Déchirure

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Français
76 pages
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Description

"Mame Aita Niang Où commencer ? Je venais de boucler mes huit ans de mariage sans voir l’ombre d’un enfant me sourire, égayer mon foyer et renforcer mon mariage. Mon mari, Moctar, manifestait de plus en plus son impatience, et j’étais consciente que notre union ne tenait plus qu’à un fil. Même si je le comprenais parfaitement, j’appréhendais sa réaction. Que resterait-il de notre vie s’il venait à découvrir la cause de notre problème ? Moctar Doucouré Etais-je tenu d’accepter cet état de fait ? J’étais conscient que je devais prendre une décision lourde de conséquences pour mon mariage… Rama M’Baye Que faire ? Tombée dans le piège tendu par un invétéré séducteur, je me suis retrouvée dans une impasse…"

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Date de parution 01 janvier 2010
Nombre de lectures 775
Langue Français

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DÉCHIRURE
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Cet Ouvrage a été édité grâce au FOnds d’Aide à l’ÉditiOn du Ministère de la Culture
Cette oeuvre est une pure fiction. Toute coïncidence ou ressemblance avec des personnages ou des faits réels est fortuite et involontaire.
© Les Éditions Nara Almadies Villa n° 12 Dakar - (Sénégal) Tél : 77 181 57 57 e-mail:editionsnara@yahoo.fr Dakar 2012
ISBN :
IllustratiOn intérieure : MOustapha NABEDE COnceptiOn de cOuverture : ÉditiOns NARA
Adja FatOu TALL
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ÉditiOns Nara
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COllectiOn Signare
Je t’ai filé une chanson douce comme un murmure de colombe à midi.
Léopold Sédar Senghor, Chant pour Signare,in Nocturnes.
NoTE DE L’ÉDITEUR
Allier la face ludique et instructive à travers des œuvres fictives ! Tel est le crédo que les éditions NARA sou-haitent diffuser à travers la collection Signare. Ludique parce que le mot aimer englobe tout à la fois, traduit un florilège de sentiments. Il est l’abécédaire de la vie. Aimer est la plus belle chose qui puisse nous arriver. Décliné en vers par tous les poètes du monde, chanté par les plus belles voix que l’humanité ait connues, il se conjugue à tous les temps, se tra-duit dans toutes les langues et se retrouve chez tous les peuples. L’Afrique continent riche de son passé et de sa culture ne saurait être en reste, car comme le dit un adage africain « là où on s’aime, il ne fait jamais nuit ». Instructif, parce qu’il nous apparaît important de revisiter notre patrimoine culturel, d’aller à la redécouverte de nos valeurs cardinales, qui doi-vent être notre guide éclairé au « banquet du donner et du recevoir ».Le mot Signare renvoie à ces belles et gracieuses dames de notre récent passé. Ces élégantes des cités de Saint-Louis, de Gorée et de Rufisque. La collection Signare se veut le porte-étan-dard de ces deux faces évoquées plus hauts. C’est là un défi à relever ; nous espérons, chères lectrices et lecteurs, que vous soutiendriez à tenir la promesse de nos rendez-vous bi mensuels.
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Et voilà ! Mon dernier espoir venait de s’envoler comme une plume entraînée dans la bourrasque d’un vent destructeur. Déception, désespoir, je ne sais même plus quel mot employer pour qualifier la meurtrissure qui comprimait mon cœur. Je broyais l’enveloppe et son contenu, traduisant ainsi mon dernier sursaut de résistance face à cette fatalité qui me poursuivait, tel un démon dans un cauche-mar sans fin. Les larmes, du moins le peu qui m’en restait, ruisselaient telles les gouttes de sang d’un martyr. Stérile ! Je suis stérile irrémédiablement, sans ombre, sans âme. Mes entrailles ne connaîtront jamais ni la peine ni la joie de porter un enfant, de l’emmailloter, et de le gui-der dans la vie. Les paroles de mon gynécologue, pareilles aux notes emmêlées d’une musique assourdis-sante, emplissaient mon esprit enrayé. Moi, Mame Aïta Niang, épouse Dou-couré, je suis vide, inutile comme cette femme : procréer.
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Oui, je suis stérile ! La démarche titubante, j’atteignis difficile-ment ma voiture garée à quelques mètres du cabinet médical. A bout de force, je m’y adossai, indifférente aux regards étonnés et perplexes des passants. J’étais dans une bulle, enveloppée d’un cocon qu’on appelait douleur. Telle un automate, j’ouvris ma portière et m’installai au volant avant de démarrer. Les images de ma vie défilaient dans ma tête, tel le scénario d’un mauvais film de série B. Moi, la femme stérile.
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Debout face à la baie vitrée de mon bureau de manager, les mains enfoncées dans les poches de mon pantalon, je guettais fébrile-ment le coup de fil de ma femme Aïta. J’étais dans un état de nervosité extrême, et je ne me rendais même pas compte que je grinçais les dents. Pourquoi n’avait-t- elle pas encore fait signe ? Elle savait que j’étais aussi anxieux qu’elle. Pourquoi n’avait-elle pas voulu que je l’accompagne chez son gynécologue ? Pourtant, elle n’ignorait pas que j’étais aussi impliqué qu’elle. Tel un supplicié, je guettais ce coup de fil qui allait, je l’espérais ardemment, apporter une lueur d’espoir dans mon désir de paternité. J’étais obnubilé par ce désir lancinant qui habitait tout mon être : un enfant, l’enfant de ma chair et de celle d’Aïta ! Je l’attendais depuis huit ans déjà, date qui se confondait avec les débuts de notre mariage. Mon sub-conscient le réclamait, ce bébé, fruit de la passion qui m’unissait à celle que j’appelais l’âme de mon existence, mon 50 %, Aïta, mon rayon de soleil. Mame Aïta, mon Aïta, la femme de ma vie, mon amour ! De quoi avait t- elle peur ? C’est vrai qu’on souhaitait ardemment avoir des en-fants pour couronner notre mariage. Un enfant, la chair de notre chair, le fruit de notre passion !
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Mais ma chère et tendre bien aimée ne pouvait malheureusement pas concevoir normalement, comme les autres femmes. Je m’appelle MOctar DOucOuré, je suis l’époux d’Aïta et je l’espère, pour très bientôt, le père de son futur bébé.
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Comment l’annoncer à Moctar, mon mari ? J’avais un dilemme à résoudre au plus vite. Je conduisais, présente physiquement, mais mon esprit s’éloignait dans les mirages du passé, de mon passé où se trouvait la racine de ma souffrance actuelle. Que d’années sont passées ! Dans le langage courant, on aurait dit que « beaucoup d’eau a coulé sous les ponts », mais j’étais rattrapée par ces souvenirs qui me happaient, tel un voile qu’on aurait jeté sur moi. Je revois mon enfance dorée, choyée, moi la seule fille d’un couple de cadres. Un papa officier dans l’armée sénégalaise et une maman administrateur civil de profession. J’avais grandi dans des camps militaires, disséminés aux quatre coins du pays, où nous conduisaient les affectations de mon pater. Ma mère servait dans l’administration sénégalaise de ces contrées. Même si je n’avais manqué de rien, je reçus tout de même une éducation rigide. Est-ce une conséquence des professions de mes parents ? Je suis tentée de donner partiellement une réponse affirmative, car ces deux métiers requièrent de la rigueur et un sens élevé des responsabilités. Sans doute, me direz-vous que ça se retrouve aussi dans tous les corps et par-tagerai-je votre opinion. Mais en sus de cela, ma mère, Sokhna Alimatou Dème, était issue
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d’une illustre lignée maraboutique. Son père était un célèbre disciple et compagnon d’un des plus grands guides religieux musulmans du Sénégal, khalife général, chef spirituel d’une très grande confrérie dans le pays. Elle racontait souvent que c’est grâce à un coup de chance du destin qu’elle put fréquenter l’école française. Durant son enfance, alors qu’elle 1 était en apprentissage du Coran auDahra, elle contracta une sévère rougeole. Sa mère, inquiète de son état qui ne cessait d’empirer malgré les nombreuses décoctions et eaux bénites qu’on lui fit boire, se décida à l’em-mener chez les religieuses catholiques qui tenaient un dispensaire dans leur bourgade. Elle avait alors six ans. Ces dernières, qui avaient détecté son intelligence vive et pré-coce (contrairement à sa mère, elle parvenait facilement à mémoriser l’usage des médica-ments qui lui étaient administrés dans le cadre de son traitement), conseillèrent à ses parents de la mettre à l’école moderne. Réticent au départ, son père qui pensait que le rôle d’une femme se limitait à se marier et à donner des enfants à son époux, auquel elle devait d’ail-leurs une obéissance absolue, finit par céder
1 Dahra : Nom donné à l’école coranique au Sénégal
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grâce à l’intervention du fils de son guide et vénéré marabout, qui avait succédé à celui ci. C’est ainsi que commença un long cycle 1 d’études pour elle, une «domù Sokhna» comme elle aimait à se faire appeler, cycle qui la conduira jusqu’à l’Université de Dakar, à la Faculté de Droit après l’obtention d’un bacca-lauréat littéraire, et en France à l’Ecole Natio-nale d’Administration de Paris, la prestigieuse ENA. Elle connut mon père, un ancien Saint Cyrien peu de temps après son retour au pays. Ils se marièrent assez vite, après s’être fréquentés pendant une période de deux mois tout au plus. Malgré son statut d’intellectuelle, ma mère n’avait pas oublié pour autant l’éducation qu’elle avait reçue de son milieu familial. D’ailleurs, ne dit on pas «que l’eau chaude 2 n’a jamais oublié qu’elle a été froide» ? Cette assertion trouve sa pertinence chez elle. Respectée de tous, ma mère était une femme de caractère qui ne transigeait pas avec ses principes et la morale. C’est ce modèle qu’elle essaya de reproduire sur nous, ses enfants (mes trois grands frères et moi).
1 domù Sokhna : Patronyme donné aux enfants de guides religieux 2 Proverbe africain qui signifie qu’on ne se départit ja-mais de ses origines
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