L'essence de l'amour | Nouvelle lesbienne

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119 pages
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Description

Clarisse, jeune femme âgée d'une trentaine d'années, souhaite donner un nouvel élan à sa vie professionnelle. Pour cela, elle quitte la région où elle a grandi et travaille afin de reprendre des études dans un domaine qui lui tient à cœur. Coïncidences de la vie, son professeur, Madame Vermille, se révélera être aussi la personne qui réalisera toutes ses attentes et la concrétisation de ses désirs les plus secrets.

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EAN13 9780244314521
Langue Français

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L'essence de l'amour
Laurence CARA-ELETTO
Couverture et conception graphique : Kyrian Malone
Copyright © 2016 Homoromance Éditions
All rights reserved
DÉDICACE Un immense MERCI aux Éditions Homoromance de m'ouvrir des portes dans un domaine d'écriture différent de celui de la poésie : HOROLOGION (recueil de poèmes) paru chez Edilivre en 2010.
1.
En ce jour d’automne où le vent soufflait avec une virulence sourde et lancinante, Clarisse cherchait son chemin au milieu de cette vi lle jusqu’alors inexplorée. Depuis plus d’une heure, elle était partie de la région grenobloise pour se rendre à Valence. Elle allait rejoindre l’appartement meublé qu’elle avait loué dans un quartier en apparence sombre et désert. La nuit commençait juste à tomber, quand elle aperçut enfin le panneau indiquant la rue recherchée, ce qu i la rassura légèrement. Par chance, elle trouva une place juste au pied de l’immeuble e t y gara sa voiture, prenant le temps de vérifier que toutes les vitres étaient fermées et de bloquer le volant, comme à son habitude. Elle descendit du véhicule, claquant la p ortière pour se donner une certaine contenance afin de cacher le profond malaise qui l'envahissait comme à chaque situation nouvelle.
Cette carapace faisait émaner d'elle une certaine a ustérité et était rehaussée par sa façon de se vêtir aux tendances gothiques. En effet , en plus du fait qu'elle adorait ce style vestimentaire, elle savait que s'habiller ain si lui permettait aussi de mettre une distance entre elle et les autres.
Clarisse jeta un regard noir autour d’elle sentant une certaine hostilité, en raison de l’inconnu. Puis elle gravit les trois marches qui l ’amenaient à la porte de l’immeuble, poussa celle-ci et s’engouffra dans le hall. Là, av ec stupeur et joie, elle découvrit des boîtes aux lettres, d’immenses glaces, des murs et un ascenseur en très bon état. Cette vue agréable l’entraîna avec confiance à son appartement. Elle entra, jeta un regard large et rapide pour se donner une idée glob ale et fut très satisfaite du résultat. Les photos qui avaient été présentées sur l'annonce du bailleur correspondaient exactement à ce qu'elle voyait au milieu de cette p ièce. Le salon avec une cuisine à l'américaine avait été décoré et aménagé avec goût, les meubles y trônaient de façon ordonnée, épurée et bien adaptée. Ravie, elle déci da donc de redescendre afin de prendre ses affaires qui tenaient dans deux sacs de voyage. À nouveau dans l’appartement, elle déposa ses bagages dans le coul oir de l’entrée. Elle tira une des quatre chaises autour d’une table rectangulaire en pin au milieu de la cuisine et s'assit. Elle inspecta de façon minutieuse les murs sur lesq uels reposait simplement une peinture blanche, ce qui n’était pas pour lui dépla ire. Enchantée, elle se leva et alla faire de même dans la chambre, la salle de bain et les toilettes. Tout lui convenait, et elle poussa un soupir de soulagement et de béatitud e. Elle installa ses quelques affaires dans un grand placard mural, puis alla che rcher son équipement audio ainsi que ses disques compacts restés dans la voiture.
Elle ne pouvait concevoir de vivre sans musique. El le aimait surtout le métal symphonique, puis indifféremment venaient Hard-Roc k, musique classique et variétés Pop-Rock. Elle brancha la chaîne hi-fi avec un empressement presque frénétique et mit l'al b u mThe Silent Forcese sentirWithin Temptation afin d'avoir l'impression de  de enfin chez elle.
Clarisse se réveilla relativement tard le lendemain matin, comme elle aimait si bien le faire, se prépara et décida d’aller visiter à pi ed le quartier et la ville. Tard en fin de matinée, elle découvrit enfin le centre où elle all ait poursuivre sa formation. Bien
qu’âgée d’une trentaine d’années, elle avait décidé de changer d'orientation professionnelle et de reprendre un cursus scolaire afin d’obtenir un diplôme d’État qui lui permettrait d’exercer un métier qu’elle aimait. Elle contourna des façades grisâtres, scruta derrière l’imposant portail en fer vert, ess ayant de trouver les moindres détails qui pourraient lui donner une idée de l’ambiance qu ’elle allait trouver à l’intérieur de cet établissement dans deux jours. Puis elle décida d’a ller prendre une collation un peu plus loin, dans un café offrant quelques places en terrasse. L'air était doux, le vent absent, ainsi elle s’assit et commanda un jus d’ana nas accompagné d’un sandwich salade/œuf/mayonnaise. Tout en déjeunant, elle se d emandait si elle allait avoir le courage de se renseigner sur les bars homosexuels q u’il y avait dans cette ville. En effet, elle n'avait pas encore pris le temps de fai re une recherche sur Internet. Ainsi, lorsqu’elle alla au comptoir pour régler ses consom mations, profitant du peu d’affluence, elle se pencha vers le serveur et lui posa ouvertement la question. Celui-ci, après l’avoir regardée fixement pendant quelques se condes, lui indiqua un nom et une adresse. Par affront face au visage dubitatif qu’el le avait devant les yeux, Clarisse alla jusqu'à lui demander des explications sur l’emplace ment exact. Il répondit presque négligemment, mais elle n’allait pas s’offusquer po ur autant, et le remercia très poliment, pour ne pas dire trop poliment, car elle avait de l’ironie dans la voix. Elle quitta le café sans laisser de pourboire et partit en direction de l’endroit indiqué, non loin de là. Après quelques minutes de marche, elle vit apparaître « Le Double Je ». Il était ouvert et Clarisse entra, le cœur serré, essa yant de prendre un air décontracté malgré sa gêne.
Quand elle s’aperçut qu’il n’y avait que trois pers onnes, deux hommes assis à une petite table sur la droite et le barman, elle repri t de l’assurance. Elle commanda un café et s’installa près de la sortie. Le serveur lui dép osa la tasse avec une délicatesse particulière, et tout en lui souriant, lui dit :
— Cela vous fait un euro cinquante, s’il vous plaît.
Clarisse lui tendit une pièce de deux euros en lui spécifiant de garder la monnaie et profita de cet échange fugace pour lui demander les horaires de l'établissement. Il indiqua les jours et les heures d'ouverture et voy ant qu’une autre question se dessinait sur ses lèvres, il lui glissa avec un sourire :
— La journée, il n’y a pas grand monde, mais le soir on est rempli de filles et de garçons.
Il avait tapé juste. Clarisse se demandait intérieu rement si ce bar était exclusivement masculin ou non. En guise de remerciements, elle lu i fit son plus beau sourire afin de lui montrer qu’elle appréciait sa subtile attention .
Une fois sortie du café, elle se décida à faire que lques courses et se mit à la recherche d’un petit supermarché. Elle demanda à un e ou deux personnes où elle pouvait en trouver un, et après un bon quart d’heur e d’errance, le trouva enfin. Comme elle était à pied, elle fit peu d’achats, ne voulan t pas se charger inutilement. Elle choisit donc principalement des fournitures et peu de victu ailles, juste de quoi tenir jusqu’au lendemain avec malgré tout, quelques friandises. Le s caisses passées, elle n’avait plus qu’une seule envie, celle de rentrer chez elle. Ell e marcha donc d’un bon train, tout en se promettant de revenir le lendemain, en voiture, afin de faire le plein. Il est vrai que les fournitures qu’elle venait d’acheter ne pressai ent pas, mais elle prenait un immense plaisir à acheter ce genre d’articles. Était-ce l’a mour du papier, avec tout particulièrement l’odeur et le toucher des feuilles blanches, ou le côté studieux et
collégien que cela éveillait en elle ?
Les affaires rangées, elle alluma la télévision et se laissa tomber négligemment sur le petit canapé. Aucun programme ne lui plaisait, a lors tout en zappant avec la télécommande, elle pensa aux cours qu’elle allait s uivre, espérant qu’elle ne serait pas la plus âgée et la moins compétente de sa classe. E lle mit fin à sa méditation lorsque l’envie de grignoter la gagna. Comme d’habitude, lo rsqu’elle s’ennuyait, elle ne pouvait refréner ce besoin de manger tout et n’importe quoi , sans faim, juste pour s’occuper… Ou bien, plus précisément, pour combler un vide. L’ après-midi et la soirée passèrent ainsi, plongées dans l’oisiveté et la boulimie.
Le samedi matin, comme convenu, elle fit ses achats pour remplir le réfrigérateur, principalement de yaourts aux fruits et d’œufs, et les placards, de pâtes et de purées de tomates. Le reste n’était pour elle que superflu et ne nécessitait pas d’en avoir en grande quantité. La journée n’eut rien de bien extr aordinaire, et comme elle s’ennuyait toujours à mourir en début de soirée, elle décida d e se rendre au « Double Je » où le barman lui avait promis du monde et tout spécialeme nt des filles !
Elle prit sa voiture, revigorée parIn A Reverie de Lacuna Coil à un volume élevé, et fit ronfler le moteur juste avant de se garer non loin du bar. Elle rentra de façon presque autoritaire, de peur qu’on lise son manque d’assura nce, se dirigea vers le comptoir sans jeter un seul regard autour d’elle. Elle comma nda une boisson non alcoolisée, et après quelques hésitations, s’assit à une table alo rs inoccupée. Le serveur la reconnut, et elle lui lança un sourire furtif. Il s’approcha d’elle et lui dit gentiment :
— Je t'avais dit que c'était plein le soir !
— Oui, je vois, mais ce n’est pas évident quand on ne connaît personne !
— Tu me connais, non ? dit-il en plaisantant.
— C’est vrai, fit-elle avec un sourire plein d’excuses.
Elle se sentait presque prise en faute par ce grand jeune homme aux cheveux châtains très clairs et aux yeux noisette. D’ailleurs, elle remarqua qu’il portait merveilleusement bien sa tenue.
Puis, avant qu’il s’en aille vaquer à ses occupatio ns, elle lui demanda son prénom.
— Dominique, répondit-il.
— Et toi ?
— Clarisse.
— Si tu as besoin d'autre chose, n'hésite pas Clarisse.
— OK. Attends je règle comme ça c'est fait.
Le jeune homme l'encaissa puis lui lança :
— À tout à l’heure, Clarisse, le devoir m’appelle !
Elle hocha la tête et lui fit un clin d’œil en sign e de complicité. Elle but par petites gorgées, se sentant mal à l’aise, comme si elle n’a vait rien à faire ici. Les autres autour d’elle fumaient, discutaient et riaient. Elle, elle était là, avec son verre, comme abandonnée au milieu de tous ces gens qui partageai ent entre eux des regards, des paroles et des plaisanteries. Elle se sentait comme inutile, seule parmi eux, si près et pourtant si loin. Alors qu’elle était plongée dans ses pensées, deux jeunes filles s’étaient assises à la table, après lui avoir polim ent demandé sa permission. Clarisse avait répondu comme par automatisme, se disant que si elles avaient voulu s’asseoir là, ce n’était que parce qu’il n’y avait pas de pla ce ailleurs.
Paradoxalement, elle avait besoin des autres, mais en avait peur. Ce besoin d’être appréciée et aimée pour ce qu’elle était la poussai t à donner sa confiance aux personnes qui lui semblaient gentilles. Pourtant, tout au long de sa vie, elle avait rencontré beaucoup de femmes et d'hommes qui avaien t profité de sa crédulité et de sa sensibilité. Elle avait conscience que sa responsa bilité était également en jeu, et que c'était surtout à elle de faire attention, de savoir se préserver. Toujours plus facile à dire qu'à faire. C'était pourquoi, pour lutter contre ce s erreurs...