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Le choix d'une vie

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Description

Ambre, jeune femme réservée, va voir son existence bouleversée par sa rencontre avec Nathaniel.


Celui-ci va l'entrainer dans un avenir incertain fait de déconvenues et de découvertes, qui remettra en cause toutes les certitudes de la jeune femme.


Pourquoi les amis de la jeune fille s'opposent-ils à cette relation ?


Nathaniel qui fait chavirer le cœur d'Ambre est-il réellement l'amoureux transi qu'il laisse paraitre ?



Cette histoire vous entrainera dans un monde où la différence fera face à l'amour.


Réédition

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 21
EAN13 9782819105985
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Lola T.
 
 
 
 
Le choix d’une vie
 
 
 
 
 
 
« Le Code de la propriété intellectuelle et artistique n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite » (alinéa 1er de l’article L. 122-4). « Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal. »
 
 
© 2020 Les Editions Sharon Kena
www.leseditionssharonkena.com
 
Aux trois femmes de ma vie :
ma mère,
ma sœur,
ma fille,
Table des matières
Table des matières
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Épilogue
Remerciements :
 
Chapitre 1
Le jour meurt doucement. Je suis assise sur mon lit depuis un long moment à regarder mon album photo, laissant mes souvenirs vagabonder au gré de leurs envies. Dix-huit mois de ma vie en clichés, renfermant espoirs et peines, larmes et sourires, épreuves et passions. Dix-huit mois déjà qu’il a entièrement réécrit mon avenir, depuis que son regard s’est posé sur moi. En peu de temps, il a tout bouleversé. Il a remis en cause ma façon même de penser. Il est devenu mon tout, mon univers si rapidement que cela m’effraye encore parfois. Moi qui ne croyais pas au coup de foudre, je suis obligée de m’incliner devant ce sentiment puissant. Cette attraction incontrôlable qui vous compresse la poitrine, vous empêche de respirer et allume en vous ce feu qui vous consume lentement, si vous n’êtes pas proche de l’objet de votre désir. Une passion aussi magique qu’effrayante. Et une question passe inlassablement en boucle dans mon esprit. Avec du recul et en connaissant les faits, aurais-je fait le même choix de vie ? Pour répondre à cette question, il me faut replonger dans mon passé, dans les méandres de mes pensées lointaines, et reprendre tout depuis le début. Plus précisément, le jour de la nouvelle année. Là où tout a réellement commencé…
 
*****
 
C’était l’effervescence autour de moi. Les gens décomptaient, tout comme mon amie Nelly, les dix dernières secondes avant le passage à la nouvelle année. Les coupes se levèrent. Des cris retentirent, ainsi que des applaudissements. Minuit avait sonné. Des milliers de confettis dorés tombèrent sur nous.
— Bonne année ! s’écria mon amie avec enthousiasme en me serrant dans ses bras.
Autour de nous, des convives inconnus nous firent la bise. Il régnait une ambiance euphorique et chaleureuse. La musique se remit en route sous les acclamations des invités. Si je partageais la joie qui fusait autour de moi, mes yeux scrutaient la grande salle de réception avec insistance. Je croisai brièvement le regard mécontent de Victor, en comprenant le but de mon inspection. J’aimais énormément le frère de mon amie. Ils étaient tous deux très importants dans ma vie. Pourtant, depuis que Victor m’avait présenté l’un de ses vieux amis, Nathaniel, une distance s’était formée entre nous. Nathaniel Lacroix. L’homme que mes yeux cherchaient désespérément. Il m’avait promis de venir danser avec moi, pour fêter cette nouvelle année qui s’ouvrait à nous. C’était bien avant qu’il n’interrompe nos rencontres. Mais, intérieurement, j’espérais qu’il tiendrait sa promesse, pour que cette nouvelle année nous conduise doucement vers un amour naissant. Je n’étais pas stupide. Je savais que son jeu de séduction m’avait littéralement ensorcelée dès que nos regards s’étaient croisés chez Victor. Lorsqu’il était venu rendre visite à son ami à son retour de l’étranger, mon cœur s’était emballé comme une adolescente. Je m’en souvenais comme si c’était hier. Nous discutions tous les trois d’un éventuel week-end entre amis, lorsque la sonnerie de la porte avait retenti. Sans cesser ces suggestions, Victor était allé ouvrir. Deux secondes plus tard, des cris résonnaient dans le couloir. Curieuses, Nelly et moi nous étions précipitées pour voir l’origine d’un tel enthousiasme. Dans les bras de Victor, un homme laissait exprimer avec autant d’énergie le bonheur de retrouver son ami. Un spectacle agréable à regarder, qui nous avait fait sourire. Victor n’était pas une personne très démonstrative dans ses sentiments, du moins devant témoins. Affectueux certes, mais avec une certaine retenue, qu’il laissait tomber dans l’intimité.
— C’est Nathaniel, m’avait précisé Nelly. Plus qu’un ami, il est comme un frère pour Victor. Il vit à l’étranger en ce moment et cela faisait des mois qu’il n’était pas revenu.
— Effectivement, ils ont l’air de beaucoup s’apprécier.
— Ils s’adorent ! Rien ne peut les séparer. En plus de leur amitié, ils ont également leur travail en commun.
— Je croyais que Victor travaillait dans l’import/export ?
— C’est exact. Ils ont tous deux une entreprise dans la même activité. Victor en France et Nathaniel en Angleterre. Mais aucune rivalité entre eux, bien au contraire.
La fortune de mon ami était connue de tous. Malgré cela, il aimait vivre simplement, dans un quartier modeste. Je savais de source sûre qu’il avait d’autres biens en sa possession, mais jamais il n’étalait sa richesse. Après de longues minutes d’accolades et de tapes dans le dos, ils s’étaient écartés l’un de l’autre. Et son regard s’était posé sur moi. Un regard marron profond, qui m’avait immédiatement subjuguée. Malgré le sourire affable sur ses lèvres, on pouvait voir une certaine dureté sur son visage. Victor s’était empressé de faire les présentations. Je suis certaine que j’avais rougi de confusion à cet instant-là, en me rendant compte de mon insistance à le fixer. J’avais passé le reste de la soirée à les écouter se remémorer leurs souvenirs d’antan. Une bagarre dans une discothèque, une réception trop arrosée, un béguin pour la même fille quelques années auparavant, un soutien moral, l’un envers l’autre, lors de moments difficiles. C’était agréable de voir Victor bien plus détendu qu’à l’accoutumée. Durant toute la conversation, Nathaniel n’avait de cesse de m’observer discrètement, avec subtilité, sans attirer l’attention. Son jeu de séduction s’était mis en marche dès que nous avions été présentés et cela m’avait littéralement ensorcelée. Cela faisait peut-être un peu cliché, comme l’avait souligné Nelly à l’époque. Et c’était certainement vrai. Cependant, je ne pouvais nier mon attirance envers lui. Cette soirée fut une véritable révélation pour moi. Je souhaitais que cet homme entre dans ma vie.
Fréquemment, Nathaniel venait dîner chez Victor. Nelly et moi faisions en sorte d’être conviées. Des soirées vraiment enchanteresses. Nous passions des heures à écouter de la musique, à discuter de Londres, là où Nathaniel vivait une partie de l’année. Lui et Victor retrouvaient leur complicité d’antan, et très souvent des éclats de rire résonnaient dans la demeure. Au fil de ces rencontres, mon intérêt pour lui devint plus personnel. Je n’étais plus adulte devant lui, je redevenais une adolescente inconsciente, maladroite et rougissante dès le moindre compliment. En secret, je rêvais qu’il m’invite un soir à un dîner en tête-à-tête. Ce ne fut pas le cas. Victor, comprenant qu’un rapprochement était envisageable, se mettait constamment entre nous. Un jaloux, mon ami. Nathaniel continuait donc de me charmer avec de petits gestes d’attention, des compliments, des paroles chuchotées à l’écart et en secret. Ces heures furent empreintes d’allégresse. Un soir, en évoquant le réveillon de la Saint-Sylvestre tout en dégustant un repas mexicain, Nelly parla de la soirée organisée par son frère. Nathaniel y porta un intérêt certain au point que son ami le convia à y participer. Invitation qu’il accepta avec enthousiasme.
— Je danserai avec toi pour cette grande occasion, me murmura-t-il au creux de l’oreille. Notre première danse, un moment que j’attends avec impatience.
Cette promesse, j’en fis part à Nelly. Ravie pour moi, elle m’encouragea dans cette direction, ayant compris très rapidement mon intérêt pour le beau Nathaniel.
— Observe-le. Découvre ses attentes et sois prête le moment venu, me conseilla-t-elle.
Ce petit jeu du chat et de la souris, qui s’était installé entre nous, m’amusait, me faisant espérer une évolution vers une relation plus intime. Des moments que l’on aime savourer, pas encore réellement proches et pourtant si bien ensemble.
Malheureusement, sans que j’en connaisse la raison, Victor et Nathaniel eurent des divergences, assez importantes pour que celui-ci ne soit plus le bienvenu dans la famille Lévèque, ainsi que dans tous les endroits où Victor apparaissait. Cela se passa le soir où ma mère quitta la demeure pour rejoindre sa sœur, qui venait de perdre son mari. Celle-ci se laissait aller à la nostalgie, les fêtes approchant n’arrangeaient en rien son moral. Avec mon approbation, elle décida de passer les jours suivants avec elle afin de la soutenir. N’ayant pas pris part au désaccord de mes deux amis, je questionnai en vain Victor, qui resta silencieux à mes demandes d’explications. Nelly, absente ce jour-là, n’obtint pas plus de réponse. Nathaniel ne me donna plus signe de vie et mon amitié avec Victor en fut ébranlée. Je me languissais de le revoir, de retrouver sur moi son regard dur et pourtant si charmant. Depuis ce jour, mon téléphone resta muet de ses messages. Je détournai mes yeux vers les danseurs non loin de moi. Se montrer ici en cette nuit de fête aurait été un affront envers Victor. Je m’en rendis compte et commençai à perdre espoir qu’il ne franchisse cet interdit, juste pour tenir une promesse qu’il m’avait faite bien des jours auparavant. D’ailleurs, il n’avait pas cherché à me contacter depuis, et n’avait donc pas confirmé sa venue. Un doute s’empara de moi. Allait-il venir ?
— Ambre, tu es dans tes pensées ! me cria mon amie en me tendant une coupe de champagne que je refusai.
Une heure du matin, ma déception était grande. Il n’était pas venu.
— Ambre ? s’inquiéta Nelly en me prenant la main. Tout va bien ?
— Je suis fatiguée, je préfère rentrer.
— Mais…
Je me dépêchai de reprendre afin de ne pas m’engager dans une discussion qui ne mènerait nulle part.
— On se voit demain. Profite, ma belle, lui dis-je en apercevant son petit ami Blaise, qui venait de nous rejoindre.
Elle m’embrassa tendrement. Elle était d’une allure naturellement élégante. Grande, fine avec des cheveux qui lui arrivaient aux fesses, elle ne laissait que peu d’hommes insensibles. Leurs espoirs étaient vains, elle n’avait d’yeux que pour son amoureux. Dès qu’il s’approchait, son beau regard violet se mettait à briller. Parfois, je l’enviais. Je n’avais pas sa beauté ni sa grâce naturelle, et encore moins un homme pour me prendre dans ses bras. Cependant, j’étais heureuse pour elle, sincèrement. Je parcourus une dernière fois la pièce des yeux, avant de tourner les talons vers la sortie. Victor se mit sur mon chemin.
— Tu nous quittes déjà ?
— Oui, je suis exténuée.
— Nous n’avons même pas dansé ensemble.
— Une autre fois, je suis vraiment fatiguée.
— Vraiment ? Ou es-tu déçue qu’une certaine personne ne soit pas présente ?
— À qui la faute ?
— C’est mieux pour toi. Cela ne doit pas t’empêcher de t’amuser en cette belle nuit.
— Mieux pour moi ou mieux pour toi, Victor ?
Il ouvrit la bouche pour me répondre et se ravisa. Il s’écarta en levant les mains au ciel. Je l’aimais énormément, mais, à cet instant, je ressentis simplement une rancœur à son égard. Victor m’avait toujours soutenue dans mes projets, professionnels ou personnels. Pour une fois, il était la cause de ma déception et n’avait même pas la délicatesse de me confier la raison de cette soudaine séparation avec son ami si cher à son cœur. Je détournai les talons et m’éloignai sans un dernier regard. Cette nouvelle année ne démarrait pas sous les meilleurs auspices. Je pénétrai dans le vestiaire pour y récupérer mon manteau, avec en fond une douce mélodie qui me parvenait de la piste de danse. J’étais peinée qu’il ne se soit pas présenté à moi, lorsqu’un corps se pressa contre mon dos. Son parfum épicé embauma tout l’espace et, souriante, je laissai l’arrière de ma tête se poser contre son torse. Une sérénité s’empara de moi, comme si soudainement dans ce lieu réduit, lui seul comptait.
— Je t’avais promis une danse, chuchota-t-il à mon oreille en me retournant vers lui. Et je tiens toujours mes promesses. N’en déplaise à certains.
— Tu es venue, soufflai-je, heureuse.
— Rien n’aurait pu m’en empêcher.
Ses beaux yeux marron me fixaient et un large sourire éclairait son beau visage. Grand, bien plus que moi, les cheveux châtains, dont le dessus était toujours en peu ébouriffé, il avait un charme incontestable, malgré cette dureté que je ne pouvais définir et qui persistait continuellement, que ce soit sur son visage ou dans ses expressions. Pourtant, à cet instant, je crus la voir disparaître l’espace d’une seconde. Il commença à me faire tournoyer doucement au son de la musique, resserrant son étreinte pour que nos corps se collent l’un à l’autre. Je posai ma joue contre son torse et me laissai bercer dans ce moment de pur bonheur, que j’avais espéré tant de fois, et qui se révélait être à la hauteur de mes attentes. Je m’imprégnai de son parfum et de la chaleur de son corps. Sa gestuelle était douce et précise, il menait la danse avec habileté. Un moment de légèreté où seul le bien-être nous entourait. Une bulle qu’il formait de ses bras et qui m’enveloppait avec félicité. Trop tôt, la musique prit fin et un son plus rythmé se fit entendre. Un instant, nous restâmes ainsi sans bouger, avant qu’il ne brise le silence.
— Une promenade te tenterait-elle ?
— Une promenade à cette heure-ci ? Il ne fait pas très chaud dehors.
— Qui te dit que nous allons rester à l’extérieur.
J’avais souhaité sa présence toute la soirée, espérant pouvoir me perdre dans son regard et m’imprégner de lui, tout en essayant de savoir s’il m’avait réellement manqué, ou si tout cela n’était qu’une illusion due à son éloignement. Cette danse renforça mes certitudes, j’aimais être près de lui. Cette proposition était très alléchante. Il me fixa avec un léger sourire à la commissure des lèvres, les yeux pétillants, plein d’espoir.
— Nathaniel !
Cette voix cassante vint briser cet instant de magie.
— Victor, rétorqua mon cavalier sans détourner son regard vers lui.
— Ta présence n’est pas souhaitée.
— C’est pour cela que nous partons.
— Ambre n’ira nulle part avec toi.
Enfin, le regard de Nathaniel se posa sur celui de son ex-ami. Victor le regardait avec insolence, presque provocateur. Je mis ma main sur le bras de Nathaniel et pris la parole. Je respectais Victor et j’avais pour lui une profonde affection. Je lui étais même redevable de veiller sur moi avec autant d’attention. Depuis mon arrivée dans le quartier, il m’avait pris sous son aile, protégeant en permanence ma personne et mon bien-être. À y songer, peut-être était-ce un peu trop. Cela ne lui donnait en aucun cas le droit de parler à ma place ou de prendre la moindre décision pour moi sans m’avoir concertée au préalable.
— Vraiment ? répondis-je, un peu agacée. Je ne sais pas ce qui se passe entre vous, et cela ne me concerne pas, mais tu n’as pas à me dicter ma conduite.
— Je veux juste t’empêcher de souffrir inutilement.
— À cause d’une promenade ?
— Fais-moi confiance, insista-t-il. Il est préférable que tu restes avec nous cette nuit.
— Pourquoi ?
Il me jugea un long moment avant de souffler longuement en enfonçant ses mains dans les poches de son pantalon. Aucun argument valable ? Il était temps pour nous de prendre congé.
— Allons-y, Nathaniel, annonçai-je sèchement.
Celui-ci m’aida à mettre mon manteau et nous sortîmes sous le regard furieux de Victor. Nathaniel m’ouvrit la porte de sa voiture. J’avais la conviction que si j’acceptais de le suivre, ma vie allait prendre un nouveau tournant. Je me retournai une dernière fois. Victor me jaugeait du haut de l’escalier, espérant sans doute me voir faire demi-tour. Mes yeux se tournèrent ensuite vers ceux de mon compagnon. Un large sourire aux lèvres, je montai dans la voiture.
Il garda sa main sur la mienne tout en conduisant. À travers la vitre, je voyais défiler le paysage éclairé par les lumières des réverbères et les décorations qui se reflétaient dans des ombres légères sur la route partiellement mouillée. Des feux d’artifice amateurs se faisaient entendre, illuminant parfois le ciel de couleurs multiples. Des klaxons fêtaient cette nouvelle année, des promeneurs riaient, s’embrassaient. Le changement d’année apportait joie, bonheur, légèreté et insouciance durant quelques heures. Comme un rituel qui se répétait inlassablement. Et j’aimais cet esprit. Je détournai mon regard vers l’homme assis près de moi, étrangement, je savais qu’à cet instant, un nouvel avenir s’ouvrait à moi.
Chapitre 2
— Ce n’est pas une chambre, mais une suite ? m’étonnai-je en pénétrant dans l’hôtel où il vivait.
— Je n’ai pas encore trouvé une maison qui me convienne depuis mon retour. Champagne ?
Je détaillai la suite avec intérêt. Nous étions dans un petit salon, à la hauteur d’un quatre étoiles, évidemment. Deux canapés en vis-à-vis, recouverts d’un tissu écru, apparaissaient. Un grand écran au mur attendait d’être allumé. Dans une petite alcôve se trouvait un bureau avec un ordinateur mis en veille et, de l’autre côté, un bar. Entre les deux divans, une table, où un plateau chargé de mini-pâtisseries dégageait une odeur de sucré très agréable. A priori, j’étais attendue, ce qui me fit sourire. À droite de la pièce, deux portes se dessinaient. À gauche, une dernière. Comme elles étaient closes, je ne vis pas ce qu’elles desservaient. Certainement des chambres et salles de bains. Nathaniel, à la différence de Victor, affichait sa fortune ouvertement et aimait vivre dans un luxe certain.
— Champagne ? redemanda-t-il.
— Je veux bien, merci.
— Je suis ravi que tu sois là. Et puisque je ne te l’ai pas encore dit, tu es vraiment resplendissante dans cette tenue, rajouta-t-il en me tendant une coupe et en m’invitant à prendre place près de lui.
Je sentis mes joues s’embraser. Je portais une robe droite, gris perlé qui datait des années vingt, une tenue assez rétro à petites manches. Mes cheveux blonds étaient relevés en chignon et j’avais légèrement souligné mes paupières d’une ombre argentée afin de donner de la profondeur à mes yeux d’un marron trop clair. Cet homme était d’une beauté que personne ne pouvait remettre en question, et j’étais toujours surprise qu’il puisse s’intéresser à moi. Je n’ignorais pas avoir un certain succès sur la gent masculine, mais rien en comparaison de Nelly. Je n’étais pas pourvue, comme elle, d’une silhouette fine et élancée. De taille moyenne, j’étais dotée de formes plus généreuses ; plus simple, moins gracieuse dans mes mouvements. Son regard sur moi me troublait, sa présence également. C’était peut-être indécent de se retrouver dans la chambre d’hôtel d’un homme pratiquement inconnu. Je n’en ressentis aucune gêne, comme si tout cela était une évidence. Je me demandais juste pourquoi moi.
— Ai-je dit quelque chose qui t’ait mise mal à l’aise, Ambre ? Tu as l’air toute pensive.
— Eh bien, je pensais qu’un homme comme toi devait séduire de très jolies femmes et je me demandais pourquoi…
— Ne te trouves-tu pas belle ?
— Je n’ai pas le charme de Nelly ni sa grâce naturelle.
— Tu te sous-estimes. Tu es ravissante, crois-moi. Regarde par exemple Victor, il n’a d’yeux que pour toi.
Le rouge me monta de nouveau aux joues. Sa voix était calme et posée, sincère dans ses propos. Il leva son verre vers le mien avec un large sourire.
— À toi ! s’exclama-t-il. Jeune et jolie femme quoi que tu en penses.
— Pourquoi es-tu fâché avec ton ami ? osai-je demander.
— Cela ne te concerne en rien. Victor est très têtu, une broutille. Cela s’arrangera vite lorsqu’il comprendra que la décision que j’ai prise sur le sujet qui nous oppose était la meilleure.
Je n’étais pas plus avancée.
Comme deux bons amis, la conversation vint machinalement. Il me parla de ses voyages. Ils étaient nombreux, mais, inlassablement, il revenait sur sa fascination pour Londres. Il aimait véritablement cette ville, cela se ressentait au son de sa voix, à l’enthousiasme qu’il prenait à me parler de ses beautés et mystères. Il aborda également sa passion pour la littérature, les polars ayant sa préférence, ainsi que son attirance pour les années vingt. Les années folles, libertinage, amusement, inconscience et interdits, voilà comment il les décrivait. Je cernais mieux la raison de son approbation de ma robe de soirée. À mon tour, je lui confiai mon désir d’ouvrir rapidement une boutique de vêtements vintage et lui avouai que j’avais également une passion pour la littérature, d’où mon métier du moment. Les romans se passant au dix-huitième et dix-neuvième siècle ayant ma préférence. Nous eûmes quelques fous rires en nous racontant des souvenirs d’enfance. Avec légèreté, il me conta combien de fois lui et Victor avaient fait les quatre cents coups ensemble, avant d’entrer dans la vie d’adulte et son lot de responsabilités. Je pus voir passer une expression de nostalgie sur son visage, rapidement chassée par l’ouverture d’un débat mouvementé sur nos goûts cinématographiques, très différents, je dois bien l’avouer. Les films en noir et blanc pour lui, les séries pour moi. Chacun défendait ses choix personnels avec de bons arguments. Il était tantôt amusé devant ma répartie, tantôt agacé face à ma détermination. J’avais déjà eu ce genre de conversation une fois avec Victor. Je passais alors la soirée avec lui et sa sœur. En désaccord sur le programme, nous avions débattu durant des heures de ce que nous aimions et pourquoi, au grand dam de Nelly, qui nous avait vite abandonnés. Je me rendis compte qu’il avait les mêmes références que Nathaniel, ce qui me fit sourire. En fin de compte, le débat se conclut lorsque nous décidâmes de camper l’un comme l’autre sur nos positions. En regardant furtivement ma montre, je m’aperçus que le temps avait filé comme un souffle.
— Il est presque quatre heures, je devrais rentrer chez moi. La journée a été longue, dis-je à contrecœur, sentant la fatigue peser sur mes épaules.
Il se leva sans un mot et alluma la télévision passant de chaîne en chaîne jusqu’à ce qu’il trouve une musique assez mélancolique.
— Une dernière danse avec toi serait très agréable.
Je me levai en souriant. Cette attention me toucha, et je retrouvai immédiatement le plaisir de me blottir dans ses bras. L’odeur de son parfum épicé m’embauma de nouveau et je me laissai aller à ce moment de partage, aussi intense que sensuel. J’aimais la façon dont ses hanches bougeaient, se collant à moi légèrement, sans exagération. Un simple frôlement, comme la caresse d’une plume. Je relevai la tête vers lui, ses yeux pénétrèrent les miens. Il se figea, puis s’écarta rapidement. La musique avait cessé et la voix rauque d’un animateur se fit entendre.
— Je vais te raccompagner si tel est ton désir.
À ma demande, il m’indiqua la salle de bains, la porte isolée à gauche. J’avais besoin de me rafraîchir, cette dernière danse ayant provoqué chez moi une montée de température soudaine. Tout en marbre, desservant une douche, une baignoire et une double vasque, elle était aussi spacieuse que le salon lui-même. Une autre porte ouvrait sur les toilettes. Je me lavai les mains et regardai mon reflet dans le miroir en grimaçant. J’étais vraiment très fatiguée et des cernes marquaient grossièrement le dessous de mes yeux. Néanmoins, ils brillaient de satisfaction.
Lorsque je ressortis, il se tenait debout, les mains dans les poches de son pantalon. Dans son costume sombre, il était vraiment craquant. Nos yeux se croisèrent et, en deux enjambées, il était devant moi, ses mains entourant mon visage.
— Je ne t’ai même pas souhaité une bonne année.
— Ce n’est pas grave, arrivai-je à articuler avec difficulté.
Mon cœur battait si fort que je crus qu’il allait s’envoler de ma poitrine. Sur sa bouche, un petit sourire en coin se forma et, l’instant d’après, il m’embrassait tendrement.
— Bonne année, Ambre, murmura-t-il en laissant sa langue glisser sur ma lèvre inférieure.
Je nouai mes bras autour de son cou et ouvris légèrement ma bouche, afin que sa langue puisse venir entourer et découvrir la mienne. Un baiser voluptueux qui me coupa le souffle. Il embrassait sublimement bien. Je savourai cet instant que j’avais imaginé des dizaines de fois, seule dans mon lit. Bien plus divin que tout ce que j’avais pu espérer. Ses lèvres étaient douces et chaudes, ses baisers langoureux et possessifs à la fois. Un contraste qui me fit frissonner. Lorsqu’il s’écarta de moi, j’avais envie de le supplier de recommencer.
— Reste avec moi cette nuit.
— C’est-à-dire que…
— Il y a deux chambres, mademoiselle Muller. Je veux juste pouvoir prendre le petit déjeuner avec toi demain matin.
Je plissai légèrement les yeux, faisant une rapide analyse de la situation. Il était tard, je me trouvai avec un homme charmant qui désirait ma présence sans pour autant me faire de proposition indécente, dès le premier soir. Un espoir ou une occasion favorable ?
— C’est très prévenant d’avoir pensé à prendre une suite avec deux chambres.
— J’espérais sincèrement que l’on finisse cette soirée ensemble.
— Et tu avais tout prévu…
— Je suis un homme qui aime prendre son temps avant de faire crier de plaisir la femme qu’il désire en la possédant, me coupa-t-il. Mais j’aime également avoir le contrôle sur celle qui m’accompagne. Je te le promets, cette nuit, tu ne crains rien.
Je sentis mes joues rosir encore une fois. Je n’étais pas prude. J’avais eu différentes relations plus ou moins sérieuses. J’avais déjà expérimenté diverses choses. Mais l’envie de m’offrir totalement à un homme ne s’était jamais fait sentir jusqu’à ce soir-là. À vingt-deux ans, cela pouvait surprendre, c’était un choix personnel que j’assumais parfaitement. Je savais que le moment venu, ma décision me semblerait naturelle, une véritable évidence. Nathaniel me troublait, un tourbillon nouveau naissait en moi, puissant et dévastateur, lorsque j’étais près de lui. Impatient et brûlant ou quand j’étais éloignée de lui. Mais toujours présent en toutes circonstances. Lui appartenir était un doux rêve que je comptais bien réaliser. Mais pas ce soir. Pour notre première offrande, je souhaitais un moment unique et parfait.
— Je veux bien rester, finis-je par répondre.
— J’en suis ravi. Bien plus audacieuse que je ne l’imaginais.
— Tu y es pour beaucoup, crois-moi.
Il m’embrassa encore longuement, avec une passion dévorante. Si dévorante que je fus déçue lorsqu’il referma la porte de ma chambre en me souhaitant de bien dormir. Quelques baisers supplémentaires ne m’auraient pas déplu. Cet homme était un tortionnaire et chamboulait ma façon de penser toutes les deux secondes.
Je me laissai tomber sur le lit king size , qui faisait presque toute la chambre. Je passai rapidement la chemise qu’il avait posée sur mon lit. Une chemise à lui. Il avait donc tout anticipé et la soirée se déroulait comme il le désirait. Puis, je me faufilai sous la couette. Je caressai doucement mes lèvres de mes doigts, avant de sombrer dans un doux sommeil. La nouvelle année s’annonçait sous de bons auspices.
La journée était déjà bien avancée lorsque j’ouvris les yeux. Longuement, je restai là sur le dos à fixer le plafond sans bouger, à me remémorer ma fin de soirée. Il était venu ! Malgré l’animosité de Victor, bien qu’il ne fût pas le bienvenu. Il était venu à moi. Rien que ce fait m’emplissait de joie. Je sautai du lit pour prendre une douche. Je fus d’ailleurs ravie qu’il y en ait une attenante à ma chambre. N’ayant pas d’autre choix, je remis ma robe de soirée. J’enfilai également la chemise qu’il m’avait prêtée pour la nuit, la nouant par devant. Je laissai mes longs cheveux blonds détachés et maquillai légèrement mon visage. Sac à la main, c’est avec hésitation que j’ouvris la porte. Le salon était silencieux. Les grands rideaux tirés laissaient entrer le soleil brillant de l’hiver. La table avait été nettoyée et une cafetière, ainsi que des viennoiseries, remplaçait les flûtes de champagne et le reste de pâtisseries. Je n’avais pas l’habitude de tant de délicatesses et d’attentions. Je pourrais rapidement m’y habituer, c’était fort plaisant.
— Bonjour, mademoiselle Muller.
Je sursautai en l’apercevant derrière son ordinateur. En jean et pull, pieds nus, il avait l’air plus jeune, plus détendu. Il se leva et m’invita à prendre un café en sa compagnie. Un soir, Victor m’avait confié que son ami était un obsédé du travail, bien plus que lui, et cela se vérifiait. Le premier jour de l’an, il était devant son ordinateur.
— Même le jour de la nouvelle année tu travailles ?
— Je répondais à quelques mails. Mon activité me prend effectivement beaucoup de temps. Mais pour satisfaire ta curiosité, ces messages ne concernaient en rien le boulot. Une agence m’a trouvé trois villas qui pourraient me convenir, je souhaite les visiter rapidement.
Je détournai légèrement mon regard, gênée de mon impolitesse. J’étais curieuse, un défaut que je n’arrivais pas à corriger. Malgré tout, je continuai de me renseigner.
— Tu as donc décidé de ne pas repartir à Londres dans l’immédiat ?
Victor m’avait laissé entendre le contraire, il était préférable de demander directement à l’intéressé.
— J’ai des employés qui sont payés très largement pour me remplacer lorsque cela est nécessaire. De plus, je peux travailler d’ici sans problème. Donc, oui, Ambre, j’ai décidé de rester un moment.
Cette nouvelle me mettait en joie. Je ne laissai rien paraître et avalai mon café avant de me lever.
— Je dois rentrer chez moi. Je vais aller appeler un taxi.
— Je vais te raccompagner.
— Ce n’est pas nécessaire, je t’assure.
— J’insiste.
— Je suis une grande fille, tu sais.
— Et moi, j’aime que l’on ne me contredise pas lorsque je propose mes services.
J’aime avoir le contrôle , m’avait-il signalé la veille. Je comprenais mieux le sens de ses paroles. Les hommes et leur besoin de supériorité. J’esquissai avec un petit sourire.
Il s’éclipsa dans sa chambre afin de mettre des chaussures et un blouson en cuir. Gentiment, il...

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