Scandaleuse Alexandrine

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220 pages
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Description

Alexandrine de Tencin, petite dernière d’une fratrie de cinq enfants, est contrainte d’entrer au couvent et de prendre le voile. Révoltée mais déterminée, elle s’instruit patiemment, ourdit sa vengeance et trouve les appuis lui permettant d’annuler ses voeux. Introduite dans les sphères du pouvoir par son amant, l’abbé Dubois, elle va enfin mettre à profit son sens de l’intrigue. Usant de ses charmes comme de son esprit, elle devient l’une des femmes les plus influentes et les plus courtisées de son temps. Mais c’est sans compter une descendance aussi incroyable qu’inattendue…


Madeleine Mansiet-Berthaud a su s’imprégner des atmosphères et des paysages de son enfance afin de transporter le lecteur au fil de son imagination. Mais c’est surtout la grande histoire qui lui offre des sujets et des personnages qu’elle se plaît à incarner avec un véritable souffle romanesque. Scandaleuse Alexandrine est son second roman paru dans la collection terres de femmes.

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Date de parution 01 avril 2014
Nombre de visites sur la page 986
EAN13 9782812913648
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0082 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Extrait
I

– Encore une fille ! s’exclama Antoine de Tencin à la naissance de son cinquième enfant.
– Une future couventine, ajouta Louise de Buffévent, son épouse, considérant le nourrisson d’un air dolent qui traduisait sa lassitude certes, mais aussi et surtout une profonde indifférence.
Assurément, le juge-mage1 ne dérangerait pas l’évêque pour administrer le sacrement du baptême à cet enfant-là, ainsi qu’il l’en avait prié à la naissance de son fils aîné. Si le second fils et les deux filles qui lui avaient succédé avaient été baptisés par le curé de la paroisse, Claudine Alexandrine se contenterait des services d’un simple vicaire. Son arrivée en ce monde en serait-elle marquée du sceau de la fatalité ? Pour un observateur averti, il était clair que la petite fille née dans cette opulente demeure n’avait guère été désirée. Plus la famille s’agrandissait, moins ses sujets présentaient d’intérêt. Aucune fête ne fut organisée en son honneur, ce dont le nourrisson se passa fort bien.
Alexandrine grandit dans ce vaste hôtel particulier où défilaient les visiteurs. Tous beaux et intelligents, les cinq enfants étaient confiés aux soins des servantes. La bonne société de Grenoble et des environs, conviée ou non, manœuvrait pour se faire inviter dans cette magnifique habitation adossée aux remparts de la cité ; l’on admirait l’orangerie, les deux étages de cours et de terrasses et les nombreux salons où l’on se répandait pour s’adonner aux bavardages. Ensuite, l’on commentait sa visite par quelques critiques acerbes sur M. de Tencin qui recevait avec faste :
– Il étale ses richesses pour prouver qu’il a de l’état.
– Les vrais aristocrates se reconnaissent toujours et celui-ci ne trompe personne.
– Une Buffévent ! Épouser le descendant d’un porte-balle, quelle déchéance ! Cette mésalliance éclabousse toute la noblesse de la région ! Imaginez ce va-nu-pieds allant de ville en village pour proposer sa mercerie, une marchandise de pacotille !
– Comment a-t-il fait fortune ? Le sait-on seulement ?
– Qui était-il exactement ?
– Un de ces agriculteurs qui s’exilent durant la mauvaise saison tandis que leurs terres ne requièrent plus leurs soins. Ils se répandent dans la Bresse et le Dauphiné pour y exercer des petits métiers ambulants : aiguiseurs de couteaux, de ciseaux, raccommodeurs de soufflets ou bien rétameurs de casseroles et de seaux. Le printemps revenu, ils regagnent leur pays et se remettent au travail de la terre reposée de l’hiver. Cet artisanat leur permet d’acheter un peu plus que l’indispensable. Pierre Guérin était un de ces porte-balles allant par les chemins. Doué pour le commerce, il a rapidement fait fortune.
– Cela paraît incroyable.
– Plus tard, il réalisa d’appréciables bénéfices en vendant de l’épicerie. Et comme il avait, dit-on, de l’ambition, il abandonna très vite la pratique de ce négoce pourtant lucratif pour celui de la joaillerie.
– De la joaillerie ?
– Et l’on dit encore que cette nouvelle activité devint si prospère que, après quelques années d’errance, il avait amassé suffisamment d’économies pour s’acheter une boutique à Romans où il fonda un foyer. L’argent gagné lui attira la plus grande considération de la part d’une clientèle qui grossit de jour en jour. Colporteur, orfèvre et enfin banquier. Sa fortune était assurée.