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Description


Il suffit parfois d'une seconde pour bouleverser nos vies à tout jamais.



Lena, prudente et réservée, étudie les sciences. Alex, aussi insouciant que téméraire, préfère la littérature. Ils n'auraient jamais dû se croiser, mais le destin en décide autrement.


Deux rencontres.


Deux moments qui chambouleront pour toujours le cours de leurs existences.



Entre peurs, regrets, attirance et secrets, leur amour réussira-t-il à triompher ?




***




" La porte s'ouvre et la réplique que je m'apprêtais à sortir reste coincée dans ma gorge. Je me fige, et involontairement, je recule d'un pas, choqué.



Elle est là, devant moi, cette fille que je cherche partout depuis des mois.



En une seconde, tout me revient : le laboratoire, notre première rencontre, ses larmes, mon silence et mes regrets ... Ces putains de regrets qui ne m'ont plus lâché depuis !



Et dire que depuis le début elle était là, si près... "

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 121
EAN13 9782376522690
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Louise Lucas
Te Retrouver - Intégrale



ISBN : 978-2-37652-269-0
Titre de l'édition originale : TE RETROUVER - Intégrale
Copyright © Butterfly Editions 2020

Couverture © Krystell Droniou - Adobe Stock
Tous droit réservés, y compris le droit de reproduction de ce livre ou de quelque citation que ce soit sous n'importe quelle forme.
Cet ouvrage est une fiction. Toute référence à des événements historiques, des personnes réelles ou des lieux réels cités n'ont d'autre existence que fictive. Tous les autres noms, personnages, lieux et événements sont le produit de l'imagination de l'auteur, et toute ressemblance avec des personnes, des événements ou des lieux existants ou ayant existé, ne peut être que fortuite.
ISBN : 978-2-37652-269-0
Dépôt Légal : Juin 2020
180620-1453
Internet : www.butterfly-editions.com
contact@butterfly-editions.com

À mes sœurs, les premières et plus fidèles lectrices de cette histoire..
Prologue



Je. Me. Déteste.
Cette pensée m'accompagne partout où je vais depuis une semaine. Elle ne prenait pas tant de place au départ, c'est à peine si je la remarquais, impression trop petite et insignifiante que j'arrivais encore à ignorer. Mais le temps a joué contre moi, ma peur aussi. Je l'ai peu à peu laissée s'emparer de tout ce que je suis, enflant, s'étirant le long de mes jambes, de mes bras, de mon corps jusqu'à pénétrer ma peau, s'insinuer dans mes veines, fondre dans mon cœur. Depuis, elle ne me quitte plus.
Je m'asperge le visage d'eau et m'observe dans le miroir des toilettes. L'image qu'il me renvoie me donne envie de gifler cette pauvre fille qui m'observe avec ses yeux trop grands, trop rouges d'avoir trop pleuré, trop cernés par le manque de sommeil. Tout chez elle me fait horreur, de son visage ravagé par le désespoir à ses cheveux maladroitement cachés sous une casquette trop grande pour elle. Quelque part, au fond de moi, j'ai pitié d'elle et de ce qu'elle s'apprête à faire, mais la colère et la honte restent les plus fortes. Je la méprise, je la méprise tellement.
Un léger coup à la porte me tire de ma cruelle inspection. J'entends une voix étouffée provenir de l'autre côté.
— Mademoiselle, vous allez bien ?
J'essuie mon visage à la hâte et ouvre la porte brusquement. La dame de l'accueil recule pour me laisser sortir.
— Désolée, s'excuse-t-elle, je vous ai vue entrer il y a un petit moment et je commençais à avoir peur que vous soyez malade.
Tout en parlant, elle regarde derrière moi comme si les murs avaient gardé des traces de mon passage et qu'ils allaient lui révéler ce que je fabriquais ces dix dernières minutes, enfermée dans les toilettes. Elle perd son temps avec cet examen visuel, c'est son odorat qui peut la renseigner, pas sa vue. Je la vois froncer les sourcils au moment où l'arôme si particulier de la bile et du vomi lui parvient.
— Vous l'êtes ? insiste-t-elle, maintenant suspicieuse et de toute évidence gênée par l'odeur.
— Non.
J'ai répondu trop vite pour être honnête. Même à moi, mon mensonge semble pathétique mais, au point où j'en suis, qu'est-ce que j'ai à perdre à cacher une fois de plus la vérité ?
J'ai vraiment tout d'une pauvre fille !
On vient me chercher au moment où elle s'apprête à répliquer. Une femme m'appelle au bout du couloir. Je me tasse sur moi-même sous l'effet de l'effroi qui m'envahit violemment et ma propre réaction me fait intérieurement enrager. Les toilettes sont en plein milieu du couloir ; à droite, l'accueil juste à côté de la sortie ; à gauche, les bureaux. Deux chemins radicalement opposés, deux formes de liberté que je souhaite autant que je redoute. J'hésite pendant à peine une seconde, me demandant finalement quelle direction nécessiterait le plus de courage.
Mais à gauche, quelqu'un m'attend, répétant une nouvelle fois mon nom. À droite, en revanche, personne n'est là pour moi et même si c'est peu, même si cela représente un détail qui semble insignifiant, ça suffit sur le moment à me décider. Ignorant le regard compatissant de la secrétaire toujours plantée devant moi, je me dirige vers sa collègue sans me retourner.
Chapitre 1


Alex
Cinq ans plus tard...

Le couloir du deuxième étage est désert et calme. Seul les bruits de mon épingle à nourrice et les chuchotements de mon meilleur ami troublent le silence.
— Bon, avant que tu le lances encore une fois dans un truc aussi débile, j'ai trois choses à te rappeler. Les sujets sont normalement planqués dans le troisième tiroir du bureau, tu en prends un et tu mets celui-là à la place.
Il m'agite un papier devant les yeux qui me cache la serrure. Je le repousse en grognant pour pouvoir me concentrer sur ce que je fais, tout en écoutant la suite de ses recommandations.
— Ne reste pas plus de dix minutes là-dedans, le prochain cours commence dans une demi-heure et le prof arrive toujours au moins un quart d'heure avant dans la salle.
J'acquiesce en retirant de ma bouche la seconde épingle qui va me permettre de crocheter la serrure.
— Et le troisième truc ? je demande tout en me mettant à tester le mécanisme de verrouillage.
— Des tarés comme toi, je n’en ai encore jamais vus !
Au même moment, un léger bruit m'indique que le verrou vient de sauter. Je me redresse en souriant, impatient d'en découdre avec le bureau de ce vieux bouc qui sert de prof de physique aux troisièmes années, avant de m'emparer de la feuille que Tom me tend. Son air stressé refilerait des crampes d'estomac à n'importe qui !
— Détends-toi vieux, ça va aller !
Remarque aussi efficace sur lui qu'un Aspégic le lendemain d'une bonne cuite.
— Rappelle-moi ce qui te pousse à faire ça ? me demande-t-il en soupirant.
— Un pari reste un pari !
— J'aime les paris, Alex, je les adore même ! Mais les tiens ont un petit côté suicidaire qui me dérange parfois.
— Ils n'ont rien de suicidaire, je proteste, ils comportent juste ce qu'il faut de risques. La simplicité n'a aucun intérêt dans ce genre de défis.
— Alex, si tu te fais prendre… tente-t-il à nouveau en essayant une dernière fois de me raisonner.
Nous sommes encore loin du jour où ce genre d'argument suffira à me convaincre…
— Tout va bien se passer puisque tu restes là pour assurer mes arrières. Tu me couvres ?
— Comme toujours, répond-il d'un air résigné. Je serai au bout du couloir et, au moindre problème, je te bipe dans la seconde.
Je pénètre dans la salle après un bref hochement de tête et un dernier coup d'œil aux alentours pour m'assurer que personne ne me voit entrer. Comme à l'extérieur, le calme règne sauf que, de ce côté-ci de la porte, je suis seul. Sans perdre une seconde, je me dirige vers le bureau et commence à fouiller le troisième tiroir. Les indications de Tom étaient correctes, les sujets sont là, en plusieurs exemplaires et prêts à l'emploi. J'en prends un tout au fond de la pile, avant de le remplacer par un exemplaire vierge du dernier partiel. Intérieurement, je jubile de constater à quel point c'est facile, mais à peine ai-je terminé l'échange que mon portable vibre légèrement dans la poche de mon jean.
Merde…
Je me fige, l'espace d'une seconde, avant de me précipiter derrière la paillasse la plus proche du bureau. Ça n'est clairement pas la meilleure idée de ma vie, mais je doute d'avoir le temps de sortir sans me faire repérer. Mon impulsivité me sauve la mise puisque le bruit de la porte me parvient alors que je finis de me cacher. Au début, je ne perçois rien d'autre que le silence. Puis, j'entends une respiration légèrement saccadée qui m'indique que je ne suis plus seul. Juste un souffle bruyant, rien d'autre. J'en viens rapidement à la conclusion que peu importe de qui il s'agit, il ne se déplace pas. J'étouffe le juron qui manque de m'échapper et réfléchis à toute allure. Tom avait raison, si je me fais pincer, c’en sera fini pour moi ! Or, sans même avoir besoin de regarder, je sais que le seul véritable accès qui mène à l'extérieur est non seulement fermé, mais également bloqué par quelqu'un. Impossible donc d'espérer m'échapper discrètement. J'hésite à jeter un coup d'œil par-dessus la paillasse contre laquelle je m'abrite, sans doute parce que je veux éviter de rencontrer un regard scrutateur et me faire prendre dans la seconde, cependant le silence s'éternise et la tentation devient trop forte.
Lentement, je me redresse de quelques centimètres en prenant soin de rester le plus silencieux possible. Je suppose que le haut de ma tête doit désormais être visible alors je marque une pause, attendant une réaction, même infime, qui m'indiquerait que j'ai été repéré. Comme rien ne vient, je continue de pousser sur mes jambes, suffisamment pour être en mesure de voir discrètement l'entrée. Une robe verte claire est la première chose que j'aperçois. Viennent ensuite des chaussures ouvertes, plates et, entre les deux, des jambes aussi bronzées qu'élancées. Je relève les yeux et suis du regard le contour d'une taille fine, de bras minces et de longs cheveux châtain clair arrivant au milieu d'un dos.
Le soulagement qui m'envahit manque de m'arracher un soupir. Non seulement, il ne s'agit pas d'un prof ou d'un personnel administratif mais, en plus, qui que soit cette fille, elle reste le front appuyé contre la porte. De la même façon que je ne parviens pas à distinguer son visage, il n'y a aucun risque qu'elle puisse me voir de là où elle se tient. Je jette un coup d'œil à mon sac à dos posé à mes pieds. Il est fermé, abritant le précieux sésame et ne révèle en rien ce que je viens de faire. Peut-être que je pourrais tirer avantage de la situation en me montrant ? Je parie qu'en moins de vingt secondes, je suis capable de bafouiller une excuse bidon à cette fille et de disparaître de ce labo suffisamment vite pour qu'elle ne comprenne pas ce qu’il lui arrive !
Je commence à réfléchir à une sortie brillante, tout en lui jetant un nouveau coup d'œil. Un léger mouvement au niveau de ses épaules, infime, puis plus marqué lorsqu'il se répète presque aussitôt, m'arrête dans mes réflexions. Je me fige en comprenant qu'elle pleure, quelques secondes seulement, avant que le premier sanglot ne lui échappe. Très rapidement, un second arrive, suivi d'un troisième et ça continue, de plus en plus vite. De plus en plus fort. Gêné, je me laisse doucement retomber derrière la paillasse
Maintenant qu'elle est en larmes, plus question de me montrer sauf si j'y suis obligé. J'attends et j'écoute, espérant qu'elle se calme rapidement, non seulement parce que je veux ficher le camp d'ici le plus vite possible, mais aussi parce que je suis carrément mal à l'aise. J'ai l'impression d'être un putain de voyeur et clairement, ça me dérange ! Je ne sais pas combien de temps ça dure mais, malgré mes espérances, ses sanglots ne diminuent pas, je crois même qu'ils s'intensifient. C'est triste à entendre, presque déchirant. Je finis par me surprendre à vouloir faire quelque chose : dire un mot gentil, lui tendre un mouchoir, lui raconter une histoire pas vraiment drôle, mais suffisamment pour lui arracher un sourire, voire même la prendre dans mes bras comme je le ferais avec Tess… N'importe quoi, pourvu qu'elle arrête de pleurer comme ça !
Mais elle n'a pas besoin de moi, finalement. Elle finit par se reprendre quand je l'entends essayer de prendre de grandes inspirations.
— Un…
Je sursaute en percevant sa voix, étouffée par les larmes. Il se passe quelques secondes avant qu'elle ne reprenne la parole.
— Deux…
Je comprends qu'elle établit une sorte de compte à rebours, avant un possible retour au calme. Quelque part, ça devient encore pire à écouter parce que sa décision d'en finir avec cette crise de larmes semble aller de pair avec un redoublement de ses pleurs. Elle met plus de temps à dire « trois » et je le distingue à peine, tellement sa respiration est entrecoupée par les sanglots. Je ne me considère pas comme un mec sensible, mais je jure qu'au moment où le « quatre » me parvient, quelque chose se brise en moi. Elle a l'air d'avoir tellement mal que j'ai l'impression de souffrir avec elle.
Qui est cette fille ? S'agit-il d'une personne que je connais ? Que j'ai déjà croisée ? Je ne fais pas spécialement attention aux gens qui m'entourent en dehors de mon cercle d'amis, mais elle semble trimballer tellement de chagrin que je suis presque certain qu'il doit être impossible de l'apercevoir quelque part, sans la remarquer.
Il se passe du temps avant qu'elle dise « cinq » mais, quand elle le fait, un changement s'opère. Je l'entends à sa respiration. Tout redevient soudain plus calme, comme au départ. Elle bouge et moi, de peur d’être découvert, je n'ose plus me relever pour regarder ce qu'elle fait. Elle souffle doucement plusieurs fois. Au bout d'une minute à peine, j'entends la porte qui s'ouvre, puis se referme doucement.
Je suis seul.
Le silence qui envahit de nouveau la pièce me paraît assourdissant. C'est seulement à ce moment-là que je réalise à quel point mon cœur me martèle violemment la poitrine. Je ferme les yeux et laisse échapper le profond soupir que je retiens depuis maintenant dix minutes.
— Putain, mais c'était quoi, ça ?
Chapitre 2



Lena

Je cours depuis presque cinquante minutes, enchaînant les tours de piste à un rythme plus soutenu que d'habitude. Mes jambes tirent, mes poumons me brûlent et ma gorge me supplie de lui donner un peu d'eau mais bizarrement, tout ça me détend et m'évite de trop penser à ce qu’il s'est passé plus tôt dans la journée. Quand ça ne marche pas, même pour quelques secondes, je me sens aussi choquée que mortifiée à l'idée d'avoir perdu le contrôle dans un lieu si public. Jamais encore, ça ne m'était arrivé.
Ces derniers mois, les crises de larmes se raréfiaient tellement que je pensais en avoir fini avec tout ça. Quelle naïveté ! Aujourd'hui m'a prouvé que j'ai eu tort de m'imaginer guérie. La vie est sournoise. Elle attend que vous pensiez aller mieux pour vous rappeler vos erreurs, spécialement lorsque vous ne vous y attendez pas. Le texto enjoué de Kim, hier soir, m'a fait mal. Affreusement. Pourtant, je n'ai pas pleuré. Je ne me suis pas non plus effondrée, cachée derrière ma porte close. Quand on y pense, il y avait peu de chances pour que ça arrive parce que je sais que je ne fonctionne pas comme ça. Aussi vive puisse être la douleur, j'ai appris à la museler. Je l'étouffe avant qu'elle ne le fasse. Ça ne marche pourtant pas toujours. Parfois, comme tout à l'heure, elle me rattrape et se venge, me laissant plus anéantie que si je l'avais laissée immédiatement agir. La seule chose qui me console est de me dire que je suis quand même parvenue à être seule au bon moment. Le constat n'a rien de glorieux, mais ça reste moins honteux à penser.
Je parcours encore trois tours de piste avant de m'arrêter, mon corps demandant grâce pour ce dur traitement, trop longtemps infligé. Je change ma musique avant de commencer mes étirements et remarque deux nouveaux messages. Priant intérieurement pour qu'aucun ne soit de ma sœur, je grimace de soulagement en lisant les appels à l'aide de ma colocataire.

✉ Sms de « Anna » à « Lena »
17h17 : Urgence à l'appart ! Code Red ! Rentre dès que tu peux !!!
17h17 : Euh … stp ! ;)

Le code Red équivaut à un problème vestimentaire, rien qui ne nécessite une demande d'intervention vitale selon moi, mais Anna reste très à cheval sur la mode et les tendances ! Je ne me plains pas, ça aurait pu être pire ! Personnellement, je ne suis pas fan du bleu qui signifie : « J'ai ramené le mauvais mec à la maison, sors-moi de là !». Non pas que nous ayons l'habitude de l'utiliser, mais notre adhésion à ce pacte est sacrée et j'ai déjà dû stopper en urgence une séance d'épilation du maillot pour voler au secours de ma meilleure amie. Très peu pour moi, à l'avenir !
Bien consciente que je vais le regretter dans quelques heures, j'abrège la fin de ma séance de sport et, avant de rassembler mes affaires, lui réponds que je rentre. La nuit commence à tomber quand je rejoins le parking du campus. Je croise quelques personnes sur mon chemin, même s'il n'y a plus grand monde à cette heure. Je n'ai pas peur, donc aucune raison de presser le pas. Ma mère hurlerait de me savoir si désinvolte, Kim me traiterait d'irresponsable et Anna d'inconsciente. Si elles savaient…
Grâce à la fluidité de la circulation et des dix minutes de voiture qui nous séparent du campus, le trajet jusqu'à chez nous se fait rapidement. Nous avons de la chance de pouvoir vivre si près de la fac, privilège que nous devons à mes parents et à leur investissement dans ce petit trois pièces pour l'entrée de Kim à l'université, quelques années avant moi.
Anna, qui occupe la seconde chambre depuis plus de deux ans, m'interpelle dès que je franchis la porte.
— Lena ?
— Qui d'autre ? demandé-je en posant rapidement mes sacs, avant de suivre le son de sa voix jusqu'à son antre.
— Johnny Depp venu me faire une surprise, par exemple...
J'arrive à peine à sa porte qu'elle se retourne vers moi avec un grand sourire.
— Mais toi, c'est bien aussi !
Je lui tire puérilement la langue, avant d'examiner la pièce. Le sol et le lit sont presque entièrement recouverts de vêtements, son bureau plie sous une montagne de paperasse et sa peluche fétiche semble demander grâce, à moitié étouffée par un de ses soutien-gorges.
— Comment il s'appelle ?
— Qui ça ?
— Le cyclone qui vient de retourner ta chambre...
Son reflet me rend ma grimace, tandis qu'elle finit de se mettre du mascara.
— Viens m'aider à choisir ma tenue pour ce soir, s'il te plaît.
Je parcours les quelques mètres qui me séparent de son lit, à grand renfort de prudence et de larges enjambées, avant de libérer Mickey du morceau de dentelle maléfique. Anna, qui surprend mon geste, lève les yeux au ciel avant de se désintéresser de son maquillage pour sortir deux cintres de son armoire.
— Bizarre, j'avais pensé que l'intégralité de tes fringues était déjà par terre, je lui lance, en m'asseyant sur le bord de son lit.
— J'ai des ressources cachées, tu le sais bien, me répond-elle, en battant des cils. Alors, la robe rouge ou ta jupe en jean avec ton super petit top noir ?
— La robe rouge, je décrète aussitôt.
Elle laisse retomber les cintres le long de sa taille avec un soupir.
— Tu dis ça seulement parce que l'autre tenue t'appartient ! se plaint-elle.
— Honnêtement ? Oui ! Je ne comprends même pas pourquoi mes affaires sont aussi dans ton armoire. Il y a d'autres cadavres à moi dans ce cimetière vestimentaire ?
— Peut-être un ou deux soldats morts vaillamment au combat mais pas plus, promis !
Je la fixe quelques secondes avec insistance, attendant qu'elle craque. S'il y a bien une chose qu'Anna ne supporte pas, hormis les oursons à la guimauve et les fashion faux pas, c'est le silence !
— Promis ! elle répète, innocemment. Allez, s'il te plaît, je peux les prendre ce soir ? me supplie-t-elle, en brandissant ma jupe et mon haut devant elle avec une petite moue.
Je laisse passer deux secondes pour la torturer encore un peu et hoche la tête. Elle sautille sur place, avant de retourner à son maquillage.
— Alex sera là ?
Son sourire répond pour elle.
— Oui, normalement, je le vois là-bas. Tom m'a plus ou moins assuré qu'ils allaient y faire un tour. Il m'a d'ailleurs demandé si toi, tu comptais y faire un saut...
— Tom ? m'étonné-je.
— Lui-même ! Je crois que tu lui as tapé dans l'œil !
Et nous y voilà !
— Pitié, Anna !
— Quoi ? demande-t-elle d'un air innocent. Vous vous entendez bien et il est gentil !
À croire que ces deux pauvres raisons devraient me suffire pour me convaincre de l'épouser !
— Oui, justement ! je rétorque. Trop gentil pour que je lui brise le cœur...
— Il serait toujours mieux que ce gars avec qui tu traînes...
Je hausse les yeux au ciel en l'entendant marmonner.
— Je t'entends, tu sais ! Franchement, Harry n'est pas si mal quand on le connaît un peu !
— Tu veux dire dans le genre sarcastique, colérique et légèrement hautain ?
Elle se baisse une seconde avant de recevoir Mickey en pleine tête. Décidément, il ne fait pas bon non plus d'être une peluche, aujourd'hui !
— Il ne me prend pas la tête et franchement, ça suffit à mon bonheur ! Tout le monde ne peut pas être aussi parfait que ce fameux Alex dont tu n'arrêtes pas de parler !
Elle se laisse tomber sur le lit à côté de moi avec un soupir à fendre l'âme.
— Parfait n'est pas un mot assez fort pour le décrire ! Je crois que je suis amoureuse !
Comme d'habitude… J'ose demander l'inimaginable dans son fantasme de la soirée à venir.
— Et s'il ne vient pas ce soir ?
— Alors je tomberai sans doute amoureuse de quelqu'un d'autre...
J'éclate de rire tout en lui tapotant la cuisse.
— J'admire la constance de tes sentiments !
Elle hausse les épaules avec désinvolture.
— Carpe Diem Lena et advienne que pourra !
— Carpe Diem Anna, je répète, avant de me lever et de me diriger vers la porte. Cependant, sa proposition m'arrête.
— Tu es sûre que tu ne veux pas venir ?
— J'adorerais, mais je dois dîner chez mes parents. Kim et Ethan seront là, eux aussi.
Le triple « ouch » qui me parvient successivement à l'évocation de mes parents, de ma sœur et de mon beau-frère, m'arrache un sourire.
— Ma mère ne me laissera sûrement pas repartir, alors je pense dormir là-bas.
— Et tu y vas parce que ? m'interroge-t-elle d'une voix trainante.
— Mon chien me manque !
On rigole en même temps de ma remarque avant qu'elle n'ajoute, les bras levés au ciel :
— Puissent tes parents remercier le Seigneur d'avoir envoyé dans leur foyer le bon vieux Toby !
— Amen, je réponds, en sortant de sa chambre pour la laisser finir de se préparer.
Je retourne à l'entrée chercher mes sacs et vais déposer le tout sur mon lit, avant de filer sous la douche. L'eau chaude me fait du bien. Pourtant, elle ne parvient pas à atténuer la tension qui me vrille le cou. Je guette d'éventuelles larmes, mais je doute de pleurer à nouveau aujourd'hui. La crise dans la salle de biologie et mon footing m'ont vidée, je me sens épuisée et peu encline à supporter la soirée qui m'attend. Je regrette de ne pas pouvoir, moi aussi, aller à la fête, je regrette même de ne pas avoir le temps de voir Harry, autant dire que toutes les perspectives pour m'éviter ce dîner familial seraient les bienvenues !
Je suis en train de me sécher lorsque la voix d'Anna me souhaitant une bonne soirée me parvient, suivi du claquement de la porte d'entrée. En arrivant dans ma chambre, mon réveil affiche déjà dix-huit heures. Je ne suis absolument pas prête et j'ai cinquante minutes de voiture qui m'attendent. Je vais me faire tuer ! Un gémissement m'échappe alors que je me précipite vers mon armoire. Aucune chance que je sois à l'heure, comme d'habitude. Ma mère me répète sans cesse que trois jours après la date du terme, je ne voulais toujours pas sortir et que tous les médicaments du monde pour déclencher l'accouchement n'y avaient rien fait. Lorsque j'ai enfin daigné pointer le bout de mon nez, ça a été au bout de presque quarante-huit heures de travail intense. Autant dire que, même pour ma propre naissance, j'avais du mal à respecter les horaires…
La perspective des remontrances maternelles fait pourtant des miracles. En à peine quinze minutes, je m'habille, me maquille et me prépare à partir. J'enfile à la hâte mes bottes et rassemble mes cheveux encore mouillés sous ma casquette avant de mettre ma veste. Mon portable vibre dans ma poche lorsque j'arrive à la porte d'entrée. Je m'en empare, en même temps que mes clés, et déverrouille l'écran, avant de jeter un coup d'œil au message qui m'attend.

✉ Sms de « Kim » à « Lena » :
18h19 : Ramène vite ta fraise, j'ai hâte de te voir ! On doit TOUT organiser !!!:) <3

Mes clés tombent à terre avec un bruit sec et je rattrape mon portable avant qu'il ne suive le même chemin. Sans parvenir à le contrôler, mes mains commencent à trembler, ma respiration s'accélère et, presque immédiatement, le salon se met à tourner. Je me laisse doucement glisser le long de la porte en m'efforçant de prendre de grandes inspirations. Les minutes passent sans que je ne parvienne à me décider à bouger. L'amertume m'envahit, la déception aussi. J'ai été folle de croire que je pouvais y arriver. Je ne peux pas me rendre à ce dîner, rien que de l'imaginer me coupe littéralement le souffle…
Je m'efforce de maîtriser le tressaillement de mes mains pendant que j'écris un message rapide à ma mère.

✉ Sms de « Lena » à « Maman » :
18h28 : Dsl maman, je ne vais pas venir ce soir, je ne me sens pas très bien… Saletés de nouilles chinoises ! :( Excuse-moi auprès de tout le monde. Jtm.

J'appuie sur « envoi » et me prépare mentalement à ce qui va suivre. Moins d'une minute plus tard, mon portable sonne. J'envisage une seconde de renvoyer l'appel sur mon répondeur, mais ma propre lâcheté me fait honte. Je réponds d'une voix que j'espère convaincante.
— Salut, maman...
— Comment ça tu ne viens pas ? me coupe-t-elle d'une voix contrariée.
— Je te l'ai dit, je suis malade.
— Lena, tout le monde t'attend ! Ta sœur et Ethan ont fait deux heures de route pour ce dîner !
— Je viens de vomir à l'instant, je ne peux pas conduire ce soir.
Elle ne me répond pas tout de suite et je peux presque l'entendre hésiter sur la conduite à suivre : se fâcher ou s'inquiéter. Je reste son bébé, la petite dernière de la famille et malgré mes vingt ans passés, elle continue de trop me couver.
— Tu as mangé chinois ?
— Ce midi, dans un petit resto près du campus. Les nouilles me donnaient envie.
Au moins, cette information est correcte. Un jour, j'ai entendu dans un film qu'un bon mensonge se forge autour de deux règles d'or : ne jamais trop s'éloigner de la vérité et en dire le moins possible. Jusque-là, ça a toujours marché pour moi.
— Anna est avec toi ?
— Oui, dans sa chambre.
Deuxième mensonge en deux minutes de conversation, bravo Léna…
— Ta sœur va être très déçue, elle se faisait une joie de ce repas, reprend ma mère dans un soupir.
— Je sais, excuse-moi auprès d'elle. Dis-lui que l'on se verra bientôt, promis. Mais là, ça ne passe pas. Je vais aller me coucher, je pense.
— Si tu ne te sens pas mieux demain, prends rendez-vous chez le médecin, d'accord ?
Son ton s'est radouci ; manifestement, je l'ai convaincue.
— D'accord.
— Je t'appelle demain pour prendre des nouvelles.
— Pas trop tôt, j'aimerais essayer de récupérer un peu de la semaine.
— Très bien, à demain, ma puce. Je t'aime.
— Moi aussi, je t'aime.
Je la laisse raccrocher la première pour ne pas lui donner l'impression de couper court et envoie aussitôt un message à ma sœur dans l'espoir de limiter les dégâts.

✉ Sms de « Lena » à « Kim »
18h33 : Dsl ! On se voit vite ! Encore félicitations à vous deux ! :) <3

Il est évident que ça ne suffira pas et qu'elle va hyper mal le prendre. Je vois d'ici sa tête contrariée ! Il y a de grandes chances pour qu'elle boude pendant tout le repas et je m'en veux vraiment à l'idée de gâcher sa joie. Je sais que je suis égoïste, mais je n'arrive pas à combattre le nœud qui m'oppresse la poitrine depuis ce matin. La sensation de malaise que je ressens reste trop récente, trop forte.
Je m'attarde vingt minutes par terre à m'auto-flageller pour mon comportement. Le silence m'étouffe bien que d’habitude, je l'apprécie. J'hésite à écrire un message à Harry pour prendre la température. Cependant, j'étais peut-être trop optimiste sous la douche puisque je réalise que je n'ai aucune envie de le voir ce soir, même face à cette solitude oppressante. Je voudrais qu'Anna soit là pour me changer les idées. Je souris en l'imaginant à cette fête, cherchant partout son fameux Alex. J'avoue qu'elle m'a intriguée à me le peindre dans toute sa perfection depuis presque deux semaines.
Je ne suis pas vraiment habillée pour me rendre à une fête, mais je suis quand même prête à sortir. Sans prendre la peine de réfléchir plus longtemps, je récupère mes clés et me lève, bien décidée à voir par moi-même de quoi il a l'air.
Chapitre 3


Alex

— Tu es certain de ne pas savoir qui c'était ?
Un grognement de frustration me parvient de ma droite. Au fond, je peux le comprendre, ça doit être la treizième fois que je questionne Tom depuis tout à l'heure ! Pourtant, son air saoulé ne m'empêche pas d'insister, encore une fois.
— Tu penses que tu pourrais la reconnaître si on la croisait genre… maintenant ?
Il abandonne ses équations pour se tourner vers moi.
— Alex, tu me gonfles, sérieux ! Non, je ne la connais pas, et non je serais bien incapable de mettre un visage sur cette fille ! Je l'ai à peine aperçue, je te signale !
Déçu, je ne réponds rien et me replonge dans mes bouquins. Je le sens faire de même au bout de quelques secondes. Le silence s'installe pendant que l'on continue à bosser, lui plus que moi, au final. Malgré mes efforts, j'ai de plus en plus de mal à ne pas ruminer ma frustration. Il m'a fallu à peine trente secondes pour me reprendre une fois qu'elle a quitté la pièce. C'était manifestement trente secondes de trop ! Lorsque j'ai déboulé dans le couloir, aussi vite que je le pouvais, elle avait déjà disparu. Impossible de savoir quelle direction emprunter pour la rattraper : les escaliers de gauche ? Ceux de droite ? Pour monter ? Descendre ? J'ai cru qu'elle revenait sur ses pas quand j'ai entendu du bruit derrière moi, mais il s’agissait seulement de Tom qui me rejoignait pour s'assurer que tout allait bien. Il ne m’a été d'aucune aide. Selon lui, elle est arrivée de nulle part et s'est dirigée immédiatement vers le labo. En revanche, il affirme ne pas l'avoir vue ressortir.
— T'es vraiment nul à chier comme guetteur, tu le sais, au moins ?
— T'abuses, proteste-t-il. Je t'ai quand même bipé pour que tu te planques !
Je m'apprête à lui répondre lorsque la porte de la bibliothèque s'ouvre à l'opposé de l’endroit où nous nous trouvons. Je relève vivement la tête… pour détourner presque aussitôt les yeux devant l'absence évidente de robe verte parmi celles qui défilent devant nous.
— Détends-toi un peu, me chuchote Tom en remarquant mon manège. Il y a peu de chance qu'elle t'ait capté et même dans le cas contraire, je ne vois pas comment elle pourrait te dénoncer. Elle ne t'a pas vu, hein ?
— Non, non. Pas que je sache, en tout cas.
— Alors, tout va bien, t'inquiète !
J’acquiesce tandis qu'il se remet une nouvelle fois au travail, totalement à côté de la plaque. Je ne peux m'en prendre qu'à moi-même s'il se méprend sur mon attitude. Je ne lui ai pas tout dit. J'ai même menti lorsqu'il m'a demandé ce qu’il s'était passé. J'ignore pourquoi. La scène me semblait juste trop irréelle, trop… intime pour être racontée. Spontanément, je lui ai expliqué qu'elle avait passé un coup de fil rapide avant de sortir, pendant que je me planquais derrière une paillasse.
Voilà, fin de l'histoire. On n’en parle plus ! Ou presque…
En me voyant scruter la moindre fille croisée sur le campus depuis, il a supposé de lui-même que j'avais eu peur d'être repéré. Je ne l'ai pas démenti, ce qui m'a donné une bonne raison de continuer à la chercher du regard. C'est débile à vrai dire, je n'ai aucune idée de que je ferais si j'arrivais à lui mettre la main dessus. Me présenter ? Prendre de ses nouvelles ?  
Salut, on ne se connaît pas, mais j'étais dans le laboratoire tout à l'heure et tu m'as carrément fait flipper avec tes larmes. Ça va mieux depuis ?
Je tiens sans doute, là, la meilleure approche du siècle ! Quoique, je n'aurais peut-être pas besoin de lui parler, après tout. Je pourrais seulement me fier à son visage pour savoir si elle va mieux... Visage que je n'ai pas vu cependant, ce qui complexifie légèrement les choses !
Je me tasse un peu plus sur ma chaise avec un soupir. Cette histoire me prend la tête, un truc de dingue !

On reste encore une heure à la bibliothèque universitaire et je suis de moins en moins productif. J'envisage plusieurs fois de demander à Tom d'abréger mon calvaire, même si je sais qu'il ne voudra rien entendre avant d'être quitte avec ses maths. Conclusion : j'attends, souffle et sursaute à chaque fois que la porte s'ouvre. Quand enfin il donne le signal de départ, je rassemble mes affaires à toute vitesse, trop heureux de quitter la fac pour arrêter de ressasser tout ça. Je me force à regarder devant moi en traversant le bâtiment. Un vrai défi quand on sait que mes yeux semblent attirés par toutes les silhouettes que l'on croise ! Inconscient de mon calvaire, Tom m'explique sur le chemin deux, trois trucs pour ce soir. Avec un effort monstre, je me concentre sur ce qu'il dit, histoire de ne pas passer pour un con.
—  Je dois repasser chez moi avant la soirée, on se rejoint là-bas ?
— Ouais ! Moi, je vais y aller assez vite. Tess doit déjà être en train de faire n'importe quoi à cette heure !
— Elle a dix-huit ans aux dernières nouvelles et tu n'es pas son père ! me fait-il remarquer avec un air amusé.
Un point pour lui mais, on a beau dire, elle reste ma seule et unique sœur. J'ai beau savoir qu'à son âge, elle peut se débrouiller sans moi, je peine quand même à ne pas prendre mon rôle de grand frère un peu trop au sérieux. Dommage pour mes nerfs et ma patience qu'elle ait décidé de devenir une source de stress quasi constante depuis l'obtention de son bac, il y a quatre mois !  
— Je suis au courant, ouais ! Fais-moi plaisir, rappelle-le-lui à l'occasion !
— Compte sur moi, tu sais à quel point elle m'adore !
J'éclate de rire en arrivant sur le parking.
— Elle te déteste, tu veux dire ! Elle sort les griffes dès que...

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