Prisonnière d'une cage dorée

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Description

Lissa a tout pour être heureuse. Un métier, une famille, des amis.
Lorsqu'elle croise la route de Zyad Nadji Alam, un puissant Emir Qatari, sa vie change pour toujours.
Kidnappée, elle essaye de survivre en terre hostile, loin de ses proches, de ses mœurs. Dans une contrée où la condition féminine est définie par l'obéissance et la soumission.


Mais que représente-t-elle pour cet homme ?
Une bel objet ou un être indispensable ?


Prisonnière tel un oiseau en cage, elle va tout faire pour lui échapper, quel qu'en soit le prix.

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EAN13 9782819103004
Langue Français

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Prisonnière d’une cage dorée

Tome 1

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4








LaëtitiaREYNDERS







Prisonnière d’une cage dorée





5





















« Le Code de lapropriété intellectuelle et artistique n’autorisant,
aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les
« copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du
copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d’autrepart,
que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et
d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale, ou
partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit
ou ayants cause, est illicite » (alinéa 1er de l’article L. 122-4). « Cette
représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit,
constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et
suivants du Code pénal. »




© 2018 Les Editions Sharon Kena
www.leseditionssharonkena.com

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7

À mon mari, ma moitié.

8

















La possession de ce qu’on aime est une joie plus grande
encore que l’amour…
« Marcel Proust »

9

10

Table des matières

I .................................................................................................15

II................................................................................................ 45

III .............................................................................................. 57

IV .............................................................................................. 61

V ............................................................................................... 73

VI ..............................................................................................95

VII........................................................................................... 103

VIII ......................................................................................... 111

IX ............................................................................................ 126
X ............................................................................................. 135

XI ............................................................................................157

XII........................................................................................... 175

XIII ......................................................................................... 184

XIV ......................................................................................... 205

XV........................................................................................... 226

XVI ...................
................................................................ ......244
XVII ........................................................................................261

XVIII....................................................................................... 278

XIX ......................................................................................... 289
Épilogue. .................................................................................299

11

12



À :lucievonhaast@gmail.com
De : lissawagner@hotmail.fr
Objet : Aide-moi !


Lucie, je n’aurai peut-être plus l’occasion de te contacter. Je
vais bien.
La dernière chose que j’ai vue de mon pays, c’est le salon du
Ritz.
Lorsque j’ai ouvert les yeux, le palace avait laissé place à une
étendue de sable et de dune. Comment suis-je arrivée là ?
À présent, me voici prisonnière d’une contrée inconnue.
Maltraitée… Non. Soumise… Pas vraiment.
Je représente, tout au plus, un objet. Objet qu’il ne pouvait
acquérir… Il l’a donc volé.

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I



France, Paris

Février

Invitée pour la première fois à une soirée mondaine. Elle
porte une robe dessinée par son amie styliste.
D’un rouge carmin, haut bustier cache-cœur et laçage au dos,
hanches soulignées d’un drapé descendant jusqu’aux pieds,
Lissa a bien du mal à marcher avec ses escarpins assortis.
Ses cheveux ébène savamment montés en un chignon moitié
ouvert et moitié défait rehaussé de vraies tulipes rouges.
Lorsqu’une limousine vient la chercher, elle a l’impression
d’être propulsée dans un épisode de «Sex and the City ». Siège
en cuir, compartiment cloisonné en verre entre le chauffeur et
les passagers, sans oublier le bar ! Tout y est.
En la voyant arriver, Lucie est subjuguée par la beauté de sa
jeune amie. Jamais elle n’aurait imaginé que sa création lui
siérait si bien. Comme une seconde peau.
Cela ne fait aucun doute, elle va faire sensation et les
différentes personnalités présentes à cette soirée ne pourront
qu’admirer son travail !
– Tu es époustouflante dans cette robe, ma chère !
– J’espère très sincèrement qu’une maison de couture va
remarquer ton talent, Lucie. Tu mérites de réussir. Par contre, en
ce qui concerne le choix du modèle, je pense vraiment que tu as
tort. Je ne suis pas du tout faite pour ce monde-là. Mais alors,
pas du tout !

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– Bien sûr que si. Il n’y a pas de plus beau modèle que toi !
Ta peau blanche et tes cheveux couleur ébène ne font que mettre
la robe en valeur. Tu vas envoûter quiconque posera les yeux sur
toi ! Fais-moi confiance.
– Si je suis là, crois-moi, c’est uniquement parce que je te
fais confiance !
Lorsqu’elles arrivent face au Carlton, ce palace situé dans
l’un des quartiers les plus artistiques de Paris, le portier ouvre la
porte de la limousine. Elles posent le pied sur un tapis rouge,
spécialement déroulé pour l’occasion.
Elles sont invitées à une soirée organisée par le célèbre
magazine «Elle »pour dénicher de jeunes talents. La plupart
des grandes maisons de couture ont fait le déplacement, tout
l’alphabet de la création y est représenté.
– Moi, petite paysanne de vingt-quatre ans, comment suis-je
arrivée là ? murmure Lissa à l’oreille de son amie.
– Grâce à ta fabuleuse meilleure amie, qui a su se faire
inscrire sur la liste des invités… Allez, du courage, on y va,
ditelle en prenant le bras de son modèle.
Tous sont intrigués par ces nouvelles venues. Leurs yeux se
tournent, incontestablement, vers elles. À peine entrées dans la
salle de réception, elles sont accostées par l’hôte de la soirée.
– Lucie Von Haast, enchantée. Voici Lissa Wagner.
– Enchanté Mesdemoiselles. Bienvenue. Je suis Victor
Hoffman, représentant du magazine «Elle ».N’hésitez pas à
vous servir au buffet. Nos serveurs passent régulièrement avec
des rafraîchissements. Je vous souhaite une excellente soirée.
Créateurs et couturiers viennent, tour à tour, faire la
connaissance de Lucie et admirer son travail.
Comme elle l’avait prévu, Lissa se sent rapidement de trop.
Elle laisse son amie en grande discussion avec le couturier de
chez Lanvin et rejoint le bar.
Après avoir partagé les bancs de l’école élémentaire et
secondaire, Lucie et Lissa ont pris des options différentes pour,
chacune, vivre pleinement leur passion.
Lucie a choisi l’école supérieure internationale de la mode,
Lissa l’école privée de photographie et de multimédia.

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Elles n’étaient alors plus dans la même école mais seulement
séparées d’une vingtaine de kilomètres! Suffisamment près
pour profiter ensemble de leur adolescence.
– Votre tenue vous va à ravir, Mademoiselle. Vous en êtes la
créatrice ? demande une dame d’une quarantaine d’années.
– Pas du tout. Si vous souhaitez faire sa connaissance, c’est
la jeune femme rousse, près de la colonne. Celle qui est
actuellement en grande conversation avec le représentant de la
maison Lanvin, là-bas, répond Lissa, jouant son rôle à la
perfection.
– Je vous remercie pour vos renseignements, Mademoiselle,
bonne soirée.
– À votre service.
Lissa commande un cocktail de fruits sans alcool, s’installe
sur un haut tabouret en prenant bien garde de ne pas froisser sa
robe. Elle observe la salle et ses multiples décorations tout en
grignotant les fruits de sa brochette.
Cherchant Lissa du regard, Lucie ferme le poing en signe de
victoire pour faire comprendre à son amie que ses projets sont
en bonne voie. Avant qu’elle n’ait le temps de la rejoindre, elle
est, une nouvelle fois, arrêtée par un couple.
– Comment se fait-il qu’une jeune femme telle que vous n’ait
pas un cavalier pour cette soirée ? lui demande l’homme assis à
sa droite.
– Je ne suis pas seule, j’accompagne une amie. Elle est
occupée pour l’instant.
– Vous ne vous ennuyez pas ici, toute seule ?
– Si, un peu, j’avoue.
Dans un costume gris impeccable, l’homme, au regard
profond, admire les traits de Lissa. À la fois troublée et captivée
par lui, elle rougit.
– Zyad Nadji-Alam, ravi de faire votre connaissance, dit-il
en lui tendant la main.
– Lissa Wagner. Pourriez-vous répéter votre prénom, je ne
l’ai pas compris, désolée.
– Je m’appelle Zyad.
– Celui dont on ne cesse de parler dansZyad Nadji-Alam ?
les médias ?

17

– La presse française s’emballe un peu vite mais c’est bien
moi, oui.
– Vous vous intéressez à la haute couture ? s’étonne Lissa, se
rappelant avoir lu qu’il était émir, magnat du pétrole et
milliardaire…
– J’ai quelques actions dans l’une ou l’autre maison. Et vous,
que faites-vous dans la vie à part mannequin ?
– Je ne suis pas du tout mannequin! Je porte cette robe
uniquement pour rendre service. Je suis photographe.
– Et quelle est votre spécialité ?
– Pour l’instant, je n’ai pas vraiment de spécialité. Je prends
ce qui vient pour gagner ma vie. Cela va du portrait d’enfant,
photos de mariage, petits reportages aux photos qui se veulent
« artistiques ».J’en expose quelques-unes à Montmartre en ce
moment…
– Dans quelle galerie ?
– L’escargot d’art, rue Gabrielle.
– Intéressant. Et quel est le thème ?
– La femme.
Lucie fait de grands signes à son amie pour qu’elle la
rejoigne.
– Excusez-moi, le « devoir » m’appelle.
Bonne soirée Zyad, dit-elle en lui faisant son plus beau
sourire.
L’émir est subjugué par la beauté de Lissa Wagner. Jamais il
n’a rencontré de femme aussi belle. Il désire à tout prix la revoir.
Lissa, elle, parade au bras de son amie pour faire découvrir la
ravissante robe de soirée qu’elle porte.
Deux heures plus tard, elle a finalement la possibilité de
rentrer chez elle. Ses pieds la font énormément souffrir. Elle a
hâte d’enlever ses vêtements et de retrouver son pyjama de
coton, mille fois plus confortable que ce tissu drapé, cintré et
beaucoup trop long.
– Je ne te remercierai jamais assez, Lissa. Tu as été
magnifique. La limousine t’attend devant l’hôtel. Rentre chez
toi, tu en meurs d’envie, lance son amie en faisant claquer un
baiser sur sa joue.
– Bonne fin de soirée.

18

Avant de quitter la réception, Lissa essaye de repérer le
séduisant milliardaire pour le saluer mais en vain. Elle monte en
voiture, un peu déçue mais pas fâchée de retrouver bientôt son
appartement.
Le long du trajet, elle tente de se souvenir de son visage, de
ses traits si virils: des yeux verts, un teint mat, une barbe
naissante. La veste de son costume «Armani »gris foncé
tombant impeccablement, malgré sa position assise, qui laisse
deviner une imposante carrure. Des mains, parfaitement
manucurées, une large chevalière à l’annulaire.
Reconnaissant son immeuble, Lissa abandonne ses pensées
pour revenir à la réalité. Elle remercie son chauffeur et gagne
son petit appartement occupant le troisième étage d’une
ancienne maison de maître, avenue Niel.
Face au miroir de la salle de bains, elle ôte, une à une, les
épingles de son chignon, décroche les tulipes achetées quelques
heures auparavant, chez la fleuriste du coin, dégrafe sa robe,
enlève ses chaussures pour se prélasser quelques minutes sous
les jets de sa douche. Elle lave ses cheveux et masse son cuir
chevelu, laissé douloureux par les dizaines de pinces enserrant
ses mèches, applique un après-shampoing démêlant puis finit
par se rincer.
Une fois séchée et vêtue de son pyjama, elle rejoint son lit,
épuisée par les évènements de sa soirée.

****

Lissa est déjà prête à quitter son appartement dès l’aube.
Vêtue d’un tailleur gris signé Lucie Von Haast, soulignant
parfaitement ses courbes, elle opte pour ses ballerines grises,
privilégiant le confort au côté chic.
Au volant de sa Fiat500, elle parcourt les cinquante
kilomètres qui la séparent du Château de Villiers le Mahieu en
moins d’une heure.
À son arrivée devant les majestueuses grilles en fer forgé, le
père de la mariée vient accueillir la photographe, lui indique
l’emplacement de parking qui lui a été réservé et l’aide à sortir
son matériel du véhicule.

19

– Bonjour Mademoiselle Wagner, vous n’avez pas eu trop de
circulation pour venir de Paris ?
– Bonjour, répond-elle, tout en passant la lanière de son sac
en bandoulière.Non, le périphérique extérieur était fluide. Il fait
un temps splendide aujourd’hui. Les photos vont être
magnifiques !
– C’est vrai ! Il fait doux malgré l’heure matinale ! La mariée
vous attend dans sa chambre.
Tout en parcourant la large allée de graviers blancs, Lissa se
laisse séduire par la quiétude des lieux. Le clapotis de l’eau des
douves est à la fois apaisant et relaxant.
Une fois à l’intérieur du château, le cadre luxuriant de
l’extérieur laisse place au luxe et au raffinement.
Lissa y découvre une jeune femme, dans une robe de mariée
ivoire très classique avec bustier savamment drapé et ceinture de
perles. L’arrière de la robe s’achève en une traîne arrondie. Ses
cheveux châtain clair, coiffés en un chignon très strict sont
rehaussés d’un diadème retenant un fin voile ivoire.
– Mademoiselle Wagner, bonjour. Je vous attendais.
– ! Laissez-moi deux minutesBonjour, vous êtes ravissante
pour préparer mon appareil et nous commencerons par quelques
photos dans cette très jolie chambre.
– Prenez votre temps.
Elle sort son NikonD700 muni d’un 35mm puis suggère à
son modèle de prendre quelques poses. D’abord son reflet dans
le miroir, puis assise sur la méridienne, regardant par la fenêtre
ou lisant sur le bord du lit.
Avant chaque prise, Lissa peaufine traîne et voile pour un
meilleur rendu.
Estimant avoir assez de photos pour la première partie de son
reportage, Lissa rejoint la chambre du futur marié, située dans
une autre aile du château.
En costume camel, chemise et cravate vanille, cheveux
fraîchement coupés, celui-ci est élégant ! D’un style plus viril, le
décor de la chambre est tout aussi romantique.
Lissa encourage le jeune homme et le conseille sur les
attitudes et les positions à prendre.

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Les heures défilent à toute allure. Photos à l’église, au volant
d’une Citroën de 1948, dans le parc arboré ou déambulant dans
les différentes allées du domaine… Lissa quitte la cérémonie
avec plus de 800 photos à sélectionner, mais cette partie de son
travail attendra. Elle doit se rendre à Montmartre pour faire acte
de présence au vernissage de son exposition de photographie.
À peine entrée dans la galerie d’art, elle est happée par sa
chère amie Lucie qui l’attend avec sa tenue pour la soirée.
– Bien que magnifique, puisqu’il est de moi, il est
absolument hors de question que tu portes ce tailleur pour
l’ouverture de ton expo ! décrète Lucie.
Ne tolérant pas d’être contredite, elle attrape le bras de Lissa
et l’emmène à l’arrière de la salle.
– Lucie, je suis exténuée...
– Ôte tes vêtements. Les premiers invités vont bientôt
arriver !J’ai d’ailleurs invité le représentant de chez Dolce &
Gabanna. Tu porteras cette splendide robe de cocktail.
– C’est une toute petite exposition Lucie. Rien de
comparable à ta soirée d’hier.
– Arrête de discuter et enfile cette splendeur !
Résignée, Lissa se change. La robe fuchsia est asymétrique
avec une bretelle de sequins assortis. Le tissu, parfaitement tissé,
s’arrête harmonieusement au-dessus du genou.
– !Mes ballerines ne sont absolument pas assorties
argumente Lissa, espérant trouver un prétexte pour garder son
tailleur.
– Je ne te le fais pas dire. Lucie sort une paire de talons
aiguilles fuchsia signés «Guess » desa boîte et les tend à son
amie.
– ! J’ai toujours un tas de vêtements qu’ilMerci beaucoup
faut que tu récupères, dont la robe d’hier.
– Rien ne presse ! J’ai tous les modèles dans le « book » que
tu as réalisé. On s’arrangera un de ces quatre !
– Voilà, suis-je assez présentable pour ton représentant de
chez « Dolce & Gabbana » ?
– Presque ! Détache ta queue de chevalet lisse tes cheveux.
J’ai recouvert un serre-tête du même tissu que ta robe. C’est
magnifique dans tes cheveux noirs !

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Lissa obtempère. Elle n’aura jamais le dernier mot, elle le
sait !Grâce à Lucie, elle possède une garde-robe digne d’une
star hollywoodienne. Elle a beau essayer de freiner son amie,
rien n’y fait, Lissa sert de modèle pour toutes ses créations.
Il faut bien avouer qu’elle a la stature idéale. 1 mètre 74 pour
58 kilos. Des yeux en amande d’un bleu azur et une épaisse
chevelure ébène.
La styliste confectionne les vêtements, la photographe réalise
les «book »de chaque création et les porte en toute occasion.
Le mariage parfait. Une amitié sans faille !
– ! Va rejoindre tes invités. Je m’occupe deTu es splendide
gérer le service.
– Merci.
Lissa accueille les premiers venus et leur explique le thème
de l’exposition…
Une quarantaine de personnes défilent tout au long de la
soirée. Lissa est ravie de l’intérêt que suscite son travail.
– C’est incontestablement les clichés en noir et blanc que je
préfère, lance une voix d’homme derrière elle. Ils dégagent de la
passion et une telle générosité, vous faites de l’excellent travail !
– Monsieur Nadji-Alam, bonsoir! répond Lissa, à la fois
surprise et ravie de le revoir.
– Appelez-moi Zyad !
– Je ne m’imaginais pas un instant que vous viendriez !
– Inutile de vous cacher que j’avais très envie de vous revoir.
Votre travail est remarquable. J’aime admirer les belles choses
et, avec vous, je ne suis pas déçu.
– Merci pour vos compliments.
– Ils sont sincères, avoue-t-il avant d’enchaîner.Je vous
présente, Monsieur Lens, plus connu sous le nom de…
– Bergam, interrompt Lissa. Enchantée.
Lens Bergam est un couturier très en vogue, également
créateur de parfums.
– Mon ami a été très impressionné par la robe que vous
portiez hier soir. J’ai cru comprendre qu’elle a été créée par une
de vos amies, je lui ai donc proposé de m’accompagner.
– Bonsoir Mademoiselle Wagner, répond Lens Bergam, un
fort accent étranger dans la voix. Vous avez du talent! Vos

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photos sont magnifiques, poursuivez sur cette voie, elle est faite
pour vous !
– Je vous remercie beaucoup. Votre intérêt me touche
énormément. Mon amie, Lucie Von Haast, la styliste qui a créé
ma robe hier, ainsi que celle que je porte aujourd’hui est
présente. Je vais la chercher.
Lissa fait signe au serveur d’approcher.
– Prenez une coupe de champagne. Je reviens dans un
instant.
Elle traverse la pièce et part à la recherche de son amie
qu’elle retrouve dans l’arrière-salle.
– Lucie, Monsieur Bergam souhaite te rencontrer, peux-tu
venir un instant? demande-t-elle, très posée, supposant que
l’interlocuteur de son amie est sans doute le représentant Dolce
& Gabbana.
– J’arrive dans un instant. Lucie prend congé et rejoint Lissa.
– Je suis à deux doigts d’obtenir une entrevue avec la maison
Gabbana et tu m’interromps en inventant un prétexte. Qu’y a-t-il
de si urgent pour que cela ne puisse attendre ? s’énerve Lucie.
– Je te l’ai dit, Monsieur Bergam souhaite te rencontrer !
– Cesse de raconter n’importe quoi. Perdant patience, Lissa
fait faire volte-face à son amie et l’invite à regarder dans la
direction opposée…
– Mais, c’est Monsieur Lens Bergam en personne… Oh mon
Dieu !
– C’est ce que j’essaye de te dire depuis cinq minutes !
– Comment est-il arrivé à ton vernissage ?
– Pour résumer, hier soir, j’ai fait la connaissance de Zyad
Nadji Alam, le milliardaire catari… Je lui ai parlé de cette expo.
Il est accompagné du couturier. Apparemment, il apprécie la
robe que je portais hier. Il souhaite faire ta connaissance.
– Tu as rencontré un milliardaire et tu ne me l’annonces que
maintenant, cachottière! Allons-y, ne les laissons pas attendre
trop longtemps.
Lucie prend le bras de son amie et se dirige, sourire aux
lèvres, jusqu’à eux.
– Voici Lucie Von Haast, présente Lissa.

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– Enchanté Mademoiselle. Pourrait-on discuter de votre
travail un instant ? suggère le grand couturier.
– Conduis Monsieur Lens à l’étage. Dans le bureau, vous
serez plus à l’aise pour bavarder, propose Lissa, montrant déjà la
direction à prendre.
– ? demande Zyad,À quelle heure ferme la galerie
souhaitant entamer un sujet de conversation avec Lissa.
– Dans une dizaine de minutes mais votre ami peut prendre
son temps, j’ai la clé. Je dois remettre un peu d’ordre, ils auront
certainement terminé leur discussion.
– Vous êtes libre après ?
– Il est tard, Monsieur…
– Zyad ! Appelez-moi Zyad s’il vous plaît.
– Il est tard Zyad, et je n’ai pas beaucoup dormi la nuit
passée.
– J’aimerais vous revoir.
– Me revoir ?
– Cela vous étonne tant que cela? Vous ne vivez
peutêtre pas seule ?
– Euh… Si, je suis célibataire mais…
– ! DemainFaites-moi découvrir Paris? propose Zyad,
enthousiaste.
– Je dois trier et développer plus de 800 photos, c’est
impossible, vraiment.
– Un dîner ! Vous devez manger. Je vous invite !
– Quel acharnement ! Ainsi proposé, il m’est très difficile de
refuser.
– Je vous laisse choisir le restaurant. Surprenez-moi,
déclaret-il en ne la quittant pas des yeux. Il me faudrait votre adresse,
pour mon chauffeur. Ajoute-t-il.
– 92 avenue Niel à Paris. 20 heures ?
– Je serai là.
Apercevant le couturier, Zyad s’empare délicatement du
poignet de Lissa et dépose ses lèvres sur le revers de sa main.
– À demain soir, Mademoiselle Wagner.
Elle le suit des yeux alors qu’il quitte la galerie d’art. De
grande taille, il marche d’un pas gracieux. Ses cheveux, coupés
court, dégagés sur les côtés et plus travaillés sur le dessus lui

24

confèrent un effet très naturel. Une fois encore, son costume
impeccablement coupé souligne sa carrure avec justesse.
– Oh mon Dieu Lissa, merci. Merci! s’époumone Lucie, en
se jetant au cou de son amie. Totalement prise au dépourvu par
son assaut, Lissa manque de tomber à la renverse.
– ! Il a apprécié ton travail,Du calme, je n’y suis pour rien
cela n’a rien à voir avec moi.
– Je ne suis pas idiote, Monsieur Lens m’a discrètement
glissé dans la conversation que ton ami milliardaire avait
quelque peu influencé ses choix.
– D’abord, il n’est pas mon ami ! Je ne l’ai rencontré qu’hier,
à la réception du magazine « Elle » où nous avons échangé trois
phrases tout au plus. Ensuite, je ne vois pas d’autres raisons de
te solliciter que la qualité de ton travail !
– Lissa chérie, ouvre les yeux, Zyad Nadji-Alam a un faible
pour toi ! Il ne t’a pas quittée du regard un instant. Il t’a baisé la
main avant de partir. Si cela ne te suffit pas, je te rappelle qu’il
est venu voir ton exposition pour te revoir, toi !
– Et il m’a invitée à dîner demain soir, complète Lissa en
souriant.
– ! HeureusementIl semblerait que cela devienne sérieux
qu’il repart au Qatar à la fin de la semaine !
– Tu en sais des choses toi, c’est d’un contrat ou du
milliardaire que vous avez discuté avec Monsieur Bergam ?
– D’une possibilité de contrat ! Et toi, par contre, tu devrais
lire plus souvent le journal, tu en apprendrais un peu plus sur ton
milliardaire !
– Tu penses que je dois annuler ?
– ! Profite un maximum mais évite deÉvidemment non
tomber amoureuse! Les relations longues distances, cela ne
fonctionne que dans les films ! conseille la styliste en replaçant
une longue mèche de cheveux derrière l’oreille de son amie.
– Tomber amoureuse ? Ce n’est qu’un dîner ! s’indigne cette
dernière, en haussant les épaules.
– !J’ai également remarqué comment toi, tu le regardais
Ceci dit, tu as raison, il est vraiment, très, très plaisant !
– Bon, assez bavassé! Il faut que je range un peu avant de
fermer. Demain, j’ai du pain sur la planche !

25

– Allons-y.

****

Après un petit déjeuner rapide et une bonne douche, Lissa
s’installe à sa table de travail et entreprend de sélectionner les
meilleures photos prises la veille, lors du mariage des
Longueville.
Aux alentours de midi, elle appelle Cindy, serveuse auCiel
de Paris, le restaurant où elle souhaite inviter le milliardaire. Ne
pouvant lui faire visiter la capitale, elle compte lui faire
découvrir Paris vu d’en haut !
– Le Ciel de Paris Bonjour,entonne une voix fluette.
– Salut Cindy, c’est Lissa. Pourrais-tu me réserver une table
à la fenêtre, pour deux personnes, ce soir ?
– Je n’ai plus de table libre en fenêtre, Lissa, d’où sors-tu ?
Tu sais qu’il faut réserver minimum une semaine à l’avance!
s’indigne l’interlocutrice.
– Et si je viens accompagnée de Monsieur Zyad Nadji
Halam, penses-tu pouvoir m’en dégoter une ?
– Tu te moques de moi ? Le milliardaire ?
– Lui-même !
– Quitte pas, je vais voir ce que je peux faire.
Le bruit provoqué par le cornet de téléphone sauvagement
posé sur le bar faillit percer le tympan de Lissa. Pas même le
droit à la petite mélodie d’attente prévue pour les clients. Avoir
travaillé au Ciel de Paris ne lui octroie, décidément, aucun
privilège.
– C’est bon, tu auras la meilleure table. Pour quelle heure ?
– Vingt heures.
– Parfait ! Eh Lissa, je veux une photo !
– Tu l’auras. À plus.
Lissa se replonge dans son travail et en oublie de déjeuner.
À 18 heures, elle referme son ordinateur portable, satisfaite.
Avant de se préparer, elle appelle ses clients, leur proposant de
venir consulter l’album avant qu’elle ne le développe. Elle file
dans son dressing pour choisir sa tenue. Elle sera, comme
toujours, signée Lucie Von Haast.

26


La limousine de Zyad Nadji Alam s’arrête devant l’immeuble
de Lissa à 20 heures précises. Dès qu’elle ouvre la porte, il est
fasciné par la beauté de la jeune femme. Une robe jaune à
volants, effet drapé et rehaussé d’une manche brillante,
valorisant sa silhouette longue et fine. Sa coiffure, tout en
simplicité, dégage joliment son visage grâce aux torsades
regroupées à l’arrière par un papillon coquille d’œuf assorti à sa
tenue. Incapable de mettre des mots sur ce qu’il ressent, il tente
simplement de ralentir les battements de son cœur en respirant
plus profondément. Elle enfile un épais manteau noir très cintré
et passe la lanière de sa sacoche en bandoulière avant d’arriver à
la hauteur du véhicule.
Le chauffeur, gants blancs et casquette, ouvre la portière et
invite Lissa à s’asseoir en la tenant par la main.
– Bonsoir, dit-elle, intimidée tant par la situation que par
l’homme assis à côté d’elle.
– Je suis sans voix tant vous êtes ravissante, répond Zyad.
– Vous n’êtes pas mal non plus, rétorque-t-elle, mais vous le
savez déjà! Zyad ne peut s’empêcher de sourire à cette
remarque.
– Mon chauffeur attend une destination. Où
m’emmenezvous dîner ?
– Tour Montparnasse, dit-elle.
Le trajet prend un peu plus de vingt minutes. Lissa ne sait
trop de quoi parler. La sentant mal à l’aise, il lui propose de
prendre l’apéritif et lui sert une coupe de champagne.

Arrivés à destination, le chauffeur sort en premier de la
voiture et ouvre la porte à ses passagers.
– Je vous téléphonerai dès que nous souhaiterons partir.
– Bien Monsieur.
Zyad prend la main de Lissa pour entrer dans la tour. À
l’accueil, le vigile, reconnaît Lissa et s’avance pour la saluer.
– À quel étage te rends-tu ?
ème
– 56.
– Bonne soirée.

27

L’ascenseur qui les emmène au dernier étage de la tour est
illuminé de néons bleus laissant ressortir les étoiles décorant le
plafond de la cabine. En 38 secondes, il les transporte à 196
mètres d’altitude. Lorsque les portes s’ouvrent, ils sont déjà
accueillis par le directeur du restaurant.
– Bienvenue auCiel de Paris. Bonjour Lissa, ravi de te
revoir.
– Merci, répond-elle.
– Je crois qu’ils ont été avertis de notre arrivée par votre ami
au rez-de-chaussée, se moque Zyad, ne lâchant pas la main de
Lissa.
– ! Mais vous n’imaginez pas ce que j’ai dûSans nul doute
dire pour obtenir une table à la fenêtre, lui murmure-t-elle à
l’oreille.
– Je meurs d’envie de le savoir.
À peine ont-ils franchi la salle panoramique que Cindy
abandonne ses convives et vient à leur rencontre.
– ? Monsieur Nadji Alam,Bonsoir Lissa, comment vas-tu
enchantée de faire votre connaissance et merci d’avoir choisi
notre restaurant pour dîner !
– L’idée ne vient pas de moi mais de Mademoiselle Wagner.
– Elle connaît les meilleures adresses ! Hein ma chérie, lance
Cindy lui allouant un coup de coude.
– Je vais vous conduire à votre table. Cindy les dépasse et les
invite à la suivre.
La table choisie, située à l’opposé de l’entrée, les oblige à
traverser la salle. Tous les regards se posent sur eux.
– Je suis désolée, si vous souhaitiez passer inaperçu, je pense
que c’est raté.
– C’est certain ! Mais à votre main, j’accepte d’être vu par la
terre entière.
– Dragueur !
– Du tout. C’est sincère.
Zyad, bienveillant, tire la chaise et invite Lissa à s’asseoir
avant de prendre place en face d’elle.
– L’apéritif est offert par la maison, informe Cindy en le
servant. Il s’agit d’un champagne rosé, une cuvée aux notes de
fruits rouges.

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Lissa profite du dressage de la mise en bouche pour admirer
discrètement Zyad. Vêtu d’un costume beige Cerruti, une
chemise lilas rehaussée d’une cravate assortie. Quoi qu’il porte,
cet homme incarne décidément l’élégance ! Une fois la serveuse
éloignée, Lissa entame la conversation.
– N’ayant pu donner suite à votre première requête, je me
suis dit que je vous ferai découvrir Paris vu d’en haut !
– Vous êtes fascinante Lissa,C’est une excellente idée.
pour moi, vous êtes la perfection faite femme !
– Si vous continuez ainsi, il vous manquera du vocabulaire
d’ici la fin du dîner !
– Vous êtes pleine d’humour en plus, j’adore.
– Vous êtes à Paris pour affaire ou pour le plaisir ?
– Quelques investissements à surveiller, l’un ou l’autre
congrès…
– J’ai cru lire que votre fortune s’élevait à 19 milliards…
Vous n’avez pas peur de vous promener sans garde du corps ?
– 21 milliards exactement! Et j’ai des gardes du corps, ils
nous surveillent en ce moment même.
– Excusez mon impolitesse, Zyad.
– Vous n’avez pas à vous excuser, j’apprécie votre
spontanéité, n’en changez pas.
Cindy revient à la table, dépose le menu et la carte des vins
puis s’éclipse discrètement.
– Vous aimez le caviar ? interroge Zyad.
– Oui.
– Il serait plus juste de vous demander ce que vous
n’appréciez pas, poursuit-il.
– Il n’y a rien que je n’apprécie pas.
– Très bien, laissez-moi composer notre menu.
– Je vous en prie.
Lorsque la serveuse revient, Zyad commande la verrine de
caviar impérial givré «Baeri »pour commencer. Suivi de la
raviole ouverte de homard en nage de légumes. En plat, il choisit
le filet de bœuf poêlé sauce aux truffes.
er
– cru CharmesEn vin, nous prendrons un Meursault 1
Comtes Lafon suivi d’un Chambertin Clos de Béze Grand cru
Bruno Clair.

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– Très bon choix Monsieur.
Zyad attend que la serveuse se soit éloignée pour poursuivre
la conversation.
– Alors Lissa, qu’avez-vous dû dire pour obtenir cette table ?
– Et bien, j’ai promis de faire une photo de vous et Cindy,
argumente-t-elle, en montrant la serveuse d’un geste de la tête.
– Je vais vous libérer de votre promesse mais en échange je
souhaite vous revoir avant mon départ.
– J’ai un emploi du temps très chargé cette semaine. Si mes
informations sont exactes, vous repartez vendredi.
– Effectivement. Cela nous laisse donc cinq jours.
– Je suis coincée à la galerie de 19 à 22 heures jusque
mercredi. J’ai plusieurs séances photos chaque jour, dont une
dans une école. Jeudi soir ? propose Lissa.
– Entendu ! Je viendrai vous chercher vers 18 heures.
– Alors, cette photo ?
Zyad fait signe à Cindy d’approcher, Lissa profite de l’instant
pour sortir son appareil photo de son sac.
– Vous ne le quittez jamais, s’étonne le milliardaire, voyant
le Nikon dans ses mains.
– Rarement !Allez Monsieur Nadji Alam, approchez-vous
de Cindy et souriez !
Lissa prend plusieurs clichés. Le directeur de l’établissement
vient également pour immortaliser cet instant.
Ils dînent tout en discutant joyeusement. Entre chaque plat,
ils admirent le coucher de soleil descendant sur Paris.
– Savez-vous que le coucher de soleil est un prédicateur de
temps très efficace, explique Zyad.
– Pas du tout.
– Il suffit de savoir interpréter les couleurs des couchants.
Ici, il est rouge, cela prédit un temps ensoleillé pour demain. Par
contre, les lumières verte et jaune prédisent la pluie.
– Je l’ignorais… répond Lissa, ne le quittant pas des yeux,
admirative.
– Je n’ai pas envie de vous quitter après le dîner mais je dois
faire acte de présence à l’Amnésia, explique Zyad. Que
diriezvous de m’y accompagner ?

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