Philae

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Erotique - 197 pages - Pour public averti (+18)


Fin des années 70


À l’aube de ses vingt ans, Philae quitte tout pour prendre la route avec celui dont elle est follement amoureuse. À travers le monde, il va l'initier à tous les plaisirs, y compris à ceux qui mènent aux portes de l'enfer.


De retour en France, dans les années 90, elle fréquente les milieux sulfureux d’artistes où se côtoient les Domina célèbres (Maîtresse Françoise, Jeanne de Berg), les écrivains des paraphilies, tel Jean Streff, et posera pour la photographe d'avant-garde Élizabeth Prouvost.


Le destin et les expériences rares de cette inconditionnelle du sexe à l'enfance cabossée forgent l'exceptionnel témoignage d'un road-trip hors du commun, dans un monde en plein bouleversement.


Dans ce roman autobiographique, Philae se dévoile sans pudeur, entraînant le lecteur dans tous ses voyages où exotisme et érotisme se mêlent, d'îles en ils...

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Nombre de lectures 11
EAN13 9782379611100
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

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Philae, d’îles en ils
JULIE-ANNE DE SÉE
PHILAE B.


JULIE-ANNE DE SÉE
PHILAE B.


Mentions légales
Éditions Élixyria
http://www.editionselixyria.com
https://www.facebook.com/Editions.Elixyria/
ISBN : 978-2-37961-110-0
Photo de couverture : ArtStudia Group1 — Yokohama, non loin de Tokyo, 1977

Dans toute la ville, des affiches aux couleurs fluo criardes ont été placardées partout,
avec nos portraits en pied, déjà dénudés. Le texte dit, en lettres grasses :
LEO AND PHILAWAY SHIROKURO SHOW !
Dessous, le nom du théâtre : NISHIFUNABASHI THEATER. Des camions munis de
haut-parleurs sillonnent les avenues, musique et voix assourdissantes :
— Ce soir, à vingt et une heures, spécialement venus de Paris pour vous, Léo and
Philaway ! Comme dans les villages français quand un petit cirque vient s’installer pour
donner quelques représentations avant de repartir à l’aube pour une autre destination.
Ici, nous sommes les seuls Européens et nous sommes accueillis en vraies stars. Dans
la rue, les gens nous reconnaissent, viennent nous serrer la main, nous remercier,
balbutiant dans un anglais aux sonorités japonaises tout en s’inclinant : «  Very good !
Thank you... Thank you... Very good ! » Les autochtones étant incapables de prononcer
mon prénom, il est devenu ici Philaway. Je crains presque que l’on me demande un
autographe… Il est vrai que nous sommes facilement repérables. Ma blondeur bouclée et
la stature de Yannick, qui dépasse d’une bonne tête la majorité des Japonais nous situent
immédiatement dans notre statut de gaijin, des étrangers. Ces réactions inattendues et cet
accueil me touchent, nous sommes tous deux agréablement surpris. En revanche, nous
aimerions un peu plus de discrétion, car notre activité « professionnelle » est totalement
illégale puisque nous n’avons sur nos passeports qu’un simple visa de tourisme. Et quel
tourisme !
J’ai vingt ans et, bien que je l’ignore encore, la beauté du diable. Pas très grande, mais
agréablement proportionnée, blonde comme les blés, des yeux bleu-vert à damner un
saint. Ou ici, au pays du soleil levant, un kami. Quand je suis perchée sur mes talons
démesurés pour faire mon entrée en scène, ce sont mes jambes longues à souhait qui
attirent le regard vers mes petites fesses bien pommées, ma taille fine et mes seins
arrogants. Depuis longtemps déjà, j’aime le sexe et c’est avec Yannick et Thomas, notre
fils adoptif, que je parcours le monde, vivant d’amour, de baise et trop souvent, de
drogue. Ce soir, pour la première fois de ma jeune vie déjà si pleine, je vais me produire
sur scène. Ce sera mon premier vrai «  travail  », qui met un terme à celui que je viens
d’exercer pendant une quinzaine de jours dans deux Bars à Miroirs tokyoïtes. Parce que
Yannick, Thomas et moi sommes arrivés au Japon avec pour tout viatique cent dollars en
poche et que mon amant est encore plus malade que moi du manque de came.
Ici, il est impossible de nous fournir en poudre blanche. Si la Mafia japonaise a
diversifié ses activités illicites avec la drogue, le speed en particulier, elle n’a pas encore
accès au trafic de l’héroïne. Par ailleurs, il nous faut de l’argent. À l’aide des amis qui
nous hébergent généreusement, j’ai donc tout d’abord trouvé cet emploi. Dans des bars
très... spécialisés, également appelés « cafés sans culottes ». Si mes gains nous permettent
de faire face à nos besoins, il est vite évident qu’il nous faut trouver une source de
revenus plus conséquente. Nos amis sont des artistes, ils se produisent sur scène à Tokyo.
Ils nous proposent de nous initier à l’art du spectacle, activité qu’ils exercent et qui leur
rapporte gros. Nous sommes enthousiastes et nous plions aux répétitions, projets de
costumes et de décors, enregistrement des musiques sur lesquelles nous évoluerons.
Marlène me guide et je prends plaisir aux découvertes qu’elle initie. Je suis ses conseils
avec toute l’attention de la novice que je suis encore. Ainsi se forge avec cette femme une
amitié si durable qu’elle perdure toujours, en dépit de notre éloignement géographique
puisqu’aujourd’hui, elle s’est fixée en Espagne. Lorsque nous sommes enfin prêts,
Marlène nous met en relation avec un manager, l’aventure est en marche. Nous sommesengagés illico, ma chevelure d’or et mes yeux pers séduisent immédiatement les
Asiatiques.
Je partage avec mon partenaire amant-amour Yannick, Léo pour le théâtre, la vedette
du Shirokuro show. Le mot japonais signifie noir et blanc. Sans doute parce que les « 
acteurs  », un couple, passent de l’ombre à la lumière  ? Léo and Philaway ont été
annoncés comme le clou du spectacle de cet immense théâtre et notre numéro va se
dérouler en trois parties pour une petite demi-heure torride. Je dois d’abord entrer seule
en scène pour y effectuer un strip-tease. Tout a été minutieusement préparé : c’est sur la
musique de « Hello Dolly » que je vais me déshabiller en cinq minutes. Puis, Yannick-Léo
me rejoindra pour LE show à deux que tous les spectateurs attendent : nous allons faire
l’amour en direct. Pour de bon. Enfin, c’est à nouveau seule et pour clôturer le spectacle
que je vais découvrir mon intimité pour cette dernière partie appelée open. Je devrai
écarter les jambes afin d’exhiber mon sexe en pleine lumière devant un public masculin
en délire. Tout en prenant diverses postures et en essayant de rendre la chose la plus
sensuelle possible. Le strip-tease m’est venu assez naturellement. J’avais vu des spectacles
érotiques en Thaïlande, mais, jusqu’alors, je n’avais jamais songé à en faire une source de
revenus pour moi-même.
Nous allions ainsi gagner énormément d’argent, comme nos amis nous l’avaient prédit.
En fait, je ne sais pas vraiment comment je me suis mise à danser et à me dévoiler sur
scène, me déshabiller en public en y prenant vite goût... Peut-être à cause de l’absence de
pudeur due au fait que mes parents étaient naturistes et que la nudité a toujours été
naturelle pour moi ? Ou bien, parce que je ne percevais pas alors toute la portée érotique
de ce tableau auquel je prenais beaucoup de plaisir, sans trop avoir conscience de mon
exhibitionnisme.
Je suis vêtue d’un tout petit costume de couleur parme que nous sommes allés acheter
dans un grand magasin. Il est très simple et peu coûteux en regard de ceux des Japonaises.
Il se compose d’un haut et d’une jupette minuscules auxquels j’ai juste ajouté quelques
paillettes. À cette époque, j’avais la folie des paillettes et j’en emmenais partout dans mon
sac de voyage. L’ensemble s’envolera pour dévoiler des dessous coquins, mais tout aussi
basiques avant ma tenue d’Eve. Ma plastique sera mon seul véritable atout, tout comme
mon effeuillage, appris chez nos amis, couple franco-américain. En revanche, si Franck et
Marlène ne font que mimer l’amour sur scène -dans la capitale japonaise où ils travaillent,
cette pratique est interdite-, nous le ferons vraiment. Nos amis nous ont montré les « 
bases » du métier, à nous maintenant d’être à la hauteur de ce qui est attendu. Et Léo and
Philaway sont bien décidés à satisfaire leur public !
Une journée dans un théâtre, c’est un peu comme un cinéma permanent. Suivant les
endroits, de midi à minuit. Huit à dix shows d’une demi-heure chacun se déroulent en
continu. Les premiers, destinés à chauffer le public, sont des strip-teases exécutés par des
Japonaises, à deux ou trois en même temps sur la scène. Nous attendons dans les
coulisses que la première partie du spectacle, souvent interactif, se déroule puisque nous
allons passer en denier. Entre deux de nos shows, nous avons une pause d’environ trois
heures. Les strip-teaseuses japonaises défilent. Lorsque les lumières se tamisent, elles
descendent dans la salle, choisissent un heureux élu qu’elles vont masturber. Une
musique tonitruante met fin à ce prologue. Puis, il y a celles qui vont branler des hommes
sur scène, comme je le ferai moi aussi plus tard. Un vaste lit en occupe le mitan. Dans ce
grand théâtre elles sont trois à officier ensemble. Pour sortir de scène, les filles énoncent
une formule particulière, qui va marquer la transition entre le « jeu » (je ?) théâtral et la
réalité. Une fois qu’elle a été prononcée, elles retrouvent toute leur pudeur, plaquant les
mains sur leur intimité, alors qu’un instant auparavant, elles étaient totalement nues.
Enfin, c’est à nous. LE couple d’étrangers dont la femme est blonde et qui va baiser sur
scène est très attendu !La première fois, j’attends les premières notes de ma musique pour faire mon entrée.
J’ai le trac, mais surtout déjà mal aux pieds. J’ai emprunté mes chaussures à talons à une
amie japonaise, mais elles sont trop petites pour mes «  grands  » pieds d’européenne de
taille trente-huit. Or, le technicien censé faire partir ma chanson se trompe, lance une
musique japonaise dont j’ignore totalement la durée ! Quel en est vraiment le début ? La
fin  ? Je perds tous mes repères avec cette mélopée discordante pour mes oreilles
européennes. À quel moment vais-je devoir sortir ? Le coup d’adrénaline ainsi provoqué,
loin de me paralyser me propulse sur la scène. Yannick, qui ne va pas bien du tout, attend
son tour en coulisses. Si je suis capable de danser et d’exécuter convenablement ma
partie, sans éprouver trop de douleurs violentes, mon amant, lui, vit très difficilement les
effets du manque de blanche. Nous subissons tous deux de plein fouet cette abstinence
forcée depuis notre arrivée dans ce pays. Notre premier show... Mon partenaire me rejoint
pour un prélude étudié, qui ne va pas sans choquer les Japonais. Notre scenario est très au
point : nous mimons une scène entre une prostituée et son maquereau. Faisant ma
nouvelle entrée avec les premières notes de la chanson «  Hello Dolly  », je commence à
arpenter la scène comme une fille de petite vertu son bout de trottoir. Je porte mon petit
costume mauve, j’agite un boa noir et mes chaussures sont du genre de celles que l’on ne
peut porter qu’allongée... J’ai glissé un billet de dix mille yens dans la jarretière de mon
bas. À la fin de la chanson, Yannick-Léo vient me retrouver pour la « comptée ». Il est
clair à ses mimiques que mes gains sont très insuffisants à son gré. Il se met à me
malmener, il me secoue et me gifle. Impensable pour la mentalité nipponne. Je me débats,
tente de parer les coups face à l’air terrible que prend Léo. Il a vissé une casquette sur sa
tête, qui lui confère une certaine allure. Il porte un pantalon noir et un gilet chinois en soie
que nous avions fait confectionner en Thaïlande. Tandis qu’il repart en coulisses,
visiblement furieux, je me tourne face au public, tout en jouant les petites poupées
éplorées. Je prends les spectateurs à témoin de mon infortune : il m’a battue parce que je
n’ai pas rapporté assez d’argent. Contre toute attente, les Japonais se prennent au jeu.
Nombreux sont ceux qui me tendent des billets de banque pour me sauver des coups de
mon souteneur. Certains osent même en glisser dans ma jarretière. C’est d’autant plus
stupéfiant qu’il est de coutume au Japon de ne jamais donner de pourboire. Lorsque mon
amie Marlène est venue voir notre show, elle a été ébahie. Elle me dit :
— C’est une sacrée trouvaille  ! Jamais personne n’aurait osé présenter cela,
connaissant les Japonais. Mais vous, vous leur montrez ce qu’ils n’oseraient jamais faire :
gifler leur dame et ensuite la baiser ! C’est toute la contradiction japonaise entre ce qu’ils
aimeraient faire et ne peuvent réaliser. Le bouche-à-oreille a dû fonctionner : je suis sûre
que certains ne viennent que pour assister à cette partie du show. Tu sens un mouvement
dans la salle, très fort. Pas de cri d’étonnement, pas de commentaire, mais ce mouvement
palpable qui les porte vers toi, pour prendre ta défense. C’est incroyable, tu les as
conquis, il suffisait juste de trouver le truc !
Ensuite, je me déshabille lentement. C’est un moment exquis, un rêve éveillé. Je suis
l’objet de tant de désirs, la star convoitée... Il n’est rien que j’adore autant que cela, que ce
sentiment de toute-puissance, d’être belle, désirable et désirée. Pour tous ces regards fixés
sur moi, je vibre. Je prends garde à ne jamais esquisser le moindre geste vulgaire. En
séductrice professionnelle, je me dois de connaître les moindres parties de mon corps que
je caresse. Je m’accorde aux désirs de ces hommes qui n’ont plus d’yeux que pour moi, je
les anticipe. J’imagine les images fantasmatiques qu’ils se forgent pour m’y couler et
sentir converger toute leur admiration sur moi. Une fois entièrement nue, je m’arrête sur
la dernière note dans une pose savamment étudiée. Un dernier coup de reins vers
l’assemblée muette et je sors de scène. Puis, Léo et moi revenons ensemble. Nous flirtons,
de façon de plus en plus poussée et suggestive, jusqu’à nous lécher tête-bêche en un 69
lascif sur la musique de « It's only you I want  ». Les Japonais découvrent un hommepoilu, comble de la virilité à leurs yeux. Nous repartons en coulisses tandis que la salle
applaudit à tout rompre. Le meilleur reste à venir. Nous devons sortir de scène avant d’y
entrer à nouveau, car un lit doit être installé. Toutes les lumières s’éteignent. Un betoman,
l’homme préposé au lit, entre en courant sur scène, y dépose un futon et repart le dos
courbé, sur la pointe des pieds, en une attitude qui signifie : « Je ne fais que passer, vous
ne m’avez pas vu... » Ce garçon rend aussi de menus services. Il aide dans les coulisses,
range les costumes jetés à terre rapidement. Plus tard, lorsque nous jouerons dans de plus
beaux théâtres, il n’y aura pas de betoman, mais un plateau dont une partie tournante en
bout de scène se surélève, formant un lit tapissé de moquette ou de fourrure. Il arrive que
parfois, il y en ait deux, voire trois pour permettre plusieurs numéros de filles
simultanément.
Puis, sur les premières notes de la chanson des Aphrodite’s child au cours de laquelle
Irène Papas répète inlassablement « I am to come, I was … » en une montée orgasmique
jusqu’au cri de jouissance, nous avons dix minutes pour faire l’amour en public. Yannick
revient seulement vêtu d’un string de cuir noir, moi, d’un déshabillé vaporeux. Dix petites
minutes au cours desquelles nous multiplions les positions, revisitant le Kama Sutra en
accéléré. Nous sommes très au point, car l’improvisation dans ces moments n’est pas de
mise. Sans vraiment nous en rendre compte, nous avons réussi à bien enchaîner les
positions, car il ne faut surtout pas que nous nous déboîtions, sauf si Yannick est très sûr
de lui. Je crois qu’à partir de ce moment précis de notre retour sur scène, nous ne pensons
plus à rien. Nos têtes font le vide, nous ne sommes plus que deux corps qui s’exhibent,
s’enlacent, s’entrelacent, se pénètrent, se soudent en une chorégraphie sensuelle. Une
certaine distance s’établit alors avec le public. L’atmosphère qui règne dans la salle a
changé, nous le percevons tous deux. Les halètements itératifs d’Irène Papas semblent
amplifiés du silence qui s’est installé, les souffles sont retenus, l’attention concentrée à
son comble sur cette scène d’amour qui se joue sans simulation sur la scène. Yannick
vient tout d’abord me pénétrer en missionnaire. Je suis sur le dos, il est sur moi, va et
vient le temps de quelques coups de reins. Je passe alors ma jambe par-dessus sa tête et
doucement, de façon langoureuse et souple, sans qu’il ne se retire un seul instant, je suis
en levrette, croupe levée, cuisses écartées, bras allongés loin devant moi, visage enfoui
dans les boucles de ma chevelure. Nous suivons le rythme de la chanteuse qui
accompagne nos ébats de ses gémissements. Nous basculons sur le côté, je lève haut une
jambe afin que les spectateurs apprécient la taille et la rigidité de sa queue, qu’ils voient
que je ne triche pas, je suis trempée. Je suis certaine que le premier rang perçoit les bruits
de baisers mouillés de nos sexes emboîtés, ce qui me procure un étrange plaisir mêlé de
fierté. Enfin, je viens chevaucher Yannick-Léo. Ma croupe tendue vers le public, je mène
la danse, monte et descends sur mon pal, lentement d’abord avant d’accélérer les
mouvements qui conduiront enfin Léo à la jouissance. Sur les dernières notes de notre
chanson, je m’abats sur mon partenaire, en une étreinte christique, bras en croix, visage
dans son épaule. Je suis couverte de sueur, je sais que ma peau scintille sous les
projecteurs, je savoure cet instant intense. C’est avec tous les hommes présents et encore
muets d’émotion et d’excitation que je viens de faire l’amour, et j’ai adoré cela. La
lumière nous quitte un instant, puis je vais exhiber ma chatte aux yeux ébahis de mes
spectateurs. Pour cet open, c’est Brian Ferry qui m’accompagne, sur «  Let’s stick
together », ce que l’on pourrait traduire par « restons collés ensemble », en un clin d’œil à
ce que nous venons de montrer. Jusqu’au jour où Yannick m’a prise au mot, prenant goût
à cette provocation qui n’en était pas vraiment une... Il se retient jusqu’au dernier show,
poursuivant un enchaînement de positions sur la chanson suivante ! Ce qui nous vaut une
prime exceptionnelle de dix mille yens. Si j’éprouve du plaisir à nos ébats, je ne jouis pas
sur scène, me contentant d’émettre les râles sans équivoque à l’unisson de ma chanson.
Cependant, je suis suffisamment humide pour ne jamais avoir eu recours à un quelconquelubrifiant intime. Notre jouissance, nous la réservons pour notre intimité. Yannick a en
quelque sorte ritualisé ce passage du travail au privé. Nous allions effectuer de la sorte
quatre shows par jour, mais disait-il, le cinquième sera à la maison. Pour la semaine, car
pendant le week-end, il nous fallait nous produire six fois. Nous rentrions alors épuisés,
nous endormant comme des souches sans plus songer à faire encore l’amour.
Seulement, pour nos débuts sur scène, Yannick ne parvient pas à bander du fait de son
profond mal-être et des douleurs qui le taraudent. Alors, nous improvisons, nous
mimons, les Japonais semblent contents. Ils applaudissent à tout rompre. Heureusement,
car pour Léo, les effets délétères du manque vont continuer pendant une bonne semaine.
Plus d’héro, les effroyables tortures du manque qui poignardent les jambes et vrillent le
ventre, pas de bandaison... Alors, en coulisses, les uns et les autres, bien loin d’imaginer
que ce sont là les conséquences de la privation de drogue, le gavent de ginseng et autres
boissons réputées puissamment aphrodisiaques avec une touchante bonne volonté ! Est-ce
leur effet ou ceux de l’abstinence forcée ? Il éjacule toutes les trente secondes, ou peu s’en
faut. Alors, il en fait un atout dans son numéro avant de recouvrer toutes des facultés
viriles moins fulgurantes : lorsqu’il sent qu’il va jouir, il saisit sa queue comme il le ferait
d’un tuyau d’arrosage et il gicle sur les spectateurs qui applaudissent frénétiquement.
J’ai vraiment l’impression de donner des leçons de sexualité. Je me sens utile, leur
montrant sans tabou et en y prenant doublement du plaisir comment les « blancs » sont
faits et baisent. Je ne suis pas totalement épilée, car les japonais adorent les poils. Parfois,
quand je fais l’open, il arrive qu’un homme me demande un de mes poils blonds qu’il
serre soigneusement dans son mouchoir, trophée précieux. Je repense à la belle histoire
de ce chevalier du moyen-âge qui, pour aller au combat, portait à même la peau un
médaillon contenant des poils pubiens de sa Dame. Quel combat avait donc à livrer mon
client-chevalier fétichiste ? Comme il est strictement interdit de toucher ou de prendre des
photos, à l’entrée des grands théâtres, les spectateurs peuvent non seulement acheter des
aphrodisiaques, mais encore louer des loupes éclairantes pour regarder le sexe des
femmes en gros plan, comme pour un cours d’anatomie médicale. Sous les projecteurs
qui m’éblouissent, je ne vois pas les gens, je souris dans le vide, cuisses écartées. Il arrive
souvent que le régisseur lumières invite les spectateurs à applaudir, ce qu’ils font
volontiers. Ils me détaillent avec une sorte d’étonnement enfantin. Parfois, je perçois des
«  Aasô nê… Aasô nê…  », ce qui signifie approximativement «  Ah bon  ? c’est donc
ça… »
J’ai parfois envie de rire, mais en même temps, j’éprouve un sentiment de toute
puissance encore jamais ressenti. Quels que soient les numéros proposés, il en est deux
immuables : le strip-tease et l’open. Sur « When the saints go marching in », je m’écarte
comme une fleur, offrant les pétales de ma vulve ouverte, humide et ombrée de fils d’or à
la curiosité et la concupiscence de ces hommes. À genoux, mains sur les hanches, je fais
le tour de la scène à quelques centimètres des spectateurs du premier rang. Ils ont payé
pour me voir de très près, pour étudier ma chatte à la loupe, cela change la vision que j’ai
de moi-même. Avant de me retrouver sur scène pour ces shows, je n’avais pas encore
pris la mesure de la fascination exercée par les femmes sur les hommes. En dehors des
strip-teaseuses, viennent aussi les manaïta, juste avant les homba manaïta. En japonais,
homba signifie « à l’intérieur » et manaïta désigne la planche sur laquelle on découpe la
nourriture. La homba est sur scène uniquement pour se masturber. Il arrive qu’elle utilise
autre chose que des godemichets, réalisant d’incroyables acrobaties avec des bougies
allumées. D’autres fument des cigarettes avec leur vagin. Étonnamment, cela se déroule
très simplement, sans aucune vulgarité. Toutes attachent beaucoup d’importance à leurs
costumes et à leur maquillage qui prend des heures. C’est un véritable jeu de scène. On
peut ainsi voir de merveilleux kimonos de cérémonie, des vêtements de fête somptueux,
des perruques ornées d’éventails ou de barrettes aux graphismes élaborés. Quant auxdessous à l’européenne, ils me font pâlir d’envie ! Parmi ces femmes, il y a des mères de
famille, d’anciennes geishas, des femmes de Yakuzas, les membres de la Mafia japonaise.
Les gains sont intéressants et elles ne rechignent pas à l’ouvrage, passant outre tabous ou
préjugés.
La homba manaïta invite des volontaires dans le public à monter sur scène. Le premier
homme choisi se déshabille et s’allonge sur le dos, « comme une planche ». La fille lui
essuie alors le sexe de son oshibori, la serviette éponge chaude et parfumée qu’elle a sorti
de son petit panier. Elle lui enfile gentiment un préservatif pour venir le chevaucher. Elle
s’empale et remue sur lui sans qu’il puisse bouger. Quand il jouit, il remercie. Ensuite,
nouveau cérémonial de la toilette et le monsieur s’éloigne dans un coin de la scène pour
se rhabiller. Un show de lesbiennes prend le relais, juste avant le moment tant attendu :
notre shirokuro. Pour le théâtre, la plupart du temps, nous sommes les seuls étrangers à
pratiquer ce genre de show. Les prix du billet d’entrée varient, suivant le nombre de
manaïta, surtout du clou du spectacle. Parfois, nous ne commençons qu’en fin
d’aprèsmidi, notre vie est un peu décalée. Je passe beaucoup de temps à mon maquillage. Ma
carnation d’européenne blonde l’exige, car sous les spots, je ne peux pas afficher un teint
blafard.
Comme j’aime varier les plaisirs, je songe à une nouvelle entrée pour mon strip-tease.
Je me suis prise d’amour pour mon public dont maintenant, je ne pourrais plus me passer.
Aussi, pour lui, je deviens créative, inventive, avec bonheur. J’imagine une serveuse de
Mac Donald’s, déjà très connu et en vogue au Japon, sur patins à roulettes. Un haut
cache-cœur simplement noué pour retenir mes seins, un calot pailleté coquinement posé
de biais sur la tête et un short ultra court feront mon costume. Mon short s’attache avec
deux fermetures Eclair sur les côtés, de façon à pouvoir être ôté rapidement et comme par
magie. Dans un strip, les bandes Velcro et les zips sont des alliés précieux. Le plus
difficile, ce n’est pas de se retrouver nue, mais d’y parvenir élégamment, de façon
sensuelle et coulée, sans que le spectateur ait l’impression que cela nécessite un effort qui
serait forcément disgracieux chez celle qui s’effeuille. Je vais entrer en scène un plateau
sur une main. À un moment, je vais jouer les maladroites et faire tomber le gobelet de
Coca-Cola qu’il soutient sur le premier rang. La personne qui se trouve immédiatement
dessous a le réflexe de se protéger. Seulement j’ai attaché le gobelet avec un fil de nylon,
le spectateur rit avec moi, très content de cette plaisanterie qui vient pimenter mon
exercice de style. Je cherche de nouvelles chansons pour illustrer nos numéros.
Cependant, il en est une que Yannick refuse de modifier : celle sur laquelle il fait son
entrée pour me rejoindre et me faire l’amour. La musique des Aphrodite’s Child est
devenue pour lui un réflexe pavlovien ! À peine les premières notes se font-elles entendre
qu’il sent son sexe durcir, comme doté d’une vie propre intimement liée à cet air...
J’ai testé la «  blague du gobelet  » sur Thomas, qui a tellement ri que j’ai dû
recommencer plusieurs fois. Notre petit Thomas... Il a sept ans, je crois qu’il apprend
énormément dans cette vie que nous lui faisons mener. Extrêmement dégourdi pour un
enfant si jeune, il parle français et anglais couramment, commence à s’exprimer en
japonais bien plus vite que nous. Il apprend les langues à une rapidité et avec une facilité
déconcertantes, les oubliant aussi vite dès lors qu’il n’en a plus besoin. Il est toujours
avec les enfants des théâtres dans lesquels nous nous produisons : Tetsua, Midori, et
d’autres. Parfois, les coulisses sont de véritables pouponnières. Les femmes qui travaillent
avec nous gardent elles-mêmes leurs enfants qu’elles emmènent partout. Leurs maris font
parfois une apparition pendant le week-end, mais le plus souvent, elles sont seules. Au
Japon, les enfants sont des rois, jusqu’à ce que débute leur scolarité. Ils ont le droit de
tout faire, sont partout les bienvenus quel que soit leur niveau d’agitation, ou de ce qui
pourrait sembler un manque total d’éducation. Par exemple, je me suis souvent révoltée
intérieurement et retenue pour ne pas intervenir en les voyant frapper leur mère.Cependant, dès qu’ils entrent à l’école, ils doivent subitement faire le deuil de leur
{1}enfance pour suivre l’enseignement, souvent nommé par dérision Shinkansen , rouleau
compresseur du système éducatif japonais. Thomas, lui, est rarement avec nous. Le jour
où nous avons voulu le photographier avec Marlène, nous avons dû passer un très long
temps à l’appeler. A partir du moment où nous étions dans le théâtre, il savait
instinctivement qu’il lui appartenait d’assumer sa vie tout seul. Il ne voyait donc vraiment
pas pourquoi nous le dérangions dans ses propres occupations pour prendre une photo. Il
n’arrêtait pas, mû par une curiosité insatiable de tout, un sens aigu de la découverte,
débordant de vie, sans peurs ni limites. Un après-midi, il reste auprès de Marlène le temps
de notre show. Nous nous rendons ensuite au restaurant tous les quatre. C’est Thomas qui
passe la commande en japonais, s’exprimant parfaitement bien, à la grande surprise de
notre amie à laquelle il reproche de mal parler le français ! Il est vrai que Marlène a un
accent épouvantable et qu’une discussion avec elle se tient souvent en trois langues. Cela
fait déjà six ans qu’elle ne parle plus du tout le français, ceci expliquant cela. Soudain,
tandis que nous attendons qu’on nous serve notre déjeuner, Thomas se saisit d’un pied de
table, se met à gesticuler, à mimer une scène d’amour. Ébahis, nous le regardons tous,
sans rien dire. C’est lui qui déclare, en toute logique :
— Ben quoi ? Je peux le faire aussi !
Notre vie de saltimbanques n’affecte pas notre petit garçon. Cette anecdote du
restaurant est le reflet de la situation telle qu’il la vit, de la façon dont il prend les choses.
Tout est naturel, il n’y a pas de tabou. Lui aussi voudrait être un peu sur scène, à sa
manière montrer qu’il existe. Il est vrai que nous avons de fait moins de temps pour lui,
qu’il doit se trouver de la compagnie. Pas seulement aux moments des shows, mais avant
et après, quand nous devons nous préparer et ensuite, nous démaquiller, nous rhabiller.
Aux yeux de Marlène, cependant, Yannick assume bien son rôle de père. Conscient que
Thomas et moi sommes sous sa responsabilité, même si parfois il fait preuve d’une
certaine rigidité, voire d’exigences démesurées. A-t-il toujours à l’esprit que je n’ai que
vingt ans  ? De mon côté, j’ai toujours senti en Yannick quelqu’un de fort, solide. Je
compte sur lui pour tout, même s’il m’arrive parfois de me révolter. Nous nous disputons
beaucoup dans les théâtres, souvent même en coulisses, juste avant d’entrer en scène. Ce
qui a parfois un côté surréaliste : nous sommes en train de nous chamailler, aléas de notre
vie à tous deux, et d’un seul coup, c’est à mon tour. Je me retrouve sur scène, je dois me
mettre à danser quand bien même je n’en ai aucune envie ! Il est bien difficile de passer
de l’engueulade aux sourcils froncés au sourire qu’il faut afficher pour mes admirateurs,
de faire semblant d’être heureuse de vivre, de trouver l’énergie et les ressources pour
caresser le corps de mon amant en cet instant précis. Il m’est arrivé, juste à la seconde qui
précède l’entrée en scène, de me demander ce que je faisais là. Après tout, il n’y a pas que
l’argent. Une fois, une seule, j’ai pleuré sur la scène au moment où nous y faisions
l’amour. Mes nerfs ont certainement lâché, mais il faut jouer, coûte que coûte. Tous les
artistes le savent bien, selon la formule consacrée : the show must go on. Une autre fois,
c’est Yannick qui a fait une entrée effroyable, alors qu’il était en manque. J’ai expliqué au
manager qu’il était malade, il avait vraiment besoin d’un médecin. Léo était dans
l’incapacité totale de faire le show. Refus catégorique du patron qui ne veut pas entendre
parler d’un solo que je pourrais exécuter. Les gens se sont déplacés pour Léo et Philaway,
donc Léo doit se produire. Alors, j’ai littéralement traîné sur scène mon malheureux
partenaire. Il en est vite sorti, ne tenant plus debout. Le betoman a dû venir m’aider à le
porter en le prenant par les pieds, moi par les mains. Immédiatement après, je faisais
l’open sur deux chansons, sourire de rigueur et gestuelle érotique pendant que Yannick
était au plus mal en coulisses.
Même si ultérieurement ma personnalité bisexuelle se révèlera, je ne participe pas aux
numéros des lesbiennes. L’homosexualité fait partie de la tradition, les femmes sont trèstolérantes en matière de sexualité. D’ailleurs, la suprématie de la femme japonaise s’étale
partout. Elle règne incontestablement sur le Japon de la nuit, en grande partie sur celui de
jour. Elle est la part de rêve dans les bars au terme de la journée de travail harassant des
employés qui les fréquentent. Elle remplit une véritable fonction sociale. C’est elle qui
règne sur le foyer, gère le budget familial. Elle est présente partout, consommatrice très
choyée par la publicité. Si elle ne vit pas chez ses beaux-parents, elle n’a pas comme
l’homme, le devoir de leur rendre visite. La marginalité d’une femme, celle qui ne fait
plus partie du système en choisissant un mari ou le célibat, la livre à toutes sortes de
brimades sociales dans les milieux traditionnels. Cependant, la femme hétérodoxe trouve
bien des compensations. Ainsi à Tokyo, à Osaka ou dans tout grand centre urbain, elle
peut envisager de vivre seule, totalement indépendante. Il ne s’agit pas seulement d’une
réaction de désir d’émancipation, mais d’une tolérance à l’égard d’un comportement
moderne qui coexiste avec les traditions ancestrales. Il est même des bars pour femmes
seules dont la clientèle exclusivement féminine y trouve des jeunes gens qui jouent le rôle
d’entraîneuses. En échange d’un peu d’argent, les «  hôtesses  » masculines, garçons
français ou allemands ont toujours un grand succès. Alain Delon, stéréotype du mâle
séducteur européen, oblige... Au Japon, il est une immense star, ses photos sont partout.
En revanche, le respect des habitudes séculaires perdure dans l’intimité du couple. Par
un mimétisme qui m’a toujours semblé naturel dans tous les pays que nous avons visités,
je n’échappe pas à ces postures en servant Yannick. Très vite, je suis imprégnée des
accents et des comportements. Ainsi, au Japon, l’épouse porte la tasse aux lèvres de
l’époux, tient ses baguettes pour lui donner la becquée, lui sert le Nihon-shu, autrement
appelé saké qui, bien plus qu’un alcool, est un élément primordial de la culture. Elle lui
prépare son bain, le lave en un immuable rituel. En dehors du cocon du foyer, il ne
saurait être question de démonstrations amoureuses en public. Si en Europe j’ai retrouvé
le plaisir de me faire servir à mon tour, je serai choquée de voir des couples flirter sur
l’herbe d’un jardin public français. Pour avoir longtemps vécu en Asie où on ne montre
pas ouvertement ses sentiments et les attitudes qui en découlent, j’ai conservé en moi une
part de cette mentalité forgée par des siècles de coutumes extrêmement codifiées. J’y
trouve ici toutes les contradictions qui ont jalonné ma vie, si libre dans les débordements
de toutes sortes auxquels j’ai pu m’adonner.






2 — Mes deux amours

Philae n’est pas le prénom que mes parents m’ont donné à ma naissance. Cependant,
c’est celui que j’ai toujours porté, celui que j’aime. Il a été mon nom de scène, dont j’étais
fière, même lorsqu’il était japonisé en Philaway. Il s’est ensoleillé au Brésil. Il est aussi
devenu Philadamnada, Philae la damnée, l’infernale, comme les enfants pas très sages... Il
a été colporté, chanté, aimé, maudit parfois, applaudi souvent sous bien des latitudes. On
me l’a aussi confisqué, comme pris en otage, on ne voulait pas que je le conserve puisque
sur mon passeport, il ne figurait pas. Alors, je redevenais Lolenci, Florence chinoisée. Je
suis très attachée à Philae et c’est toujours ainsi que je me présente. C’est un de mes
copains d’enfance à l’improbable prénom israélien et que j’appelais Phil qui me l’a
donné. Nous étions inséparables, il se passionnait pour l’Egypte ancienne. Il décida que
Philae, ce prénom si peu usité qui alliait son surnom et sa passion m’allait bien. Ainsi, je
fus rebaptisée, fille d’une mère chrétienne et d’un père juif, d’un prénom d’île de
l’antique Egypte par mon ami israélite. Une boucle se refermait, me donnant la nouvelle
identité dont je ne me suis jamais départie.
C’est dans une commune de la banlieue parisienne que j’ai vu le jour. Très vite, mes
parents ont déménagé pour s’installer dans le quartier populaire parisien de Ménilmontant
où j’ai grandi. Ménilmuche, tout un folklore authentique et vivant, avec son cinéma à cinq
francs les deux films, ses étroites rues pavées, le bus 96 à plateforme, qui escaladait celles
en côte de façon poussive et bruyante. Le receveur en uniforme à casquette actionnait un
curieux moulin fixé à sa ceinture pour poinçonner d’étroits tickets pliés en accordéon.
Quand tous les passagers étaient à bord, il tirait sur ce que ma perception enfantine
assimilait à la poignée d’une chasse d’eau pour faire retentir...

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