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Mythocritique de la quête spirituelle

De
116 pages
Thérèse Desqueyroux est certainement le roman le plus connu de François Mauriac, tandis que La Nouvelle histoire de Mouchette se rattache au grand succès de Georges Bernanos, Sous le soleil de Satan. Une approche mythocritique semble a priori peu pertinente pour ces deux oeuvres d'analyse psychologique en contexte réaliste. Il apparaît néanmoins que le mythe de l'initiation rend compte des processus d'évolution de Thérèse et Mouchette. De plus le mythe, bien que renvoyant à la sacralité antique, permet d'éclairer les oeuvres de ces romanciers ouvertement catholiques.
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Mythocritique de la quête spirituelle Sylvie Gazagne
dans Thérèse Desqueyroux de Mauriac
et Nouvelle histoire de Mouchette de Bernanos
Thérèse Desqueyroux est certainement le roman le plus
connu et le plus étudié de François Mauriac. Il condense
à la perfection les thèmes habituels, voire obsessionnels,
du romancier et se déroule dans le milieu qu’il aime
Mythocritique dépeindre, la bourgeoisie provinciale, terrienne, catholique
et conservatrice. La Nouvelle histoire de Mouchette se rattache,
grâce au personnage éponyme, la jeune fille Mouchette, au de la quête spirituelle
grand succès de Georges Bernanos, Sous le soleil de Satan.
Une approche mythocritique semble a priori peu pertinente dans Thérèse Desqueyroux de Mauriac
pour ces deux oeuvres d’analyse psychologique en contexte
et Nouvelle histoire de Mouchette de Bernanos
réaliste. Il apparaît néanmoins que le mythe de l’initiation rend
compte du lent processus d’évolution de l’âme de Thérèse
alors qu’un simulacre d’initiation et une initiation diabolique
conduisent Mouchette au suicide. De plus, le mythe renvoyant
au monde de la sacralité antique, comment rend-il compte
de l’oeuvre de romanciers ouvertement catholiques ? Dans
Thérèse Desqueyroux, le Dieu chrétien supplée les manques
d’une initiation purement humaine et païenne alors que son
absence laisse le champ libre à une sacralité négative dans la
Nouvelle histoire de Mouchette.
Née en 1970, agrégée de lettres modernes, licenciée
en espagnol et docteur en littérature française, Sylvie
GAZAGNE enseigne l’expression et la communication
à l’IUT de Clermont-Ferrand et continue ses travaux
de recherche sur la poésie, le roman et le sacré. Elle est l’auteure
d’une thèse sur Bonnefoy, Claudel et Jouve, d’un essai sur Salah
Stétié publié par l’Harmattan et d’une étude sur Claudel et
Jammes éditée par les éditions Marrimpouey.
ISBN : 978-2-343-11803-1 Approches lit tér aires
13,50 €
Mythocritique de la quête spirituelle
Sylvie Gazagne
dans Thérèse Desqueyroux de Mauriac et Nouvelle histoire de Mouchette de Bernanos



Mythocritique
de la quête spirituelle
dans Thérèse Desqueyroux de Mauriac
et Nouvelle histoire de Mouchette de Bernanos




























Approches littéraires
Collection dirigée par Maguy Albet

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Sous la direction de Mokhtar ATALLAH, Le Culte du Moi dans la
littérature francophone, 2012. Sylvie Gazagne





Mythocritique
de la quête spirituelle
dans Thérèse Desqueyroux de Mauriac
et Nouvelle histoire de Mouchette de Bernanos

























































© L’Harmattan, 2017
5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.editions-harmattan.fr

ISBN : 978-2-343-11803-1
EAN : 9782343118031 La question du lien entre mythe et littérature n’a jamais cessé
d’alimenter débats et controverses dans le domaine des sciences
humaines. La littérature n’a-t-elle été, à son origine, qu’une
version postérieure, dégradée, désacralisée du mythe ou est-il
impossible d’établir entre les deux un quelconque rapport de cause
à effet et a fortiori une hiérarchie de valeurs ? La question de cette
relation, aussi évidente dans son existence que problématique
dans ses modalités, est encore plus pertinente quand il s’agit
d’aborder le thème de l’expression du sacré dans les textes
littéraires puisque le mythe, dans son acception ethnologique, est
une histoire sacrée, faisant intervenir des dieux ou des puissances
surnaturelles, qui narre le fondement et l’émergence des valeurs
qui structurent un groupe social. Les travaux de Mircea Eliade
ont longtemps joui d’une autorité incontestée dans ce domaine
et ont, directement ou indirectement, inspiré la mythocritique
de Gilbert Durand et de Pierre Brunel. Les travaux d’hellenistes
regroupés dans le centre Louis Gernet, le plus célèbre d’entre
eux étant Jean-Pierre Vernant, et surtout l’essai iconoclaste de
Daniel Dubuisson, paru en 2005, marquent un tournant dans ce
courant mythocritique dont ils contestent les fondements. Qu’en
est-il alors de la mythocritique aujourd’hui ? Est-il possible de
faire de cette approche critique une voie d’étude fructueuse du
sacré et de la spiritualité tels qu’ils s’expriment dans les œuvres
littéraires ? La mythocritique, sous-discipline de la critique
littéraire au même titre que la sociocritique ou la psychocritique,
connut son heure de gloire avec les travaux de mythanalyse
d’Hervé Fischer, Gilbert Durand puis de Pierre Brunel. Si le lien
entre mythe et sacré est admis comme une évidence, ce qui est
un postulat contestable, il semble malgré tout hasardeux que le
critique cherche à détecter des traces mythiques dans des récits
d’auteurs catholiques proclamés qui traitent de la sainteté plus
que du sacré. Est-il pertinent d’établir une distinction étanche
entre les deux ? Les historiens des religions distinguent les deux
notions mais l’étude des œuvres littéraires interdit souvent un
verdict aussi tranché. L’ode claudélienne célèbre la Création dans
ses moindres aspects matériels avec une ferveur digne des odes
pindariques ; Francis Jammes a écrit les Géorgiques chrétiennes
où la réactualisation – et la christianisation – d’un thème païen
est ouvertement revendiquée. Quant à Charles Péguy, il soutient
7dans Clio, dont le sous-titre est Dialogue de l’histoire et de l’âme
païenne, l’enracinement gréco-latin de la tradition française. De
nombreux commentateurs ont aussi souligné la veine païenne
qui irrigue les poèmes de jeunesse de François Mauriac, comme
Le sang d’Atys. Si la poésie, c’est-à-dire un genre propice à la
célébration lyrique, qu’elle soit héroïque, épique, cosmique
ou mystique, paraît plus apte à accueillir la sève sacrée, qu’en
est-il du roman dès lors que des auteurs chrétiens s’attachent à
dépeindre l’histoire d’une âme ? Bien que le registre du lyrisme
1antique, la voie sacrée, ou des séquences de poésie mystique
ne soient pas totalement exclus, ils ne peuvent constituer
l’intégralité d’un récit et l’expression littéraire de la sainteté – ou
de l’aspiration à la conversion – s’impose par le choix même du
sujet. Lorsqu’en plus, ils choisissent comme personnages, non
des saints, mais des âmes en perdition, nous croyons plus exact
d’employer le terme « quête spirituelle » plutôt que sainteté.
Toute quête spirituelle ne débouche pas sur la sainteté ; de plus,
ces mots ayant un sens plus large, ils englobent sans diffculté
les résurgences sacrales qui pourraient survenir. Comment le
mythe pourrait-il jouer un rôle dans deux récits introspectifs,
Thérèse Desqueyroux de François Mauriac et Nouvelle histoire
de Mouchette de Georges Bernanos, inscrits dans un cadre
spatio-temporel réaliste, voire agressivement naturaliste pour
le second d’entre eux ? L’œuvre maîtresse de la mythocritique
« d’inspiration éliadienne », Le décor mythique de la Chartreuse
de Parme de Gilbert Durand, porte sur un roman comprenant des
péripéties romanesques propices à l’envol de l’imaginaire. Rien
de tout cela dans celles que nous avons choisies. Est-ce à dire
que les romanciers catholiques doivent délibérément se priver de
la profondeur culturelle et métaphysique du mythe pour illustrer
par des situations dramatiques des concepts théologiques, connus
d’une minorité de croyants cultivés, ou bien produire des œuvres
édifantes qui n’intéressent que les es ? Pourtant Bernanos
connut le succès avec Sous le soleil de Satan et Journal d’un
curé de campagne et Mauriac connut aussi le succès auprès du
grand public avant d’être élu à l’Académie française. Il existe,
1 Voir Paulina 1880 de Pierre Jean Jouve, Pierre Jean Jouve, Œuvre, Paulina
1880, tome 1, Paris, Mercure de France, 1987.
8certes, d’autres façons que le recours au substrat mythique pour
2écrire une œuvre catholique engagée de valeur mais nous avons
choisi cette approche pour éprouver un aspect fondamental du
mythe, son étonnante plasticité, sa faculté à s’adapter à des
structures a priori peu faites pour le recevoir. Nous sommes
également convaincue que, comme l’affrment nombre de
spécialistes en sciences humaines, il constitue un invariant du
psychisme humain diffcile à éluder. Forte de ce postulat, nous
entreprendrons de détecter d’éventuelles traces mythiques dans
Thérèse Desqueyroux de François Mauriac et Nouvelle histoire
de Mouchette de Georges Bernanos. Auparavant, une clarifcation
théorique s’impose, sans prétendre résumer les différentes
théories qui s’opposent, mais, seulement,dans l’objectif de fxer
un cadre méthodologique minimal. Après cela, nous tenterons
une « mythocritique » du roman de François Mauriac, Thérèse
Desqueyroux, et de celui de Georges Bernanos, Nouvelle histoire
de Mouchette, en fonction des modèles issus de Gilbert Durand et
Pierre Brunel puis en fonction des nouvelles pistes qui s’offrent
à nous. La comparaison des résultats obtenus à l’issue de cette
démarche permet peut-être de déceler les intérêts et les failles des
deux interprétations du mythe.
2 Nous renvoyons à l’œuvre de Jean-Pierre Jossua Pour une histoire religieuse
de l’expérience littéraire. tome 2, Poésie moderne, Paris, Beauchesne, 1985.
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