Expiation

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Envoyé pour enquêter sur des rapts d’enfants au sein d’une paroisse anglicane, Jesse, officiellement pasteur, va croiser Maria qui se trouve être étroitement liée à cette affaire. Hésitant à lui avouer sa véritable identité ainsi que sa vraie fonction, il va être confronté grâce à elle à des choix nécessaires à l’expiation de son passé sulfureux.


***



Extrait :


« Seigneur, que faites-vous de ma vie, de mes sacrifices, de mon dévouement ? Vous me mettez dès le matin à l’épreuve en sachant que ma journée n’en sera que plus éprouvante. Ma nuit à bien suffit à exalter mon corps. À présent, mon esprit est confus. Je ne pense qu’à ses seins bombés et ses jolis bouts indisciplinés. À la forme de ses nymphes et à son sexe semi-épilé perceptible sous son boxer blanc. Ma queue engorgée demande grâce, ce que je peux lui faire, elle seule le sait Je ne regrette pas ma vie d’avant, j’adore ma vie à présent, j’ai des manques que je comble à ma façon, je n’ai pas le temps pour les mélodrames et les histoires romantiques. Je ne sais même pas ce que c’est que de se sentir amoureux et je ne crois pas que je sois fait pour ça. Il y a des tas de mecs comme moi, prêtre ou pasteur qui ressentent la même chose, mais qui se taisent, qui refusent d’y penser, sauf que moi je suis honnête avec moi-même et donc avec les autres. »

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EAN13 9791034806898
Langue Français

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AINSI SOIT-IL Tome 1 Expiation
Sylvie Lopez AINSI SOIT-IL Tome 1 Expiation Couverture :Maïka Publié dans laCollection Vénus Rouge, Dirigée parElsa C.
© Evidence Editions 2018
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À mon mari et mes enfants.
JESSE Un rapide coup d’œil sur ma Breitling m’indique 13 h. Il me reste très peu de temps avant l’arrivée des enfants. La kermesse patronale ouvre ses portes à 14 h et j’ai à peine cinq minutes pour grignoter quelque chose avant de m’y consacrer corps et âme. Surtout corps, une trentaine de mômes e)ervescents et le double de parents à gérer pour le reste de la journée valent bien un match de foot ou une bonne nuit de baise. Derniers préparatifs : dispatcher les bénévoles sur les stands, vérier le bu)et, briefer les musiciens… Tout est prêt. Moi aussi. Je m’approche du petit miroir carré suspendu au-dessus du lavabo écaillé de ma salle de bain exiguë. L’étroitesse matérielle dans laquelle je vis m’importe peu. Je replace en arrière, à l’aide de cire, ma satanée mèche rebelle et constate que mes cheveux deviennent un peu trop longs. De plus, la chaleur de ce mois de juin n’est décidément pas compatible avec cette masse capillaire ondulée qui blondit depuis plusieurs semaines et retombe sur mes larges épaules. Ma vie me parait subitement en adéquation parfaite avec mon environnement immédiat. Passer de la lumière à l’ombre a été un choix lucide et nécessaire, émis sans regret, mais surtout judicieux, même adroit, pourquoi pas… J’en porte les stigmates, décelables uniquement par moi-même et par quelques-uns de mes proches, mais tout est beaucoup plus simple à présent. Les ténèbres ne résument-elles pas réellement la vie que je viens de quitter ? Ma lumière, je la trouve finalement dans l’exil et l’abnégation. Tout est question d’interprétation… Je déboutonne rapidement ma chemise, retire mon col blanc et m’attarde sur le reet inversé de mes tatouages. Jamais je ne chercherai à les cacher, je regrette que celui que je porte sur mon cœur ne soit pas apparent comme le sont, sur mes bras, les anges qui déploient leurs ailes. J’évalue ma barbe naissante et vérie l’état impeccable de mes ongles. S’il y a une chose que j’exècre, c’est bien l’aspect négligé, pourquoi ne pas prendre autant soin de son enveloppe que de son âme ? Dieu nous a conçus à son image, et il est du devoir de tout être humain de s’en préoccuper. Abstraction faite des laissés pour compte de notre société, et encore, certains de ceux que je côtoie considèrent l’hygiène comme un dernier obstacle à toute perte de dignité. Cette introspection terminée, je me hâte dans mon modeste salon puis m’approche de la fenêtre ouverte qui donne sur le jardin. D’ici, je peux voir l’ensemble des installations, tout semble près. Le thermomètre extérieur m’indique 28°. Je le prends en photo et l’envoie à Marjorie en espérant lui saper le moral pour la journée. Sur la Côte d’Azur, les gens sont déjà en tongs et short depuis un mois ! En Angleterre aussi, mais les codes vestimentaires étant là-bas inversés, l’« Englishman » n’a pas forcément la même dénition du mot « chaleur », isn’t it ? Je suis très attaché à cette ville, presque autant que celle que je viens de quitter. Brighton, par son architecture et ses plages, est un pâle reet de Nice. Mais j’y retrouve malgré tout, la même ouverture sur le monde, des mélanges de personnes d’horizons et de cultures di)érentes, une tendance à la non-discrimination et à la tolérance. Ma mère est née ici, mes grands-parents dirigeaient un établissement hôtelier sur la Promenade des Anglais. Elle y a vécu jusqu’à ce que mon père, jeune lord en voyage, pose ses
bagages et la demande en mariage. J’y venais régulièrement chaque année, et tout naturellement lorsque cet ordre de mission s’est présenté, je n’ai pas hésité longtemps. Un motif respectable et une issue vénérable m’ont encouragé. La gestion de la petite communauté anglicane dans laquelle j’ai été muté occupe mes journées et me laisse tout juste assez de temps pour les activités annexes. L’église à laquelle elle est rattachée est située sur les hauteurs de la ville. C’est une « vieille dame » bâtie à la Belle Époque quand Nice était le lieu de villégiature préféré des ressortissants britanniques. Comme la plupart des anciennes maisons niçoises, elle dispose d’une cour et d’un jardin planté en partie de citronniers « Menton » et de bigaradiers. L’autre partie est constituée d’une grande variété de plantes aromatiques, indispensables à la cuisine locale que j’apprécie plus que la mienne, et de massifs de eurs innombrables, dont l’aspect naturel et sauvage respecte en fait une structure stricte. Des allées courbes et sinueuses se frayent un passage entre les rosiers et les arbustes, me rappelant ainsi l’authentique jardin anglais que je possède là-bas. En plus du service religieux, je m’occupe des sorties périscolaires, du catéchisme et d’une association. Je suis souvent sollicité par les paroissiens, mais il me reste encore un peu de temps pour ma passion, la musique. J’anime régulièrement les soirées privées de la paroisse, an de récolter quelques dons pour la communauté. J’ai acheté d’occasion une table de mixage et dès mon arrivée en mai, j’ai monté avec trois jeunes gens un petit groupe pour attirer un public di)érent. Je n’ai pas eu trop de mal, le local au sous-sol était vaste et vacant. J’avais déjà l’ampli et ma guitare électrique, une Gibson, Luc à la basse, Jeremy sur une batterie, Vincent au clavier et une bonne dose de volonté, ça roulait. Ma vie tourne ainsi, prières, sermons, dialogue, paperasse, gamins, musique. Solitaire et célibataire endurci, j’ai toujours refusé d’engager mes sentiments à court, moyen ou long terme, prétextant que ma vocation ne laissait pas de place à une femme. Mes critères de choix physique et intellectuel étant de plus incontournables et impossibles à concentrer sur un être unique, je suis convaincu que même s’il existait un dernier exemplaire de déesse, je ne serais pas sûr de la trouver à mon goût. Depuis deux ans, je parviens à limiter mes rapports intimes : deux histoires très brèves sans intérêt… Rien ne m’y oblige, je m’y contrains. Les idées plus claires, l’esprit plus libre, je préfère laisser mon corps s’exprimer de lui-même, indépendamment de toute charge émotionnelle, au hasard d’un regard, lors d’un rêve. En l’y aidant aussi. Tout compte fait, ma vie aujourd’hui est sans aucun doute, aux antipodes de ma vie d’avant. Sex, drugs, alcohol & rock’n’roll ! Se consacrer aux autres en faisant volontairement abstraction de soi-même résume mon job. Et je l’aime passionnément, je suis fait pour ça. J’ai choisi de me tourner vers Dieu, car, lui seul ne me déçoit pas, ne me juge pas et m’accepte dans mon intégralité, aussi complexe soit-elle. Je le lui rends bien, enn je le pense humblement, « donner » me procure un certain plaisir indénissable, presque jubilatoire. Inversement, « recevoir » me force à être dépendant vis-à-vis d’autrui et m’impose des obligations injustiables pour moi, je n’aime pas le principe « donnant-donnant ». Jean super skinny délavé, chemise blanche légère, Stan Smith, « I’m ready now ». Le concert va débuter, un ultime appel micro pour la sœur de Luc, elle me remplacera à l’éclairage, oubli de dernière minute ! Tout est « opé ». Les lumières baissent sur l’assemblée, d’autres se gent sur nous quatre. Je branche mon micro et commenceWaiting for loved’Avicci.
Balayant rapidement du regard le public pendant les applaudissements, avant d’entamerSay you won’t let gode James Arthur, mes yeux s’arrêtent sur un visage qui m’est totalement inconnu. Elle est là, seule. Sur le moment, je pencherais pour une illusion d’optique, car l’instant d’après il n’y a plus personne, mais sa silhouette se devine encore dans l’obscurité. Au dernier morceau,Halelluya, elle a définitivement disparu. Tout s’est parfaitement enchaîné. Cherchant à apaiser ma soif, je pars en quête de quelque chose de frais. M’éclipser de la scène an de rallier le bu)et déjà pris d’assaut est un vrai parcours du combattant, dans mon cas, j’opterais presque pour une croisade. Lorsque j’y parviens enn, elle est là, toujours seule un verre à la main. Elle est donc bel et bien réelle. Elle semble avoir pleuré, j’en ai fait pleurer plus d’une pour des raisons bien di)érentes qui n’ont rien à voir avec la simple interprétation de cette chanson. En fait, il n’y a que la manière qui change. — Salut ! Elle balaye du regard l’espace qui l’entoure, étonnée que je m’adresse à elle, puis marque un temps d’arrêt avant de répondre en rougissant instantanément. — Bonsoir ! Excusez-moi, c’est la chanson. Je pleure rarement. — Ne vous excusez pas, ça fait ressortir la couleur de vos yeux.Qu’elle a très beaux d’ailleurs. — Rouge tinté de vert ? me lance-t-elle d’emblée. Vraisemblablement, je ne m’attendais pas à cette réplique cheloue. Le fait qu’elle me xe droit dans les yeux en prenant un air sérieux me déstabilise un court instant, mais il en faut bien plus au révérend Dickson pour venir perturber ce simple échange verbal. — Oui, c’est un peu ça. Donc deux options : vous êtes curieuse de nature, ma voix vous a ensorcelée et vous êtes entrée sans savoir où vous mettiez les pieds ou bien, j’en suis moins sûr, vous venez d’arriver il y a peu de temps, dans notre communauté. — Perdu, ni l’un ni l’autre, bien que la performance ait été de grande qualité et que je respecte votre religion qui n’est pas la mienne. J’étais avec une copine, mais elle a été réquisitionnée dans les coulisses, dit-elle avant de porter le verre à ses lèvres. Les coulisses ? C’est pas les MTV, ma belle. Je repense aussitôt à la galère de dernière minute et à Virginie en train de maugréer dans mon dos. — C’est Virginie, votre copine ? — Eh, oui ! Ravissante plutôt originale, des yeux d’un vert di)érent du mien, si l’on oublie le « rouge », surlignés d’un trait noir fait au pinceau, des cils longs et ns, un regard pénétrant tentant de soutenir le mien, des lèvres délicates mises en valeur par un gloss rose tendre, je ne peux m’empêcher de décomposer un à un les traits du visage de cette jeune femme. Cet ancien « rituel » que je déployais pour cibler mes proies, je peux l’utiliser aujourd’hui en toute innocence, elle n’a plus rien à craindre. Ses cheveux châtain clair forment un chignon fantasque d’une tendance un peu bohème, des mèches s’en échappent de partout et trois fins rubans tressés viennent, par une couronne, retenir le tout. Vraiment plus rien à craindre, je l’affirme. « Éviter les diktats du consumérisme » doit être son leitmotiv, cf. fringues assez vintage. Avec son style assez baba cool et sa petite robe à eurs, il émane d’elle une impression de douceur. Mais après cette joute verbale où je la sens quand même sur le qui-vive, il me semble que quelque chose en elle, de plus fougueux, d’indompté, somnole. En la regardant plus intensément, je la trouve carrément déphasée, on est passé à l’ère du numérique, mais elle ne doit pas le savoir, son look a au moins le mérite de la mettre en valeur. Son
décolleté attire mon regard d’homme et je détaille ensuite, sa taille ne qui souligne des fesses et des hanches beaucoup plus marquées. Son parfum vient posséder mon sens et l’inltrer. Vanille, jasmin et patchouli. Quel programme ! Je m’égare… puis je refais enfin surface comme un plongeur en apnée remontant à contrecœur des profondeurs. Au ton de sa voix, je constate qu’elle est un peu tendue, il est vrai que mon statut fait parfois de moi, un être inaccessible… ou convoité, au choix. Je ressens la nécessité de détendre l’atmosphère qui se densie de seconde en seconde. — On avait besoin de bénévoles, ce soir, je vais vous tenir compagnie jusqu’à son retour, vous avez l’air si paumé que j’ai pitié de vous. — Si votre intention était de me déstabiliser, c’est raté ! La pitié est un sentiment comme un autre, c’est déjà mieux que l’indifférence, affirme-t-elle impudemment. — Ça n’était nullement mon intention, je plaisante toujours à froid. J’aime bien tester les gens au premier contact, ainsi je suis fixé. — Donc, qu’en déduisez-vous sur moi ? Je suis tombé sur la plus farouche et téméraire des paumées du coin ! Pas de problème, je gère, elle ne sait pas à qui elle a à faire. — Beaucoup de caractère qui cache un grand manque de confiance en soi sans doute ? Je retiens une irrésistible envie de sourire. Elle me regarde en penchant la tête, je suis en train de gagner la partie : 1-0 pour moi. — Et vous ? En grattant un peu l’épaisse couche de vernis, un cœur tendre ? Je suis sûr qu’elle regrette déjà ses paroles, elle mordille sa lèvre inférieure à peine sa phrase achevée. — L’outil qui me grattera n’a pas encore été inventé. Elle rit, nous ne sommes pas près d’égaliser ! Continuer cette conversation devient fort agréable, cela me change un peu des échanges moralistes ou des discussions puériles qui font mon quotidien. — On a eu de la chance, l’orage menaçait cette aprèm. Elle détourne le regard et rosit. — Quand on commence à parler de la pluie et du beau temps, c’est qu’on s’ennuie, dit-elle avec un soupçon de déception dans sa voix. Baissant légèrement la tête sur son verre de punch qu’elle tient de ses deux mains légèrement tremblantes, elle lève de grands yeux vers moi. Oh putain ! Elle m’excite grave. Son sourire est timide, pas comme celui, tinté d’arrogance, qu’elle arborait cinq minutes auparavant. J’enchaîne rapidement… — Vous préférez qu’on parle de quoi, des étoiles ?T’as rien d’autre en stock pour relancer la conversation ? — Carrément oui, le ciel est magnifique ce soir, n’est-ce pas ? Surpris par la tournure que prend cette discussion, je m’imagine un instant dans ce genre de lm que j’abhorre, une comédie pour ados et qui baigne dans le romantisme. Rien de plus pour m’agacer, d’autant que je ne suis ni vampire ni loup-garou. Prédateur, oui, je l’ai été. Pour ne pas rompre le l de cet échange banal, mais, tellement… tellement… « décapant », je rajoute… — Elles voient tout, entendent tout, ne parlent pas, y’a pas meilleures alliées.Pas mal, Jesse ! mais tu peux faire mieux. — Vous avez l’air résigné en disant cela. — Juste convaincu qu’on n’a pas besoin des autres pour être heureux. Le reste est une question d’empathie.