Amours nuptiales

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176 pages
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Mademoiselle Violet Knowlton sait que le garçon dangereux qu’elle regarde en secret depuis sa fenêtre est un individu qu’une jeune lady convenable doit éviter. Pourtant, la tentation l’emporte. Kit se moque de son offre d’amitié jusqu’à ce que l’innocence de Violet offre au garçon la possibilité d’un monde qu’il n’a jamais connu…, un monde où Kit peut briser les chaînes de son passé honteux. Puis Kit disparaît de la vie de Violet. Perdue, elle consacre les dix années suivantes à devenir une véritable lady. Mais son monde bascule une nuit, lors d’un bal à Londres. Elle y rencontre un maître d’armes séduisant et célèbre…, et reconnaît son ami d’enfance. Bientôt, les flammes de leur passé interdit se ravivent pour donner naissance à une passion qu’aucun d’eux ne peut refuser. Kit est toujours aussi impuissant face à son premier amour. Mais elle est promise à un autre. Il a juré de la protéger et fait serment qu’il trouvera un moyen de la posséder… quels que soient les obstacles.

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Date de parution 05 novembre 2013
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EAN13 9782897333935
Langue Français

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Copyright © 2011 Jillian Hunter Titre original anglais : The Bridal Pleasures Series : A Bride Unveiled Copyright © 2013 Éditions AdA Inc. pour la traduction française Cette publication est publiée en accord avec New American Library, une division de Penguin Group Inc. Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite sous quelque forme que ce soit sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans le cas d’une critique littéraire. Éditeur : François Doucet Traduction : Laurianne Crettenand et Sophie Beaume Révision linguistique : Féminin pluriel Correction d’épreuves : Nancy Coulombe, Catherine Vallée-Dumas Conception de la couverture : Matthieu Fortin, Mathieu C. Dandurand Photo de la couverture : © Thinkstock Mise en pages : Sébastien Michaud ISBN papier 978-2-89733-391-1 ISBN PDF numérique 978-2-89733-392-8 ISBN ePub 978-2-89733-393-5 Première impression : 2013 Dépôt légal : 2013 Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque Nationale du Canada Éditions AdA Inc. 1385, boul. Lionel-Boulet Varennes, Québec, Canada, J3X 1P7 Téléphone : 450-929-0296 Télécopieur : 450-929-0220 www.ada-inc.com info@ada-inc.com Diffusion Canada : Éditions AdA Inc. France : D.G. Diffusion Z.I. des Bogues 31750 Escalquens — France Téléphone : 05.61.00.09.99 Suisse : Transat — 23.42.77.40 Belgique : D.G. Diffusion — 05.61.00.09.99 Imprimé au Canada
Participation de la SODEC. Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) pour nos activités d’édition. Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres — Gestion SODEC.
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Hunter, Jillian [Bride Unveiled. Français] Le secret de la mariée : un roman de la série Amours nuptiales Traduction de : A bride Unveiled. ISBN 978-2-89733-391-1 I. Beaume, Sophie, 1968- . II. Titre. III. Titre : Bride unveiled. Français. PS3558.U4816D7514 2013 813’.54 C2013-941874-1
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Chapitre1
Angleterre, 1808 Monk’s Huntley M lle Violet Knowlton s’était doutée que quelque chose n’allait pas chez elle, pendant des années. Cependant, ce ne fut que lors de son treizième été qu’elle découvrit le défaut de sa nature. Avant cela, elle s’était toujours considérée comme une jeune fille obéissante et chanceuse, bien qu’elle eût perdu ses parents. Mais c’était arrivé si tôt dans sa courte vie qu’elle n’avait pas de souvenirs d’eux pour pleurer leur perte. Son oncle et sa tante, le baron et sa femme, Lady Ashfield, l’avaient couvée et élevée comme leur propre fille. Ils avaient déménagé de la ville animée de Falmouth pour s’installer dans le hameau obscur de Monk’s Huntley, afin de la protéger de la cruauté qui, lui avait-on dit, attendait dehors pour s’emparer des jeunes filles qui ne se méfiaient pas. Pendant son enfance, Violet regardait souvent par la fenêtre de sa chambre en se demandant quelle forme prendrait cette menace malfaisante. Serait-ce un homme ? Une bête ? Elle avait grandi avec le sentiment que toutes les filles couraient le danger de rencontrer cette menace inconnue. Si seulement ses tuteurs lui avaient expliqué pourquoi ils arrêtaient parfois de parler lorsqu’elle entrait dans une pièce à l’improviste. Si seulement ils lui avaient dit qu’ils voulaient la protéger d’elle-même… elle aurait peut-être compris qu’elle ne devait jamais baisser la garde. Cette cause était destinée à échouer. C’était deux mois avant son treizième anniversaire. Elle regardait par sa fenêtre, quand elle remarqua pour la première fois le garçon qui errait dans le cimetière abandonné, lequel s’étendait entre le manoir de son oncle et les bois. Le crépuscule était tombé, et le garçon semblait engagé dans un duel dynamique, même si, malgré ses efforts pour le trouver, Violet ne voyait pas son opposant. Trois jours passèrent avant qu’elle ne le vît de nouveau. Cette fois-ci, il ne faisait pas encore nuit, et elle se rendit compte qu’il se battait seul. Après cela, elle se mit à monter la garde, assise sur un tabouret, espérant apercevoir son intrigante silhouette. Elle n’aurait pu le décrire à quiconque. De son point de vue, il semblait grand, furtif et plein d’énergie. Ce n’était pas un fantôme. Une fois, elle le vit à la lumière du jour, en train de charger au milieu des cryptes, brandissant une épée au-dessus de sa tête. Il courait comme s’il était dans un roman d’aventures, comme s’il devait terrasser des dragons qui voulaient le croquer. Parfois, il apparaissait et disparaissait sous ses yeux comme par magie. Elle se demandait qui il était, où il habitait et pourquoi il n’avait pas peur de jouer dans le cimetière, dont tout le monde à Monk’s Huntley savait qu’il fallait éviter. Elle passait des heures à s’interroger à son sujet, car elle était seule et désespérée de se lier d’amitié avec les autres jeunes filles du village. Mais les demoiselles qui avaient grandi dans la paroisse refusaient de laisser une nouvelle venue comme Violet entrer dans leur cercle. Plus elle essayait de les impressionner, plus elles s’éloignaient d’elle, jusqu’à ce que Violet arrêtât toutes tentatives. Sa compagne féminine la plus proche, la seule en vérité, était Mlle Winifred Higgins, la
gouvernante que l’oncle de Violet avait engagée à la foire de printemps. C’était une rousse avenante qui dégageait une chaleur agréable, et alors que Violet commençait à se sentir proche d’elle, Mlle Higgins lui fit une confidence pour le moins surprenante : elle avait menti au baron sur ses qualifications. Elle n’était pas une diplômée de vingt ans d’une école de bienséance qui avait de l’expérience dans l’éducation morale des jeunes filles. En fait, Mlle Higgins n’était jamais allée à l’école et s’était enfuie de chez elle. Un jour, alors que Violet était assise sur le muret du jardin en train de dessiner des libellules, sa gouvernante se fit emmener dans la haie par le fils du maçon. Elle jura à Violet que c’était le véritable amour. — Quel âge avez-vous, mademoiselle Higgins ? Elle fixa Violet. — Dix-neuf ans. — Vraiment ? — Je n’aurais rien dû vous dire, répondit Winifred, le regard méprisant. — Je vous ai parlé du garçon. — Ne vous en approchez pas, la prévint Winifred. Pas toute seule, en tout cas. Elle fronça les sourcils. — J’ai presque dix-huit ans. Je suppose que vous allez dire à votre oncle que j’ai menti. — Non. Violet ne pouvait supporter l’idée de perdre sa seule amie. — Allez-vous lui parler du garçon ? — Je n’ai encore vu aucun garçon. — Mais vous croyez qu’il existe. Mlle Higgins haussa les épaules. — Pourquoi pas ? Violet apprit, cet été-là, qu’il y avait des avantages à avoir une gouvernante qui était non seulement négligente dans son devoir, mais qui avait aussi une dette envers elle. Bientôt, Winifred accorda à Violet les petites libertés qu’on lui avait refusées jusque-là. Elle ne disait rien lorsque Violet marchait pieds nus dans le jardin. Elle autorisait sa pupille à s’aventurer plus loin des terres du manoir pour dessiner, jusqu’au jour où elles allèrent jusqu’à la colline qui surplombait les ruines de l’église. Elles restèrent debout en silence, baissant les yeux vers les rangées de tombes couvertes de mousse qui, de la fenêtre de Violet, semblaient étrangement romantiques. Elles étaient dans l’ombre de grands ifs qui gardaient les morts par tradition. — Pourquoi quelqu’un voudrait-il fréquenter un endroit pareil ? murmura Winifred. — Pour trouver un trésor enfoui, répondit une voix joyeuse, derrière elles. Winifred poussa un cri assez perçant pour réveiller une armée de fantômes de leur sommeil éternel. Elle vacilla dans les fougères recouvrant la pente. Violet l’attrapa par le bras. Elle aussi aurait crié, si elle n’avait pas reconnu le jeune gentilhomme robuste qui se tenait derrière elle, une pelle en équilibre sur l’épaule de son manteau aux boutons de cuivre. Ce n’était que son voisin Eldie — Eldbert Tomkinson —, le fils du chirurgien de la paroisse. Il lui parlait tous les dimanches après la messe et venait souvent au manoir pour jouer aux échecs avec son oncle. Il savait réciter des poèmes entiers à l’envers. Il avait dessiné une carte historique de Monk’s Huntley sur les draps de son lit. Violet pensait qu’il était trop intelligent pour son bien, même s’il affirmait, et c’était tout à son honneur, qu’il la croyait quand elle disait avoir vu un garçon se battre à l’épée dans le cimetière. Mais il n’était pas ce garçon, et l’espace d’un instant, elle ne put s’empêcher d’être déçue que ce
ne fût que cet ennuyeux Eldbert. — Que fait-il ici ? murmura Winifred en regardant la pelle d’Eldbert avec méfiance. — Il est convaincu qu’il y a un trésor enterré dans les tombes, mais il a trop peur de le chercher tout seul. — Je n’ai pas peur, dit Eldbert. J’ai besoin de quelqu’un pour tenir ma carte et lire ma boussole pendant que je creuse, si tu veux savoir la vérité. Aucun d’entre eux ne s’était jamais aventuré aussi près des ruines. Il ne fallut que quelques jours pour que Violet et Eldbert se retrouvassent et combinassent leur courage pour descendre le talus jusqu’au cimetière. Violet atterrit contre une tombe avec ses crayons et son cahier de dessin intacts, et Eldbert arriva à côté d’elle avec sa pelle et sa petite carte. Il fallut également peu de temps à leur voisin et ennemi juré, l’honorable Ambrose Tilton, pour se rendre compte qu’il ne les avait pas vus récemment, et il se mit en tête de découvrir pourquoi. En tant qu’héritier du vicomté de son père, Ambrose serait bientôt considéré comme une prise de choix parmi les jeunes filles non mariées de Monk’s Huntley. Violet, en revanche, considérait que c’était un rabat-joie mesquin. Violet tolérait Ambrose par amitié pour Eldbert. Elle n’avait jamais compris pourquoi Eldbert supportait les railleries et la suffisance condescendante d’Ambrose, jusqu’à ce qu’Eldie lui glissât qu’Ambrose se faisait régulièrement humilier par les garçons plus âgés à l’école et qu’il avait trop honte pour le dire à son père ou au directeur. — Mais c’est un grand garçon, avait dit Violet, incrédule. — Il a peur, avait répondu Eldbert. Ce n’est pas une honte, et tu dois avoir de la pitié pour lui, Violet. Alors, Violet le plaignit, sauf lorsque Ambrose s’efforçait d’être la personne la plus odieuse de toute l’Angleterre. — Tu cherches encore ce garçon avec l’épée ? cria-t-il du haut de la colline. Il n’existe pas, tu sais. Ni ce trésor caché. J’espère que vous avez conscience que vous avez l’air ridicule ! Ce garçonexistait, et Violet était déterminée à décou-vrir qui il était, bien qu’elle ne fût pas sûre d’être assez courageuse pour explorer les ruines de l’église, sans que Mlle Higgins montât la garde en haut de la colline et sans Eldbert à ses côtés. Elle ne se serait certainement pas aventurée dans les restes engloutis du mausolée privé où le comte et sa famille avaient été déposés plus d’un siècle auparavant. — Tu veux aller dans les catacombes ? lui demanda Eldbert. — Non. Ce n’est pas là que sont enterrées les victimes de la peste ? — Si, dit-il en écartant une mèche de ses cheveux noirs de ses lunettes. Les fossoyeurs les ont entassés les uns sur les autres. — C’est affreux. Ils avancèrent côte à côte, se faufilant entre les touffes d’herbe et les pierres tombales fissurées. Violet lut quelques noms et épitaphes sur les tombes devant lesquelles ils passaient. Elle refusait de croire que la mort finissait ainsi, dans l’abandon et la décomposition. Elle était contente que la mère d’Eldbert fût mise en terre dans le cimetière qui se trouvait de l’autre côté du village. Sa voix la surprit. — Voici le Styx, dit-il en enfonçant sa pelle dans le ruisseau qui serpentait entre les restes squelettiques de la chapelle sans toit et descendait les marches qui menaient dans les caveaux souterrains.
Un énorme pilier de pierre barrait l’entrée. Elle baissa les yeux vers les cryptes noires dépourvues d’air et sentit un frisson parcourir sa colonne vertébrale. Mais ce n’était pas un frisson de peur. C’était de l’excitation. — Si c’est le Styx, alors nous nous tenons aux portes des Enfers, et j’espère que personne n’est à la maison. Il tourna la tête. — Quel est ce bruit ? Elle écouta les sons du ruisseau qui coulait et de son cœur qui battait, puis elle entendit très faiblement le frottement du métal contre la pierre. — Je pense qu’il y a quelque chose qui vit là-dedans, Eldbert, murmura-t-elle. — Un renard, certainement. Ou des esprits agités. Peut-être pire. Nous explorerons un autre jour. — Nous ne sommes pas censés être ici, de toute façon. — Non, confirma-t-il, et il la tira par la main pour remonter l’escalier. Ils arrivèrent en haut et trébuchèrent dans le cimetière lorsque l’écho d’un grincement s’éleva des profondeurs du caveau. Eldbert commença à remonter vers le talus, tandis que quelque chose poussa Violet à se retourner. — Eldbert, murmura-t-elle. Regarde, c’est lui. Le garçon avait la tête baissée lorsqu’il sortit des cryptes. Mais il se redressa en montant les marches. Il traversa les touffes d’herbe d’un pas sûr, venant droit sur elle. Elle était trop stupéfaite pour bouger. Ses mèches blondes tombaient sous son menton carré. De là où elle se trouvait, on aurait dit que ses yeux attrapaient la lumière comme des cristaux. Il était étrangement vêtu : il portait un haut-de-chausse élégant en nankin, une chemise rayée et une veste jaune usée qu’il arborait avec tant de panache qu’il aurait pu s’agir d’une cape doublée d’hermine. Eldbert se rapprocha d’elle, la voix basse, paniquée. — Il vient du palais des pauvres. — D’où ? — Dupalais, dit-il. Partons, vite ! Elle sentit son carnet de dessin glisser sous son bras, alors qu’Eldbert lui donnait un coup de coude. Eldie avait raison. Il avait toujours raison. Le garçon était peut-être fascinant, mais cela ne voulait pas dire qu’il était poli, et quant au fait qu’il venait du palais, elle ne pouvait pas le lui reprocher. — Je suis désolée, si nous t’avons dérangé, s’empressa-t-elle de dire. Nous voulions simplement nous faire des amis. Je t’ai vu te battre à l’épée, et cela m’a tellement impressionnée que…que… Je m’appelle Violet Knowlton, et voici mon voisin, Eldbert Tomkinson. Nous ne devrions même pas être ici. Le garçon ne dit rien. En fait, il semblait si indifférent qu’elle se demanda s’il l’avait comprise. Elle attendit un moment. Elle voulait courir, mais son instinct lui disait qu’il était trop tard. Elle avait espéré se faire un ami. Il était évident qu’il ne partageait pas ce sentiment. Toutefois, elle vit ses yeux changer. De la couleur trembla derrière l’argent froid. Puis, il sourit. — Je m’appelle Kit, dit-il d’une voix assez courtoise, mais avant qu’elle pût souffler, il sortit l’épée cachée sous sa tunique et la brandit à hauteur de l’épaule de Violet. Je pense que je vais devoir te prendre en otage. Eldbert laissa tomber sa pelle.
— Qu’est-ce qu’elle t’a fait ? Il leva brièvement les yeux. — Mêle-toi de tes affaires. — Cours, Violet, intima Eldbert. Va chercher mon père et les domestiques pendant que je le retiens ici. Va chercher Mlle Higgins, si tu la trouves. Le garçon lança un rire moqueur qui indiquait qu’Eldbert ne l’impressionnait absolument pas. — Eh bien, vas-y, dit-il à Violet. Pourquoi ne suis-tu pas le conseil de ta sœur et ne cours-tu pas chez toi ? — Ce n’est pas la peine d’être désagréable, dit Violet sans penser aux conséquences. J’ai dit que nous étions venus ici seulement pour nous faire des amis. — Et j’ai dit que je te prenais en otage, dans les caveaux, et il n’y a rien que l’autre idiot puisse faire pour m’en empêcher. En l’entendant ainsi insulter Eldbert, Violet finit par retrouver la raison et elle passa à l’action avant de pouvoir en mesurer les conséquences. Elle retira son châle et le jeta à la figure de son ravisseur potentiel. — Je m’en veux de t’avoir observé. Je ne m’étonne plus que tu sois seul dans cet endroit horrible. À quoi bon user de ton épée contre des ennemis invisibles ? * * *
Kit souleva son épée pour se libérer du châle, mais la frange s’était enroulée autour de la poignée. Il avait beau manier l’épée avec dextérité, les morceaux de laine refusaient de se détacher, jusqu’à ce que la fille, qui ne comprenait pas qu’elle avait affaire à une personne très dangereuse, le retirât pour l’en libérer et lui adressât un regard noir. Elle enroula de nouveau le châle autour de ses épaules avec une dignité qui donna à Kit le sentiment d’être sale et méprisable. Il la reconnaissait : c’était la fille qui le regar-dait depuis sa fenêtre et il savait que, si elle avait voulu le dénoncer à l’hospice de pauvres, elle l’aurait déjà fait. Elle lui servait de public lors de ses entraînements à l’épée. Elle était de meilleure compagnie que les rivaux décédés qu’il convoquait des caveaux pour ses duels d’escrime. Les fantômes ne lui feraient pas de mal. Mais les contremaîtres de la paroisse le pourraient, s’ils le voyaient gâcher ses heures de travail. Ils aimaient fouetter les garçons jusqu’à l’os ou les pendre la tête à l’envers pour une nuit, ou encore les mettre à l’isolement. C’était la punition que Kit détestait le plus, surtout lorsque le surveillant mettait des rats dans la cellule pour que le coupable fût moins seul. Kit vivait à l’hospice depuis qu’on l’avait sorti de l’orphelinat presque douze ans auparavant, alors qu’il n’avait que deux ans. Il était inscrit dans le registre de l’hospice qu’une infirmière l’avait trouvé alors qu’il n’était qu’une boule de nerfs, abandonné et enveloppé dans une cape doublée de renard devant la porte de l’orphelinat. Désormais, il avait droit de sortir trois heures tous les deux jours pour ramasser des pierres et servir d’épouvantail dans les champs du vieux fermier. Il venait dans le cimetière pour être en paix. Il ne savait pas trop pourquoi les catacombes et les vieilles tombes l’attiraient autant, si ce n’était qu’elles cachaient un tunnel d’évacuation qui menait à l’hospice de pauvres. Un siècle et demi auparavant, la peste avait envahi Monk’s Huntley, n’épargnant que quelques familles. Le cimetière était maudit. Sous le cercle d’ifs ne poussaient que de l’herbe et des champignons vénéneux, et Kit décapitait ces champignons avec rage dès qu’ils surgissaient. Parfois, il mettait en scène un combat d’épée épique pour la jeune fille. Elle était assez loin