La magie de la revanche

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Français
178 pages
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Le récit d’un amour impossible

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Date de parution 01 janvier 2010
Nombre de lectures 533
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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LA MAGIE DE LA REVANCHE
Illustration de couverture : Abdou Karim CAMARA.
El Hadj Falilou DIOP
LA MAGIE DE LA REVANCHE
Roman
Editions Nara
Collection Signare
Je t’ai filé une chanson douce comme un murmure de colombe à midi.
Léopold Sédar Senghor, Chant pour Signare, in Nocturnes.
NOTE DE L’ÉDITEUR
Ah l’amour ! Que de sensations ce mot suggère ! Il rythme le monde, notre quotidien, nos vies. Aimer est la plus belle chose qui puisse nous arriver. Décliné en vers par tous les poètes du monde, chanté par les plus grands chanteurs que l’humanité ait connus, il se conjugue à tous les temps, se traduit dans toutes les langues et se retrouve chez tous les peuples. L’Afrique, continent riche de son passé et de sa culture, ne saurait être en reste, et comme le disait un célèbre poète de chez nous,l’émotion est nègre et 1 la raison hellène . C’est cette vision particulière de l’amour queles Éditions Naravont essayer de véhiculer, de faire découvrir au monde à traverslaCollection Signare, en rappel de ces belles et gracieuses dames de notre histoire, ces élégantes de nos belles cités de Gorée et de Saint-Louis, qui vécurent la volupté, l’art d’aimer et d’être aimé. LaCollection Signarese veut être le porte-étendard de notre perception de l’amour, alliant les réalités de notre beau continent africain. C’est là notre défi à relever et nous espérons chers lectrices et lecteurs, que vous nous aiderez à tenir vaillam ment, à travers nos rendez-vous mensuels.
1 Léopold Sédar Senghor.
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Les yeux clos, la mine pensive et soucieuse, Amayelle Diallo se balançait nonchalamment sur son fauteuil directorial. La Directrice générale dela Société Africaine de Transformation des Fibres Textiles, laSATFIT, était fort préoccupée. En effet, sa société traversait une grave crise financière depuis presque deux ans. Les ventes de leurs produits baissaient de façon vertigineuse, malgré un mar ché dynamique au Sénégal, et dans la sous-région ouest-africaine. Fondée par son père Abdoul Diallo, l’un des premiers ingénieurs électroniciens du Sénégal, la société avait connu rapidement un dévelop pement fulgurant, allant jusqu’à devenir la première industrie textile sénégalaise, et la deuxième dans la sous-région. Aînée d’une famille de cinq enfants, son père lui avait cédé son fauteuil de directeur général après vingt-cinq années de service. Amayelle avait fait ses études dans une grande école de commerce française, après un bac de série scientifique obtenu avec mention bien. Ellerentra au Sénégal à la fin de ses études pour aider son
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père dans la gestion de la société familiale. Sa nomination comme directrice générale n’était donc pas usurpée. Sa mère Khadija Bâ Diallo, qui aurait préféré voir Amadou, le frère cadet d’Amayelle et Directeur commercial de laSATFT,prendre les rênes, estimait que la place d’une femme n’était pas à la tête d’une société, mais dans un foyer pour s’occuper de son mari et de ses enfants.Ayant une vision assez féodale de la société, cette dame 1 fière etTorodode naissance, était élevée dans la pure tradition Peulh. Elle était très connue par lajet set sénégalaise.Les griots chantaient constamment son lignage en faisant ses louanges soit lors des soirées et anniversaires au Théâtre National Daniel Sorano soit dans leurs productions musicales. Considérée comme la rebelle de la famille par sa mère, Amayelle, qui adorait pourtant ses parents, entrait souvent en conflit avec celle-là même, qui lui reprochait, entre autres griefs, son célibat à 32 ans, alors que de très beaux et riches partis, issus de familles nobles, lui faisaient une cour assidue. Elle lui répétait fréquemment que sa carrière et sa grande beauté lui avaient monté à la tête, et que si elle n’y prenait garde, elle finirait vieille fille. En ef fet, Dame Nature avait doté Amayelle d’une grande et belle taille avec des formes plantureuses au niveau
1 Caste des nobles chez les peulhs.
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des hanches, ce qu’on appelait familièrement au Sénégal « la taille Coca Cola » ; en outre ses traits très fins trahissaient ses origines peuhles, ainsi que son beau teint un peu foncé. Sans conteste, elle était très belle. Mais sa préoccupation de l’heure restait de savoir comment relancer leurs ventes dont la chute avaient entraîné de très graves problèmes de tréso-rerie. Les différents comptes bancaires de la société étaient tous au rouge, les différentes stratégies de redressement mises en place jusque-là, ayant toutes échoué. Des coups frappés à la porte de son bureau la tirèrent de ses pensées. — Oui, entrez ! Moussa Fall, le Directeur administratif et financier de la société entra ; elle se leva de son fauteuil à la vue de la mine de désolation qu’affichait ce dernier. — Bonjour Amayelle... — Alors, quelles sont les nouvelles ? s’enquit-elle d’une voix tendue, sans même répondre au salut de son collaborateur. — Elles refusent toutes de nous accorder de nouveaux découverts, et on dirait que les diffé-rentes banques se sont concertées contre notre boîte. Elle poussa un soupir de découragement, se leva et fit le tour de son bureau pour venir à sa hauteur. — Que dis-tu, Moussa, ? Est-ce que tu as vu les responsables des ces banques ?
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Ce dernier, debout, s’appuya sur la table et regarda sa patronne droit dans les yeux : — J’ai rencontré leurs différents Directeurs généraux, et la réponse est la même chez tout le monde ; nous avons perdu leur confiance, Amayelle... — Mais c’est la catastrophe Moussa, nous n’avons même pas de quoi payer les salaires ! — Je le sais, j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir, mais il faut reconnaître que depuis la création de cette société concurrente,L’Africaine de Textiles,Cettenous faisons face à des problèmes. société, non contente d’avoir cassé tous les prix du marché, possède un équipement technolo gique très pointu. Non seulement leurs produits sont moins chers, mais ils sont plus performants que les nôtres. — Oui, c’est à croire que le but del’Africaine de Textilesest de nous pousser à la faillite, constata amèrement Amayelle. Moussa Fall poussa un soupir et prit sa patronne par les épaules. À dire vrai, il éprouvait quelque sentiment pour cette dernière qui, hélas ne le considérait,que comme un ami. — Il y a peut être une dernière solution ? — Laquelle ? demanda fébrilement Amayelle. — Que la famille accepte d’hypothéquer le reste de son patrimoine ; parles-en à tes parents… suggéra-t-il. Amayelle émit un rire sarcastique et se dégagea des bras de son collaborateur :
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