Louise Dubois-Mogan

Louise Dubois-Mogan

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194 pages
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Description

Clotilde virevolte devant la glace. Louise la regarde, l'analyse, comprend que sa mère a déjà tourné la page Singer". Elle, elle a décidé de son avenir. Elle rêve, chante, dessine, invente. La réalité ne lui convient pas: elle veut vivre autrement, en créant pour juste frôler le réel, sans y entrer vraiment. C'est dans l'imaginaire qu'elle se sent le mieux. Elle a une collection de petits carnets. Elle y invente des histoires, des poésies, toutes illustrées d'oiseaux de feux, de couleurs violentes ou pastel, de formes harmonieuses ou démoniaques, c'est selon son humeur." Louise, Clotilde, Jacqueline, Élodie, Camille... Autant de personnages qui composent la galerie féminine de ce roman qui dit leurs destinées croisées et leurs solitudes, leurs blessures et leurs quêtes du bonheur. Situé dans une France d'après-guerre âpre, où les libertés féminines restaient à conquérir, où les tabous et interdits faisaient loi, où les apparences dissimulaient tant de secrets, ce texte aux figures cernées avec sensibilité nous entraîne dans une ronde où les femmes sont des danseuses qui tantôt trébuchent, tantôt prennent leur élan sur les chemins escarpés de la vie.

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Ajouté le 22 janvier 2015
Nombre de lectures 28
EAN13 9782342033588
Langue Français
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Louise Dubois-Mogan
Du même auteur
Opopanax, Recueil de nouvelles, Éditions Publibook, 2010
Nicole Thévenart Louise Dubois-Mogan
Publibook
Retrouvez notre catalogue sur le site des Éditions Publibook : http://www.publibook.com Ce texte publié par les Éditions Publibook est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Éditions Publibook 14, rue des Volontaires 75015 PARIS – France Tél. : +33 (0)1 53 69 65 55 IDDN.FR.010.0120090.000.R.P.2014.030.31500 Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2015
« Louise Dubois-Mogan, à vous, récitez… » La petite fille croise les yeux gris de son institutrice. Ils sont légèrement plissés et elle y décèle une moquerie qui la paralyse. Pourquoi se moque-t-elle ? Son nom, sans doute… D’ailleurs, les autres enfants, elle ne les appelle jamais par leur prénom et leur nom. Elle dit : « Camille, à vous… » ou bien : « Vas-y, petit Pierre, chante-nous – une poule sur un mur… » Dans cette classe unique de Compiègne, filles et gar-çons, grands et petits sont mélangés. Ils sont groupés par âges. Louise est parmi les plus grands. Elle a onze ans. Son père, M.Mogan, elle ne l’a pas connu. C’est un an-glais, lui a raconté sa mère. Elle lui en a dit le minimum et encore parce que son amie Jacqueline, férue de psycholo-gie, une « science » toute nouvelle, avait insisté. La mère s’était d’abord moquée de Jacqueline et lui avait dit que tout ça était probablement des sornettes. Mais Jacqueline avait tellement insisté : Jacqueline ne lâchait jamais, si bien que la mère, pour avoir la paix, avait parlé à Louise de sa naissance. Elle avait cinq ans. C’est tout ce qu’on lui avait dit C’était à la fin de la guerre. Un anglais. Depuis, plus rien. Quand elle était petite, elle ne com-prenait pas ce que c’était, un anglais, et puis, petit à petit… Elle avait fait le rapprochement : anglais, Angle-terre. Sur son livre de géographie, elle regardait ce pays en cachette. Ses yeux avides fouillaient les anses, les baies, les golfes de ce drôle de pays qui est une île. Elle le trou-vait beau, de forme équilibrée, s’élargissant harmonieusement vers le bas de la carte. Comme un trian-gle isocèle Et puis : une île… Elle voit des cocotiers, des
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perroquets multicolores, d’immenses plages de sable blanc… En écarquillant bien les yeux, peut-être que son Père en surgira ? « Louise, à vous, récitez… » Elle pensait à tout autre chose. Heureusement, elle est travailleuse ! (pas de place pour les paresseuses, lui répète Clotilde, sa mère) et connait sa fable de La Fontaine sur le bout du doigt. Depuis trois jours, elle l’apprend, la répète en s’endormant, en se lavant, en marchant… Elle se lève et les rires fusent. La mère lui a tricoté un pull avec des restes de laines : vert pomme, vert gris, vert émeraude, vert jaune… mais il manquait une bande et on a ajouté pour finir de la laine orange. C’est tout ce qu’il y avait. Louise l’aime bien, ce pull. Il est très chaud. Elle ne voit pas la bande orange au bas du dos. Rires sous cape. Les nattes tressautent, les mains se portent devant la bou-che, les yeux rient. La maîtresse sourit et fait taire les moqueurs. « Vas-y, Louise ! » encourage-t-elle. Ce ton gentil et le tutoiement lui mettent les larmes aux yeux. Elle a telle-ment envie d’être aimée ! Ravalant son émotion, elle commence. Au début, elle bafouille, les mots coincent dans sa gorge, puis elle prend confiance et termine en écartant les bras et avec une voix emphatique : « le loup l’emporte et puis le mange sans autre forme de procès… » Grand silence. Toutes les têtes sont tournées vers elle. On ne rit plus. Le ridicule pull vert n’existe plus. Il n’y a plus que cette petite fille qui se tait, maintenant, qui a ra-conté cette fable comme si elle la vivait, comme s’il n’y avait plus que ces mots qui comptaient pour elle. « Bravo !!! Tu pourras être comédienne, plus tard. Tu récites très bien, Louise. Je te mets une bonne note. » Louise s’assoit, les joues rouges de plaisir, de triomphe. Elle peut donc être intéressante aux yeux de quelqu’un !
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