Couples de l'enfer

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210 pages
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Christina attend le verdict du tribunal sans comprendre pourquoi elle s’est retrouvée en prison. Qu’est devenu l’ordinateur portable ?


La jeune femme se dit innocente mais c’est pourtant elle qui a fourni le cyanure. Des policiers découvrent aussi qu’elle a un excellent mobile ...


Riche architecte d’intérieur, Karine cherche un homme qu’elle puisse dominer. Internet permet la prédation anonyme. Elle chasse le candidat à l’exil, celui qu’elle pourra répudier ou conserver à son gré. Le Maghreb s’avère son terrain de jeu de prédilection. Des tas d’hommes, derrière l’écran, se transforment en mendiants de l’amour, elle n’a qu’à se servir. C’est sur Jugurtha, un Algérien aux formes athlétiques, qu’elle jette son dévolu.


Tous les soirs celui-ci se rend dans un cyber d’Oran dans l’espoir de trouver la femme qui l’aidera à obtenir un visa pour la France. Cela ne l’empêche pas de s’adonner à de l’érotisme forcené sur internet. Il sera l’enjeu d’une rivalité sauvage entre ses amantes du web dont les destins vont, en se croisant, précipiter le monde dans un effroyable désastre. Ils sont la clé de l’énigme qui a conduit Christina devant la cour d’assises. Que d’existences gâchées !





Ce roman fut inspiré à l’auteure par deux femmes à la fois amoureuses et prédatrices qui se disputèrent un Oranais au point de mettre leur propre vie en danger.


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EAN13 9782374470849
Langue Français

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COUPLES DE L’ENFER SEXEINTERNETETTRAHISONS Roman
Martine Mas
COUPLES DE L’ENFER SEXEINTERNETETTRAHISONS Roman
ISBN numérique 978-2-37447-084-9 Juin 2016 © Erato–Editions
Tous droits réservés Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre, est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la Propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales
PREMIÈRE PARTIE
De septembre 1997 à nos jours Chapitre Premier Le bonheur s’arrête là où survient l’avatar Mon cauchemar, se souvient Christina, a commencé en cet instant où j’ai ouvert la boîte mail que j’avais sur Youpi ! Ma tante Karine y annonçait son suicide dans un message au mode quelque peu suranné et grandiloquent mais tellement dans le style de celle qui l’écrivit ! « Je suis revenue aux sources pour confier aux vagues mon désarroi. La mer sera le dernier témoin de mes errements. Vous trouverez mon corps bien conservé ! Je me blottirai dans mon congélateur, ici, au Barcarès. Les calmants que j’ai quémandés ces derniers temps m’aideront à ne pas changer d’opinion. Quant à moi, je continuerai à parcourir le monde virtuel côté macabre. Peut-être y retrouverai-je ceux que j’ai tués ; pourrai-je obtenir leur pardon ? Mon cœur lourd comptait faire payer le prix de la trahison. Le destin a choisi de me punir deux fois. Comme eux, je vais mourir ; ce soir ; de mon plein gré cependant. Paris/Méditerranée, l’enfer des couples, les couples de l’enfer ! Tu décrypteras mieux mon message en lisant ma correspondance cachée sous quelque Venus-torride ou autre sottise dont j’ai paré mon nom pour mieux m’embellir à l’ombre de la toile. Je te demande de raconter à la planète endeuillée pourquoi elle a perdu son cœur en ce trente et un août. Je ne te livre pas tout en quelques phrases afin que tu puisses comprendre, me comprendre. Il faut que tu me pardonnes. Si toi tu ne le fais pas, chaque être vivant me haïra depuis la stratosphère jusqu’aux entrailles de la terre. À Dieu ! Karine. » Ces mots furent-ils les derniers qu’elle écrivit avant de se figer pour l’éternité ? Je revois, encore aujourd’hui, cette scène qui s’impose au milieu de mes cauchemars, j’imagine la laideur de mon visage tant la souffrance le déforme. La lecture du message me glace en même temps qu’elle m’assomme. Mon cerveau se refuse longuement à comprendre ce que mes yeux déchiffrent sur l’écran de mon ordinateur. Une des femmes de la génération qui précède la mienne se serait éteinte dans une douce violence et de sa propre volonté. Depuis toujours, tante Karine représente pour moi un rempart contre la mort, alors que ses parents ne figurent plus que le frêle paravent qui protège nos racines. Les miens, je ne les ai pas connus. Ils se volatilisèrent quelque part au-dessus de la mer, ils traversèrent les nuages, sans doute, c’était leur voyage de noces . La probable disparition brutale de ma tante me plonge dans ce vertige abyssal que produit en chacun la réflexion sur l’origine de l’homme et sur son devenir. Qu’advient-il, en effet, au moment où l’on glisse dans l’ultime état létal, dernière rime du poème composé par la procréation et dont le prélude s’amorce au stade fœtal. J’avais l’impression que ceux nés avant moi avaient pris le ticket pour l’au-delà à un rang déterminé que je ne saurais dépasser au risque de bousculer le bon ordonnancement des choses de la vie, sauf accident brutal mais non prémédité. Toute règle contient son exception et je pensais en avoir payé le prix dès ma naissance, mes grands-parents ont connu le pire, la perte d’un enfant. Ses parents devront-ils eux aussi faire le deuil de leur fille ? Une malédiction pèse t-elle sur ma famille ? Je me surprends à penser, à espérer du moins, que la messe n’est pas encore dite, ma tante aura peut-être renoncé à anticiper l’heure de son trépas. Il faudra, sinon, fixer la date de la cérémonie avec le curé. De la messe d’enterrement, s’entend. L’humour, macabre ou non, m’aide à surnager dans une vie qui ne m’a guère mise à l’abri des drames depuis ma naissance. Je n’ai connu mon père et ma mère que quelques jours. Leur histoire est figée au travers des photos d’albums mille fois racontés. C’était au tour de mon grand-oncle et de ma grand-tante de prendre place dans le vaste caveau familial ! Pas à leur fille ! Cette mort, autant prématurée que programmée résonne en moi comme une trahison. Elle semble signifier que les dés de mon destin s’en trouvent une nouvelle fois pipés. Je lui en voulus de m’avoir arrachée à une quiétude dont je n’avais pas conscience jusqu’à
présent. Mon horloge frappa depuis deux mois environ les trente ans d’une vie épanouie malgré une avalanche de malheurs. Thanatos jetait désormais son regard sur moi. Qui va annoncer son suicide à ses parents ? Il est vraisemblable que Tantine, c’est ainsi que j’aimais à la désigner, aura pris toutes les précautions dont elle était friande pour parfaire son acte. Elle incarnait le modèle de femme déterminée et bien organisée. Habituée à prendre des décisions, elle oublia par trop souvent que seuls les sots ne changent pas d’avis. Je la savais incapable de revenir en arrière lorsqu’elle était résolue à œuvrer. Treize heures viennent de sonner à la télé que j’ai laissée allumée ; j’entends s’égrener les dernières notes du générique du journal de la mi-journée. C’est ce signal qui m’a fait allumer mon ordinateur. Je m’étais fixé cette échéance pour arrêter mes tâches ménagères puis déjeuner et me reposer quelque peu, avant de prendre le travail à seize heures. Mais on va dans la vie de surprise en empêchement. Pour une fois que j’avais respecté l’emploi du temps que je m’étais assigné la veille, voilà qu’un impondérable (et quel impondérable !), vient me détourner de mes résolutions. J’ai immédiatement alerté la gendarmerie la plus proche du domicile de Karine, celle de Saint Laurent de la Salanque. Une équipe du SAMU allait démarrer au même moment, je les ai moi-même prévenus. L’avis médical c’est que les secours ne trouveraient qu’un cadavre. Il semblait impossible de faire revenir à la vie un corps vraisemblablement congelé à l’heure qu’il était. On ne sait jamais toutefois. Une panne, un renoncement ? On y croit toujours chez les soignants ! Il se pourrait bien que la dernière à l’avoir contactée, ce soit moi. J’ai tenté de lui téléphoner immédiatement après avoir découvert son message, mais sa voix ne faisait que répéter inlassablement et toujours sur le même ton, un texte préenregistré sur son répondeur. Jamais je n’aurais cru que ma tante pourrait être séduite par le suicide. Le temps n’était cependant plus aux questions. Je me suis levée tôt pour que cette matinée soit occupée, non pas par quelque loisir mérité, mais à ranger. J’ai déménagé depuis une dizaine de jours et tout reste à faire. L’ordre n’est pas mon fort, je l’avoue ! Dire que j’étais résolue à m’y mettre ! La question ne se pose pas, je dois y aller. Je ne me vois pas attendre l’information, je me veux dans l’action. Micky, mon jeune caniche, jappe en me voyant me saisir des clés de l’appartement. Il faut que je le sorte quelques instants pour qu’il se soulage ailleurs que sur une arête de mur ou un pied de chaise. Ainsi je serai tranquille et lui aussi. Je ne l’emmènerai pas avec moi, il fait encore trop chaud pour le laisser dans la voiture en ce début septembre. Lorsque je reviens de la brève promenade, je me dirige vers la cuisine, lui verse une écuelle d’eau et lui sers quelques croquettes. Très occupé à se restaurer, il ne remarque pas que je me dirige vers la sortie. Le bruit que fait la poignée attire son attention. Dans un sprint désespéré, il tente de me rejoindre mais il est trop tard quand il arrive à la porte, j’ai pu la refermer avant qu’il ne se faufile par l’entrebâillement. Je saute dans ma petite auto et je traverse la ville en direction des plages, celles du nord du département. Je jette un coup d’œil impatient pour m’informer de l’état du temps. Le Canigou se découpe dans un ciel serein. Je ne pourrais pas vivre sans une montagne pour couper l’horizon de temps à autre. Alors que mes pensées s’éparpillent dans la masse de mon cerveau je m’aperçois que ma voiture vient de griller deux feux qui passaient au rouge ainsi qu’un stop, il est temps que j’en reprenne le contrôle. Il ne s’agit pas de faucher à mon tour la vie de quelque innocent. Subitement je me suis demandé qui était ma tante. Que savons-nous réellement des membres de notre famille ? Tantine Karine s’est toujours montrée femme charmante, affable, à la fois ouverte et accueillante sans toutefois chercher quelque compagnie. Nous prenions de nos nouvelles au hasard des contacts via l’ordinateur le plus souvent. Juste un coucou, quelques mots. Parfois elle m’adjoignait une poésie qu’elle redécouvrait et désirait me faire partager. A l’occasion de communions, mariages, et autres repas de famille nous avions toujours plaisir à nous raconter l’une à l’autre; puis plus rien. On dit que c’est la vie. Aucune maladie ne l’a donc terrassée. La grande faucheuse ne l’a pas emportée, c’est elle qui l’a conviée à son trépas. Et pour que celle-ci ne décline pas l’invitation, elle a pris soin de ne pas louper sa sortie. Elle serait donc décédée saine de corps et d’esprit. Si l’on en croit ce qu’elle m’écrivit, elle avala un mélange de somnifères, de neuroleptiques et
autres remèdes qui aident à soigner les troubles de l’humeur. Elle a lu sur la notice «Ne pas dépasser la dose prescrite, attention risques de somnolence ». C’est ce qu’elle désirait, sommeiller jusqu’à ce que le trépas la raccompagne en dehors de l’existence ; et pour être certaine de ne pas se réveiller, elle ajouta «Je m’allongerai dans mon congélateur,le froid m’endormira une seconde fois, afin que quelque médecin ne puisse plus rien. Combien d’espoirs de mort furent-ils anéantis par un lavage d’estomac et une médecine attentive ? » Il est vrai qu’aucun corps ne résisterait aux dix-huit degrés au-dessous de zéro garantis par le constructeur. Sa volonté n’avait pu que céder à la puissance de neuroleptiques, songea Christina. Pourquoi cette mise en scène ? Voulait-elle rester belle, ne pas sentir mauvais ? L’apparence comptait énormément pour celle qui surveillait sa ligne, sa démarche, son ombre. Qui ne l’a pas entendue se comparer au serpent ? L’animal hypnotise sa proie pour la phagocyter en paix. Une fois digérée il lui en faut une autre. C’est à cause de cela, vraisemblablement, qu’aucun mariage ne s’est profilé pour cette femme qui ajoutait « Pourquoi m’affubler de quelque homme, (il me serait forcément indigeste), pour fonder un foyer que je vomirais ? Avoir un enfant ? Pour quelle raison ? Je ne serai jamais une mère mais plutôt un châtiment. Je crois beaucoup en la réincarnation, trop peut-être. Changer de vie comme on tourne une page, super, non ? » J’ai imaginé cette maîtresse femme emplir sa bouche de médicaments alors que les larmes dégoulinaient. Pleurait-elle, seulement ? Je la vois se diriger vers son ordinateur allumé puis cliquer sur « écrire un message ». Elle m’a choisie parmi ses contacts, moi la plus proche par le sang. Quelque autre avait-il reçu ce texte poignant ? Je la vois se saisir d’un grand verre de whisky sans glaçon, la mixture dissout dans l’estomac les toxiques en même temps que la vie. À quel moment a-t-elle avalé le mélange ? Le froid pénètre ses veines puis plus rien. J’ai regardé l’heure à laquelle fut émis le mail : minuit sept; soit trois minutes après que je lui ai ditdors bien > ! J’effectuais, en effet, une recherche sur Internet et m’étais aperçue que tantine s’y trouvait, je la pensais à Paris. Son émoticône tel une loupiote indiquait sa présence en ligne. M’a-t-elle guettée ? Ma déconnexion donna-t-elle le signal ? Je lui ai adressé un dernier bisou, le dernier, avant de fermer ma session. Je n’obtins pas de réponse. Ai-je retardé son décès de quelques instants ? Si j’avais su, j’aurais insisté, je serais restée avec elle les cinq minutes nécessaires à la faire renoncer à son funeste dessein ! Et si j’avais branché la Webcam, aurait-elle en retour montré son visage ? Aurais-je compris sa détresse, quels étaient ses traits, qu’indiquait son expression ? Mon cerveau ne peut guère m’aider en la circonstance. Il se contente d’empiler les items de culpabilité que je semble vouloir dévider par flots et de façon désordonnée.
Chapitre 2 Elcool L’adjudant-chef, Jean-Joseph Llobregat, tente de glisser aux deux antagonistes en face de lui qu’il est inutile d’élever le ton. Chacun ajoute des preuves qui n’en sont pas. Pour calmer tout le monde, l’homme en uniforme se saisit du téléphone intérieur et demande nonchalamment qu’on lui apporte les clés de la cellule de dégrisement, ce qui méduse les chauffards irascibles. Ils comprennent soudain qu’il aurait mieux valu vider leur différend au travers d’un constat amiable rempli hargneusement. Après tout, les assurances finiront par laisser tomber leur sentence. Les deux antagonistes prennent conscience que leur présence agitée ainsi que leurs rugissements pourraient leur coûter cher. L’état d’excitation des deux adversaires provenait pour l’un d’un apéritif qui s’était prolongé. Quant à l’autre, Nicolas Lepic, son corps exhalait en permanence des vapeurs d’alcool. On l’eut dit né sous le signe de la griserie ascendant anis. Aurait-il pu avoir un alcootest négatif depuis que, pour la première fois, il goûta à l’ivresse ? Ne plus être soi-même lui donnait l’impression de mener l’existence d’un homme puissant et parfait, à l’image de chacun des Dieux que l’être humain a créés. S’il recevait un reproche ou un conseil prodigué par un ami ou un chef, il y voyait la preuve indubitable que tous le jalousaient. Les alertes de son corps, la pituite du matin, les aigreurs du soir, les tremblements, il les ignorait. Il s’installa dans le mirage. Mais en cet instant il aperçut le regard professionnel du gendarme qui le dévisageait avec un air de dégoût. Il se sentit misérable, sale. Poisseux. En un mot, lamentable. Il enrageait intérieurement. Le téléphone se mit de la partie, ce qui eut l’heur de détourner l’attention des gendarmes présents. La sonnerie résonna dans les deux cerveaux alcoolisés comme l’espoir du naufragé de la route qui, pris au piège dans la tourmente, voit arriver le camion de déneigement. Au ton de leur interlocuteur, les désormais contrevenants surent que leur salut pouvait provenir d’un événement dont le journal local parlerait certainement. À en croire les réponses, une femme avait décidé de se suicider en utilisant une façon inattendue et somme toute originale. La maréchaussée se devait de démarrer les investigations au plus tôt. Derrière ce trépas, comme derrière tout décès, pouvait se cacher un autre drame, un assassinat. En sa qualité de plus haut gradé, l’adjudant-chef devait se charger lui-même des premières constatations. L’idée de la mort le rendit plus mordant. Il sentit monter en lui une colère sourde contre la paire d’abrutis qui l’importunait. Il est certain qu’il allait mettre d’accord les deux poivrots. Jean-Joseph devait à un conflit né d’une quelconque querelle millénaire, assumer un prénom difficile à dérouler parce que composé de celui de chacun de ses grands-pères. Les deux familles optèrent pour ce compromis, ce qui eut pour effet de contenir les tensions (jusqu’au baptême, tout du moins). Intimes et paresseux préférèrent l’appeler « Jo ». Le militaire qu’il était, avait toujours considéré son temps comme précieux et se voulait précis. Pas question de remettre en liberté deux dangers publics. Il laissa des consignes au gendarme qui se trouvait dans la salle de garde : passer les deux hommes à l’éthylotest et les garder au frais le temps nécessaire. Faire suivre ensuite la procédure au procureur. Les deux individus étaient, en effet, arrivés en voiture, et conduisaient de ce fait en état d’ébriété. Une bonne leçon s’imposait, ce sera l’affaire du tribunal de police. *** Les pompiers, comme de coutume, étaient arrivés les premiers, suivis de près par le SAMU. Ils avaient entrepris de passer par le balcon préférant, le cas échéant, découper une vitre plutôt que défoncer une porte. La présence de l’officier de police judiciaire, qu’est l’adjudant LLobregat, les soulagea. Ils se sentirent rassurés. Celui-ci donna l’autorisation de pénétrer dans l’appartement en dégondant une vitre par pression. La richesse de la décoration et l’aspect cossu de l’ameublement eurent pu convenir à une mise en scène faisant intervenir Hercule Poirot, le fameux détective belge gominé à l’anglaise. Le mobilier au style catalan avait traversé les âges. Il était rare de voir du bois massif dans des appartements d’ordinaire réservés aux vacanciers ! Le seul constat à établir c’est que le congélateur, est assez grand pour contenir quelques gourmandises glacées, mais certainement pas un être humain de taille adulte.
Il est bien ennuyeux d’avoir ainsi forcé la vie privée d’une personne. La nièce, qui ne saurait tarder, devra fournir quelques explications. Une voiture arrive enfin, sur le pare-brise on discerne un caducée distinctif du corps des infirmiers. La jeune personne qui sort de la voiture, après l’avoir garée comme seules les femmes savent le faire, c’est-à-dire en occupant trois places de parking, se dirige, la mine défaite, vers les messieurs en uniforme. Des yeux, elle interroge l’intérieur de l’ambulance rouge. Nul corps n’y repose. L’occupante du véhicule se présente alors comme celle qui a donné l’alerte. Elle semble soulagée à l’annonce de l’impossibilité qu’il y avait de trouver un corps congelé à cet endroit. Christina décide de rompre le silence. – Ma tante adore les postures théâtrales mais pas au point de peaufiner une mise en scène de cette précision. Un suicide avec préméditation, pourquoi pas, mais en général on fait avec ce que l’on possède déjà, pourquoi aurait-elle fait l’acquisition d’un grand congélateur. J’ai quand même été envahie par un doute, ma tante est si fantasque. – Tant mieux qu’elle ne soit pas morte, Mademoiselle, ou Madame ? – Mademoiselle ! – Tant mieux donc si votre imagination est fertile, Mademoiselle, mais je dois investiguer plus avant. Votre appel est inquiétant, pourquoi avez-vous alerté les secours, êtes-vous coutumière du fait ? interroge celui qui, aux yeux de l’arrivante, semble le chef (on distingue un galon droit de couleur blanche, coupé d’un liséré rouge sur l’épaulette). Les trois autres gendarmes arborent des insignes bleus ou dorés qui dessinent un ou deux V, en fonction de leur grade dans la hiérarchie militaire. Logiquement, elle conçoit que le plus haut gradé est inférieur en nombre et possède un insigne distinctif, donc c’est l’homme au symbole rectiligne qui commande. – J’ai reçu un mail de ma tante dans lequel elle m’apprenait qu’elle était revenue ici pour y mourir, commence Christina. Je vous le ferai lire, si vous ne me croyez pas. – Vous me dites qu’elle est revenue, cela signifie-t-il qu’elle était repartie. Où se trouve sa résidence habituelle, s’il vous plaît ? – Son métier, architecte d’intérieurs huppés, l’oblige à résider à Paris. Dans un quartier chic, il paraît. Je ne connais pas bien les arrondissements, pour moi Paris c’est Paris. – Avez-vous tenté de la joindre au téléphone ? – Bien entendu. Elle ne répond ni sur son portable ni à son domicile. – À part vous, a-t-elle de la famille dans le secteur ? – Ses parents habitent une maison qui se situe à trois kilomètres environ. Ils sont installés plus près du centre. – Connaissez-vous leur numéro de téléphone ? – Non, pas de mémoire, il est préenregistré sur mon portable. Je l’ai oublié à cause du chien, j’ai un chien fugueur, et du coup j’ai fui. On peut cependant le récupérer facilement dans le répertoire qui se trouve à quelques mètres de nous, chez leur fille, affirme Christina en pénétrant dans l’immeuble. – L’appartement qui se situe au premier étage à droite est fermé à clé, rappelle un pompier. Christina sort un gros trousseau de clés de la besace qui lui sert de sac. Le gendarme observe en silence. Il voit en ce sésame l’opportunité de monter dans l’appartement en empruntant les escaliers. L’idée de grimper à la grande échelle ne l’enchantait guère parce que, tout simplement, la peur du vide le paralyse. Il n’en avait jamais rien dit, surtout pas devant « ses » hommes ! Depuis la fenêtre que les pompiers reposent soigneusement, on aperçoit le Lydia, paquebot désormais immobile, se détacher majestueusement. Il trône sur la vaste étendue sablonneuse. Tel un Neptune de métal blanc il domine son empire, ciel et mer en toile de fond. Pendant que Jo se régale du spectacle, l’infirmière farfouille dans les tiroirs d’un meuble. Christina oblige le gendarme à revenir à la réalité de son métier d’enquêteur quand elle débite une liste de dix chiffres. Il n’y a plus qu’à les taper sur un clavier de téléphone pour en savoir davantage. – On va appeler de ma voiture, suivez-moi, ordonne le gradé.
– Est-ce bien utile de les inquiéter ? C’est leur fille unique et la maman n’a plus toute sa tête, s’agace la nièce. – Cela fait partie de mes attributions. Quand un gendarme téléphone ou sonne à une porte, c’est toujours perçu comme un mauvais signe, je le sais bien. J’y mettrai les formes, ne vous inquiétez pas Après dix sonneries il raccroche en soupirant. – Bon, dit-il soucieux, va falloir y aller – Je peux vous accompagner pour atténuer le choc, comme vous le disiez … voir un gendarme, n’est pas rassurant. Ma présence peut aider propose gentiment Christina. Je ne pourrai cependant pas m’attarder, je travaille dans deux heures. – Volontiers ! Merci. Allons-y de suite, c’est préférable. Attendez-moi ici, je donne des consignes et nous démarrons.