Un mur entre nous

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Roman Braun est un jeune soldat américain stationné à Berlin. En 1963, il assiste au discours de JFK et se souvient. Trois ans plus tôt, il est tombé amoureux de Siegfried, un artiste peintre qui vit dans la zone soviétique. Leur histoire tourmentée se voit brutalement interrompue par la construction du mur. Roman, désespéré, pense que tout est perdu, jusqu'au jour où il reçoit une lettre de son ancien amant. Il décide alors de tenter le tout pour le tout afin de le retrouver.

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EAN13 9782364753495
Langue Français

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Résumé : Roman Braun est un jeune soldat américain stationné à Berlin. En 1963, il assiste au discours de JFK et se souvient. Trois ans plus tôt, il est tombé amoureux de Siegfried, un artiste peintre qui vit dans la zone soviétique. Leur histoire tourmentée se voit brutalement interrompue par la construction du mur. Roman, désespéré, pense que tout est perdu, jusqu'au jour où il reçoit une lettre de son ancien amant. Il décide alors de tenter le tout pour le tout afin de le retrouver.

 

 

 

Avertissement : Les situations imaginées dans cette histoire s’inspirent de la réalité, mais elles sont totalement inventées. Mis à part quelques personnages historiques, tous les autres personnages cités sont des personnages de fiction.

 

 

 

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Berlin – 23 juin 1963.

La foule venue écouter le président Kennedy se pressait avec curiosité sur la place Rudolf Wilde. Ils étaient nombreux. Trop peut-être pour le service de sécurité du président américain. Les hommes en noir avaient l’air tendu, leurs regards convergeaient régulièrement vers les façades des bâtiments autour d’eux. La proximité avec l’ennemi devait leur sembler intolérable. Il faisait chaud en cette journée de tout début d’été, mais peut-être que les gouttes de sueur qui perlaient sur leur front n’avaient rien à voir avec cette ambiance estivale.

Roman avait pris une permission exprès pour venir écouter Kennedy. Il espérait que le chef d’état saurait trouver les mots pour redonner espoir aux habitants de cette ville coupée en deux de manière brutale presque deux ans plus tôt.

Deux ans qu’il attendait un signe d’espoir.

Cette semaine-là, il n’était pas à Berlin, mais en exercice en RFA avec le reste de son bataillon. Les manœuvres dans l’ancienne capitale allemande n’étaient pas envisageables sans risquer un incident capable de déclencher une nouvelle guerre.

À son retour, il était trop tard. Un mur se dressait entre son amour et lui.

Vivre cette passion était déjà un combat de tous les instants. Les rendez-vous clandestins, les mots doux cachés dans le creux d’un poteau sur le trajet menant au checkpoint, la peur, sans cesse, de se faire surprendre, la honte, parfois, trop difficile à supporter et les disputes au bout du compte, sans qu’il ne soit plus possible, désormais, de se réconcilier.

Le remords rongeait le cœur du jeune sergent comme un poison brûlant.

 

Octobre 1960.

Roman Braun s’était engagé six mois plus tôt dans l’armée avec la ferme intention de retourner en Europe et de découvrir le pays de ses parents. Ces derniers avaient fui l’Allemagne avec ses frères et sa sœur aînés en 1938, lorsqu’il était devenu évident pour son père que le Reich basculerait dans la guerre. Le jeune soldat était né à bord du bateau les conduisant en Amérique, peu de temps avant que la famille Braun n’aborde Ellis Island.

Père, mère et enfants s’étaient fondus dans la société américaine avec un zèle efficace. Roman et ses frères et sœur parlaient allemand à la maison, mais avait l’interdiction stricte de prononcer un mot dans leur langue maternelle à l’extérieur. Ce bilinguisme avait été un atout pour le jeune Braun quand il s’était engagé et qu’il avait demandé sa mutation en Allemagne. On cherchait justement des gens comme lui pour faire la liaison avec la population locale.

Ainsi rencontra-t-il Siegfried Falkenbach.

Le jeune homme habitait dans la zone d’occupation soviétique. Il venait régulièrement acheter des fournitures pour son atelier de peinture qu’il ne parvenait pas à trouver à Berlin-Est.

Ce jour-là, les collègues de Braun, plus pointilleux que d’ordinaire, lui firent déballer ses sacs au beau milieu de la rue. Le ton commença à monter, Siegfried s’insurgeant d’être traité avec une telle rudesse.

Derrière la vitre de la casemate, Braun observait leur manège. Dans un premier temps, il ne voyait que le dos de l’Allemand, mais quand ce dernier commença à s’agiter et fit mine de s’en aller, ses camarades le saisirent par le bras.

Quand Roman vit le visage de Siegfried pour la première fois, il reçut comme un coup de poing dans l’estomac. Son souffle se coupa, ses yeux s’agrandirent. Heureusement pour lui, les autres soldats ne le regardaient pas à ce moment-là. Ils l’auraient aussi vu blêmir et porter la main à son cœur.

Ce gars était d’une beauté à couper le souffle. Les cheveux longs jusqu’aux épaules, les yeux bruns bordés de longs cils, le nez volontaire, la bouche charnue. Une statue grecque habillée de vêtements un peu dépareillés, d’un vieux pantalon maculé de peinture, d’une sorte de redingote un peu vieillotte.

Avant de comprendre ce qu’il faisait, le sergent Braun sortit de la casemate et vint calmer le jeu en s’adressant au jeune homme en allemand. Cet effort de la part d’un soldat américain eut son effet sur Falkenbach qui se figea aussitôt.

« Je m’en occupe, lança ensuite Roman à ses camarades, trop heureux de pouvoir lui refiler le problème. Tout en aidant Siegfried à ranger ses affaires, Braun s’excusa :

« Es tut mir leid.{1}

— Vous n’y êtes pour rien, rétorqua le jeune peintre en haussant les épaules. Dès qu’on donne un peu de pouvoir à certains hommes, ils ne peuvent s’empêcher d’en abuser pour persécuter leurs semblables… Et c’est valable de part et d’autre de cette fichue ligne de démarcation. »

Avant d’avoir pu répondre quoi que ce soit, Roman vit le jeune artiste s’éloigner vers la zone soviétique, il le suivit le plus longtemps possible des yeux, croyant ne plus jamais le revoir.

Son trouble perdura toute la journée et il dut lutter contre des sensations endormies et dangereuses. Se laisser aller à ses penchants pouvait signer sa perte. Il enferma ses sentiments naissants au fond de son cœur, en prenant soin de les verrouiller à double tour. Mais peine perdue. La nuit venue, il rêvait de ce regard de velours et de ces lèvres séductrices.

Le matin, il se réveillait parfois dans un état indescriptible et devait prétexter une crampe ou quelque chose du genre pour ne pas se lever en même temps que ses camarades. Partager le baraquement avec vingt-quatre hétéros n’avait rien d’une sinécure certains jours, surtout quand il se trouvait confronté à leur nudité sous les douches communes ou dans les vestiaires.

Une semaine plus tard, alors qu’il pensait être venu à bout de ses errements, Roman reconnut sa silhouette à l’entrée de la rue qui menait au checkpoint et, balançant ses bonnes résolutions par-dessus son épaule, se hâta de le rejoindre. Jamais il n’avait fait preuve d’autant d’audace dans sa vie.

Son initiative déstabilisa d’abord Falkenbach qui accepta néanmoins de boire « le verre de l’amitié pour oublier la grossièreté des cow-boys qui l’avaient malmené. » Comme Braun était encore en service, ils convinrent d’une heure, le lendemain, pour discuter. En revenant sur ses pas, Roman songea malgré tout que Siegfried avait dit oui pour se débarrasser de lui et qu’il ne viendrait jamais au rendez-vous. Aussi quel ne fut pas son étonnement (et sa joie !) de voir Falkenbach en train de l’attendre devant le bistrot à l’heure convenue.

Ils commencèrent à discuter de tout et de rien et se trouvèrent finalement de nombreux points communs. Elke Braun, la mère de Roman, avait enseigné la peinture auprès de jeunes filles d’une école privée de Bavière avant de quitter l’Allemagne. Siegfried aimait la musique américaine et l’interrogea longuement sur New York.

L’amour naissait parfois de peu de choses.

 

Extrait du journal de Siegfried.

Il est gentil, l’Américain, mais je ne vois pas très bien pourquoi il s’intéresse à moi. Au début, j’ai cru qu’il voulait s’amuser à mes dépens, comme ses petits camarades. Cette armée a certes mis fin à la terreur des nazis, mais ils ne nous ont pas libéré pour autant. Nous sommes un pays occupé. Les Anglais, les Français, les Russes et les Américains se sont partagés l’énorme gâteau que représentait l’Allemagne au sortir de la guerre et maintenant, ils en sont à se chamailler comme des gamins et c’est nous qui payons les pots cassés.

Certains militaires nous méprisent ouvertement. Dès qu’ils peuvent nous mettre dans l’embarras, nous ridiculiser, nous rappeler que nous sommes les vaincus, ils en profitent. D’autres sont juste indifférents : ils sont là pour quelques mois, quelques années, mais Berlin n’est qu’une affectation comme une autre.

Si Roman est différent, cela tient peut-être à ses origines. Il connaît notre culture, ses parents l’ont élevé dans la continuité de ce qu’ils ont vécu dans leur pays natal.

Mais est-ce que je peux vraiment lui faire confiance ?

Et surtout, qu’est-ce que je lui trouve ?

Le problème, c’est que j’aime bien être avec lui. Il s’y connaît en peinture, au moins. Il me pose des questions intéressantes. Et puis, il a...