La Rêveuse éveillée

La Rêveuse éveillée

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Français
162 pages

Description

Elle ne peut plus rêver, mon impossible amour, mon père, m'a laissée. Je dois apprendre à désirer le métier d'actrice que j'ai choisi contre le désir impérialiste d'un père qui voulait que son enfant préféré choisisse la même vie de la recherche scientifique que lui. Mais la recherche, et je l'ai toujours revendiqué, je l'ai pratiquée et continue de la pratiquer, dans mon métier d'actrice. Quand je lui ai annoncé, très jeune, mon souhait, après qu'il m'ait entraînée dans la salle d'opération pour une amputation de jambe — idéal pour être dégoûtée à jamais de la profession de chirurgien — il m'a asséné : « C'est un métier de perroquet, ce n'est pas un métier créateur, tu répètes les mots des autres et si tu fais du théâtre, c'est parce que tu n'es pas capable de faire autre chose. »

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Informations

Publié par
Date de parution 18 juillet 2019
Nombre de lectures 2
EAN13 9782140126833
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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la recherche scientiIque que lui. Mais la recherche, et
de la pratiquer, dans mon métier d’actrice. Quand je lui
parce que tu n’es pas capable de faire autre chose. »
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Maria Laborit
LA RÊVEUSE ÉVEILLÉE
Préface de Christian Morel de Sarcus
LA RÊVEUSE ÉVEILLÉE
Théâtre des 5 Continents Collection dirigée par Robert Poudérou et Fanette Vendeville Dernières parutions 394 – Alan ROSSETT,Meuf de piquede suivi Les Fugueurs de Meaux, 2019. 393 – Jean-Michel BAYARD,Que meure celui qui flanche, 2018. 392 – Christophe ROHMER,L’escalier, 2018. 391 – Mohamed BOUNOUARA, Asile de nuit, 2017. 390 – Grégory GOUTAY,L’écrou,2017. 389 – Hasan ERKEK,La contrepartie ou L’échange,2016. 388 – Damir BENALI,Msafumu, la fin d’un sultan et du système des sultanats comoriens,2016 387 – Hocéïn FARAJ,La nuit de Santiago, 2016. 386 – Christian MOREL DESARCUS,Vichyssitudes, 2016. 385 – Isabelle VIGIER,Le ventre de Dieu,2016. 384 – Brigitte MOLKHOU,Novembre Alger, 2016. 383 – Caroline DUMAS DERAULY,Les Oies brûlent quand elles visitent la savane, 2016. 382 – Vincent DHEYGRE,Out of memory. Mémoires vives, 2016. 381 – Hurel Régis BENINGA,Sangueroew. Sur le chemin de l’Élysée, 2016. 380 – Sébastien ARCHI,Aux enfants qui n’ont pas vu la mer, 2016. 379 – Jules MOREAUX,Les Vendanges de l’azur, 2016. 378 – Monique LANCEL,Molière, la belle aventure, 2015. 377 – Alessandro AVELLIS,Da Vinci contre Michel-Ange, 2015. 376 – Julien GUYOMARD,Immersion, 2015. 375 – Jean-Luc JEENER,Le mariage, 2015. 374 – Jean-Luc JEENER,Alzheimer, 2015. 373 – Lou FERREIRA,Révélations, 2015. 372 – Pierre LAGORCE,Elie, mon nom secret, Et autres pièces, 2015.
Maria Laborit
LA RÊVEUSE ÉVEILLÉE Préface de Christian Morel de Sarcus
© L’Harmattan, 2019 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-17331-3 EAN : 9782343173313
PREFACE
de Christian Morel de Sarcus
Écrire pour le théâtre. Découvrir, à son insu (au début) que marchent, dans la ville, les personnages sortis de son imaginaire, et sentir monter, délicatement, la crainte délicieuse de ne pas être sûr de pouvoir les convoquer. Ainsi, le texte demeurerait une tentative aride expérimentale, un récit désincarné où l’auteur, souffleur pervers, distille les réponses convenues à des personnages de cire. Le jour de plus où je me rendais dans un théâtre municipal, voir le spectacle inconnu d’un autre, cet énervant qu’il faut vouloir aimer, toujours, pour ne pas mourir d’une thrombose d’indignation, je ne m’attendais pas à rencontrer le personnage d’une de mes pièces. Pour faire montre de ma santé mentale, j’indique, clairement, que ce personnage ignorait, avec beaucoup de grâce, appartenir à ma création. C’était une dame, une dame en blanc, assez désinvolte, qui en avait vu d’autres. Ce n’était pas tout à fait n’importe qui. Je l’avais vue, à Chaillot, quelques années plus tôt. Je l’observais, comme seuls les tueurs en série, les obsédés sexuels et les auteurs de théâtre, qui partagent tant de traits, peuvent s’y complaire. Elle remarqua vite le manège. Puis, comme dans le miracle de l’amour, elle me répondit, sans mots illusoires (j’en ai des preuves immatérielles), quelques jours plus tard : « C’est bien moi. »
Je venais de rencontrer Maria Laborit. Elle venait de rencontrer ma pièce. C’est impressionnant quelqu’un qui ne concède rien. De la force, issue de l’impossibilité baguée à certains êtres de pouvoir résister, un sens de la rigueur et de la parole donnée, un jaillissement caché, réservé aux meilleurs sourciers - les Lavelli, Cacoyannis, Miquel, Jessua, Resnais et tant d’autres - un désir de scène comparable à la passion fiévreuse : ainsi est cette tragédienne, cette femme ardente, qui accepte totalement lorsqu’elle a l’a décidé. En écriture, non plus, elle ne se dérobe pas. Elle écrit, avec le désespoir de l’énergie. Père, amants, comédie, réussites et plongées, morsure du mal : elle malmène mensonge et convenances. Je crois qu’elle aime la lumière avec excès. Orgueilleuse de son parcours ? Elle pourrait l’être, mais elle dédaigne cette facilité, sûrement vulgaire pour elle. Hier ? Oui, pas mal. Demain : seulement sous le soleil ! Écrire pour le théâtre, cette folie, alors qu’il y a tant de très vieux auteurs morts, sans droits et sans risques ? Sans hésitation. Ses mots, à elle : « Oui, c’est moi. » Sans hésitation.
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PROLOGUE Elle ne peut plus rêver, mon impossible amour, mon père, m’a laissée, je dois apprendre à désirer le métier d’actrice que j’ai choisi contre le désir impérialiste d’un père qui voulait que son enfant préféré choisisse la même vie de la recherche scientifique que lui. Mais la recherche, et je l’ai toujours revendiqué, je l’ai pratiquée et continue de la pratiquer, dans mon métier d’actrice. Quand je lui ai annoncé, très jeune, mon souhait, après qu’il m’ait entraînée dans la salle d’opération pour une amputation de jambe – idéal pour être dégoûtée à jamais de la profession de chirurgien – il m’a asséné : « C’est un métier de perroquet, ce n’est pas un métier créateur, tu répètes les mots des autres et si tu fais du théâtre, c’est parce que tu n’es pas capable de faire autre chose ». Ce qui eut pour effet, non de changer mon choix, mais de commencer une licence d’espagnol, pour lui prouver le contraire tout en commençant à jouer à l’université. Mais au début de mon apprentissage de l’art dramatique, j’avais un certain mépris pour ce métier. Heureusement j’ai rencontré un formidable pédagogue qui m’a fait comprendre que je n’avais pas à m’excuser d’être sur scène ! Cela a été la première prise de conscience selon laquelle le théâtre était le moyen de mettre à distance cette fusion (inconsciente jusqu’alors) entre mon père le génie scientifique et mon désir de petite fille qui avait très vite senti que je devais fuir pour exister. Dans ma vie amoureuse, jusqu’à un âge avancé, c’est-à-dire la mort de mon père, j’ai toujours pensé que l’amour était ce que j’éprouvais sur scène et non pour les hommes
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