Tiberius

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Peter Denton est un jeune homme très talentueux. Il enseigne l’Histoire des Arts à Harvard. En apparence, tout lui sourit. Il vit dans un bel appartement, il conduit une belle voiture et il aime beaucoup sa maman.


Mais il mène une existence des plus solitaires, incapable de trouver l’amour parmi tous ses amants, hommes ou femmes. Admirateur de Michel-Ange et des artistes de la Renaissance italienne, il préfère dédier tout son temps libre à sa passion : la sculpture et décrète que finalement son art et son travail doivent lui suffire.


C’est compter sans ce cadeau bien particulier que ses collègues choisissent de lui offrir pour son anniversaire. Et une déesse antique semble tout aussi déterminer à lui faire rencontrer le grand amour.

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EAN13 9782364754294
Langue Français

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TIBERIUS RÉSUMÉ Peter Denton est un jeune homme très talentueux. Il enseigne l’Histoire des Arts à Harvard. En apparence, tout lui sourit. Il v it dans un bel appartement, il conduit une belle voiture et il aime beaucoup sa maman. Mais il mène une existence des plus solitaires, inc apable de trouver l’amour parmi tous ses amants, hommes ou femmes. Admirateur de Michel-Ange et des artistes de la Renaissance italienne, il préfère dé dier tout son temps libre à sa passion : la sculpture et décrète que finalement so n art et son travail doivent lui suffire. C’est compter sans ce cadeau bien particulier que s es collègues choisissent de lui offrir pour son anniversaire. © Tous droits réservés. Merci de respecter le droit d’auteur et de ne pas p roposer ce recueil sur une plateforme de téléchargement illégal. Le téléchargement illégal tue le livre. Il méprise le travail des auteurs et les prive de leurs revenus. Si vous aimez les auteurs, si vous aimez lire, ne téléchargez pas illégalement.
Cependant, grâce à une habileté merveilleuse, il réussit à sculpter dans l’ivoire blanc comme la neige un corps de femme d’une beauté telle que la nature ne peut en créer de semblable. Et il tomba amoureux de son œuvre. On aurait dit que cette femme était vivante et que seule la pudeu r la retenait de bouger, tant l’art se dissimule à force d’art. Émerveillé, Pygma lion s’enflamme pour cette image. Il ne sait plus si elle est faite d’ivoire ou de chair. Il lui donne des baisers et s’imagine qu’elle les lui rend. Il lui parle, il la serre dans ses bras, la caresse. Il lui apporte ces cadeaux qui plaisent aux jeunes femmes, des coquillages, des cailloux polis, de petits oiseaux, des fleurs de mi lle couleurs ; il l’habille de magnifiques vêtements, il met à ses doigts des pier res précieuses, à son cou de longs colliers, à ses oreilles des perles légères. Tout lui va. Et nue, elle est tout aussi belle. Il l’appelle sa maîtresse et la couche sur des coussins de plumes moelleuses, comme si elle pouvait y être sensible. Vint le jour où tous les habitants de Chypre célèbr ent la fête de Vénus : de jeunes vaches dont on avait revêtu d’or les cornes recourbées avaient été sacrifiées ; l’encens fumait de toutes parts. Après avoir déposé son offrande, Pygmalion, debout devant l’autel, dit d’une voix ti mide : « Ô dieux, je vous en supplie, si vous pouvez tout accorder, donnez-moi p our épouse une fille qui ressemble à ma statue d’ivoire » (il n’osa pas dire : « la fille d’ivoire »). Vénus, qui assistait elle-même à sa fête, comprit ce que signifiait cette prière. De retour chez lui, Pygmalion se penche vers la statue et l’embras se. Il croit sentir que le corps est tiède. Il approche à nouveau ses lèvres et touc he la poitrine du bout des doigts. À ce contact, l’ivoire perd de sa dureté et s’atten drit comme la cire s’amollit au soleil. Stupéfait, l’amant hésite à se réjouir, il a peur de se tromper. Mais le corps est bien devenu vivant, il sent les veines palpiter au contact de son pouce. Il adresse à Vénus de profonds remerciements ; la b ouche qu’il embrasse est une vraie bouche. La jeune fille a senti ses baiser s et elle rougit. Levant timidement ses yeux vers la lumière, Galatée découv re en même temps le ciel et son amant. {1} Ovide,Les Métamorphoses, Livre X.
PREMIÈREPARTIE: BOSTON
CHAPITRE1 Peter revenait d’une longue journée de cours à l’un iversité. Ses élèves l’avaient éreinté. Ils ne semblaient pas se rendre compte qu’une année d'étude, ça se préparait tout du long et qu’il ne suffisait pas de se mettre au travail trois mois avant pour espérer décrocher les examens. Les retards s’étaient accumulés et tout le monde se réveillait en même temps. Voilà que c’était à lui de trouver des solutions, quand bien même il n’était p as à l’origine des problèmes. Son directeur avait été clair à ce sujet : le taux de réussite ne pouvait pas baisser, au risque de voir diminuer les inscriptions l’année suivante, et par conséquent, au risque de mettre son propre poste en danger, avait compris Peter derrière ce sous-entendu. Quand le jeune chercheur poussa la porte de son app artement, il fut étonné de ne pouvoir allumer le plafonnier. Soudain, plusieur s bougies éclairèrent le salon, et surtout une masse informe cachée sous un grand d rap. Au même moment, tous ses collègues crièrent : « Surprise ! » Peter eut un mouvement de recul, avant d’éclater de rire. Charles Barnett, son ami qui enseignait la criminologie, s’avança vers l ui en tenant une coupe de champagne : « Joyeux anniversaire ! — Bon sang, Charly, je ne m’y attendais pas du tout ! — Quoi, aurions-nous réussi à surprendre le grand P eter Denton ? » se moqua Barnett en éclatant de rire. Ils rejoignirent les autres invités et tous se ture nt, tandis que le jeune professeur s’approchait de son cadeau. « Qu’est-ce que c’est ? » s’enquit Peter, avec une curiosité manifeste. Charles se contenta de sourire. Le jeune homme, n’y tenant plus, souleva le drap. Il en resta stupéfait pendant de longues minutes. « De mieux en mieux, commenta son collègue. Nous av ons même réussi à te rendre muet. — C’est une pure merveille ! » s’exclama Denton. Ryan Braga, un professeur d’art dramatique, s’approcha : « Alors, ça te plaît ? — Plutôt, oui ! — Tant mieux, parce qu’on a eu un mal fou à le monter jusqu’ici. — Mais où diable avez-vous trouvé un bloc de cette taille ? — Tu ne crois tout de même pas qu’on va te révéler tous nos secrets », répondit Barnett. Peter ne l’écoutait déjà plus. Sa main glissait le long de la surface pâle. C’était un marbre sans défaut, comme il n’en avait jamais v u jusqu’à présent, sinon dans les livres d’art qu’il appréciait tant. « Que comptes-tu nous sortir de ce machin ? vint les rejoindre Patrick Sullivan, professeur de musique. — Une naïade ? commença Charles. — Un ours ou un loup ? » continua Ryan.
Peter ne répondit pas. Il souriait. « Allons, viens plutôt couper ton gâteau, l’invita Charles. On a faim. » Le jeune homme abandonna son cadeau à regret pour s uivre son ami. Plus tard, une fois tous les invités partis, Peter s’assit sur le canapé, face au bloc ivoirin. Il avait éteint toutes les lumières, sauf les bougies. Qu’allait-il bien pouvoir sculpter ? Un bloc d’une telle qualité méritait un sujet à la hauteur. Il n’avait pas envie de sculpter d’animaux, à moins d’en choisir un massif, puissant. Il sentait presque le marbre vibrer sous ses yeux. Un lion, un cheval, un ours, oui, pourquoi pas ? Mais cette dernière suggestion ne le convainquit pa s tout à fait. À force de se creuser la tête, il finit par lui venir une idée. « Je sais exactement ce que je vais faire de toi. » Et il se mit à l’ouvrage. Pendant tout le week-end, aucun de ses amis ne le v it. Il avait l’habitude de jouer au poker, le samedi soir, chez Barnett. Ce dernier, inquiet, appela son jeune collègue qui ne répondit qu’au bout du troisième ap pel. Quand Charles s’inquiéta de son attitude et de son absence, Peter répondit : « Je suis trop occupé ce soir. Je dois terminer. — Ne me dis pas que tu es déjà en train de travailler sur ton marbre ! — En fait, si… Écoute, je te rappelle plus tard. » Et avant que le criminologue ait eu le temps de dir e quoi que ce soit, Denton avait raccroché. Charles se tourna vers Ryan. « Je me demande si ce cadeau était une si bonne idée, finalement. » Le lundi, quand il croisa son collègue dans les cou loirs de la faculté, il eut sa réponse. Peter avait l’air hagard. Lorsqu’il essaya de lui parler, le jeune chercheur le salua en lui disant qu’il était pressé . Ce n’était pas un mensonge, bien au contraire. Il avait négligé ses dossiers pendant le week-end et une masse de documents à traiter pesait dans sa sacoche, au bout de son bras. La situation ne fit qu’empirer au cours de la semaine. Peter manqua des cours deux matins de suite. Barnett reçut même un appel d e Claire, la mère du jeune homme qui, en voyage à Paris, n’arrivait pas à join dre son fils par téléphone. Charles fit tout pour la rassurer, mais il était lu i-même inquiet. Il connaissait la situation de Denton, la menace qui pesait sur son p oste. Une attitude aussi irresponsable dans un tel contexte relevait de la tendance suicidaire. Par amitié pour son jeune collègue, Barnett le couvrit plusieu rs fois auprès du directeur, mais la situation ne pouvait pas durer. Le samedi arriva et, pour la seconde fois, Peter ne vint pas à la partie de poker. C’en fut trop pour son ami qui décida de se rendre à son appartement. Plusieurs mois auparavant, le jeune chercheur lui a vait donné un double de ses clefs,au cas où.s aprèspensait ne jamais avoir à s’en servir, mai  Charles avoir frappé plusieurs fois à la porte, sans obtenir de réponse, il n’hésita pas. En entrant, il reconnut tout d’abord l’air qu’il av ait entendu à travers la porte, un passage deMadame Butterfly. Puis il remarqua la forme allongée sur le canapé. Enfin, il vit le marbre qui trônait sous son drap a u milieu du salon sens dessus
dessous. Il y en avait partout ! Les outils de Denton traînaient à même le sol dans un chaos de poussière et de morceaux épars. Comme C harles s’approchait du bloc et qu’il allait soulever le drap, une voix endormie et pleine de colère le stoppa net : « N’y touche pas ! » Barnett se retourna pour voir son ami debout devant lui, torse nu, le regard noir, ses cheveux blonds en bataille. « Qu’est-ce que tu fabriques ? réagit le criminologue. — Cela ne te regarde pas, répondit Denton d’une voi x sourde. Sors de chez moi ! — J’étais inquiet pour toi, c’est tout. » L’expression du jeune homme se radoucit. « Je vais bien. Parfaitement bien. J’ai terminé hie r soir. Mais je ne veux pas que tu le voies. — Ta mère m’a téléphoné. Elle a essayé de te joindre. — Je la rappellerai. Maintenant, Charles, va-t’en. » Outré, Barnett cilla. C’était la première fois que son jeune collègue et ancien élève lui parlait de cette façon. Il faillit se mettre en colère, mais préféra s’en aller, en déposant ostensiblement la clef de l’appartement sur le meuble près de l’entrée. Quand il fut parti, Denton laissa échapper un soupir. Il passa une main lasse sur son visage. Il sentait la sueur et la poussière . Il avait besoin d’une douche, d’un bon petit déjeuner. Il procéda dans cet ordre. Lorsqu’il eut fini, il se dirigea vers son chef d’œuvre. Sans retirer le drap, il com mença à caresser la surface, ses mains allant à l’aveuglette sous l’étoffe. Il c onnaissait déjà chaque courbe, chaque bosselé par cœur. Finalement, en tremblant, il ôta le drap et demeura un long moment à contempler la sculpture. {2} Il avait désormaissonDavid . En fait, il différait du chef-d’œuvre de Michel-Ange par son air plus martial, ses cheveux plus courts que ceux du héros biblique. Sa statue faisait davantage penser au dieu Arès ou au roi Leonidas. La même for ce guerrière se dégageait des traits volontaires, de la musculature harmonieu se, de la posture un peu crâne. Il s’était battu pour faire sortir cet Apollon de la pierre. D’un geste familier, Denton laissa errer ses mains sur la large poitrine . Son rêve devenait réalité. Il savait qu’il s’était surpassé. Jamais il n’avait mi s autant d’ardeur dans une sculpture. Il en avait presque perdu le sommeil et l’appétit, tant il avait été obsédé par ce bloc de marbre d’où avait peu à peu émergé la vision qu’il avait eue en le contemplant pour la première fois. La force de la p ierre avait fini par lui dire qu’il modèlerait un homme. Puis elle lui avait appris la forme du visage, des épaules, de la poitrine. Il n’avait eu de satisfaction qu’en atteignant la perfection sous ses doigts. Et maintenant qu’il avait fini, il ressenta it quelque chose d’étrange, un mélange de tristesse et de joie. Il retourna s’asseoir sur le canapé, à sa place fav orite, celle qui lui permettait de rassasier son regard. Un rayon de soleil automna l vint effleurer la statue, la parant de moirures dorées. Peter en eut le souffle coupé. Elle donnait l’impression de prendre vie sous ses yeux.
Et dès cet instant, il tomba amoureux, comme jamais dans sa vie. Quand il réalisa cela, il en fut bouleversé. Il cacha son visage entre ses mains et pleura. Je suis maudit ! Il se leva d’un bond et se précipita vers la statue pour la serrer dans ses bras avec frénésie. Mais il n’eut pour toute réponse que le contact glacé de la pierre sur sa peau nue. Si froid ! Il recula en poussant p resque un cri d’horreur. Le regard impassible de son œuvre le contemplait. Le j eune artiste s’avança de nouveau et caressa la statue. Ses mains s’attardère nt sur ses hanches. Il aurait presque voulu lui arracher le pagne qu’une pudeur i ncongrue l’avait conduit à ajouter, tant sa frustration était grande. Il s’écroula au pied du marbre et gémit : « Je deviens fou ! » Dès lors, sa vie se transforma en calvaire. Il perd it complètement le goût à son travail. Peu lui importait de se faire virer. Il cl aqua la porte au nez de ses étudiants, envoya bouler le directeur, lorsque ce d ernier vint lui faire des remarques sur son manque d’implication. Sans l’inte rvention de ses collègues, qui menacèrent l’université de démissionner, au ris que de provoquer un scandale, il aurait été viré. Un compromis fut trou vé. On prétexta le surmenage, on lui suggéra un peu de vacances, un assistant fut opportunément nommé et prit le relais au pied levé. Peter ignorait tout cela, il avait sombré dans la dépression et ne quittait plus son appartement. Il était bien évident, à sa mine, qu’il n’allait p as bien du tout. Ses amis vinrent lui rendre visite, lui firent à manger, au début, l ui tinrent compagnie, mais ils n’échangeaient pas trois mots, Denton répondait aux questions de façon lapidaire. La lassitude gagna enfin ceux qui l’avai ent soutenu jusqu’alors et ils vinrent de moins en moins, pour cesser complètement de lui rendre visite. Il vivait comme un reclus dans son appartement. Il ne dormait plus dans son lit, mais sur le canapé, près de sa sculpture. Son obses sion allait grandissant. Il discutait avec sa statue, l’embrassait parfois, qua nd il supportait l’idée qu’elle ne répondrait pas à ses étreintes. Il lui avait même acheté des tenues et passait des heures à l’habiller, puis à la dévêtir. Il essayait d’imaginer ses plats préférés et lui préparait des mets délicats (qu’il était bien forcé de manger tout seul), quel genre de parfum lui irait le mieux (et l’en aspergeait ab ondamment, car il n’imprégnait pas ce corps parfait et s’évaporait trop rapidement). Mais bien vite, la frustration vint se mêler à la passion. Il ne supportait plus ces yeux vides qui ne le regardaient même pas, ces mains inertes qui ne lui rendaient pas ses caresses, cette poitrine qu’aucun souffle n ’animait. Un soir, il fut à deux doigts de la détruire. Il resta un long moment, bra ndissant son marteau et son burin, pour fracasser tout d’abord le visage qu’il adorait. Il en fut cependant incapable. Ses outils heurtèrent le sol, tandis qu’ il tombait à genoux devant la statue, en sanglotant : « Je n’en peux plus… Je n’en peux plus… » Peter caressa du bout des doigts la pierre glacée e t formula le vœu le plus cher à son cœur. Il ne se passa strictement rien.
Le jeune homme se roula en boule au pied de la stat ue et plongea dans un sommeil peuplé de curieux rêves. Il errait dans les rues de Florence, guidé par un martèlement incessant. La ville était étonnamment déserte et baignait dans une lumière froide, bien étrangère à cette terre de Toscane si chatoyante. Les bâtiments arboraient des couleurs ternes, des ombres s’attardaient sur les fenêtres. Ses pas résonnaient dans les rues glacées. Il pénétra dans laGalleria dell’Accademia. Sous le célèbre dôme, ce n’était pas le chef-d’œuvre de Michel-Ange qui trônait, mais sa statue. Son Arès. Son Léonidas. Son Apollon. Plus beau que jamais. À couper le souffle. Au pied de celui-ci se tenait un homme, vêtu comme un Florentin du XVIe siècle. Il l’accueillit par ces mots : « Ta tristesse m’a appelé dans tes rêves.Tu as perdu ton chemin dans la vie»,constata-t-il. Sa ressemblance avec le célèbre artiste qu’il admir ait tant frappa le jeune enseignant. Sa raison lui soufflait qu’il rêvait. Son cœur lui criait de confier son chagrin à cette apparition. «Je suis maudit, gémit Peter avec désespoir.Je suis amoureux de cette statue de marbre, froide comme une tombe.» Et il lui raconta son calvaire. À la fin, le fameux sculpteur hocha la tête. «Ton cœur, trop longtemps, est resté vide et sec. Tu n’as pas su trouver l’âme qui te correspond.e tu asMais fais confiance à la vie : elle te rendra ce qu perdu.» Quand le jeune homme revint à lui, un froid inhabit uel régnait dans l’appartement. Tout était silencieux et obscur. Il se mit sur son séant et regarda autour de lui. La voix de Michel-Ange résonna en lu i :Fais confiance à la vie. Et il se leva avec lenteur. Je ne suis plus un enfant, se dit-il en serrant les poings.Je ne peux pas continuer de jouer plus longtemps à ce jeu futile. Mieux vaut renoncer à aimer cet objet sans souffle. Cela rend ma vie trop misérable. Peter drapa la statue avant de la remiser dans le local où il gardait toutes ses œuvres. Il y mit aussi ses outils, renonçant ainsi à la sculpture. *** Il reprit son travail à l’université, après avoir d onné à ses pairs toutes les garanties qu’il assumerait correctement son poste. Il reprit sa vie d’avant, mais rien n’était plus pareil. Il n’était pas heureux. Un jour, après avoir aidé durant deux longues heure s une de ses étudiantes à terminer ses recherches sur le tombeau de Jules II, il quitta son bureau en retard pour se rendre chez Charles Barnett. Ce dernier l’a vait invité à dîner (mais aussi, par la même occasion, à renouer le contact avec ses anciens collègues). Il décida d'emprunter un raccourci au volant de sa cor vette. Il s’était promis (et il avait promis à sa mère) de tout faire pour reprendr e une vie normale. Plongé dans ses réflexions sur ce que son existence était devenue depuis son