurs fois dans la direction des toilettes. Je suis nerveuse. J’ai peur. Je ne connais pas Zacharie, alors je fais plus confiance à Jaylen. Mais il faut dire que Jaylen est un mythomane, il ment toujours… Je me retourne encore pour regarder dans la direction des toilettes et je ne vois personne. Mon cœur palpite, et j’ai soudainement de la difficulté à respirer. Jonas surgit de nulle part derrière le bar, et je tressaille.
— Tu as vu Jay ? Le bar lui offre une autre tournée d’alcool.
— Il est aux toilettes ! hurlé-je un peu trop fort.
— Pourquoi cries-tu ?
— Je ne crie pas ! Mais veux-tu bien aller chercher ton frère aux toilettes ?
Jonas rit et s’éloigne en secouant la tête.
— Ça te met le feu au cul, hein ? marmonne Zacharie à côté de moi.
— Pas vraiment.
En prenant mon téléphone à mon tour, je commence à regarder mes appels pour penser à autre chose. Ma mère a téléphoné dans la journée, et Beverly m’a laissé deux messages au cours de la soirée.
« Toujours OK pour le cinéma demain ? »
« Engy ? »
Je réponds à Beverly :
« Oui, viens me chercher à vingt heures »
En levant les yeux, je remarque que le type de tout à l’heure devant les toilettes, qui m’a dit que mon visage lui semblait familier, me fixe. Il est assis au bar et boit une bière. Et plus je le regarde, plus je suis persuadée que je l’ai déjà vu quelque part. Nos regards sont interrompus par Zacharie, qui me tend une cigarette :
— Tu en veux une, pour te détendre un peu ?
— Non, merci. Je ne fume pas.
Il hausse les épaules et allume sa cigarette.
— Zach ?
— Ouais ? dit-il en expirant sa boucane près de moi.
— Ne regarde pas tout de suite, mais le type là-bas avec la bière, ses amis se tiennent derrière lui et plaisantent, est-ce qu’il…
Merde ! Zacharie se retourne pour regarder !
— Je viens de te dire de ne pas regarder tout de suite !
— Ouais, il s’appelle Navide. Qu’est-ce que tu veux savoir sur lui ?
— Il nous regarde ?
Zach secoue la tête.
— Bon… ce… Navide. Tu le connais ?
Il me fait un sourire vicieux, et je n’y comprends rien.
— Tu en pinces pour les mauvais, toi, pas vrai ?
— Non, idiot ! J’en pince pas pour lui, je veux juste savoir qui c’est.
Zacharie lèche ses lèvres et sourit en se penchant vers moi.
— Approche-toi pas de lui, ni de personne dans ce bar, de toute façon.
— Pourquoi ça ? Il m’a dit tout à l’heure, devant les toilettes, que mon visage lui disait quelque chose, alors je cherche à savoir où j’aurais pu le croiser, ou si je le connais.
Zacharie esquisse un rire.
— Non, crois-moi. Si tu connaissais ce mec, tu ferais partie de ses…
Une main qui caresse mes fesses vient nous interrompre. Je me retourne et vois Jaylen qui vient déposer un délicat baiser sur mon épaule dénudée. Le visage de Zach se ferme, et il détourne les yeux en prenant son téléphone sur le bar et nous quitte.
— Tu sais ce qui me ferait plaisir ? dit-il, les lèvres plaquées sur mon épaule.
Ses mains baladeuses vagabondent sur chaque centimètre carré de ma robe, et je les repousse doucement. Je suis un peu soulagée de savoir que Jaylen ne semble pas être allé baiser avec cette Galadrielle.
— Il y a des gens partout, Jaylen, retiens-toi un peu.
Et le comble, je jette un œil par-dessus mon épaule, et vois ce Navide m’examiner encore.
— J’aimerais que l’on rentre à la maison, j’ai très envie de toi, susurre Jaylen dans mon oreille.
Je crois qu’il a un peu trop bu.
— D’accord, on va rentrer.
— Appelle un taxi, mes frères ont l’air de bien s’amuser ici. Je vais aller saluer les gens et je te rejoins.
Jaylen plaque ses lèvres contre les miennes, et le fait de le sentir aussi excité devant tout le monde, alors qu’un autre homme derrière nous regarde, me rend extrêmement timide. Pourtant, quand Jaylen empoigne mes hanches pour éviter que je m’éloigne de lui, je suis secouée par un désir. Il est drôlement affectueux quand il boit.
— Allez… bébé, je te laisse appeler le taxi, avant que l’envie de te prendre ici contre le bar me soit trop difficile à refouler.
Jaylen s’éloigne de moi et commence à dire au revoir à quelques personnes. Je me dirige vers la sortie pour mieux entendre sur mon téléphone. Je salue Boythe, le portier, et commence à marcher pour m’éloigner des gens devant le Red Holder. Il y a une petite ruelle à côté du bar. Je m’appuie contre le mur et je n’arrive pas à avoir l’opératrice. Chaque fois que j’appelle pour le taxi, la ligne est occupée. Je réessaie trois, puis quatre fois.
— Je sais qui tu es…, se fait entendre une voix qui s’approche.
Je me retourne ; l’homme du bar, celui qui pense m’avoir déjà vue quelque part, s’avance lentement vers moi.
— Tu es la fille que mes potes et moi avions tenté d’enlever. Tu étais avec une copine. Et, depuis ce soir-là, on n’a jamais revu notre pote…
Mon cœur fait un saut périlleux dans ma poitrine. C’est pas possible… Je recule d’un pas, puis d’un autre. C’est un des types de la camionnette rouge, qui a échappé à Jaylen devant chez moi, alors que son ami n’a pas eu autant de chance, puisque Jaylen l’a tué.
— Tu te souviens de moi ? La camionnette rouge ? Le chiffon de chloroforme ?
— Je ne sais pas de quoi tu parles… Tu fais erreur.
Il sourit.
— Oh, bon sang ! Oui, c’est bien toi...


Chapitre 4
Engy
— Tu sais où il est ? me lance le type d’une attitude perfide.
— Je ne sais pas de qui tu parles, répliqué-je sèchement.
Il se rapproche encore.
— Si tu fais un pas de plus, tu le regretteras ! le menacé-je.
— Tout ce que je veux savoir, c’est où il est. Qu’est-ce que tu lui as fait ? Ou plutôt celui qui était avec toi, celui qu’on ne voyait pas bien dans l’ombre… il a fait quoi de mon pote ?
Nous restons en silence quelques secondes avant qu’il ne plisse les paupières d’un regard menaçant. Sans crier gare, son poing vient frapper violemment mon nez !
— Je t’ai posé une question, sale putain !
Je recule en m’éloignant le plus possible de lui, tout en pinçant l’arête de mon nez qui se met à saigner. Jaylen me l’avait déjà cassé avec une pelle. Cette fois, la douleur est moins pire que la première fois. N’empêche que mes yeux se remplissent d’eau et que j’ai du mal à voir mon agresseur.
Il s’approche pour m’atteindre une nouvelle fois, mais c’est moi qui réussis à le frapper sur le côté de la tête. Navide riposte immédiatement en me tirant les cheveux, assez brusquement pour que je tombe au sol.
— Ton club n’est pas complet, Navide ? se fait entendre la voix de Zacharie au bout de la ruelle.
Je me redresse maladroitement et m’écarte de Navide. Zacharie reste calme, les mains dans les poches. Ses yeux bleus dans le noir scintillent presque. Il a un regard singulier. C’est comme fixer les yeux d’un prédateur qui ne révèle jamais quand il bondira, ni de quelle façon il pourrait te tuer. Et puis, ce type a l’air d’être très malin.
— Non, Zach, la fille n’est pas pour mon club. Cette fille est responsable de la disparition de Kyle.
Incrédule, Zacharie hausse les épaules.
— Tu ne devrais pas t’approcher d’elle.
Navide échappe un rire.
— C’est qu’une vulgaire salope. Elle ne vaut pas mieux que toutes les autres de mon club.
— Si. Elle est avec la famille Somber Jann. Donc, je te conseille fortement d’abandonner, autrement ça finira mal pour toi.
Navide serre la mâchoire et détourne le regard, cherchant à refouler sa frustration.
— Tu viens ? me demande Zacharie d’un ton posé et calme.
Je m’éloigne prudemment de ce type et rejoins Zacharie. Une question me brûle les lèvres, et je lui demande une fois devant le Red Holder :
— Comment as-tu su que j’étais ici ?
Il ne répond pas tout de suite. Zacharie se place devant moi et continue de prendre son air sérieux.
— Tu es intriguée par ce mec, et moi, je sais qui il est. Tu as disparu, et au même moment, lui aussi. Je t’ai cherchée. Qu’est-ce qui s’est passé entre vous ?
— Ce mec m’a déjà agressée devant chez moi. Lui et ses acolytes ont essayé de m’enlever, et j’ai réussi à leur échapper. Ce soir-là, l’un d’eux, ce Kyle, a disparu. Il m’a… reconnue et il cherche encore son pote.
Zacharie se fige. Il fronce les sourcils. Ce qu’ils ne savent pas tous les deux, c’est que ce Kyle est mort depuis un bon moment.
— Ne t’approche plus de Navide, Engy. Ce type est embauché pour faire la récolte. Il attrape des filles qu’il utilise pour la prostitution. Mais pas dans le Red Holder où elles sont consentantes, non… le business de Navide est bien pire…
À cet instant, je repense aux paroles que Jaylen m’a déjà dites, que parfois le réseau l’appelait pour tuer des prostituées qui ne rapportaient plus. Alors, ce Navide appelle le réseau pour faire tuer ses filles, quand il ne veut plus d’elles. Et si Jaylen ne m’avait pas sauvée le soir où l’on me pourchassait, j’aurais fini avec ce Navide, attendant mon tour avec les années, pour que Jaylen me découpe en morceaux, comme il l’a fait avec Emily dans son sous-sol…
— Tu sembles surprise. Les mecs ici ne sont pas des saints, Engy. Un réseau, ça comporte beaucoup de mains sales. Il y a le trafic d’armes, les drogues, la prostitution, y compris deux policiers corrompus qui travaillent pour nous, en échange de grosses sommes d’argent. Même Véra, à l’intérieur, travaille dans un pénitencier pour femmes. Les détenues la payent parfois pour avoir des trucs de l’extérieur. Le système est corrompu. Jaylen fait le boulot le plus dur et le plus risqué. Et pour ce Navide, ne t’en fais pas ! Il sait maintenant que tu es avec les Somber Jann, donc il ne t’approchera plus.
Peu convaincue, je hoche tout de même la tête. Navide n’avait pas l’air de vouloir laisser ça ainsi. Zacharie sort un petit mouchoir blanc en satin de la poche de son pantalon.
— Qu’est-ce qu’il y a ?
— Essuie ton nez.
— Je vais pas m’essuyer sur ce satin, je vais le tacher.
— Mais si !
Je fronce les sourcils, et il ajoute :
— Je ne veux pas de guerre entre les clans, surtout entre Jaylen et Navide. Ça pourrait dégénérer rapidement. Donc, essuie ton nez immédiatement avant que Jay ne le voie.
Je m’approche en prenant rapidement ce petit mouchoir et essuie maladroitement ma bouche ainsi que mon nez. Puis, je m’écarte et le toise.
— Tu devrais arrêter de me regarder ainsi. Tu as l’air d’un obsédé.
— C’est gentil, habituellement on me considère comme un détraqué. Mais obsédé, c’est amusant. Sauf que venant de la part de la petite amie d’un tueur en série, je me demande qui est le plus étrange de nous deux…
Je lui fais un sourire en coin qu’il me retourne. Zacharie passe une main sur son crâne rasé avant d’ajouter :
— Bon, allez ! Je ne peux m’éterniser ici, je dois partir. Bonne soirée.
Se tournant, il s’allume une cigarette en marchant sur le trottoir jusqu’à ce qu’il disparaisse dans la noirceur de la nuit.
* * *
Une fois de retour à la maison, j’aide Jaylen à se rendre jusqu’à la chambre tout en haut. Il se laisse tomber sur le lit, et dans un sens, je suis contente qu’il soit saoul. Ça m’évite de lui parler de l’altercation. Zacharie m’a fait comprendre que si je lui disais que j’ai vu Navide et qu’il est un des types qui m’avaient agressée la première fois, il pourrait bien chercher la guerre, et je veux éviter que Jaylen ait des problèmes. Il en a terminé avec la violence et tout le reste. En plus, il ne faut pas que Navide découvre que le type qui m’a aidée ce soir-là était Jaylen et que non seulement son ami a disparu, mais que Jaylen l’a également tué. Navide ne doit pas savoir ça.
Quand le soleil se lève, je réveille doucement Jaylen en murmurant à son oreille, et il finit par ouvrir les yeux. Dans le lit, il se tourne vers moi et passe un bras autour de ma taille pour me rapprocher de lui. Je lui demande d’une petite voix :
— Tu as passé une bonne soirée, hier ?
— Oui.
Il inspecte mon visage comme s’il devait résoudre un problème mathématique.
— C’est moi, ou ton visage est légèrement enflé ? Qu’est-ce qu’il a ton nez ?
— Non, c’est toi ! rétorqué-je en me blottissant contre lui pour mieux me cacher.
Son pull sent divinement bon. Il n’a pas l’odeur du bar, mais son propre et unique parfum naturel, mélangé au savon.
— Tu semblais bien t’entendre avec Zacharie, d’après mes souvenirs d’hier. Lui et son père ont été très présents pour ma famille au cours des deux dernières années. Je suis content que tu les aies rencontrés, mais à l’avenir, évite Zacharie. Moi, je ne t’aurais pas emmenée dans cet endroit, mais Jonas l’a fait ; donc pour cette fois, ça va. Mais ne reparle plus à mon entourage, ou précisément à Zach.
— Je sais… Jonas m’en a parlé.
— Il t’a dit quoi ?
— Qu’il est assez fou, que Jax ne voulait plus travailler avec lui, parce que son travail était… sale, je crois.
— Si on veut. Avant de mourir, Jax avait cessé de travailler avec Zacharie, parce qu’il ne respecte pas les règles, ni les désirs du client. Il n’en fait qu’à sa tête et agit comme bon lui semble. En plus, il laisse toutes les preuves sur place. Jax en avait assez.
— Je trouve ça triste de voir ce type faire les mêmes trucs que tu faisais.
Jaylen baisse les yeux, évitant mon regard.
— C’est son choix. Il continue à le faire, mais en dehors du réseau. Il prend des contrats indépendants.
— Il a l’air démoniaque. Son regard grandit quand il te fixe, c’est effrayant.
— Il est dérangé. Sournois aussi.
— Et toi, dis-moi qui était cette fameuse et sublime Galadrielle ?
Son expression change radicalement, et Jaylen ferme les paupières, évitant que je ne lise dans ses yeux. Il roule sur le dos, et ses mains viennent ébouriffer ses cheveux.
— Je l’ai fréquentée, rien de plus.
— C’était… sérieux, entre vous ?
— Non. Elle écartait les jambes, je la baisais, et c’est tout.
Je déglutis devant son honnêteté. Je m’attendais à devoir le cuisiner un peu pour savoir ce qui s’est passé avec elle, mais je crois que j’ai ma réponse en pleine face.
— D’accord…
Jaylen reste sur le dos, les yeux fermés.
— Ce soir, je dois aller voir Alan, marmonne Jaylen.
Appuyée sur mon coude pour faire face à Jaylen, je hoche la tête doucement et lui réponds :
— D’accord. Moi, je serai avec Beverly au cinéma. Elle vient me chercher à vingt heures.
— Je ne serai pas rentré quand tu reviendras, Engy. Si jamais tu n’aimes pas rester seule, tu peux toujours demander à Joshua de venir te tenir compagnie pour la nuit.
— Non, je crois que ça devrait aller. De toute façon, tu avais parlé de me montrer comment me défendre. Alors, avec toi comme coach de défense, il n’y aura plus de quoi avoir peur la nuit. Je serai une vraie gangster, et plus personne n’arrivera à me toucher.
— Si tu veux, on peut faire cet entraînement aujourd’hui. J’ai du temps.
— Ah oui ?
— Oui, pourquoi pas ? J’aimerais bien te voir tenter de te défendre.
— Une condition, ce sera sans armes. Je ne veux pas que quelqu’un soit blessé, même si je sais que tu adores jouer avec tes jouets dangereux.
Il rit.
— C’est la meilleure façon de s’entraîner, bébé.
— Jaylen, on pourrait se blesser…
— Tu as peur que je te fasse du mal ? Mes revolvers ne seront pas chargés, et je suis habile avec les couteaux… tu n’auras aucune égratignure.
— Non… toi, tu es habile, mais moi, je suis nulle, je vais te blesser.
— Je ne te laisserai pas faire, voyons ! Allez, dit-il en roulant son corps au-dessus de moi.
Son visage face au mien, il murmure :
— Enfile une tenue confortable et retrouve-moi dans la cuisine dans quelques minutes.
— On va faire ça maintenant ? Je ne suis pas prête.
— Il n’y a jamais de moment pour être prêt à se défendre.
— Mais pourquoi y tiens-tu tant que ça ?
— Parce que je considère que tu devrais savoir te protéger. Avec le réseau, mes connaissances, Jonas qui aime te faire chier, et même moi… tu devrais savoir te défendre contre nous tous, bébé. Même si j’adorerais que tu restes ma petite chose, je dois me faire à l’idée que tu dois devenir intouchable. Tu es une Somber Jann, tu es ma petite amie, tu dois être forte.
— Pourquoi tu m’as mentionné ton réseau, tu n’en fais plus partie maintenant ?
Jaylen serre la mâchoire et rompt le contact visuel. Il roule hors du lit et s’approche d’une commode pour changer ses vêtements. Il enfile un t-shirt et un survêt noirs.
— Jaylen ?
Évidemment, il ne se retourne pas et m’évite.
— Je me trompe, ou il y a eu un malaise là, quand je t’ai dit que tu ne travaillais plus pour le réseau ?
Il passe une main dans ses cheveux noirs et me jette un regard :
— Il n’y a pas de malaise. Putain, Engy. Je veux juste que tu saches te défendre.
C’est perturbant de le voir éviter la question.
— Tu as bien arrêté, n’est-ce pas ? La mort de Jax, pour nous montrer que tu veux raccrocher, c’est toujours ça, non ?
— Engy, putain, où veux-tu en venir ?
— Mais c’est pourtant très simple comme question, est-ce que tu tues encore pour le fric ?
— Tu me prends pour un con ?
— Non, Jaylen ! Juste… réponds-moi. Je suis souvent seule ici, parfois le jour, parfois le soir. Tu dis que tu as des trucs à faire avec ce fameux Alan ou encore que tu dois aller à l’appartement de Joshua. Je veux savoir si tu fais encore du mal à des gens en me le cachant.
— Tu crois que je te mens encore ?
Je soupire.
— Je ne sais pas. Il y a aussi cette Gala qui dit que son lit refroidit quand tu n’es pas là. Je peux aussi bien penser que tu disparais pour aller la baiser. Tu vas souvent au Red Holder ?
— Reste en dehors de ça.
Je pouffe. Après tout ce que j’ai subi. Et après lui avoir sauvé la vie dans cet accident avec Jax. Je couche avec lui, et si mon partenaire baise une autre fille ou continue d’égorger des innocents la nuit, ça ne me regarde pas ? Il me met hors de moi quand il agit comme ça.
— Tu ne m’as toujours pas répondu…, grommelé-je.
Il ferme sa commode brusquement et se dirige vers les marches :
— Cette discussion est terminée, Engy.
— Tu veux vraiment me faire ça ?
— Te faire quoi ?
Cette fois, c’est lui qui soupire en se retournant.
— Tu couches avec cette fille, ou tu continues de tuer ? Ou les deux. Dis-moi la vérité !
— Aucun des deux. T’as fini, maintenant ?
Je ris sarcastiquement en sortant du lit. Un peu énervée, j’enfile des vêtements confortables, alors que Jaylen disparaît en bas. Je ne suis pas sûre de le croire à cent pour cent, Jaylen a un penchant pour les mensonges… Je pense que ce petit entraînement me fera du bien.


Chapitre 5
Engy
Une fois en bas, vêtue de mon débardeur et de mon pantalon noir, prête à l’entraînement, je cherche Jaylen. Mais il ne semble nulle part. J’espère qu’il a toujours l’intention de m’apprendre et qu’il ne me fait pas la gueule. Moi, en revanche, j’espère qu’il ne m’a pas menti. Je ne supporterais pas l’image de Jaylen en train de baiser cette fille. Ni même de concevoir un instant qu’il continue de faire du mal aux autres. Il m’a promis que c’était derrière lui. Qu’il arrêtait tout pour nous.
— Jaylen ?
Je marche pieds nus dans la cuisine jusqu’au frigo et me prends une bouteille d’eau. En refermant la porte, Jaylen m’empoigne à la gorge, je laisse tomber ma bouteille, et il me plaque le dos contre la porte du frigo !
— Leçon numéro un : apprendre à te dégager quand on te prend par surprise, dit-il.
Je frappe son avant-bras et tente d’enlever sa main qui me serre un peu plus la gorge. J’aimerais dire quelque chose, mais aucun son n’arrive à franchir mes lèvres.
— Concentre-toi, Engy, au lieu de faire n’importe quoi ! En te comportant ainsi, tu gaspilles ton énergie. D’abord, repère un point faible accessible.
Je manque de plus en plus d’air, mais j’essaie de me concentrer malgré tout. J’arrête de me débattre et jette un œil à son entrejambe.
— Bien, dit-il un sourire en coin. Tu as repéré un point sensible parfait pour obtenir quelques secondes de répit, si tu me frappes là. Et c’est durant ces quelques secondes que ta seule chance se situe. Allez, frappe-moi.
Jaylen resserre sa prise un peu plus en rapprochant son corps du mien, à contrecœur, je lui envoie un genou entre les jambes, et Jaylen me relâche aussitôt en jurant. Il grogne en se pliant en deux. Horrifiée, je reste sur place.
— Oh, bon sang, désolée, je m’excuse…
Je m’approche de lui, et Jaylen me pousse d’une main.
— Putain, t’as rien compris ? Je suis ton agresseur, on simule, là ! Tu dois fuir !
D’emblée, j’ouvre un tiroir et en ressors un couteau de cuisine. Je me souviens qu’il m’avait dit que l’on avait droit aux armes, même si je ne suis pas à l’aise avec ça. Je marche à reculons en brandissant le couteau et me dirige vers les marches. Jaylen se redresse et hoche la tête comme s’il était satisfait.
— Bon réflexe, bébé. Mais n’oublie pas de toujours bien choisir l’arme. Car ce sera peut-être l’arme qui se retournera contre toi. Donc, si tu prends un couteau de boucher, il faut t’attendre à ce que l’agresseur s’en serve aussi pour te tuer.
Je lui souris d’un air joyeux, mais en fait, je suis rongée par l’adrénaline. Je ne croyais pas que mon entraînement serait si intense. Je pensais plutôt à des mouvements, mais là, il simule bien, parce que je vois ses yeux briller.
Jaylen monte une à une les marches d’un pas mesuré, alors que je les monte à reculons. Une fois en haut dans la chambre, Jaylen tente une approche, mais je m’écarte d’un mouvement rapide, et il évite le couteau de justesse.
— T’es rapide, c’est parfait, bébé, et…
Jaylen caresse son menton et affiche un sourire vicieux.
— Pourquoi tu fais cette tête-là ?
— Pour rien…
Jaylen continue d’avancer, j’arrive presque à la salle de bain. Dans l’embrasure, Jaylen étant plus rapide que moi, il harponne mon bras d’un mouvement vif en le tordant dans mon dos. Il le presse si fort que mes doigts abandonnent le couteau. En l’entendant tomber au sol, Jaylen le ramasse et vient le coller sur mon ventre. Je retiens mon souffle alors qu’il vient plaquer son corps contre le mien. Derrière moi, il me murmure :
— Là, tu serais morte, petite chose.
— Je t’ai déjà dit de ne pas m’appeler comme ça.
— Oui, mais je le ferai quand tu seras plus forte.
— Jaylen…, dis-je le souffle court alors que son autre bras écrase ma poitrine.
— Quoi ? murmure-t-il près de mon oreille.
— Dis-moi que ce n’est pas ce que je crois…
— Je ne sais pas… qu’est-ce que tu crois ?
Le corps de Jaylen contre le mien, je sens une étrange tension, là, derrière moi.
— Dis-moi… tu bandes là ?
— Je suis toujours prêt pour toi, bébé.
J’essaie de défaire son étreinte, mais il resserre ses bras autour de moi.
— T’es complètement disjoncté !
— C’est pas ma faute, quand tu me défies comme ça, j’ai juste envie de t’attraper et de…
Je pouffe, et Jaylen me relâche en me tendant le couteau.
— Tu sais que tu égratignes mon orgueil quand tu ris de moi comme ça ? Allez, on recommence.
— Jaylen, je sais que tu insistes, mais la seule menace qu’il y a autour de moi, c’est toi. Tu n’es plus avec le réseau. Il n’y a plus de danger. Et je doute que tu m’apprennes à me défendre contre toi. Tu seras toujours meilleur que moi.
— On ne sait jamais, me coupe-t-il. Rien n’est écrit dans le ciel, Engy. Je pourrais très bien un jour péter un plomb et m’en prendre à toi. Je suis assez impulsif, et tu le sais. Tu te souviens de la dernière fois que j’ai ordonné à Jonas d’aller profiter de toi, juste pour te faire peur ?
— Oui, ne me le rappelle pas. Et pour ton info, ce n’était pas toi qui m’avais fait du mal, c’était Jonas. C’est lui qui est maître de ses gestes.
— Je ne veux plus que ça arrive encore. Je veux que tu saches te défendre, un point c’est tout.
Je baisse les yeux une fraction de seconde vers son survêt noir et fronce les sourcils.
— Je vais recommencer l’entraînement si tu ranges ça.
— Ranger quoi ?
— Ton érection, très visible sous ton pantalon, mon cher !
Il rit.
— Comme si je pouvais la faire disparaître comme ça !
— Mais comment veux-tu que je me concentre et que j’aie peur de toi en sachant que tu es tout excité ? Je ne peux pas imaginer que tu es un agresseur, si tu me donnes envie… tu vois ? Range ça.
— Tu aurais dû frapper plus fort tout à l’heure. Assez pour que je n’aie pas envie de bander.
Je lève les yeux au ciel.
— Bon, Engy, concentration. T’occupe pas de ça, je vais me faire discret.
Jaylen avance d’un pas et m’arrache le couteau des mains, avant de me donner un coup de pied derrière les mollets, ce qui me fait tomber au sol. Il vient bloquer mes jambes avec les siennes et empoigne mes bras, en les relevant au-dessus de ma tête.
— Tu vois, là, tu ne pourrais pas fuir, mais j’ai une technique pour te dégager. Au lieu de perdre ton temps à tenter de retirer tes poignets, qui sont pris dans mes mains, tu peux utiliser ta tête et venir frapper mon nez. Bien souvent, les gens pensent seulement à débloquer leurs jambes ou leurs mains, croyant qu’ils ne peuvent plus rien faire, mais c’est faux, il y a toujours une issue. Toujours, Engy.
— Je n’y arriverai pas. Du moins, pas aujourd’hui.
Jaylen se tient perché au-dessus de moi. Son visage est tout près du mien. Paralysée par sa force, je ne vois que les muscles de ses bras autour de moi. Ses veines qui serpentent sa peau. Son visage parfait et ses lèvres qui embrassent divinement bien. Je ne sais pas comment il fait, mais moi… je ne pense plus trop à l’entraînement. Il m’a déconcentrée au moment où j’ai senti son membre durcir contre moi.
— Pourquoi ? Si ! Tu y arriveras. Défends-toi, bébé.
— J’ai pas envie de te faire mal, Jaylen.
— Pourquoi ? Faut pas que tu te gênes, recevoir tes coups, c’est comme être frappé par la patte d’un bébé chat. C’est mignon et ça fait pas mal.
Je lui fais un sourire en coin, et il ne saisit toujours pas.
— Si tu ne comprends pas mon sous-entendu, très bientôt, la situation deviendra vite embarrassante.
Il fronce les sourcils.
— On arrête l’entraînement, lâche-moi.
Il secoue la tête.
— Je ne bouge pas tant que tu ne te défends pas.
— Oh, crois-moi, si je te dis à quoi je pense, tu me relâcheras. C’est une arme efficace sur toi.
Il ne comprend toujours pas. Jaylen étudie mon visage attendant que je développe. Je ne suis pas très habile pour lui dire ces choses-là. Habituellement, c’est lui qui vient me voir quand il me veut, mais là, mon cœur bat à cent à l’heure, et j’ai chaud comme pas possible.
— Je ne peux plus attendre, Jaylen. J’ai envie de toi, tout de suite.
Il reste figé.
— Maintenant ! renchéris-je en riant.
Il réalise enfin ce que je viens de dire et relâche aussitôt sa prise sur mes mains.
— Quoi, là, tout de suite ? s’étonne-t-il avec un éclat dans ses yeux.
Je hoche la tête, et Jaylen sourit, avant que ses lèvres se plaquent incessamment aux miennes, étendant son corps contre le mien.
— Pourquoi tu ne l’as pas dit plus tôt ? souffle-t-il contre ma bouche, avant de laisser des baisers ardents dans mon cou.
— Parce que je suis nulle, dis-je.
Ses mains caressent mon corps jusqu’à ce qu’elles viennent titiller la ceinture de mon pantalon. Ses longs doigts n’attendent pas plus longtemps et plongent sous ma culotte, alors que je renverse la tête en arrière, laissant échapper un soupir fiévreux.
— Tu sais que la carte de la séduction est une technique parfois utilisée contre son ravisseur…
Je mordille ma lèvre quand il enfonce deux doigts en moi.
— Je ne crois pas, soupiré-je en fermant les paupières, que tu aimerais que j’utilise cette technique, si je me faisais attaquer.
— Si ça peut te sauver la vie, oui…
Il continue d’embrasser ma mâchoire alors que ses doigts vont et viennent en moi. Mon souffle devient de plus en plus défaillant. Quand je lâche un gémissement, Jaylen vient mordre délicatement ma lèvre.
— T’es trop belle comme ça, grogne-t-il.
D’une main, Jaylen descend habilement mon pantalon, jusqu’à le retirer entièrement. Ses doigts retrouvent rapidement refuge entre mes cuisses, mais cette fois, son geste est plus vorace et impatient. Il accélère le mouvement alors que mes doigts s’entremêlent dans ses cheveux. Je les descends avidement sur son torse et caresse son ventre musclé, jusqu’à l’ourlet de son pull, pour qu’il le retire, mais il marmonne craintivement :
— Engy, tu ne prends pas la pilule, et je ne peux pas te faire l’amour là… J’ai plus de préservatifs. On va devoir être un peu patients, le temps que j’en achète. Mais laisse-moi te faire plaisir…
Je me fige. Comment ça, plus de préservatifs ? Dans sa table de chevet, il y en avait une boîte pleine au début de la semaine… et on ne l’a pas fait aussi souvent que ça. Enfin, je crois…
— Pourquoi il n’y en a plus ?
Jaylen s’écarte un peu et hausse les épaules.
— C’est comme ça, c’est tout...


Chapitre 6
Engy
Jaylen a quitté la maison dans un drôle d’état. Il m’a simplement balancé : « Le problème sera réglé, je vais aller acheter des préservatifs, et c’est tout, pas la peine de t’énerver », et il a claqué la porte. Je ne sais pas qu’est-ce qu’il a depuis que je lui ai demandé s’il continuait à travailler en cachette et s’il baisait Galadrielle, mais il a changé d’attitude. C’est comme s’il s’était fermé. Ce n’est pas ce que je veux, je croyais que l’on était assez avancé dans notre relation pour qu’il arrive à s’ouvrir à moi. Mais je crois qu’il aime garder une partie de sa vie secrète, loin de moi. Il était heureux hier, mais il aurait souhaité que je ne sois pas si près de lui. À présent, j’ai vu Galadrielle, son ami Alan et… Zacharie. Probablement que ça l’angoisse. Ça ne me dérange pas qu’il cache une partie de sa vie privée, Jaylen n’est pas comme les autres. Il a beaucoup de noirceur dans son passé, donc il y a certaines choses que je n’ai pas besoin de connaître. Et je ne sais pas si notre relation, à ses yeux, est assez sérieuse pour qu’il ne couche pas avec une autre. On n’en a pas discuté. Je sais que si je le faisais, il deviendrait fou. Mais, il n’oserait pas aller voir ailleurs… si ?
Au cours de la journée, j’ai pris soin de me laver, de manger et de ranger un peu la maison. J’ai regardé le film Scream, le tout premier. Et je ne sais pas ce que j’ai avec les psychopathes, mais j’adore Billy Loomis, le tueur masqué. Ça ne date pas d’hier. Non, quand j’étais jeune, je n’aimais pas le prince charmant sur son cheval blanc, j’en pinçais toujours pour le méchant. Ça me fait prendre conscience que je ne suis pas si innocente que ça, que je n’aime pas Jaylen contre mon gré, mais bien parce qu’il a ce mystère en lui, que je le trouve très attirant. Je dois être folle.
Bon, après tout ça, Jaylen n’est toujours pas revenu. Je suis un peu triste, parce que si jamais il compte encore tuer des gens, j’aimerais le savoir. Ça me rend mal à l’aise. Mais s’il réagit comme ça, ça veut dire que je ne dois plus lui en parler, autrement, il ne fera que s’éloigner davantage de moi, et je ne veux pas que ça arrive.
* * *
Vers vingt heures, Beverly cogne à la porte, et je me dépêche d’aller la rejoindre.
— Salut ! dit-elle en me prenant dans ses bras. Tu es trop jolie. Jaylen est là ?
— Non, il est sorti.
— Quand tu le verras, tu le salueras de ma part.
Je referme la porte derrière moi et je prends place dans sa Honda blanche. Avant de démarrer, elle se regarde rapidement dans le miroir pour ajouter du gloss et placer ses cheveux blonds qui ne cessent d’allonger chaque fois que je la revois.
— As-tu des nouvelles de Dustin ?
Cette question me fait l’effet d’un couteau tranchant planté dans ma gorge. Mon souffle se coupe, et j’ai subitement chaud.
— Non… non, pas depuis un moment. Je crois qu’il est bien là où il est.
— Mon père dit que ses parents n’arrivent plus à le joindre. Qu’il ne répond plus à son téléphone. Avant oui, mais plus maintenant.
Oui, je sais Beverly. Parce que Jaylen avait le téléphone de Dustin et qu’il envoyait des messages à tout le monde. Mais il s’est débarrassé du téléphone, maintenant. Donc, c’était écrit dans le ciel que sa famille allait commencer à se poser des questions inquiétantes. Il serait si simple de pouvoir lui dire qu’il est mort, pour qu’elle cesse de toujours me demander de ses nouvelles et s’il m’a appelée. Mais… je ne peux pas. Et j’ai honte d’avoir choisi la solution facile ; d’oublier ce qui est arrivé pour être en mesure de ne pas vivre avec cette douleur. Je n’y pense pas, j’évite d’en parler, et chaque fois que l’image d’un sourire de Dustin me vient à l’esprit, je la supprime sur-le-champ. Et ce n’est pas parce que je suis égoïste ou parce que je ne tenais pas à lui, mais bien parce que je me sens coupable. J’ai l’impression que s’il est mort, c’est uniquement de ma faute. Et révéler qu’il n’est plus de ce monde serait comme si je dénonçais ce que j’ai fait, en plus d’avoir gardé ça pour moi. Les retombées seraient catastrophiques. Pour Jaylen, pour moi. Ma famille me renierait, et je deviendrais immonde aux yeux des parents de Dustin. Je ne veux pas affronter ça, ni même aller en prison pour complicité.
Nous ne sommes plus à Charlson où se trouve la maison de Jaylen, au bord du lac Missouri. Chaque fois qu’on a besoin de quelque chose, il faut se rendre à la ville voisine, car cet endroit n’est entouré que de champs et de forêts. Nous sommes loin de la civilisation. Le voisin le plus près est à environ six kilomètres. En ce moment, je ne sais pas où on est, mais le GPS de Beverly nous a conduites au cinéma de la région. Elle stationne sa Honda derrière le cinéma, situé dans un quartier industriel. Il a l’air assez vieux. Un des néons a brûlé sur la façade, et les couleurs bleues et mauves des éclairages sont ternies. Pourtant, nous ne sommes pas les seules. Le parking est plein.
— Sérieux, ça me manque que tu ne viennes plus au lycée. Tu vas aller où ?
Beverly verrouille ses portières, et nous marchons vers les grandes portes d’entrée.
— Jaylen regarde pour me faire entrer dans un lycée privé et réputé. Il m’a dit qu’il devait vérifier avec un de ses contacts.
— La vache ! Tu as de la chance. Il travaille dans quoi ?
— Hum…
— Quoi ?
— Euh… je ne sais pas trop.
— Il a plein de fric, et tu ne sais pas dans quoi ton mec travaille ?
— Non. Ça ne me dérange pas. Je ne lui ai pas demandé.
Oui, bien sûr que je le sais, Beverly. Il a tué des gens pour du fric.
Au même moment, derrière nous, une voiture percute la Honda de Beverly ! La voiture noire a littéralement foncé dedans, comme si elle ne l’avait pas vue !
— Bordel de merde ! Mais il est malade !
Beverly rebrousse chemin et commence à courir vers sa voiture. Je la suis, et l’homme sort de son véhicule.
— Ça ne va pas, la tête ! hurle-t-elle hystérique. Je viens tout juste de l’acheter ! Vous avez une idée de ce que ça va me coûter en assurance ! J’espère que vous allez payer pour les dommages ! Vous êtes saoul ? Vous avez pris de la drogue ou quoi ? J’appelle la police !
Elle ouvre son sac à main, et sans crier gare, un autre type sort du véhicule et attrape Beverly en deux temps trois mouvements. Je la rejoins en courant, alors que les deux hommes la balancent dans le coffre de la voiture !
— Hé ! Hé ! crié-je, paniquée.
Quand ils remontent à bord du véhicule et le démarrent, la voiture se dirige dans ma direction. Rapidement, je m’écarte pour éviter qu’elle me percute ! Je tombe au sol, et la voiture s’arrête violemment dans un crissement de pneus. La portière arrière s’ouvre, et l’un d’eux en sort. J’entends les coups de Beverly, qui se débat dans le coffre arrière.
L’homme s’approche de moi, et d’emblée, je lui décoche un coup de pied sur le menton ! Je reconnais immédiatement Navide !
— C’est cette fille ! dit-il à ses deux acolytes dans la voiture, qui sortent en même temps.
Je me relève d’un bond et tente de me souvenir des mots de Jaylen. Trouver un point faible si je suis prise. Utiliser ma tête si je ne peux plus bouger. La carte de la séduction pour me sauver la vie. Bordel ! Mais rien n’indique quoi faire dans cette situation. Si je fuis, j’abandonne Beverly, comme j’ai abandonné Dustin. Hors de question de la laisser là.
— Si tu la touches, Navide, tu vas le payer cher ! tonné-je avec dédain.
— Si tu veux qu’il ne lui arrive rien, viens avec moi.
— C’est pour ça que vous l’avez embarquée ?
— Pour te convaincre de nous suivre. Va t’asseoir dans la voiture.
— Vous savez que Jaylen va me chercher ? Et s’il apprend que vous me faites du mal, il…
— C’est trop chou, rit Navide en me coupant. Monte !
— Je ne sais pas où est ton ami ! Pourquoi reviens-tu toujours vers moi ?
— Parce que tu vas me dire ce qui s’est passé la dernière fois que tu l’as vu. Je te laisse dix secondes pour monter dans ma caisse, sans quoi…
— C’est bon ! hurlé-je, les joues rouges de colère.
Je passe devant lui et m’assois à l’arrière, aux côtés d’un type que je n’ai jamais vu. Navide prend la dernière place disponible à l’arrière, et je me retrouve rapidement coincée entre les deux.
J’imagine à quel point Beverly doit être affolée à cet instant. La frousse de sa vie. J’essaie de garder mon sérieux pour bien réfléchir et éviter que tout ceci ne dégénère. J’ai déjà vécu des situations bien stressantes, je ne veux plus être hystérique et agir sans réfléchir. Je veux réussir à me contrôler.
La voiture se dirige vers un chemin de campagne. Il fait noir, aucun lampadaire n’illumine la petite route rocheuse. Seuls les phares nous guident vers une ferme plongée dans la pénombre. Le conducteur arrête la voiture sur cette propriété entre deux bâtiments. Sur ma gauche, il y a une maison en bois. On dirait qu’elle date des années 1700. Sur ma droite se trouve une très grande grange. Et un peu plus loin, devant moi, une seconde grange, cette fois, plus petite. Il y a d’autres bâtiments, mais je ne les vois pas très bien, ils semblent faire partie du ranch.
En sortant du véhicule, Navide me tire par le pull, et je m’écarte brusquement en enlevant son bras.
Derrière moi, personne ne semble vouloir sortir Beverly du coffre.
— Hé ! tu vas la sortir de là !
— Elle sortira quand tu auras coopéré. Avance !
Il me pousse à l’épaule, et je lui flanque une gifle sur la joue !
— Ne me touche pas !
Il serre les dents en prenant une grande inspiration et souffle :
— Va à l’intérieur !
À contrecœur, je me retourne, tout en me dirigeant vers cette étrange maison en bois. Elle doit être rongée par les termites et la moisissure. Je grimpe quatre marches vermoulues avant d’arriver au porche. La porte grince quand Navide l’ouvre. Ce que je vois en franchissant le seuil me tétanise…
Une lampe à pétrole est allumée sur ce qui ressemble à une cuisinière. Dans le séjour ne se trouve aucun sofa, mais plutôt des petits matelas avec, je dirais, une douzaine de filles. Quelques-unes assises, d’autres viennent de se réveiller en entendant la porte s’ouvrir. Une en particulier peigne les cheveux d’une fille plus jeune…
— Bordel, mais c’est quoi ça ? dis-je en toisant Navide.
— C’est mon revenu.
— Ton… revenu ?
— Chacune d’elles me rapporte une moyenne de six cents à douze cents billets par jour.
J’entrouvre la bouche en inspectant toutes ces filles, ne sachant pas quoi dire. Si je parle, j’ai peur de hurler et de buter Navide. Ce serait bien, mais je mourrais juste après.
— Allez, Engy ! Descends au sous-sol.
Un autre homme s’appuie nonchalamment contre le mur.
Je ne peux m’empêcher de fixer encore et encore chacune d’elles, même en me dirigeant vers l’escalier, pour descendre dans cet étrange sous-sol, un peu à l’étroit. Le pied sur la dernière marche, je découvre une salle semblable au casino. Une table de poker, une autre de billard, des affiches de femmes obscènes, un bar et une grande table qui semble servir à des réunions. Navide m’invite à m’y asseoir. Je reste prudente, surveillant mes arrières et chaque détail.
Il prend place sur ma gauche au bout de la table, et un homme reste en bas des escaliers. Navide pose ses coudes sur la table et entremêle ses doigts ensemble, avant de me sourire.
— Ça fait longtemps que tu connais Jaylen Somber Jann ?
— Pourquoi veux-tu savoir ça ?
— Réponds à ma question.
— Si je réponds, vas-tu laisser sortir Beverly ?
Il hoche brièvement la tête.
— Non. Pas depuis très longtemps.
— Depuis quand ?
Je sais où il veut en venir. Je vais devoir mentir.
— Seulement depuis un mois.
Il acquiesce lentement en me dévisageant.
— Est-ce que c’est Jaylen qui était avec toi le soir où mon pote a disparu ?
— Hum… Non.
— Je sais que tu ne connais pas Jaylen depuis seulement un mois. Ne me prends pas pour un con. Zacharie me dit que tu es avec les Somber Jann. Quelle coïncidence de voir la fille qui nous a échappé se retrouver avec un tueur en série. Et je sais que mon pote Kyle est mort. Pas de nouvelles depuis. C’est Jaylen qui l’a tué ?
Je hausse les épaules, lui montrant que je n’en sais rien et détourne les yeux.
Navide frappe la table, et je sursaute ! Il se penche au-dessus pour approcher son visage du mien.
— Si tu ne me dis pas ce que je veux savoir, ta copine restera là.
— Je n’en sais rien, je te dis ! Je ne sais rien du tout ! Demande-lui !
Il s’esclaffe.
— Je n’irai pas parler personnellement à ce tueur fou. Par contre, si je veux un moyen de pression sur lui, j’ai toi. C’est la seule arme dont je dispose contre lui.
— Tu ne devrais pas t’en prendre à lui. Il est malin, et quand on l’énerve, on devient sa cible. J’ai peur pour toi, dis-je sarcastiquement en simulant une moue triste.
Il continue de me sourire, mais baisse les yeux, comme si j’avais réussi à créer un malaise.
— Les réseaux se respectent. On est une grande famille. Le code de la déception familiale est clair et inviolé depuis plus de trente-deux ans. Trahison, on tranche un membre. Quand un associé s’attaque personnellement à un business, on le punit. C’est le cas ici. Jaylen a tué mon pote Kyle et s’est interposé dans mon réseau. Il a affecté notre travail. Il nous a empêchés de t’atteindre à ce moment-là, en plus de tuer l’un des miens. Il mérite d’être puni sévèrement.
— Tu sembles savoir tout ce que tu veux. Maintenant, fais sortir mon amie du coffre.
— Tu m’as l’air courageuse. Mais parfois, jouer les braves provoque des réactions en chaîne dévastatrices.
— Et quand tu me laisseras partir, renchéris-je sans l’écouter, tu laisseras également partir toutes ces filles.
Il ne rit pas. Aucune réaction. J’étais certaine qu’il allait éclater de rire devant mon audace, mais non. Navide soutient mon regard.
— Tu es l’une des rares à entrer ici et à ne pas craindre pour sa sécurité.
— Je vis avec un tueur en série. Les menaces, les coups, j’apprends à les encaisser. Quand tu entends le nom de Jaylen, je te sens trembler, alors tu m’exposes ta faiblesse. Tu n’es pas aussi sûr de toi que tu ne le laisses paraître. Donc, non, ta présence ne me fait pas un pli. J’ai connu pire.
Un rictus malicieux naît à la commissure de ses lèvres.
— Je ne suis peut-être pas un tueur, moi. Mais tu ne sembles pas savoir à qui tu t’adresses.
— Une pourriture, et rien d’autre.
— C’est exactement ça. Et c’est pourquoi tu me donnes envie d’offrir un message à Jaylen.
— Quel genre de message ?
— Tu dis que tu es habituée à encaisser les coups ? Toi, peut-être, mais Jaylen acceptera-t-il l’avertissement que je vais lui laisser ?
Navide claque des doigts, et je tressaille quand l’homme près des escaliers s’approche de moi ! Il est grand, et sa prestance me glace le sang. Quand il arrive tout près, je lui envoie un coup qui ne semble pas le blesser. Il écrase mes bras contre ma poitrine avec force et me trimbale jusque dans les escaliers. Je me débats si fort qu’il tangue en montant chaque marche. Il franchit la porte de la maison et me traîne jusqu’à la grange. Un homme, non loin, vient l’aider et ouvre la porte du hangar. À l’intérieur, il n’y a que des bottes de foin dans les coins, des planches brisées ici et là, et au centre, au-dessus de nous, sont fixées sur une poutre de bois des chaînes qui pendent dans le vide. Les deux hommes utilisent leur force pour arriver à attacher les chaînes autour de mes poignets. Quand ils réussissent, ils me lâchent, et mon corps se dresse, pieds au sol, mains dans les airs. Navide arrive par la porte de la grange en allumant deux ampoules, qui pendent tout en haut.
— Es-tu précieuse pour Jaylen ? me demande Navide.
Aussitôt qu’il s’approche, je lui crache au visage. Il ferme les yeux, restant immobile quelques secondes et finit par l’essuyer avec sa manche.
— Je répète… Es-tu précieuse pour lui ?
Je ne réponds pas.
— On va le vérifier. On va lui donner un avertissement pour ce qu’il a fait à mon business et à mon ami. Tu pourras retourner chez toi, après ça. Si tu encaisses les coups aussi bien que tu le dis et que tu survis à cette nuit, ta copine aussi retournera chez elle.
Je serre si fort les dents que j’ai presque peur de les casser.
— À quoi sert cet endroit ? demandé-je en ayant peur de la réponse.
— C’est ici qu’on dresse les filles à devenir de bonnes amantes pour nos clients. Elles apprennent à fermer leur gueule. Quand elles sont prêtes, on les envoie à nos clients. Ils sont toujours satisfaits. Mais ce soir, ce sera un peu différent. Je ne suis pas ici pour te dresser pour mon business, mais plutôt pour donner une leçon à Jaylen. Donc, tu rajouteras ceci à ta liste de choses palpitantes que tu as vécues, pas vrai ?
Du coin de l’œil, je vois l’un d’eux sortir de la grange pour revenir avec un tuyau d’arrosage dans les mains. Il enlève sa veste et la dépose sur une botte de foin. Je suis secouée par un tremblement. Le tuyau d’arrosage laisse échapper beaucoup d’eau. Le second type, le plus gros et chauve, vient se camper à côté de Navide.
— Qu’est-ce que tu vas me faire ?
Je fixe Navide, attendant sa réponse. Il ne va pas oser ? Pas ça… Mon cœur se déchaîne. Par contre, je n’ai pas chaud, bien au contraire, je suis morte de froid. Ma respiration s’accélère de plus belle.
— Tu sais, une fois, ma collègue qui connaît bien ton Jaylen m’a raconté qu’il avait déjà tué un homme en l’enchaînant et en lui fourrant un tuyau d’arrosage dans la bouche, encore et encore plus profond. Jaylen aurait dit combien il avait aimé cette méthode barbare à ma collègue. Eh bien, s’il en a gardé un bon souvenir, on va voir si Jaylen va apprécier le fait que je la pratique sur toi ? Bien sûr, ne t’inquiète pas, nous n’allons pas te tuer. Juste jouer un peu…
Navide emprunte un petit couteau à son pote et commence à déchirer mon pull au niveau de ma poitrine. Je lui donne un coup de pied, ce qui le fait reculer. D’un mouvement vif, il vient déchirer ce qui reste de mon haut, leur offrant la vue de mon soutien-gorge. Je me débats pour tenter de m’écarter de lui, mais il revient à la charge avec son couteau. Tout ce que j’entends, c’est le son des chaînes qui serrent mes poignets.
— Tu vas le payer cher, si tu me touches !
— Aujourd’hui, les jeux sont gratuits, ma chérie.
Le second vient derrière moi et brise le bouton de mon jean avant de le descendre en empoignant ma culotte en même temps. Je me tortille comme jamais et le frappe plusieurs fois.
— Lâche-moi !
Il réussit à le retirer et prend même la peine d’enlever mes chaussettes. Le type derrière moi agrippe mes cheveux en les tirant, jusqu’à ce que je renverse la tête vers l’arrière. Me retrouvant en sous-vêtements et n’ayant plus que quelques lambeaux de pull sur mes bras, je vois Navide du coin de l’œil prendre le tuyau des mains de son ami.
— Ne fais pas ça, supplié-je maintenant. Navide… je t’en prie !
Le type derrière me tire si fort les cheveux qu’une larme naît au coin de mon œil.
— Oh, mais je ne vais pas me gêner. L’eau est glacée à cette période de l’année, on voudrait bien voir l’effet sur ta peau.
Je continue de me tortiller, mais Navide commence par arroser mes jambes, et un cri s’échappe alors de ma bouche. L’eau n’est pas que froide ! Elle est si glacée qu’elle en brûle ma peau. Il fait couler le jet sur mes bras, sur ma poitrine, et mon souffle se bloque. Quand le type à côté de Navide se rapproche, il saisit ma mâchoire, me forçant à l’ouvrir en grand. Je refuse, tout en me débattant pour la garder fermée. Une larme roule maintenant le long de ma joue, alors que le type qui me maintient la tête renversée, se met à me boucher le nez pour me forcer à ouvrir la bouche. Au moment où je manque d’oxygène, je prends une grande bouffée d’air, et c’est à ce moment précis que Navide choisit d’enfoncer le tuyau d’arrosage dans ma bouche. J’avale une grande partie d’eau sans le vouloir et je crache le reste le plus vite que je peux. Dans ma tête, une image encore plus horrible me traverse l’esprit : j’imagine un instant que, ce soir, Jaylen est probablement dans le lit de Galadrielle, alors que je suis ici et que j’ai besoin de lui… Cette pensée m’arrache d’autres larmes. Je me mets à paniquer encore plus, quand je m’étouffe et sens qu’il va me noyer. Je me débats encore et encore, jusqu’à ce que Navide cesse tout à coup de m’imbiber. Soulagée, je reprends aussitôt ma respiration, qui est défaillante, mais Navide poursuit en arrosant mon visage, alors que l’eau pénètre dans mon nez. Dans une quinte de toux, j’ai soudainement envie de vomir, comme si mon ventre s’était rempli. J’arrive à prononcer quelques mots faibles et tremblants derrière ma toux :
— C’est… bon… allez… s’il te plaît… arrête, maintenant !
Le type derrière moi relâche mes cheveux, et je penche la tête en avant pour ne plus regarder Navide. Mon cœur bat si vite, et j’ai l’impression d’avoir retenu ma respiration pendant plus de cinq minutes. Je vais gerber l’eau que j’ai ingérée…
Aussitôt que j’y pense, l’eau avalée remonte dans mon œsophage et sort faiblement par ma bouche. Je tousse plusieurs fois en regardant la quantité de liquide qui en ressort.
— Tu es prête pour un deuxième tour ? rigole Navide en rapprochant de nouveau le tuyau.
Je me débats faiblement, car je ne me sens pas très bien. Le froid a gagné ma peau, je ne sens plus rien. Mon ventre me fait souffrir. L’homme derrière moi agrippe de nouveau mes cheveux et renvoie une fois de plus ma tête vers l’arrière. Navide enfonce le jet, et le bout du tuyau cogne mes dents. Je grimace de douleur. Je n’étais pas préparée non plus, je n’ai pas pris de bouffée d’air avant. J’ai besoin de respirer. Le jet d’eau puissant remplit de nouveau ma bouche, j’essaie de ne rien avaler et de la repousser du mieux que je peux. Je la sens couler sur moi, s’étendre sur mon visage. Sans le vouloir, j’avale un jet important et m’étouffe aussitôt en vomissant l’eau qui s’est accumulée. Navide enlève le tuyau.
— Tu es passée à quelques secondes de te noyer, sourit Navide.
Je le regarde à peine, j’en profite pour baisser la tête quand le type derrière me lâche.
— Prête pour un troisième tour ?
Mon corps sait que j’ai frôlé la noyade deux fois. Mon pouls est hors de contrôle, tandis que mon cerveau se déconnecte peu à peu de la réalité.
Après une vingtaine de minutes à continuer, jusqu’à ce que je sois trop épuisée pour réagir, Navide cesse… Ce n’est qu’à ce moment que j’ai l’impression de reprendre mon souffle. Je me dis que j’ai survécu. Je n’ai fait que penser à la minute où je vais quitter cet endroit. Parce que Navide m’a dit que j’allais pouvoir partir… C’est la seule chose à laquelle je pense et m’accroche : qu’il termine, pour que je puisse partir au plus vite. Le type derrière moi relâche sa prise dans mes cheveux. Je vois Navide jeter le tuyau plus loin. Lui et les trois hommes quittent la grange, me laissant tremblante et frigorifiée. J’éclate en sanglots, mais serre les dents en même temps. Je suis blessée, mais une colère provenant de l’impuissance que je ressens m’emplit.


Chapitre 7
Engy
C’est en entendant la porte de la grange s’ouvrir que j’ouvre les paupières. Le jour s’est levé. Je suis toujours nue, et ma peau est bleutée et glacée. Mes bras me font souffrir. Un homme s’approche en premier, celui qui m’a tiré les cheveux la veille, suivi d’un autre qui rudoie Beverly. Elle hurle derrière le ruban qu’elle a sur la bouche en me voyant. Elle donne des coups de pied dans tous les sens, mais l’homme arrive tout de même à l’attacher à une seconde chaîne non loin de moi. Mon cœur s’emballe et, instinctivement, je baisse les yeux pour qu’elle ne lise pas mon expression. D’innombrables sons sortent de sa gorge, passant par des grognements de terreur, suivis de supplications. J’aimerais lui dire de se calmer pour ne pas les énerver, par contre, elle doit être encore plus terrorisée que moi. Je me demande si elle reconnaît Navide, ce type de la camionnette rouge…
Ce dernier rejoint ses amis et se campe d’abord en face de moi pour observer mon visage.
— Tu n’as pas respecté ce que tu as dit, craché-je à Navide. Tu devais la laisser partir.
Navide claque sa langue sur son palais plusieurs fois, en signe de négation.
— Non, non, Engy. L’entente était que si tu survis à cette nuit, je laisse sortir ton amie du coffre de la voiture, et non qu’elle parte d’ici.
Il ment.
— Tu as eu ce que tu voulais !
— Ton amie est sortie du coffre comme convenu. Par contre, toi, je sais que tu n’iras pas voir la police, mais elle… maintenant qu’elle a vu l’endroit et nos visages… je ne peux plus la laisser partir.

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