Marino Faliero

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Extrait : "PIET : Le messager n'est pas de retour ? BATT : Pas encore ; j'ai envoyé plusieurs fois, d'après vos ordres ; mais la Seigneurie est encore au conseil, et dans de longs débats sur l'accusation de Sténo. PIET : Oui, trop longs. Ainsi, du moins, pense le doge. BATT : Comment supporte-t-il ces moments d'attente ? "

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Ajouté le 01 janvier 2016
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EAN13 9782335096996
Langue Français
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Marino Faliero, doge de Venise

Tragédie historique en cinq actes

Dux inquieti turbidus Adriœ.

Préface

La conspiration du doge Marino Faliero est un des évènements les plus remarquables que l’on puisse rencontrer dans les annales du plus étrange gouvernement, du plus singulier peuple de l’Europe moderne : elle eut lieu en 1355. Tout ce qui touche à Venise est ou fut extraordinaire ; à la contempler on croirait être le jouet d’un rêve ; son histoire est un roman. La catastrophe du doge est racontée dans toutes les chroniques, et particulièrement détaillée dans les Vies des doges, par Martin Sanuto, cité dans l’appendice. Son récit est simple, clair, et peut-être plus dramatique en lui-même qu’aucun drame habilement travaillé sur ce sujet.

Marino Faliero paraît avoir été un homme de talent et de courage. Je le trouve commandant en chef les forces de terre au siège de Zara, où il battit le roi de Hongrie et son armée de quatre-vingt mille hommes, dont il tua huit mille hommes sans cesser de tenir les assiégés en échec. Cet exploit n’a de comparable dans l’histoire que celui de César à Alésia et celui du prince Eugène à Belgrade. Il fut encore, pendant cette même guerre, nommé commandant de la flotte, et prit Capo-d’Istria. Il alla en qualité d’ambassadeur à Gênes et à Rome. C’est dans cette dernière ville qu’il reçut la nouvelle de son élection au dogat. Son absence montrait combien il devait peu cet honneur à l’intrigue, car il apprit en même temps la mort de son prédécesseur et sa propre élection. Mais il paraît avoir été d’un caractère violent. Sanuto raconte que plusieurs années auparavant, étant podestat et capitaine à Trévise, il donna un soufflet à l’évêque parce qu’il tardait à apporter l’hostie. Et là-dessus, l’honnête Sanuto l’accable de la prédiction que Twackum fit à Square dans Tom Jones ; mais il ne nous apprend pas s’il fut puni ou réprimandé par le sénat pour cette violence. Il semble, d’ailleurs, avoir fait par la suite sa paix avec l’Église ; car nous le voyons depuis ambassadeur à Rome et investi du fief de Val di Marino, dans la marche de Trévise, et du titre de comte, par Lorenzo, comte-évêque de Ceneda. Pour ces faits, mes autorités sont Sanuto, Victor Sandi, Andréa Navagero, et la relation du siège de Zara, publiée pour la première fois par l’infatigable abbé Morelli dans les Monumenti veneziani di varia Litteratura, imprimés en 1796. J’ai consulté tous ces auteurs dans leur langue originale.

Les modernes, Daru, Sismondi et Laugier, sont à peu près d’accord avec les anciens chroniqueurs. Sismondi attribue la conspiration à la jalousie ; mais je ne trouve aucun auteur national qui confirme cette assertion. Victor Sandi dit bien, à la vérité : – « Altri scrissero che… dalla gelosa suspizion di esso doge siasi fallo (Michel Sténo) staccare con violenza ; » – mais telle ne paraît pas avoir été l’opinion générale, et Sanuto ni Navagero n’en dirent rien ; Sandi lui-même, un moment après, ajoute que – « Per altre veneziane memorie traspiri, che non il solo desiderio di vendetta lo dispose alla congiura, ma anche la innata abituale ambizion sua, per cui anelava a farsi principe indépendante. » – Le motif qui le détermina fut sans doute la grossière injure que Sténo écrivit sur le dos de la chaise du doge, et le châtiment disproportionné que les Quarante prononcèrent contre le coupable, qui était un de leurs tre capi. Il paraît, d’ailleurs, que les galanteries de Sténo s’adressaient à une des suivantes de la dogaresse, et non à elle-même, dont la réputation ne semble pas avoir subi la plus légère atteinte, et dont tous vantent la beauté et la jeunesse. Personne n’affirme (à moins qu’on ne prenne le bruit rapporté par Sandi pour une affirmation), que le doge fut poussé par la jalousie ; il est plus probable qu’il n’écouta que son respect pour elle et les soins de son propre honneur, que ses services passés et sa dignité actuelle devaient rendre inviolable.

Je ne connais point d’auteur anglais qui ait rapporté cet évènement, à l’exception du docteur Moore dans son Coup d’œil sur l’Italie ; son récit est faux, prolixe et rempli de plaisanteries grossières contre les vieux maris et les jeunes femmes. Il s’étonne qu’un aussi grand évènement ait eu une pareille cause. Qu’un observateur aussi-fin et aussi judicieux que l’auteur de Zuleco puisse s’étonner d’un fait aussi simple, voilà ce qui est inconcevable ; ne sait-il pas qu’une aiguière d’eau répandue sur la robe de mistriss Masham priva le duc de Marlborough de son gouvernement, et amena la paix déshonorante d’Utrecht ; que Louis XIV fut entraîné dans une suite d’effroyables guerres parce que son ministre fut mécontent de lui voir critiquer une fenêtre, et résolut de lui fournir d’autres occupations ; qu’Hélène perdit Troie ; que Lucrèce chassa les Tarquins de Rome, et la Cava les Maures d’Espagne ; qu’un mari insulté appela les Gaulois à Clusium et de là à Rome : qu’un vers de Frédéric II sur l’abbé de Bernis, et une plaisanterie sur madame de Pompadour amenèrent la bataille de Rosbach ; que de l’évasion de Dearbhorgil et de Mac-Marchal résulta l’asservissement de l’Irlande ; qu’une pique entre Marie-Antoinette et le duc d’Orléans précipita la première expulsion des Bourbons ? et, pour ne pas multiplier les exemples, Commode, Domitien, Caligula, tombèrent victimes, non pas de leur tyrannie publique, mais d’une vengeance particulière ; et l’ordre de faire débarquer Cromwell au moment où il partait pour l’Amérique, fut la ruine du-roi et de la monarchie. En face de ces exemples, une simple réflexion suffit, et il est vraiment extraordinaire que le docteur Moore ait pu s’étonner qu’un homme vieilli dans le commandement, qui avait rempli les fonctions les plus importantes, ait ressenti d’une façon terrible, dans un siècle barbare, la plus grossière injure que l’on puisse adresser à un homme, soit prince, soit paysan. L’âge de Faliero, bien loin d’être une objection, n’est qu’un argument de plus.

The young man’s wrath is like straw on fire.
But like red hot steel his the old man’s ire.
Young men soon give and soon forget affronts
Old age is sloow at both.
L’ire de la jeunesse est comme un feu de paille ;
Mais celle du vieillard est comme un glaive ardent
Rougi dans le foyer. Le jeune homme imprudent
Attaque à tout propos et cherche la bataille,
Et s’en repent bientôt ; le vieillard est moins prompt
À faillir, et plus lent à pardonner l’affront.

Les réflexions de Laugier sont plus philosophiques.

« Tale fù il fine ignominioso di un’uomo, che la sua nascità, la sua età, il suo carattere dovevano tener lontano dalle passioni produttrici di grandi delitti. I suoi talenti per longo tempo esercitati ne maggiori impieghi, la sua capacità sperimenta ne governi e nelle ambasciate, gli avevano acquistato la stima et la fiducia de’cittadini, ed avevano uniti i suffragi per collocarlo alla lesta della repubblica. Innatzato ad un grado che terminava gloriosamente la sua vita, il risentimento di un’ingiuria leggiera insinuo nel suo cuore tal veleno che basto a corrompere le antiche sue qualità, e a condurlo al termine dei scellerati ; serio esempio, che prova non esservi et à, in cui la prudenza umana sia sicura, e che nell’uomo restano sempre passioni capaci a disonorarlo, quando non invigli sopra se stesso. »

Où le docteur Moore a-t-il trouvé que Faliero demanda la vie ? J’ai consulté les chroniqueurs, et n’ai rien vu de pareil. Il est vrai qu’il avoua tout. Il fut conduit au lieu du supplice ; mais rien n’indique qu’il ait imploré la clémence de ses juges, et le fait de la torture semble prouver qu’il ne manqua point de fermeté. Une pareille lâcheté aurait été assurément relevée par les minutieux chroniqueurs, qui sont loin de lui être favorables ; elle contrasterait trop fortement avec son caractère comme soldat, avec le siècle dans lequel il vécut, avec l’âge auquel il mourut, comme avec la vérité de l’histoire. Je ne sache rien qui puisse excuser une calomnie ainsi lancée après coup contre un personnage historique ; c’est assurément aux morts et aux infortunés qu’est due la vérité, et ceux qui sont morts sur un échafaud ont ordinairement assez de fautes à se reprocher, sans qu’on leur en impute de nouvelles, que dément précisément cette résolution de caractère qui les a conduits à une fin tragique. Le voile noir qui remplace le portrait que Marino Faliero devait occuper parmi les juges, l’escalier des Géants où il fut couronné, puis découronné et décapité, frappèrent vivement mon imagination, ainsi que son caractère farouche et son étrange histoire. En 1819, je me mis plus d’une fois à la recherche de son tombeau dans l’église de San Giovanni et San Paolo. Un jour que j’étais arrêté devant le monument d’une autre famille, un prêtre vint à moi et me dit ; – « Je puis vous montrer des monuments plus beaux que celui-ci. » – Je lui dis que je cherchais les tombeaux de la famille Faliero, et particulièrement du doge Marino. – « Oh ! » me dit-il, « je vais vous le montrer ; » – et, me conduisant en dehors, il me montra un sarcophage incrusté dans le mur, revêtu d’une inscription illisible. Il m’apprit que ce sarcophage venait d’un couvent voisin, et qu’il avait été transporté là lors de l’arrivée des Français ; qu’il avait assisté à l’ouverture du cercueil, mais qu’il ne contenait que quelques ossements, sans que rien indiquât la fin de Faliero. La statue équestre dont j’ai fait mention au troisième acte, que j’ai placée devant l’église, n’est pas réellement celle d’un Faliero, mais celle de quelque obscur guerrier dont le nom a été perdu, quoique d’une date plus moderne.

Il y eut deux autres doges de cette famille avant Marino : Ordelafo, qui mourut à la bataille de Zara, en 1117 (où, depuis, son descendant vainquit les Huns), et Vital Faliero, qui régna en 1082. La famille, originaire de Fano, était une des plus illustres et des plus riches de la ville, qui contient les plus anciennes et les plus riches familles de l’Europe. L’étendue avec laquelle j’ai traité ce sujet, prouve tout l’intérêt que j’y porte ; que j’aie réussi ou non dans la tragédie, j’aurai du moins transporté dans notre langue un évènement historique digne d’être conservé dans la mémoire des hommes.

Je médite cet ouvrage depuis quatre ans ; avant d’en avoir scrupuleusement examiné tous les détails, j’étais assez porté à lui donner pour fondement la jalousie de Faliero ; mais, voyant que cette interprétation n’avait aucun fondement historique, et que la jalousie est une passion épuisée au théâtre, je lui ai donné une forme plus historique. J’y fus en outre engagé par feu Matthew Lewis, que je vis à Venise en 1817 : – « Si vous le représentez comme jaloux, » dit-il, « rappelez-vous que vous aurez à lutter contre des réputations déjà faites, sans parler de Shakespeare et des objections tirées de l’épuisement de ce sujet. Laissez au vieux doge son caractère ardent, qui vous soutiendra dans votre marche s’il est bien dessiné, et faites votre pièce aussi régulière que possible. » Sir William Drummond me donna à peu près les mêmes conseils. Ce n’est pas moi qui puis décider si je me suis plus ou moins rapproché de leurs instructions, ou si elles m’ont été plus utiles que nuisibles. Je n’ai aucun projet pour le théâtre ; peut-être dans son état actuel n’offre-t-il pas un grand sujet d’ambition. J’ai été trop longtemps derrière le rideau pour jamais songer à me faire jouer ; je ne puis concevoir qu’un homme d’un caractère irritable se mette à la merci d’un auditoire. Le lecteur dédaigneux, le critique railleur, les traits amers d’une revue, sont des calamités éparses et éloignées ; mais les trépignements avec lesquels un auditoire éclairé ou ignorant accueille une production qui, bonne ou mauvaise, a été pour l’écrivain un long travail mental, voilà un supplice palpable et immédiat augmenté encore par le doute où l’on est de la compétence de ses juges, et par la certitude de l’imprudence que l’on a commise en les acceptant pour tels. Si j’étais capable à écrire une tragédie que l’on jugeât digne d’être représentée, le succès me causerait peu de plaisir, et une chute beaucoup de peine : c’est pour cette raison que tout le temps que j’ai fait partie du comité d’un de nos théâtres, je n’ai jamais cherché à me faire jouer, et je ne le ferai jamais ; mais assurément il y a des talents dramatiques dans un pays où existent Joanna Baillie, Millman et John Wilson. La Ville de la Peste et la Prise de Jérusalem sont remplies du meilleur matériel pour la tragédie que l’on ait vu depuis Horace Walpole, si l’on en excepte quelques passages d’Ethwald et de Montfort. C’est aujourd’hui la mode de déprécier Horace Walpole, parce qu’il était noble et homme du monde ; mais pour ne rien dire de ses lettres incomparables et du Château d’Otrante, il est l’ultimus Romanorum, l’auteur de la Mère Mystérieuse, tragédie du premier ordre, et non un drame d’amour larmoyant ; il est l’auteur du premier roman et de la dernière tragédie de notre langue, et digne, assurément, d’occuper une place plus élevée qu’aucun autre auteur de nos jours, quel qu’il soit.

En parlant du drame de Marino Faliero, j’ai oublié de dire que dans mon désir, qui malheureusement n’a pas été réalisé, de me préserver de l’irrégularité justement reprochée au théâtre anglais, j’ai été amené à représenter la conspiration comme déjà formée lorsque le doge y accède, tandis qu’en réalité ce fut lui qui la prépara avec Israël Bertuccio. Les autres caractères (excepté celui de la duchesse), les incidents et presque le temps de l’action, qui fut extraordinairement court, si l’on songe à la grandeur d’une pareille entreprise, tout est strictement historique, si ce n’est que toutes les réunions eurent lieu dans le palais ; mais je voulais montrer le doge au milieu de la troupe des conspirateurs, au lieu de l’encadrer dans un dialogue monotone, toujours avec les mêmes individus. Quant aux faits historiques, on peut consulter l’appendice.

Marino Faliero
Personnages

HOMMES.

MARINO FALIERO, doge de Venise.

BERTUCCIO FALIERO, neveu du doge.

LIONI, patricien et sénateur.

BENINTENDE, président du Conseil des Dix.

MICHEL STÉNO, l’un des trois capi des Quarante.

ISRAËL BERTUCCIO, commandant de l’arsenal, Conspirateur.

PHILIPPE CALENDARO, Conspirateur.

DAGOLINO, Conspirateur.

BERTRAM, Conspirateur.

SEIGNEUR DE LA NUIT (« signore di notte »), l’un des officiers de la république.

PREMIER CITOYEN.

DEUXIÈME CITOYEN.

TROISIÈME CITOYEN.

VINCENZO, Officier du palais ducal.

PIETRO, Officier du palais ducal.

BATTISTA, Officier du palais ducal.

LE SECRÉTAIRE DU CONSEIL DES DIX.

GARDES, CONSPIRATEURS, CITOYENS, LE CONSEIL DES DIX, LA JUNTE, etc., etc.

FEMMES

ANGIOLINA, femme du doge.

MARIANNA, son amie.

SUIVANTES, etc.

La scène est à Venise, en l’année 1355.

Acte premier

Une antichambre dans le palais ducal.

Scène première

Pietro parle, en entrant, à Battista.

PIETRO

Le messager n’est pas de retour ?

BATTISTA

PAS encore ; j’ai envoyé plusieurs fois, d’après vos ordres ; mais la Seigneurie est encore au conseil, et dans de longs débats sur l’accusation de Sténo.

PIETRO

Oui, trop longs. – Ainsi, du moins, pense le doge.

BATTISTA

Comment supporte-t-il ces moments d’attente ?

PIETRO

Avec une patience forcée. Assis devant la table ducale, couverte de tout l’appareil des affaires de l’État, pétitions, dépêches, jugements, actes, lettres de grâce, rapports, il semble absorbé dans ses fonctions ; mais à peine entend-il le bruit d’une porte qui s’ouvre, ou les pas d’une personne qui s’approche, ou le murmure d’une voix, il promène autour de lui un œil agité, il se lève de son siège, puis reste immobile, puis se rassied, et fixe ses regards sur quelque édit ; mais je remarque que depuis une heure il n’a pas tourné un feuillet.

BATTISTA

On dit que son irritation est grande, – et on ne peut disconvenir que Sténo ne soit bien coupable de l’avoir aussi grossièrement outragé.

PIETRO

Oui, si c’était un homme pauvre et obscur. Sténo est patricien ; il est jeune, frivole, gai et fier.

BATTISTA

Vous pensez donc qu’il ne sera pas jugé avec sévérité ?

PIETRO

Il suffirait qu’il fût jugé avec équité ; mais ce n’est pas à nous d’anticiper sur la sentence des Quarante.

Entre Vincenzo.

BATTISTA

Et la voici. – Vincenzo, quelle nouvelle ?

VINCENZO

L’affaire est terminée, mais on ne connaît pas encore la sentence. J’ai vu le président sceller le parchemin qui perlera au doge le jugement des Quarante, et je me hâte d’aller l’en instruire.

Ils sortent.

Scène II

Marino Faliero, le Doge, et Bertuccio Faliero, son neveu.

BERTUCCIO FALIERO

Il est impossible que justice ne vous soit pas rendue.

LE DOGE

Oui, comme me l’ont rendue les Avogadori, qui ont renvoyé ma plainte aux Quarante, afin que le coupable fût jugé par ses pairs, par son propre tribunal.

BERTUCCIO FALIERO

Ses pairs n’oseront pas le protéger : un pareil acte ferait rejaillir le mépris sur toute autorité.

LE DOGE

Ne connais-tu pas Venise ? ne connais-tu pas les Quarante ? Mais nous verrons bientôt.

BERTUCCIO FALIERO

À Vincenzo, qui entre.

Eh bien ! – quoi de nouveau ?

VINCENZO

Je suis chargé d’annoncer à votre altesse que la cour a prononcé son arrêt, et qu’aussitôt que les formes légales seront accomplies, la sentence sera envoyée au doge. En même temps, les Quarante saluent le prince de la république, et le prient d’agréer l’hommage de leurs respects.

LE DOGE

Oui, – ils sont on ne peut plus respectueux et toujours humbles. La sentence est prononcée, dites-vous ?

VINCENZO

Oui, altesse. Le président y apposait le sceau lorsque j’ai été appelé, afin que, sans perdre de temps, il en fût donné avis au chef de la république, ainsi qu’au plaignant, tous deux réunis dans la même personne.

BERTUCCIO FALIERO

D’après ce que vous avez vu, avez-vous pu deviner la nature de leur décision ?

VINCENZO

Non, Seigneur… Vous connaissez les habitudes de discrétion des tribunaux de Venise.

BERTUCCIO FALIERO