Rédemption - Tome 1

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Irina vit à Grawindall, bled paumé des États-Unis peuplé de vampires, loups-garous et sorcières, mais néanmoins tranquille.


Jusqu'à ce que Théobald, un terrifiant vampire, arrive et commence à tuer.


Après le tort causé à sa famille par ce monstre sans cœur, Irina quitte la ville et change radicalement d’existence.


Elle s’entraîne avec acharnement pour retrouver Théobald et se venger. Il devient alors la proie, lui qui, jusqu'à maintenant, avait toujours joué le rôle du chasseur.


Mais quand tous deux se retrouvent enfin, c’est un homme différent qu’Irina découvrira.


Elle, qui croyait tout savoir sur son passé, sa famille, son ennemi, devra faire face à des secrets qui pourraient bien changer le cours de sa vie.

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Ajouté le 20 octobre 2016
Nombre de lectures 73
EAN13 9782819101093
Langue Français
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Rédemption

 

 

Partie 1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Enel Tismaé

 

 

 

 

Rédemption

 

 

Partie 1

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« Le Code de la propriété intellectuelle et artistique n'autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l'article L.122-5, d'une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l'usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d'autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite » (alinéa 1er de l'article L. 122-4). « Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal. »

 

 

©2016 Les Editions Sharon Kena

www.leseditionssharonkena.com

 

 

 

Merci…

 

 

À Cyrielle, mon éditrice, pour m’avoir accordé sa confiance et cru en cette histoire que vous vous apprêtez à découvrir.

 

 

À Audrey, ma merveilleuse correctrice, mon amie. Avec toi, corriger n’est plus une corvée. Je ne dirais pas que ça devient un plaisir (ou alors il faudrait être maso), mais tu saisis l’idée.

 

 

À Claire qui a été la première à prendre ce texte à bras-le-corps pour m’aider à le corriger.

 

 

Et enfin un merci tout particulier à vous, chers lecteurs. Je sais que vous avez hâte de découvrir l’histoire de Théobald et Irina puisque vous me le dites assez souvent sur les réseaux sociaux. Votre attente est terminée, j’espère seulement être à la hauteur et ne pas vous décevoir.

 

 

Bonne lecture à vous.

 

 

Table des matières

 

 

 

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Chapitre 15

Chapitre 16

Chapitre 17

Chapitre 18

Chapitre 19

Chapitre 20

Chapitre 21

Chapitre 22

 

 

Chapitre 1

 

 

 

Comme presque tous les soirs depuis quelques jours, Irina assurait le service au Granit, le café-restaurant de Grawindall. Tim, qui s’occupait normalement du bar, venait de se marier. Irina avait proposé de le remplacer, le temps de ses congés, pour arranger Greg Granit, son patron.

En semaine, le travail se terminait à minuit. En revanche, les week-ends, c’était plutôt à deux, voire trois heures du matin, car il y avait plus de monde. Les footballeurs du lycée se retrouvaient souvent ici pour célébrer leurs victoires et mettre une ambiance dingue. Comme maintenant, par exemple.

En ce vendredi, les Loups de Grawindall s’étaient qualifiés pour les demi-finales du championnat régional opposant les écoles du coin. L’équipe au grand complet, accompagnée de ses pompoms girls, était donc réunie dans le petit café de la ville pour fêter ça dignement. À grand renfort de bières sans alcool et de karaoké, tous libéraient la pression.

Irina essuyait les verres tout en regardant sa jeune cousine, Elizabeth, dix-huit ans tout juste, faire la folle sur scène, sa jupette de cheerleader se soulevant par moment, révélant son minishort noir. Elle irradiait tellement de bonheur qu’un sourire idiot apparut vite sur les lèvres d’Irina.

À vingt-deux ans, elle avait quitté l’école depuis longtemps, mais elle se souvenait parfaitement des instants de pure joie qu’elle avait pu ressentir lors de soirées comme celle-ci.

— Tout va bien ? lui demanda soudain Blaise, le copain d’Elizabeth, en se présentant au comptoir.

— Vous voir si rayonnants me renvoie juste quelques années en arrière, lui répondit-elle en jetant son torchon sur son épaule. Je vous remets une tournée ?

— S’il te plaît, lui dit-il en lui tendant plusieurs billets.

— Garde ton argent, répliqua-t-elle en repliant les doigts du jeune homme. Celle-là, c’est pour moi.

— Merci.

— Merci à toi de rendre ma cousine si heureuse. Et puis, félicitations, capitaine ! Dix ans que nous n’avions pas été si loin dans le championnat. Aux Loups ! lança-t-elle en élevant la voix pour se faire entendre de tous.

Son toast fut repris en chœur par les clients présents et plusieurs chopes cliquetèrent.

À son arrivée en ville, Irina avait pensé que le nom de l’équipe était mignon. Surtout quand ils entraient sur le terrain et qu’ils hurlaient comme les animaux dont ils portaient l’appellation. C’était avant de comprendre que de vrais loups vivaient dans le coin et que leur leader, le beau Blaise, était un garou des plus authentiques.

Côtoyer ce genre d’être légendaire faisait dorénavant partie de sa vie.

Après les décès de ses parents et de son jeune frère, survenus deux ans auparavant dans un incendie, Irina avait quitté son Tennessee natal. Désormais seule, elle s’était installée avec sa cousine Elizabeth – Beth – et leur tante Tatiana. Celle-ci était devenue la tutrice de Beth dix ans plus tôt, quand sa sœur et son mari avaient été tués dans un accident d’avion. La petite n’ayant plus personne, Tatiana l’avait recueillie, comme elle l’avait fait, plus tard, avec Irina.

Tatiana lui avait assuré que Grawindall lui permettrait d’oublier l’horreur qui venait de la frapper. Deux ans plus tard, elle avait effectivement réussi à surpasser sa douleur. Et son quotidien avait été modifié.

C’est ce qui se passe quand vous résidez dans un bled paumé en Caroline du Sud infesté par les loups-garous, vampires et sorcières ! Il y avait aussi – paraît-il, car elle n’en avait jamais vu – quelques fantômes qui hantaient le cimetière.

Sa vie – et la nature de ses voisins ! – avait donc considérablement changé, mais étrangement, elle se sentait bien ici. Elle avait appris à cohabiter avec ces êtres mythiques, se liant d’amitié avec eux, se trouvant même un copain parmi les gars aux dents longues.

Elle avait rencontré Alexander Montgomery – grand brun aux yeux d’un bleu hypnotique, vingt-six ans, mais qui était officieusement âgé de cinq cent quarante-neuf ans – lors d’une réunion du conseil municipal à laquelle elle avait accompagné Tatiana. C’était juste après que celle-ci lui eut avoué la vérité sur la ville. Tatiana – tout comme le maire, le shérif, le chef de l’hôpital, le légiste et bien d’autres – était une des rares personnes au courant de la communauté surnaturelle qui les entourait.

Irina ignorait comment cela était arrivé – elle recueillait des versions différentes en fonction du clan à qui elle demandait –, mais Grawindall était devenue une sorte de refuge pour ceux qui, parmi « les monstres », voulaient vivre tranquillement. Tous coexistaient au milieu des gens normaux et chacun menait sa vie comme bon lui semblait, tant qu’il respectait les lois.

Une assemblée spéciale avait été conçue au sein de la mairie. Elle surveillait étroitement chaque race ou les aidait à gérer les conflits qui pouvaient survenir. Deux vampires – Alex et Carl –, deux loups, et deux sorcières avaient une chaise autour de la table afin de prendre part à chaque décision ou de simplement défendre les intérêts de son propre peuple. Alex, assisté de son second, avait ainsi obtenu que l’hôpital se procure plus de poches de sang pour nourrir les siens, évitant les attaques sur les humains.

Le conseil servait aussi à résoudre les situations de crise, comme celle qui sévissait actuellement. Cinq campeurs avaient été sauvagement assassinés et chaque caste ayant assuré être innocente, quelque chose – ou quelqu’un – tuait dans les abords de la cité. Ce qui était de la démence pure, quand on savait que la communauté travaillait main dans la main pour protéger sa maison !

Les membres de chaque espèce avaient connaissance des règles instaurées par Grawindall, et ceux qui y séjournaient se devaient de les respecter, faute de quoi ils étaient traqués et éliminés sans sommation. La menace de mort en avait refroidi plusieurs, si bien que les visiteurs se tenaient désormais à carreau.

Alors, qui serait assez fou pour exterminer de pauvres gens sans se soucier des conséquences ?

La ville était sous étroite surveillance, chaque conseiller ouvrant l’œil pour repérer des étrangers et trouver une piste. Irina, bien que ne faisant pas partie officiellement de l’élite, guettait aussi les allées et venues. Quel meilleur endroit qu’un bar pour ça ?

Cette semaine, elle avait donc observé avec attention, mais n’avait rien remarqué de spécial. Une impression d’être parfois épiée, peut-être – ou toute cette histoire avait fini par la rendre parano –, mais rien de plus à signaler.

L’équipe de foot quitta le café tard cette nuit-là. Irina rangea et ferma avec l’aide de son collègue et rejoignit Beth, qui l’attendait à son véhicule en compagnie de Blaise.

— Je te ramène ? proposa Irina en cherchant ses clefs de voiture dans son sac.

— Yep, mon petit ami ici présent ne veut pas que je reste avec lui ce soir, déclara-t-elle avec une mine boudeuse.

— Tu sais pourquoi, répliqua le jeune homme en lui caressant la joue. C’est la mauvaise période du mois.

— Tiens, je croyais qu’il n’y avait que les filles qui souffraient de ce problème ! Oh, ça va, je plaisante ! ajouta-t-elle devant l’œillade noire de sa cousine. On peut rire, non ? Pleine lune qui approche ?

— Ouais, répondit Blaise, mal à l’aise. J’ai du mal à dormir, je ne me fais pas confiance pour partager mon lit avec quelqu’un en ce moment.

— Ça, c’est un comportement responsable ! le félicita Irina. Je ne peux que t’approuver et… quoi ? demanda-t-elle soudain quand Blaise huma l’air.

Ses pupilles virèrent au jaune écarlate et Irina ne put s’empêcher de frissonner d’effroi. Elle tira Beth derrière elle puis la poussa dans l’auto.

— Il ne me fera rien, c’est…

— Tu ne discutes pas ! ordonna Irina en verrouillant les portes. Blaise ? Tu contrôles ?

— Quelqu’un nous observe, feula-t-il en braquant son regard vers le fond du parking, dans le recoin le plus sombre.

Irina – comme tout le monde l’aurait fait – tourna la tête vers l’endroit indiqué par Blaise, mais, bien évidemment, avec ses pauvres yeux d’humaine, elle ne vit rien de particulier.

— Je n’y vois rien ! pesta-t-elle.

— Il est là.

— Celui que le conseil recherche ?

— Je ne sais pas… Il est parti, déclara-t-il alors que ses prunelles reprenaient leur teinte verte habituelle. Monte dans ta voiture, je vous escorte pour être sûr que vous rentriez sans soucis.

— Blaise, c’est ridicule.

— Il t’observait !

— C’est peut-être toi qu’il surveillait ! argua-t-elle.

— Je suis un loup, je peux me défendre. Vous deux, non.

Irina leva les mains en signe de reddition, puis rouvrit ses portières et s’installa au volant de son véhicule.

— Tout va bien ? s’enquit Beth.

— Je l’ignore. Blaise pense qu’il y avait quelqu’un, mais je n’ai repéré personne.

— C’est un garou, s’il le dit, c’est que c’est vrai.

— Je sais et c’est foutrement flippant.

Irina alluma les phares et se mit en route, balayant lentement les recoins du parking désert. Blaise suivit la voiture des filles jusqu’à la petite maison que Tatiana occupait, à la sortie de la ville, et resta devant jusqu’à ce qu’elles soient à l’abri dans la demeure. Beth fit clignoter la lampe sur le palier en guise de salut et il put enfin rentrer chez lui.

Le temps passa et Irina se sentit de plus en plus observée. Surtout le soir, quand elle quittait le travail, si bien qu’elle demandait désormais à Alex de venir la chercher. Le vampire s’était amusé de la situation pour la taquiner, mais avait néanmoins considéré les inquiétudes de sa belle. Irina n’était pas le genre de femme à crier au loup. Si elle avait l’impression qu’on l’épiait, c’est que quelqu’un rodait bel et bien.

Une semaine s’écoula et la tension monta d’un cran. De nouvelles morts étaient survenues et, cette fois, c’était une famille de locaux qui avait été tuée. Tatiana enseignait à la plus jeune de la fratrie. Celle-ci était dévastée par le chagrin et la colère.

Quelques jours plus tard, un paquet très spécial était arrivé chez Alex. Trois cœurs dans une boîte avaient été déposés sur le perron du manoir avec un mot présentant des excuses pour les décès que la ville avait dû supporter. Le conseil n’y comprenait plus rien, mais, depuis ce mystérieux colis, il n’y avait plus eu d’agressions et ça, c’était une bonne nouvelle. Désormais, il fallait juste trouver celui qui avait réglé le problème de façon si radicale. 

Celui-ci se présenta à Irina le mercredi suivant alors qu’elle quittait, seule, le Granit.

Alex s’était s’absenté pour la soirée. Il ne reviendrait que tard dans la nuit et ne pouvait donc lui servir d’escorte. Comme celui qui s’amusait avec ses nerfs ne l’espionnait plus, Irina s’était sentie en sécurité. À tort. 

Elle ferma le bar tout en écrivant un SMS à Alex pour lui faire savoir qu’elle attendrait son retour chez lui. Elle monta dans sa voiture et sortit du parking en compagnie de Kimberley, une de ses collègues. Toutes deux empruntèrent le même chemin pendant quelques centaines de mètres puis se séparèrent. Kim habitait le centre-ville alors qu’Alex résidait plus au nord, près des bois.

Irina alluma la radio pour se tenir éveillée et conduisit tout en battant le rythme de la musique sur le volant. Elle s’éloigna du cœur de Grawindall et tourna à gauche pour se diriger vers le manoir Montgomery, quand elle le vit : un corps était étendu en travers du passage.

Irina appuya sur le frein de toutes ses forces et son véhicule se retrouva à zigzaguer furieusement alors que les pneus laissaient de la gomme sur le macadam.

— Qu’est-ce que c’est que ça, encore ? s’exclama-t-elle en attrapant son portable.

Avec des vampires et des loups dans les environs, on n’était jamais à l’abri de croiser un cadavre, mais pas au milieu d’une route ! Un parc, à la limite. Et pourquoi avait-il fallu que ça tombe sur elle ? Bon, à bien y réfléchir, ça n’était sans doute pas plus mal. Mieux valait que ça soit Irina qui trouve une victime, plutôt qu’un pauvre innocent qui aurait été traumatisé à vie.

Elle alluma ses pleins phares de façon à éclairer la portion de bitume, mit ses warnings pour signaler sa présence et descendit de la voiture, son téléphone à la main. Elle composait le numéro d’Alex quand elle se rendit compte que la dépouille n’était plus là.

— Qu’est-ce que… 

La peur l’envahit alors. Ce qu’elle avait pris pour un macchabée ne devait être qu’un satané suceur de sang qui voulait l’attirer hors de l’habitacle. Et, idiote comme elle l’était, elle ne s’était pas méfiée !

Pestant contre sa bêtise, elle parcourut en courant les quelques pas qui l’avaient éloignée de son véhicule, tout en cherchant à contacter Alex.

Alors qu’elle arrivait à son auto, un long sifflement retentit derrière elle. Cela lui provoqua une sueur froide. Seul un vampire qui se déplaçait à grande vitesse produisait ce son si spécifique. Elle fit volte-face, mais la voie était déserte. Elle se tourna de nouveau pour ouvrir sa porte et un hurlement lui échappa. 

Un individu, inconnu et visiblement pas amical du tout, était appuyé contre sa portière et la regardait, les bras croisés sur son torse, un sourire amusé étirant ses lèvres.

— Bonsoir, lui dit-il d’une voix suave à l’accent français fort prononcé.

Les doigts tremblants, tentant de reprendre une contenance, Irina réitéra son appel à Alex et, cette fois, il décrocha.

— Sur la route qui mène chez toi, vampire…

Elle ne put finir que le téléphone lui fut arraché des mains et lancé au loin.

— Stupide humaine ! grogna l’homme en lui collant une gifle qui l’envoya au sol.

Irina se tint la figure, sonnée, et aperçut trente-six chandelles danser devant ses yeux pendant une minute. Désorientée, mais guère intimidée, elle se releva pour faire face à son agresseur.

— Si tu comptes me tuer, fais ça rapidement, je te prie.

— Te tuer ? ricana-t-il en approchant d’elle. Non, bien sûr que non.

Irina recula quand elle le vit venir et profita qu’il s’expose à la lumière des phares pour le détailler. Il était grand. Elle-même mesurait un mètre soixante-dix et, pourtant, il devait avoir une tête de plus qu’elle. Blond, les cheveux courts coiffés en un joyeux bazar et des prunelles bleu-gris d’une froideur telle qu’Irina sentit un frisson d’effroi lui remonter le long du dos. Il avait un visage fin, tout comme le reste de son corps ; ses joues légèrement creuses étaient couvertes d’une barbe de trois jours qui donnait un côté sexy à ses traits.

Quand il remarqua qu’elle l’observait, les lèvres du vampire s’étirèrent.

— Puisque tu ne sembles pas souhaiter ma mort, reprit-elle en essayant de contrôler le tremblement dans sa voix, que veux-tu ?

— Que tu passes un message pour moi au conseil de la ville.

— Tu ne peux pas le faire toi-même ?

— Non. Ils sont à cran en ce moment. Si j’approche un conseiller, il pourrait paniquer, m’attaquer et je risquerais de perdre patience. Tout ça finirait dans un bain de sang fort fâcheux.

— Ça n’a pas eu trop l’air de te déranger, pourtant, quand tu as massacré toutes ces personnes innocentes !

— Les seules que j’ai éliminées étaient celles responsables des crimes dont tu parles. Ton amant a d’ailleurs dû recevoir un bout d’eux, si je ne m’abuse.

— Les cœurs, souffla Irina en comprenant. C’était toi ?

— En effet. Ces trois vampires étaient à mon service. Ils ont désobéi aux ordres en tuant à tour de bras, j’ai réglé le problème. Je souhaite me présenter et expliquer les raisons de ma venue ici.

— Des raisons, qui sont ? l’interrogea-t-elle, piquée par la curiosité.

— Bien trop importantes pour une misérable humaine comme toi ! cingla-t-il en perdant patience.

— Tellement misérable que c’est à moi que tu demandes de jouer le facteur !

— Ça, c’est parce que tu es une des rares à savoir ce qui se trame en ville, que tu as un accès direct à la marie et son assemblée et que, contrairement à ta cousine, tu n’es pas constamment flanquée avec un loup. Tu es celle que je pouvais atteindre le plus facilement sans créer de nouvel incident. Tu es la plus exposée… la plus faible du groupe, susurra-t-il soudain devant elle.

Irina eut un sursaut quand elle le sentit si proche, mais refusa de lui donner satisfaction en reculant.

— Je ne suis pas faible ! rétorqua-t-elle en braquant ses yeux bleus dans ceux du vampire.

— Tu transpires la peur, chérie, railla-t-il en promenant son nez sur son cou, sans pour autant la toucher. Dis à ton conseil que je veux les rencontrer demain soir au manoir Montgomery, vers minuit. Je viens en ami, qu’ils ne s’avisent pas de m’attaquer ou je ne réponds plus de rien. Compris ? susurra-t-il à son oreille.

Irina ne retint pas son mouvement de retraite, cette fois. L’instinct de survie la poussait à fuir si fort qu’elle fit un pas en arrière et dut hocher la tête pour acquiescer, terrifiée à l’idée que sa voix tremble.

— Bonne fille. Désolé pour ta joue, souffla-t-il en caressant du bout des doigts la peau meurtrie par la gifle qu’il lui avait donnée.

— Tu me revaudras ça un jour ! gronda-t-elle, la colère ayant pris l’ascendant sur la peur, lui insufflant un nouveau courage.

— Quand tu veux.

Un demi-sourire étira ses lèvres et Irina put dire sans l’ombre d’un doute qu’il s’amusait beaucoup avec elle. Il jeta un coup d’œil au loin, en direction du manoir Montgomery, et commença à s’éloigner.

— Comment suis-je censée te présenter au conseil ? demanda-t-elle soudain alors qu’il disparaissait déjà. Si je leur explique qu’un vampire psychopathe avec un accent français à couper au couteau souhaite une entrevue, je ne suis pas sûre que ça les renseigne vraiment !

Sans qu’elle ne comprenne pourquoi, un éclat de rire retentit et elle vit clairement le dos de l’inconnu secoué de soubresaut.

— Tu as une chance insolente. Si seulement tu savais qui je suis.

— C’est justement ma question !

— Dis-leur que Théobald les salue, répondit-il en la regardant par-dessus son épaule. 

Puis il s’évanouit aussi simplement qu’il était arrivé, s’enfonçant dans la nuit noire tel un fantôme.

Chapitre 2

 

 

 

Irina passa quelques secondes à scruter les alentours, s’attendant à ce que ce Théobald resurgisse devant elle, mais il n’en fit rien. Tremblante de la tête aux pieds – car elle était forcée de reconnaître que le vampire lui avait foutu la trouille de sa vie ! – elle remonta dans sa voiture. Une fois au volant, elle alluma le chauffage à fond – peut-être que la chaleur l’aiderait contre sa tremblote –, puis retira le frein et poussa un nouveau hurlement. Sa portière venait de s’ouvrir en grand sur Alex.

— Où est-il ? gronda-t-il.

— Parti depuis quelques secondes, répondit-elle, une paume sur le cœur, essayant de calmer ses battements effrénés.

Alex sembla se détendre quand il comprit que la menace s’était éloignée. Il regarda alors Irina et sentit sa colère se réanimer.

— Ta joue, siffla-t-il en caressant la peau meurtrie de sa maîtresse.

— Je survivrai, souffla-t-elle pour le tranquilliser. Je m’en sors même bien, si tu veux mon avis !

Alex tenta de refluer sa fureur, mais au fond de lui une rage meurtrière bouillonnait et demandait réparation pour ce que la jeune femme avait subi.

— Ça va, déclara-t-elle en se forçant à sourire.

— Pousse-toi, je prends le volant.

Irina opina, rassurée par cette idée. Vu l’état de ses nerfs, elle aurait terminé dans un fossé. Elle se décala sur le siège passager et Alex s’installa sur celui du conducteur. Quand elle frissonna, quelques instants après s’être mis en chemin, il posa une main réconfortante sur sa cuisse, lui assurant qu’elle était désormais en sécurité.

— Je rentrais quand j’ai eu ton appel, lui dit-il, les yeux rivés sur la chaussée. J’ai abandonné la voiture sur le chemin menant au manoir et je suis venu à ta rencontre, priant pour arriver à temps.

— C’est le cas. Il a regardé vers la maison avant de partir. Je pense qu’il t’a entendu.

— Le sale lâche ! grogna Alex, sa colère enflant de plus en plus. Qui était-il ? Il t’a expliqué ce qu’il voulait ?

— Une audience avec le conseil. Il a fixé le rendez-vous la nuit prochaine à minuit, chez toi.

— En plus il s’incruste ? Sympa ! Un nom ?

— Théobald, ou quelque chose comme ça, je crois.

Alex fit alors un écart sur la route et réussit à reprendre le contrôle du véhicule uniquement grâce à ses réflexes de vampire. Il appuya sur l’accélérateur, dépassant largement les limitations de vitesse, et parcourut en un temps record le trajet qui menait chez lui.

Irina perçut le changement de comportement de son compagnon, mais ne posa aucune question. Elle connaissait suffisamment Alex pour savoir qu’il ne répondrait pas tant qu’il n’aurait pas eu un moment pour se calmer. Elle se laissa donc guider au manoir, remarquant au passage le cabriolet de collection que conduisait Alex, abandonné à l’entrée de la propriété. Alex l’escorta dans le salon, vérifia que tout était bien bouclé, avant de l’installer sur le canapé en cuir noir.

— Tu restes sagement assise là, lui ordonna-t-il d’une voix dure. Je vais récupérer ma voiture. J’en ai pour quelques minutes, j’arrive.

Il sortit avant qu’Irina n’ait pu dire « ouf ». L’idée qu’il soit aussi nerveux à cause de l’identité de son agresseur ne fut pas pour la rassurer. Comment un simple nom pouvait-il provoquer autant de réactions ?

Contrairement à ce qu’Alex lui avait demandé, elle se leva et se dirigea vers le bar pour prendre un remontant. Elle en prépara également un pour son amant. Il aimait toujours se détendre avec un bon whisky, nul doute qu’il l’apprécierait ce soir.

Alex réapparut avant qu’elle ne déguste sa boisson. Elle lui tendit la sienne, qu’il avala cul sec. Elle l’observa s’en servir une autre, attendit qu’il la boive, puis l’interrogea sur ce qu’il se tramait.

— Et ne me dis pas « rien » ! le prévint-elle, le regard menaçant.

Alex la scruta, se passa une main dans ses cheveux courts en pétard, soupira puis s’approcha doucement d’elle.

— Tu veux vraiment savoir ? s’enquit-il en calant une mèche brune derrière l’oreille de la jeune femme.

— Oui. Si son nom arrive à te mettre dans un tel état, j’estime que j’ai le droit d’en connaître la raison.

— OK.

Alex abandonna son verre vide et traversa le séjour. Celui-ci était si imposant qu’il occupait une majeure partie du rez-de-chaussée.

À l’origine, il y avait plusieurs pièces, mais, quand il avait racheté le manoir cent cinquante ans plus tôt, Alex avait abattu les cloisons pour créer un seul et même espace ouvert sur les autres.

Le salon, avec sa cheminée en pierre brute et ses canapés en cuir – sans oublier le mini bar –, se positionnait dans un coin. Puis venaient une grande table et un buffet en chêne massif qui faisaient office de living-room – et de salle de réunion parfois – et, enfin, la bibliothèque. Située au fond, elle croulait sous les rayonnages et recouvrait trois des murs.

Irina aimait cette partie de la maison. On y trouvait un peu de tout, surtout des textes anciens, comme des recueils de poésies ou du théâtre, mais aussi l’histoire de la famille Montgomery et des bouquins sur celle des vampires. C’est dans cette section qu’Alex se dirigea.