Grâce

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62 pages
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Ils avaient pour eux la jeunesse et l'insouciance de la vie étudiante: Ambroise et Grâce auraient pu filer le parfait amour. Mais lorsque le père de l'adolescente, commandant de gendarmerie, découvre le pot aux roses, leur histoire vole en éclats. Malgré leur promesse, leurs chemins se séparent, Ambroise part pour la France, les années passent. Le silence enterre leur passé, jusqu'à la terrible nouvelle... Débutant au milieu des années 70 pour s'achever deux décennies plus tard, ce roman de Faustin Denoman est un périple éreintant pour ses personnages. Du bizutage des jeunes années aux déconvenues du monde adulte, l'auteur ne leur épargne rien des réalités de la vie. Mariant le conte sentimental à la chronique sociale, il signe un récit initiatique touchant, où derrière la romance impossible émerge une fable douce-amère sur l'engagement et la maturité.

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Date de parution 20 mars 2014
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EAN13 9782342020847
Langue Français

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Grâce
Faustin Denoman Grâce
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À Jean-Stéphane Denoman et Ruth
Mon épouse s’appelle Koukougnon Boizo Nadré Grâce. Nous fîmes connaissance au Collège moderne de Sakas-sou. En 1973, après mon cycle primaire dans mon village Assandrè, je fus affecté au collège moderne de Sakassou en classe de sixième. C’est là que commença ma vraie vie. J’eus deux amis que je continue de fréquenter aujourd’hui. Nous étions tous les trois dans la même classe. Il y avait Alphonse, un fils d’Anozoumé, et Antoine, lui, venait de Béoumi. Devenus inséparables, le trio que nous formions s’appela les 3A, la somme des initiales de nos prénoms. Antoine, Alphonse et moi, Ambroise. Nous avions, dans l’ordre, quinze, dix-sept et seize ans. À cette époque, comme dans pratiquement tous les collèges de Côte d’Ivoire, le premier mois de la rentrée des classes était animé de brimades que l’on appelait le bizutage. Les an-ciens élèves du collège, c’est-à-dire ceux de cinquième, quatrième et troisième, faisaient subir aux nouveaux ve-nus, qu’on appelaitgbaos– c’est-à-dire ceux de sixième –, des épreuves de toutes sortes. Les enseignants et l’administration voyaient les agissements mais feignaient de ne rien voir. Les plaintes contre le bizutage n’étaient pas prises en compte par les adultes de ce temple du sa-voir. Plainte non recevable, criaient de moqueries, les coupables lorsqu’un gbao menaçait de se rendre au bureau des éducateurs. Sans que cela ne soit institutionnalisé, tout le monde trouvait le bizutage normal, comme un passage obligé. Alors chaque année, pour avoir été victimes, les anciens élèves rendaient leurs coups aux nouveaux venus. Cet esprit revanchard fit pérenniser la pratique. Et,
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d’ailleurs, l’écho du bizutage parvenait aux oreilles des élèves depuis même les classes du primaire. Tous les ad-mis en sixième rentrèrent donc au collège avec une petite peur au ventre. Il était presque inévitable de subir une pe-tite brimade humiliante à moins d’être assez fort pour intimider les grands. Le bizutage devrait se passer hors des salles de classe, dans la cour, et jamais hors de l’établissement. En règle générale, on va le dire même s’il n’existait pas de réglementation en tant que tel, mais des limites existaient. Cela devrait être normalement amusant. Mais comme toujours et cela dans toutes actions humai-nes, certains zélés, frustrés ou jaloux exagérèrent. Les filles subissaient également le bizutage, mais pas comme les garçons. D’ailleurs, à cette époque, il n’y avait pas beaucoup de filles dans nos écoles. Les parents ne les sco-larisaient pas car bonnes pour le mariage et autres travaux ménagers. Donc, celles qu’on avait dans nos écoles, sur-tout au collège, étaient un peu chouchoutées. Mais, comme je le disais, il y avait toujours des zélés ou des frustrés qui trouvaient le courage de s’en prendre à elles. Le collège vivait ce premier mois de la rentrée au rythme des soubresauts du bizutage. Dans cette atmosphère de peur, tous lesgbaosne tenaient pas compte de ces brima-des. Certains défiaient du regard les malintentionnés et d’autres subissaient les brimades dans la bonne humeur. Après cela, ils se lièrent d’amitié avec les grands pour avoir la paix. Plusieurs autres encore comptaient sur la protection de leurs grands frères qui étaient anciens dans le collège. Mes amis et moi, nous n’avions personne pour nous défendre. Nous nous défendions nous-mêmes et dé-fendions également d’autres. Nous étions devenus un groupe d’anti-bizutage. Sinon, en quoi consistait le bizu-tage puisque cela ne se pratique plus dans nos lycées et collèges ?
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