La raison du coeur (roman gay)

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183 pages
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La raison du cœur



Christophe de Baran


Le mois dernier je me suis réveillé avec une seule idée en tête : partir en Corse. J’ignore la raison de cette lubie. La veille, je n’avais encore jamais pensé me rendre sur l’île. La destination ne m’intéressait pas vraiment. Le lendemain, presque par magie, c’était devenu une obsession.

Pendant ce séjour, Christophe rencontre Romain. Ce garçon imprévisible, au charme magnétique, s’autorise tous les excès pour le séduire.
Une nuit passée à deux fait vaciller la volonté de Christophe. Fasciné, il se lance alors dans des aventures incertaines et dangereuses. Mais Romain apparaît et disparaît au gré des circonstances, incapable de lutter contre ses tentations de mauvais garçon.

Dans cette aventure authentique, Christophe raconte plus de dix années passées à croiser la route d’un ange-démon qui ne l’aura jamais laissé indifférent.


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Ajouté le 01 juin 2008
Nombre de lectures 1 095
EAN13 9782363071156
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
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La raison du cœur
Roman
Christophe de Baran
Éditions Textes Gais
31 rue Bayen
75017 Paris
À Alexandre
Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. Blaise Pascal
*
— Depuis des mois je rêve de vous. Faisons l’amour. — Brett ! — Criquette ! Laissez-moi vous aider, ma tendre... Cette literie satinée a transformé mon lit en une véritable glissoire de la mort. — Maudits draps de satin ! Laissez-nous nous aimer. — Nous devons copuler. Criquette Rockwell & Brett Montgomery, Le cœur a ses raisons
- Prologue -
Aéroport de Roissy – Charles de Gaulle Vendredi 25 mai 2007 – 10h15 Romain est parti. Son avion vient tout juste de décoller devant mes yeux. Je les ferme avec rage comme si je ne voulais pas voir la vérité en face. J’imagine qu’il est encore à côté de moi dans l’attente d’embarquer. La douleur doit se lire sur mon visage. Je n’aurais pas dû l’accompagner à l’aéroport. Ma présence en c e lieu relève du masochisme, de l’inconscience. L’Airbus s’éloigne. Quand j’ouvre de nouveau les yeux, je perçois à peine un tout petit point noir dans le ciel. Comme une tête d’épingle qui serait venue percer les nuages. Si je le souhaitais suffisamment fort, peut -être pourrais-je activer le contrôle d’une télécommande imaginaire qui le contraindrait à se poser en marche arrière. Mais je ne suis pas dans un film. Là, c’est la vraie vie. Et ça fait mal. Je pose mon front contre la vitre du terminal en essayant de ne pas verser de larmes. Facile à dire. Combien de gens sont dans le même cas que moi en ce moment ? Combie n de personnes sont venues accompagner leur amour dans un aéroport, pour le regarder s’envoler, sans être sûres de le revoir un jour ? Oui, combien ? Je ne suis sans doute pas le seul, mais je peux affirmer sans risque que personne d’autre n’a vécu les événe ments qui m’ont conduit ici aujourd’hui. Cette simple pensée me donne l’impress ion d’être un individu à part. Pas quelqu’un d’exceptionnel, non. Juste quelqu’un qui a vécu une histoire peu ordinaire. Je me redresse, tente de me ressaisir. Il est hors de question que je me laisse abattre. Si le destin veut que l’on se revoie, alors ce sera le cas. Et s’il ne le veut pas, je le provoquerai. Je trouve très attrayante l’idée de dé fier une puissance qui dépasse l’entendement et qui pourrait me supprimer d’un sim ple geste pour me faire payer mon arrogance. J’imagine que le destin n’aime pas voir sa suprématie remise en cause. Tout comme je ne supporte pas la perspective de n’avoir aucun contrôle sur mon existence, de considérer que se débattre est une réaction futile qui ne fait qu’accélérer l’inévitable. Entre ne rien faire et lutter, je préfère la deuxième alternative. Je déambule sans but précis dans les couloirs du terminal pour regagner le parking. Un touriste américain terrorisé à l’idée de rater son vol passe en trombe à côté de moi en criant : « Sorry » et me bouscule violemment au point de me faire tomber. Je suis un peu groggy : je ne m’attendais pas à une telle charge. Je secoue la tête pour me remettre les idées en place et porte la main à mon épaule qui a encaissé le choc. Je me relève dans l’indifférence générale. Un peu secoué, je décide d e me rendre aux toilettes. Me passer un peu d’eau fraîche sur le visage me fera le plus grand bien. L’endroit empeste l’ammoniaque, le désinfectant de pissotière, et j’ai soudainement envie de vomir. Je m’appuie sur un lavabo en ferman t les yeux. J’essaie de me calmer,
de reprendre une respiration régulière. Je me redresse pour me regarder dans le miroir. L’éclairage blafard des lieux me donne un teint pâle, comme si j’étais malade. Je ne me reconnais pas. D’ailleurs, ce n’est pas vraiment mo i dans ce miroir, un autre qui me ressemble, peut-être, mais pas moi. Mon reflet me lance un sourire amical que je trouve insupportable. J’ai l’impression d’inspirer de la p itié et c’est la dernière chose dont j’ai besoin. — Ça va ? Tu n’as pas trop mal ? Il t’a heurté violemment, ce sale type. Je me retourne, mais il n’y a personne. Je suis seul, le reflet s’adresse bien à moi. Il n’y a pas de doute à avoir. Je ne sais pas ce que je do is faire. En temps normal, je sortirais de cet endroit sordide sur-le-champ, mais je n’ai p as encore retrouvé mes esprits. Et aussi étrange que cela puisse paraître, j’ai envie de lui répondre. — Je vais m’en remettre, ne t’en fais pas. C’est le deuxième coup que je reçois aujourd’hui et ce n’est pas le plus violent, tu peux me croire. — Je sais. — Comment peux-tu savoir ? Pourquoi me parles-tu ? Tu as l’air d’être... une copie de moi. — C’est un peu vrai. Je suis la partie de toi qui dit les choses que tu n’as pas toujours envie d’entendre. — C’est la meilleure. Tout me semble confus au point de me donner l’impre ssion de devenir fou. Je ris nerveusement en réalisant que je suis en train de p arler à mon image. J’essaie de me ressaisir, de me donner une contenance : — Et que vas-tu me dire aujourd’hui ? Quel conseil vas-tu me donner ? — Aucun. Je voudrais juste te poser quelques questions. Ça ne te dérange pas ? Tu m’intrigues beaucoup en ce moment. Tu as changé. — Vas-y. Au point où j’en suis... Mais je ne te promets pas d’y répondre. — D’accord. Alors, je commence. Pourquoi es-tu si triste ? — Moi ? N’importe quoi ! — Je t’assure. Non seulement tu l’es, mais en plus tu es menteur. Je le vois bien, moi, que tu es triste. Il n’y a plus de lueur dans le fond de tes yeux. — Non, il n’y a plus de lueur. Romain vient de s’envoler avec. — Et pourquoi tu n’es pas parti avec ta lueur ? — Avec Romain tu veux dire ? Parce que je ne pouvais pas. Tu devrais le savoir, toi qui sais tout... C’est bien comme ça que tu as commencé notre discussion. En me disant : « Je sais. » — Et voilà ! En plus, tu deviens désagréable. — Je ne suis pas désagréable. Je trouve que tout ceci n’a aucun sens. C’est ridicule. — Pourquoi es-tu aussi défaitiste ? — Mais tu es agaçant avec tous tes « pourquoi ». On dirait que tu n’as que ce mot à la bouche. — Peut-être que c’est parce que tu ne te poses pas suffisamment la question. — La question ? Quelle question ? — Pourquoi.
— Pourquoi ? — Oui, pourquoi ? Tu es ici aujourd’hui à cause d’une histoire en pointillé de plusieurs années. Le gars qui vient de partir est tout ce que tu peux détester dans la vie et toi, tu es là, amoureux comme jamais, et tu ne te demandes même pas pourquoi ? C’est trop pour moi, j’explose : — Mais pour qui tu te prends pour te poser ainsi en donneur de leçons ? — Je ne cherche pas à te faire la morale, Christoph e. Je te demande simplement de répondre à cette question. Pourquoi ? — Je suis en train de devenir cinglé. Ce n’est pas possible. Je me cache le visage comme pour chasser une vision d’horreur. Au moment où je reprends contact avec la réalité, o ù j’ouvre de nouveau les yeux, je retrouve mon reflet dans le miroir. Des usagers me dévisagent en me prenant pour un malade. Ils doivent se demander ce que fait ce type un peu louche qui se parle à lui-même dans les toilettes et qui s’énerve tout seul e n se criant dessus. Cette discussion avec mon image est-elle un tour de passe-passe du d estin que je défiais quelques minutes plus tôt ? Je poursuis mon chemin, un peu hagard. Après de nombreux détours, je retrouve enfin le parking dans lequel j’avais garé ma voiture. Je ne suis pas vraiment en état de conduire, mais je n’ai pas le choix. Je me fais violence. Pendant le trajet pour rentrer chez moi, un seul mot revient dans mon esprit comme une litanie lancinante : Pourquoi ?
-1 -
Corse – Été 1993 Le mois dernier, je me suis réveillé avec une seule idée en tête : partir en Corse. J’ignore la raison de cette lubie. La veille, je n’avais encore jamais pensé me rendre sur l’île. La destination ne m’intéressait pas vraiment . Le lendemain, presque par magie, c’était devenu une obsession. Je n’avais vu récemment aucun reportage sur la Corse, ni rencontré des personnes qui en étaient originaires, encore moins relu le tome vingt des aventures d’Astérix le Gaulois. Cette volonté de vo uloir découvrir le département de naissance de Napoléon était tout simplement inexplicable. Dans ce genre de situation, je ne suis pas homme à tenter de résister ou à réfréner ses envies. J’ai donc fait la seule chose qui me semblait pertinente vu les circonstances et ma folie passagère : j’ai appelé Léo et Sonia, mes deux meilleurs amis, et je leur ai annoncé avec détermination que nous partions le mois procha in pour l’Ile de Beauté. Je m’occuperais bien évidemment de tout et ils n’avaient pas d’autre choix que de me suivre. Bien sûr, ils auraient pu refuser, proposer une destination différente, mais ils ont dû sentir que je ne fléchirais pas, qu’avec ou sans eux, je ferais ce voyage. J’ai contacté une agence qui s’est occupée de nous trouver des vols et une chambre d’hôtel en bord de mer. Une exigence non négociable de Sonia qui vénère le soleil et sacrifie des litres de crème solaire sur l’autel de son corps. Le soir même, tout était bouclé et je versais l’acompte pour confirmer la réservation. Les jours qui ont suivi se sont révélés des plus étranges, à l’image de ma lubie po ur la Corse. J’avais l’impression que ma prochaine destination était un peu trop présente dans mon existence, que le monde e n t i e r tentait de me faire passer des messages, du charcutier qui proposait des promotions exceptionnelles sur la figatelli, aux compagnies aériennes qui faisaient de la publicité dans les couloirs du métro sur leurs liai sons directes depuis Paris, et je découvrais même que certains de mes collaborateurs étaient originaires de Bastia et d’Ajaccio, ce à quoi je n’avais jusqu’alors jamais prêté attention. Ce manège a duré presque un mois entier, jusqu’à ce matin où j’ai en fin posé le pied sur le sol corse. À ce moment précis, je n’ai pas senti dans l’air un parf um subtil, mélange de pin, de châtaignier, de figuier, d’amandier, de thym, de romarin, d’armoise et de lavande... J’ai été littéralement cloué au sol par une chaleur étouffante, par l’absence d’une brise marine qui aurait pu rendre supportables les déplacements des pauvres Parisiens que nous étions. Je me suis alors demandé à quoi tout cela pouvait b ien rimer. Comment avais-je pu désirer aussi fort venir ici pour finir par me retrouver au bord de l’agonie, dans la quasi-incapacité de respirer normalement ? Quelque chose ne tournait décidément pas rond et j’ai presque regretté d’avoir embrigadé mes amis dans cette aventure sans fondement. Quelques heures plus tard, nous avons fini par nous habituer à ce climat
motre chambre d’hôtel a réussi àéditerranéen. La vue imprenable sur la mer depuis n nous faire oublier les désarrois de l’arrivée. Nous sommes à présent sur une plage paradisiaque, allongés sur des transats pourvus d’é pais matelas, en train de siroter un cocktail glacé. Si nous avons trop chaud, nous n’avons que quelques mètres à parcourir pour plonger dans une eau turquoise à vingt-six degrés. Finalement, c’était donc cela que mon inconscient m’avait poussé à rechercher en vena nt en Corse. C’est en tout cas ce dont j’essaie de me convaincre, doutant que tant d’efforts aient pu être déployés pour un résultat que nous aurions pu trouver ailleurs, à des tarifs plus intéressants. **
*
Sonia est attachée de presse dans le cinéma. Elle passe le plus clair de son temps à prendre des rendez-vous pour des acteurs afin qu’ils participent à des émissions à la télé ou à la radio, dans le but ultime de promouvoir la sortie de leur prochain film. Elle organise également des projections pour les journalistes et accompagne les stars sur les plateaux afin de leur prodiguer de précieux conseils et de l es materner – ces pauvres petites choses fragiles ont toutes les peines du monde à se considérer comme des individus normaux. Sonia est comme un poisson dans l’eau dans cet environnement que je déteste. Elle est devenue une spécialiste hors normes en matière de ronds de jambe, de langue de bois et de politiquement correct. Elle n’a pas vraiment le choix et doit faire des concessions au quotidien pour assurer son métier de secrétaire de luxe. Dépassant le mètre quatre-vingt, blonde avec de grands yeux bleu s, fine et élancée, elle attire les regards de tous les hommes qui la verraient dans leur lit pour une soirée. Je me souviendrai à tout jamais du jour de notre rencontre. C’était un mercredi après-midi. Elle était entrée en trombe dans le fast-food que je dirige sur les Champs. Elle avait demandé en urgence la confection de trente menus en fants dans les meilleurs délais. C’était pour les petits camarades de classe des rejetons d’une actrice française, invités en grande pompe à une projection privée du dessin anim é dans lequel elle doublait le personnage principal. Mon équipe s’était mise en action et avait préparé les menus en un temps record. Nous avions même été en mesure de liv rer les boîtes dans la salle de cinéma qui se trouvait à quelques mètres du restaur ant. Sonia, enfin soulagée, m’avait alors demandé une « note de facture » pour justifie r la dépense. Elle avait mélangé le plus naturellement du monde des termes aussi triviaux que « note de frais » et « facture ». J’avais piqué un fou rire en me disant que cette fille était soit réellement blonde, soit complètement dyslexique. L’avenir me confirmerait qu’elle n’était pas du tout dyslexique. Pour me remercier de lui avoir rendu service, elle m’avait invité à prendre un verre le soir même. À cette époque-là, j’étais encore ouvert à une forme de sexualité incluant les femmes. De fil en aiguille, je m’étais laissé sédui re. Au lit, nos ébats se rapprochaient davantage du fiasco absolu que de la performance de haut vol. Tout nous opposait, Sonia et moi. Je croyais au travail et à la possibilité q ue chacun avait de s’en sortir en faisant